Gaston-Louis Roux né le à Provins et mort le à Paris est un artiste peintre, dessinateur et graveur français.
Biographie Jeunesse
Gaston-Louis Roux est le second enfant - son frère Lucien est de trois ans son aîné - né le au 15, place Saint-Ayoul à Provins du mariage d'Armand Roux, alors commis de banque - il sera plus tard marchand de vins en gros puis agent d'assurances - et de Marie-Louise Gozdik, couturière d'ascendance polonaiseArchives de la Seine-et-Marne, commune de Provins, acte de naissance , année 1904 (avec mention marginale de décès) (page 8/268)..
La famille vit à Provins jusqu’à la fin de la guerre 1914-1918, s’installant alors à Paris où l'adolescent suit de brillantes études jusqu’au collège mais ne souhaite cependant pas poursuivre dans cette voie. Il est en effet attiré par le dessin et la peinture et, déclinant la bourse d'études dans l'enseignement secondaire qui lui était proposée, entre en 1919, malgré l'avis opposé de ses parents, à l’Académie Ranson où il a comme professeurs Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel, Paul Sérusier et Édouard Vuillard. Il y demeure jusqu’en 1922 où il rejoint Raoul Dufy en tant qu'assistant décorateur. En 1924, il effectue son service militaire au service de santé du Val-de-Grâce où il est chargé de la réalisation de planches d'anatomieGalerie 2080, Gaston-Louis Roux.
De Malraux à Kahnweiler En 1926 commence pour Gaston-Louis Roux une carrière de dessinateur grâce à André Malraux et à Pascal Pia qui lui confient des travaux d’illustration (Les souvenirs d’égotisme, de Stendhal ; Les exploits d’un jeune Don Juan d’Apollinaire ; Les Lettres de Mérimée)
En 1927, il fait la connaissance d’Élie Lascaux et d’André Masson qui le présentent à Daniel-Henri Kahnweiler. Ce dernier dirige la galerie Simon et prend aussitôt le jeune peintre sous contrat. Gaston-Louis Roux rencontre alors les artistes de la galerie, dont Pablo Picasso qui, selon James Johnson Sweeney et , aurait été largement inspiré par ses dans sa période de Dinard, le peintre espagnol (1893-1970) avec qui il effectue un long séjour dans le Midi de la France en 1930 et de nombreux écrivains parmi lesquels Paul Éluard, Max Jacob, Carl Einstein ou Vicente Huidobro. En 1929, Kahnweiler lui offre sa première exposition individuelle, préfacée par Roger Vitrac qui l'y définit comme , trouvant dans ses - comme dans son tableau L'arracheur de dents - l'illustration de ..
La crise de 1929 dont les effets se font sentir plus tardivement en France conduit cependant la galerie Simon à interrompre en 1932 les versements qu’elle fait à ses peintres. Quelques jours avant Noël 1933, Daniel-Henri Kahnweiler confirmera du reste à Gaston-Louis Roux : Pierre Assouline, L'homme de l'art - D. H. Kahnweiler, 1884-1979, éditions Balland, 1988, ..
Mission Dakar-Djibouti
Sans travail, sans perspective d’en trouver un et désirant mettre fin à une liaison sentimentale, Gaston-Louis décide, accompagné de la linguiste Deborah Lifchitz (Kharkiv, 1907 - Auschwitz, 1942), de participer, comme peintre, à la mission « Dakar-Djibouti ». dont fait partie son ami, l’ethnologue Michel Leiris. L'odyssée, épique, impose à l'artiste une polyvalence inattendue : .
