upright=1.5|thumb|Carte française de la baie de Guanabara dressée vers 1555. Riche en détails, elle montre la confirmation topographique initiale du mont du Pain de Sucre, dénommé initialement « Pot de beurre ».. Avec les monts Morro Cara de Cão (butte de la tête de chien) et Urca, formait l'île de la Trinidade, qui aujourd'hui fait partie du continent, en conséquence de l'obstruction du chenal par des sédiments et du remblaiement réalisé à la fin du . Les localités sont portées sur la carte en français et en langue locale.

La France antarctique est une éphémère colonie française qui occupa la baie de Guanabara, à Rio de Janeiro, au Brésil, de 1555 à 1567.

Précédents Le , le navigateur Binot Paulmier de Gonneville qui s'est lié avec des marins portugais accoste probablement sans le vouloir au Brésil, sur la côte de l'île de São Francisco do Sul au débouché de la baie de Babitonga, ou à l'embouchure du rio Francisco de Sul, où il passe six mois en radoub. Le , il repart pour la France avec Essomeric, ou Essemeric, le fils du chef de la tribu des CarijósCollectif, Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p. 295. À sa suite, différents commerçants, notamment normands, s'y installent à titre privé et se font aider de l'équivalent des truchements, marins abandonnés au sein des tribus pour servir d’interprètes et organiser la coupe du bois entre deux voyagesStéphane Mouette, Les balbutiements de la colonisation française au Brésil (1524-1531).

Le roi n'acceptant pas le traité de Tordesillas qui faisait tomber le Brésil sous souveraineté portugaise, il décida de s’implanter au Brésil et y envoya la première expédition officielle : le navigateur Verrazano y mena plusieurs expéditions à partir de 1523. Durant l'été 1554, le commandeur de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem Nicolas Durand de Villegagnon visita secrètement la région du Cabo Frio, sur la côte brésilienne, où ses compatriotes protestants avaient pris l'habitude de se réfugier. Là-bas, il obtint d'utiles renseignements auprès des Indiens Tamoios, s'informant des habitudes des Portugais sur ce littoral, et récoltant les données nécessaires à une future expédition en vue de fonder un établissement colonial. Le site choisi se situait à environ deux cents kilomètres à l'ouest : la baie de GuanabaraJean-Christophe Rufin , « L’aventure française au Brésil au », émission La Marche de l'histoire sur France Inter, 23 janvier 2013.

Le projet était de transformer cette zone en une puissante base militaire et navale, depuis laquelle la Couronne française pourrait tenter de contrôler le commerce avec les Indes occidentales. Bien qu’il n'ait pas eu l'occasion de visiter cette zone, il était bien documenté à son sujet, il savait que les Portugais craignaient les Indiens Tupinambas, qui y étaient installés. À cette occasion, Villegagnon établit de bonnes relations avec les deux peuples présents (Tamoios et Tupinambas), recueillant des informations importantes et emportant de nombreuses marchandises qu'il vend à son retour en France.

De retour à la Cour, après quatre heures de discussion, il convainc Diane de Poitiers des avantages de disposer d'une colonie permanente sur la côte du Brésil.

À la fin de 1554, le souverain français remit au vice-amiral de Villegagnon « [Le roi Henri II] luy fit donner deux beaux navires équipez et fournis d'artillerie : et dix mille francs pour faire son voyage » (Jean de Léry, Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil, Paris, LGF, 1994, ). L'assertion de Jean de Léry est confirmée par le Registre d'expedicions faictes par le commandement du Roy, par moy, Côme Clausse, Sieur de Marchaumont, secretaire de ses finances pour les années 1551-1555, manuscrit français 5128 de la Bibliothèque nationale de France, folio 457. pour « certaine entreprise que ne voullons estre cy aultrement speciffiée ne declairée » et ordonna la préparation de cette expédition secrète à son principal ministre, Gaspard de Coligny (qui était encore catholique à cette époque). Le commandement en fut confié à Villegagnon. Bien que la dotation de l'expédition fût modeste (dix mille livres tournois), les armateurs de Dieppe (où était basé Jean Ango, armateur qui connaissait la côte brésilienne), décidèrent d'investir dans l'expédition. En raison du manque de volontaires, Villegagnon parcourut les prisons du nord de la France, promettant la liberté à ceux qui se joindraient à lui.

