Le siège de Khe Sanh est une bataille de la Guerre du Viêt Nam qui opposa l'Armée américaine à l'Armée populaire vietnamienne (APVN) et les troupes du Front national de libération du Sud Viêt Nam (FNL, alias Viêt Cong ou VC). Elle se déroula au début de 1968, durant la fameuse Offensive du Tết. Commencée le , elle dura 77 jours. Conclue par une victoire américaine, elle n'eut cependant pas de conséquences stratégiques claires.

La base Situation

La base américaine de Khe Sanh se trouvait dans le nord de la République du Viêt Nam (Sud Viêt-Nam), à de Hué sur la côte, et au commencement de la zone montagneuse. Elle était à peine à de la frontière laotienne et seulement au sud de la zone démilitarisée qui séparait le Nord et le Sud du Viêt Nam.

Naissance de la base

En , les premières unités spéciales des forces américaines commencèrent à construire, non loin de la place de Khe Sanh, ce qui ne devait être initialement qu'un centre de formation pour les combattants, à proximité d'une ancienne plantation coloniale. Le reste de l'année 1962, les troupes de la base furent renforcées. Dès , une piste d'aviation longue de 400 mètres fut construite. La base fut progressivement développée massivement et renforcée. Elle servit de point de départ pour des explorations contre la piste Hô Chi Minh, dans la région, et même au-delà de la frontière laotienne. Elle permit également de contrôler l'une des grandes vallées qui conduisait du sud-est du Laos jusqu'à la base de Da-Nang, ainsi que de surveiller la zone démilitarisée entre le Nord et le Sud du Viêt Nam.

La base de combat

thumb|left|Carte : Plan de la base de Khe Sanh

La base de combat, elle-même, s'étendait sur environ le long du et d'un plateau. L'élément central était une piste de m de long qui avait été construite avec des plaques d'aluminium et permettait à des avions gros porteurs, tels les C-130 Hercules, de décoller et d'atterrir. La piste ne disposait pas de voie de circulation aussi les avions devaient tourner sur la piste principale afin de se positionner.

Au sud de la piste, il y avait les logements et les postes de commandement du de marines, des rangers, ainsi que les postes de commandement de l'artillerie de champ et le contrôle d'aérodrome. Du côté est de la piste, il y avait le stock de munitions de la base. La base disposait également d'un deuxième dépôt de munitions plus au sud.

Les défenseurs disposaient de 18 obusiers M101 de avec de portée, 6 obusiers M114 de avec de portée ainsi que de six mortiers M30 (en) de avec m de portée. À cela, s'ajoutaient des canons automoteurs M107 (en) à longue portée de , disposés au lieu-dit « Rockpile » et dans le « camp Carrol », qui pouvaient prendre les voies d'accès à la base sous leurs feux. Pour la défense directe de la base, cette dernière disposait de 6 chars lourds M48, 10 blindés chenillés à canons multiples M50 Ontos, 4 blindés chenillés antiaériens M42 Duster ainsi que plusieurs camions équipés de mitrailleuses lourdes M2.

En outre, les marines occupaient les collines 881 qui étaient situées au nord de la base, ainsi que les collines 861 et le plateau au sud, et surveillaient les collines 558 qui fermaient la vallée du fleuve Rào Quán. Sur la colline 950, à l'est du fleuve, un poste de relais de radio était installé (voir la carte 3). D'autres collines étaient occupées, comme la colline 64 qui s'élevait dans la plaine, et d'où les marines pouvaient fournir un soutien d'artillerie à une grande partie de la base.

Prémices de la bataille

thumb|Situation de la base

Lors de l'opération Scotland, à la fin de 1967, de multiples patrouilles autour de la base ainsi que les opérations de surveillance électronique Niagara I, avaient mis en évidence des regroupements de Vietnamiens placés sous le commandement de la , ayant déjà servi contre les Français à Ðiện Biên Phủ, et passant par l'est de la zone démilitarisée, dans la région de Khe Sanh.