Mais surtout, Roux rapportera les fresques - datées de la fin du , voire de 1714 selon qui voit en elles Wilhelm Staude, « Les peintures de l'église d'Abba Antonios (Gondar, Abyssinie) », Gazette des Beaux-Arts, n°13, février 1935, Wilhelm Staude, « Étude de décoration picturale des églises Abba Antonios de Gondar et Dabra Sina de Gorgora », Annales d'Éthiopie, n°3, 1959, - qu'avec Marcel Griaule il a démarouflées en l’église Abba Antonios, construite sous le règne de Yohannès I au nord-ouest de Gondar, y laissant en lieu et place les copies, selon Michel Leiris, qu'il a fidèlement exécutéesMarcel Griaule, « Peintures abyssines », Minotaure, n°2, éditions Albert Skira, juin 1933.Gaston-Louis Roux, « Un peintre français en Abyssinie », La Bête noire, n°5, octobre 1935, , un vieux peintre abyssin Marcel Griaule, « Mission Dakar-Djibouti, rapport général (juin à novembre 1932) », Journal des Africanistes, n°2, 1932, , le prêtre Kasa, œuvrant à ses côtésClaire Bosc-Tiessé et Anaïs Wion, « Christianisme éthiopien : pratiques artistiques et religieuses » dans, sous la direction d'Éric Jolly et Marianne Lemaire, Cahier Dakar-Djibouti, Les Cahiers, 2015, devenant son meilleur ami parmi ses compatriotes et l'appelant « Abba Fatanou » (littéralement : Père qui travaille vite).
Initialement déposées au Musée de l’Homme - parmi elles, la Lapidation d'un martyr chrétien (très vraisemblablement Saint Étienne)Michel Leiris, Miroir de l'Afrique, collection « Quarto », Gallimard, 1996, : « L'Afrique fantôme, journal, 3 août 1932 » ; : Lapidation d'un martyr chrétien, photographies de la fresque originale du et de la copie réalisée par Gaston-Louis Roux en août 1932. -, les fresques originales sont actuellement conservées au musée du Quai Branly - Jacques-Chirac<ref name="PIG">Philippe Piguet, « Gaston-Louis Roux », Encyclopædia Universalis]</ref>J. J., « Le fonds Gaston-Louis Roux », Gradhiva - Revue d'histoire et d'archives de l'anthropologie, 1986, Lynne Thornton, Les africanistes, peintres voyageurs, 1860-1960, ACR édition, 1990, .Détours des mondes, Abba Antonios au Musée du quai Branly, 12 août 2007.
Retour à Paris - Peinture et radiophonie
Dès son retour, il se remet à la peinture et retrouve ses amis poètes Jacques Baron, Robert Desnos et Roger Vitrac. Avec certains d’entre eux, il devient alors membre du premier jury du prix des Deux Magots créé par Martyne, bibliothécaire de l’École nationale supérieure des beaux-arts, lequel est attribué à Raymond Queneau pour son premier roman Le Chiendent en 1933. Il fréquente également Jacques et Pierre Prévert ainsi que Georges Bataille et de nombreux surréalistes, sans toutefois adhérer au mouvement.
En 1935, il épouse Pauline Chenon (1914-2015) et s’installe à Luxembourg avec elle : tous deux ont en effet accepté des postes de speakers à Radio Luxembourg. En 1936, cependant, il revient à Paris : Zette Leiris et Armand Salacrou lui ont proposé un poste à Radio Cité (Paris).
Infirmier dans un train sanitaire au début de la Seconde Guerre mondiale, il a la chance de pouvoir gagner la Zone libre au moment de la débâcle puis de rejoindre Paris après la démobilisation. Une période noire s’ouvre alors pour lui : il a quitté Radio Cité en raison de la ligne collaboratrice adoptée et se retrouve sans travail. Le monde qui l’entoure le plonge dans un état de dépression profonde, il continue à peindre mais difficilement et sa peinture auparavant pleine d’invention et de gaîté se fait souvent lugubre. Il tire ses revenus de l’illustration d’ouvrages (États de veille, de Robert Desnos ; Chansons de Robert Ganzo.). En 1943, il réussit cependant à se faire engager comme speaker par l’Union des aveugles de guerre. Son fils Philippe est né en 1941, sa fille Catherine en 1944 : il veut assurer un revenu stable à sa famille.