Pour ne pas éveiller l'attention de l'ambassadeur de Portugal en France, Villegagnon fit courir la rumeur que l'expédition était à destination de la côte de la Guinée.

L'expédition de Villegagnon (1555-1559)

Le voyage

L'expédition partit du Havre, le 12 juillet 1555. En raison des conditions météorologiques, elle fut obligée de rentrer à deux reprises à Dieppe, d'où elle partit définitivement le . Elle était composée de deux navires principaux et d'un autre plus petit destiné au ravitaillement, dans lesquels s'entassaient près de six cents personnes. Le capitaine de navire de cette expédition était Nicolas Barré. Villegagnon était accompagné par son adjoint, son propre neveu, Legendre de Boissy, seigneur de Bois-le-Comte. L'expédition était protégée par une petite garde personnelle composée d'Écossais. L'expédition comprenait en outre un Indien Tabajara, en qualité d'interprète, que son épouse accompagnait. André Thevet prit aussi part à l'expédition, et laissa un récit des premiers moments de l'établissement colonial dans un ouvrage qui est avant tout une description de l'environnement et des populations du Brésil : Les Singularitez de la France antarctique. Il retourna en France le pour raisons de santé, et devint par la suite le principal cosmographe du roi Charles IX.

Parmi les passagers, le capitaine de navire, Nicolas Barré, un ancien pilote, qui laissa également un récit de l'expédition (Discours de Nicolas Barré sur la navigation du Chevalier de Villegagnon en Amérique, Paris, Le Jeune, 1558), et deux bénédictins connaissant la botanique, qui créèrent la première école catholique de la région de Guanabara.

L'objectif de l'expédition était d'installer un noyau de colons pour prendre en charge le commerce avec la métropole, et de jouer un rôle d'intermédiaire dans le commerce maritime avec les Indes.

Après avoir été repoussés des Îles Canaries par l'artillerie et la garnison espagnole de Tenerife, ils atteignirent la côte brésilienne, près de Armação dos Búzios, le . Le , l'expédition toucha terre dans la baie de Guanabara, près de l'actuelle Rio de JaneiroJean de Lery, Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil, Paris, LGF, 1994, (chronologie établie par Frank Lestringant)..

Établissement dans la baie de Guanabara

Une fois en possession de l'île de Serigipe (ou île Villegagnon) située dans la baie de Guanabara, choisie pour être le lieu de défense de l'Établissement, les colons y débarquèrent, et bâtirent le fort Coligny..

Des logements en terre furent construits. Les hommes, armes, munitions et outils furent débarqués. Malgré les difficultés de la main-d'œuvre européenne, une fortification fut construite en trois mois, avec l'aide des Indigènes. Le Fort Coligny disposait de cinq batteries pointées vers la mer. Après quelques mois, cependant, la main-d'œuvre indigène se fatigua des présents qu'elle recevait, ainsi que de l'excès de travail, sachant que les Français évitaient les tâches les plus lourdes.

Les difficultés

Après quelques mois, comprenant la précarité de sa situation, il sollicita du souverain l'envoi de trois à quatre mille soldats professionnels et de centaines de femmes à marier sur place, et d'ouvriers spécialisés.

Le , deux jours après le départ de Bois-le-Comte et d'André Thevet pour la France, se produisit la première révolte de la France antarctique. Trente conjurés, ayant pour chef un interprète normand qui avait été contraint de se marier avec une indigène, planifièrent l'assassinat de Villegagnon, qui était défendu par à peine huit gardes écossais.