Le général Westmoreland fit alors renforcer les troupes de Khe Sanh pour pouvoir résister à une éventuelle attaque. Tout comme les Français avaient cherché une bataille décisive à la bataille de Điện Biên Phủ, il comptait se servir de Khe Sanh pour arracher la décision dans le conflit avec la République démocratique du Vietnam (Nord Viêt-Nam). Les Vietnamiens consentirent aussi volontiers, qu'une victoire lors de la bataille à Khe Sanh sur les Américains, aurait ouvert la voie au contrôle de la région par les troupes de Hô Chi Minh et aurait facilité ainsi l'approvisionnement des VC dans le sud.

Dans les jours qui suivirent, des attaques sporadiques eurent lieu contre des positions des Marines autour de Khe Sanh. Ces derniers ne restèrent pas inactifs, et entreprirent plusieurs contre-attaques contre les positions vietnamiennes, dont les positions d'artillerie installées sur une colline au nord-ouest de la base. Une attaque du de Marines, le , la veille du début du siège, parvint presque à repousser l'ennemi de la colline 881 au nord. Mais ce même jour, un agent de renseignement vietnamien travaillant pour les Américains prévint la base d'une attaque massive imminente, et les troupes américaines furent retirées et placées en défense, alors que la base passait en état d'alerte maximal.

La bataille Les forces en présence

Les forces alliées sont constituées des unités suivantes (effectifs entre parenthèses) : Compagnie de commandement, d'infanterie du corps des Marines (191) bataillon, d'infanterie du corps des Marines (1 301) bataillon, d'infanterie du corps des Marines (1 254) bataillon, d'infanterie du corps des Marines (1 279) bataillon, d'infanterie du corps des Marines (1 192) bataillon, (d'artillerie) du corps des Marines (397) Forward Operation Base 3, forces spéciales (588) bataillon de Rangers Sud-Vietnamien (318)

Les forces nord-vietnamiennes sont constituées des unités suivantes : division division 324B division 325C division régiment indépendant régiment d'artillerie régiment d'artillerie régiment d'artillerie régiment d'artillerie régiment d'artillerie régiment d'artillerie anti-aérien régiment d'artillerie anti-aérien régiment d'artillerie anti-aérien régiment de sapeurs bataillon blindé (équipé de chars légers PT-76) bataillon indépendant de sapeurs bataillon indépendant de communication

Début de la bataille

thumb|left|Bunker typique entouré de sacs de sable, et dépôt de carburant brûlant à l'arrière-plan

Le , peu après minuit, la colline 861 est bombardée par les mortiers nord-vietnamiens. Peu après, des sapeurs tentent de faire sauter les positions des Marines sur le sommet tandis que des troupes d'infanterie attaquent. Les assaillants sont toutefois repoussés, entre autres parce qu'ils ont négligé la colline 881 au sud, et se sont trouvés le temps de l'attaque sous le feu d'autres positions de marines, plus élevées. À 5 h 30, le bombardement des mortiers et de l'artillerie positionnés sur les montagnes environnantes commence sur la base elle-même. Un des premiers obus atteint le dépôt de munitions principal, dans lequel plus de tonnes de munitions, soit 90 % des réserves de la base, étaient stockées. Des explosions énormes se succèdent à l'intérieur, durant plus de 48 heures, tuant 18 soldats américains et en blessant grièvement 43 autres. Des troupes nord-vietnamiennes attaquent dans le même temps le village de Khe Sanh, tenu par des marines et des rangers sud-vietnamiens. La première attaque brise la défense mais une contre-attaque reste toujours possible. Après une deuxième attaque, les défenseurs se retirent à l'intérieur de la base abandonnant le village aux Nord-Vietnamiens. Les jours suivants, les Vietnamiens effectuent des explorations armées jusque dans les lignes de défense des marines, mais la grande attaque attendue ne peut être lancée. Au lieu de ça, les canons de l'artillerie nord-vietnamienne continuent à bombarder la base, sur laquelle tombent 300 obus par jour.