Ils pensèrent pouvoir compter sur un des gardes, insatisfait de sa situation, en lui promettant une forte somme d'argent. Cependant, le garde ne leur fit pas confiance et prévint Nicolas Barré. La conspiration dénoncée fut sévèrement réprimée. Le chef s'évada, deux conspirateurs furent jugés par le Conseil de la colonie et pendus, les autres recevant des peines moindres.

Villegagnon exigea le mariage devant notaire des Français avec les femmes indigènes avec lesquelles ils entretenaient des relations. De nombreux Français s'échappèrent et allèrent vivre en forêt avec les Indiens. Certains furent mariés de force, d'autres se rebellèrent et furent punis et même menacés de mort.

La discipline devenant un problème évident, le mécontentement allait croissant parmi les colons. De nombreux profitaient du passage de navires de commerce pour retourner en France. Villegagnon était encore en conflit avec ses alliés Tupinambás au sujet de l'anthropophagie que ces derniers pratiquaient.

Selon la lettre de Villegagnon au duc de Guise, six cents français vivaient dans la colonie. Le commerce français avec la baie de Guanabara, à l'époque, se développait déjà régulièrement.

Le refuge huguenot

Entretemps, le protestantisme se développait en France. Comme de nombreux gentilshommes de son époque, Villegagnon s'intéressait de plus en plus aux idées religieuses nouvelles. C'est ce qui le poussa à demander à Calvin l'envoi de pasteurs pour la colonie. Humaniste, il aurait eu pour projet de fonder au Brésil un refuge pour les protestants pourchassés en France.

Une nouvelle expédition fut alors mise sur pied par un noble calviniste, Philippe de Corguilleray, avec à son bord deux pasteurs, Pierre Richer, âgé d'une cinquantaine d'années, et Guillaume Chartier, jeune étudiant de théologie de Genève. Outre ces deux, faisaient partie de l'expédition le cordonnier Jean de Léry – qui fera plus tard un récit de son voyage – et neuf autres personnes. L'expédition fut financée par Coligny et Villegagnon, et prit le départ le . L'expédition transportait près de trois cents personnes, dont cinq jeunes filles qui devaient se marier au Brésil. Les trois navires, commandés par Bois-le-Comte, ne purent se ravitailler aux Canaries, et obtinrent les vivres nécessaires en prenant d'assaut des navires espagnols et portugais. L'eau et la nourriture furent rationnées. Le voyage fut marqué par une certaine indiscipline des passagers. Après un court séjour à Cabo Frio le , l'expédition arrive à Guanabara le .

Bien que déçu par la teneur de ce renfort, Villegagnon accueille les nouveaux venus avec affabilité. Cependant, dans une lettre à Calvin du , il expose ses difficultés. Villegagnon, qui ne souhaite pas rompre avec le catholicisme, constate sa méprise et entre très vite en conflit sur le plan théologique avec les pasteurs envoyés. À cette époque, les tensions religieuses s'intensifiaient en France ; comme beaucoup d'hommes intéressés par la Réforme, Villegagnon se heurte à la théologie calviniste. Il ferait partie des moyenneurs, ceux qui sont entre deux chairesArlette Jouanna (dir.), Histoire et dictionnaire des guerres de religion, 1559-1598, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1998, p. 1365.. Le débat s'envenime et Villegagnon contraint les calvinistes qu'il considère désormais comme des hérétiques, à aller vivre sur la terre ferme, auprès des indigènes Tupinikin.

Quand les pasteurs calvinistes retournèrent en France au début de l'année 1558, Villegagnon disposait seulement de 80 hommes, Écossais et Français. En 1559, ayant à faire face à des accusations, Villegagnon retourna en France pour se justifier. Il laissa son neveu, Bois-le-Comte, à la tête de la colonie.

L'expédition de 1560 thumb|Schéma de l'attaque de Mem de Sá de 1560 (dessin anonyme de 1567).