L'offensive du Têt qui vient de commencer prend l'armée américaine par surprise. Les services de renseignements avaient prévu une bataille, mais pas une offensive généralisée. L'offensive du Têt mobilise toute l'armée américaine rendant impossible l'envoi immédiat de secours à Khe Sanh. Les soldats américains encerclés dans la base, avec des munitions réduites, sont donc en fâcheuse posture.

Khe Sanh sous les bombardements

thumb|Le président Lyndon Baines Johnson se fait décrire par ses conseillers la situation autour de Khe Sanh.

Les bombardements par l'artillerie nord-vietnamienne durant les deux mois suivants deviennent une habitude pour les marines assiégés. Pour faire face aux bombardements, les marines consolident leurs cantonnements et leurs abris, qui peuvent résister à des obus de mortiers et d'artillerie légère, et construisent un réseau de tranchées et de fossés dans toute la base.

L'approvisionnement de la base s'est organisé difficilement durant les deux mois et demi suivants. Les rations des soldats doivent être limitées. Les soldats dorment dans la boue, souvent avec les rats. Malgré les consolidations, les coups au but de l'artillerie font toujours des blessés et des morts. En raison du début de la saison des pluies, les cantonnements, ainsi que toute la base, se transforment vite en un paysage complètement boueux.

Les assiégés sont soumis à une forte pression psychologique, attendant à tout moment une nouvelle attaque des Nord-vietnamiens dissimulés dans les montagnes environnantes. Les duels d'artillerie entre les canons de la base et ceux des Nord-vietnamiens sont longs et fréquents.

À la Maison-Blanche, le président Johnson se tient informé tous les jours de la situation au moyen d'un modèle réduit de la base. Les chefs d'état-major lui assurent qu'il faut tenir la base. Pour la première fois depuis le début de la guerre du Viêt Nam, le centre de crise de la Maison Blanche est ouvert 24 heures sur 24.

Combats à Lang Vei

left|thumb|Plan de la bataille de Lang Vei

Le camp de Lang Vei a été créé lorsque les forces spéciales ont rejoint la base de Khe Sanh en 1966. Ce camp était situé à environ 9 kilomètres de la base, proche du Laos. Dans les deux années qui suivirent son implantation, jusqu'en 1968, un petit camp s'y était développé. Il existait 4 positions de défense construites en X, à l'intérieur desquelles se trouvait un centre de commandement en béton armé. La base avait été entourée de fils de fer barbelés et d'un champ de mines de 50 mètres de largeur. Les positions de défense étaient renforcées avec des poutres de bois et des sacs de sable, et possédaient une très bonne ligne de tir. La protection de feu mutuelle était aussi possible.

Le camp était défendu par environ 200 bérets verts. Quatre canons de sans recul étaient disponibles, ainsi que deux de , deux mitrailleuses M2 et, depuis le , une centaine de munitions anti-char M72. Celles-ci avaient été apportées au camp après que les reconnaissances aériennes et les rapports des auxiliaires laotiens eurent signalé des mouvements de tanks. À cela s'étaient ajoutés environ 290 irréguliers sud-vietnamiens installés depuis longtemps dans le camp de Lang Vei, à quelques centaines de mètres du camp des forces spéciales.

Le à 0 heure 42, l'attaque des Vietnamiens sur le camp commence, soutenue par 11 chars PT-76 de fabrication soviétique. Pour ouvrir le chemin aux tanks, des sapeurs les ont précédés afin de pratiquer un passage à travers les fils de fer barbelés installés autour du camp. Quand les premières fusées éclairantes illuminent le ciel, les défenseurs prennent conscience de la situation et ouvrent le feu sur les assaillants. Deux tanks sont détruits par les canons de . Toutefois, beaucoup d'armes anti-char ne fonctionnent pas correctement, ou bien les munitions n'explosent pas lors de l'impact. Les Vietnamiens, disposant toujours de tanks, manœuvrent autour des épaves et réussissent à briser la défense extérieure du camp.