À la fois lecteur et directeur du service du « Livre parlé », il met progressivement à la disposition des aveugles des milliers d’ouvragesMichel Ferez, « Le disque au service du livre », Le Monde, 31 janvier 1968. Travaillant dans cet organisme l’après-midi, il consacre ses matinées à la peinture, en toute indépendance. Jusqu’à un âge avancé, il continue d'ailleurs à enregistrer des livres pour cette institution à laquelle il reste attachéOn cite parmi les livres dont Gaston-Louis Roux est ainsi narrateur Aussi loin que mes pas me portent de Josef LMartin Bauer, Le loup et le léopard de Jacques Benoist-Méchin, Histoire de la flibuste de Georges Blond, Le drame de Sainte-Hélène d'André Castelot, Dossiers secrets d'Alain Decaux, L'Adieu aux armes d'Ernest Hemingway, Terre d'amour et de feu de Joseph Kessel, Les Libertadors de Jean Lartéguy, L'Espion qui venait du froid de John Le Carré, Philippe Auguste et ses trois femmes d'Antoine de Lévis-Mirepoix, Les lionnes d'or d'Éthiopie d'Henry de Monfreid, La vie quotidienne en Égypte au temps de Ramsès de Pierre Montet, Les cavaliers du Kham de Michel Peissel, La dernière bataille de Cornelius Ryan, La chute du tsarisme et L'ascension de Michel de Saint-Pierre, Survol de l'histoire de l'Europe de René Sédillot, Les Cosaques et La Mort d'Ivan Ilitch de Léon Tolstoi, La tragédie du Général de Jean-Raymond Tournoux…, sans doute par le besoin de communiquer avec ceux auxquels il ne peut montrer sa peinture.
L'après-guerre et le retour à la figuration À la Libération, ses relations avec la galerie Simon, devenue la galerie Louise Leiris, reprennent. Une exposition, dont le catalogue est préfacé par Georges Bataille, a lieu en 1947. Mais la longue période de doutes et de troubles qui va de 1929 à 1944 fait que Gaston-Louis Roux a changé. Il ne veut pas rester prisonnier de la peinture qui lui a valu la notoriété dans sa jeunesse. Il a besoin de passer à autre chose et la figuration s’impose de plus en plus à lui. La rupture aura lieu en 1949-1951 mais il reste à la galerie Louise Leiris qu’il décide de quitter en 1956. Il se rapproche à cette époque de Jean Hélion qui, après une période abstraite, est lui aussi revenu à la peinture figurative et qui, dans leur correspondance suivie, l'encourage quant à cette où il vient de s'engagerMarie Perrier, Gaston-Louis Roux, maîtrise d'histoire de l'art contemporain, Université Michel-de-Montaigne Bordeaux III, 2003-2004..
Il est soutenu de même dans sa démarche par son ami Alberto Giacometti qu’il connaît depuis les années 1930 et par un groupe d’écrivains, de peintres, de sculpteurs et d’amateurs comme Pierre Bruguière qui va créer une dizaine d’années plus tard la « Rue de Bourgogne » pour tenter de promouvoir les peintres qu’il aime. Dans ce cadre nouveau, Gaston-Louis Roux fait notamment la connaissance du poète Yves Bonnefoy - qui l'évoquera dans son livre Un rêve fait à MantoueYves Bonnefoy, Un rêve fait à Mantoue, Mercure de France, 1967. - ou des sculpteurs Raymond Mason (1922-2010) - dont l'épouse, la galeriste Janine Hao, accueillera plusieurs expositions personnelles de Gaston-Louis Roux - et surtout (1927-2019) qui deviendront des amis.
Schématiquement son œuvre s’ordonne désormais autour de deux lieux principaux : son atelier, et le lieu où il passe l’été. Dans un premier temps, c'est donc l’impasse Ronsin pendant l’hiver et l'île de Ré) pendant l'été où, entouré de sa famille, il retrouve l'écrivain Georges Limbour. Sa peinture s’attache à montrer l’espace où son quotidien s’inscrit et la lumière de ses paysages reflète alors les lumières adoucies des rivages atlantiques.
Entre Seynes et Paris
En 1970, il doit quitter son atelier parisien du 6, impasse Ronsin, ce qui constitue pour lui une nouvelle rupture, double d’ailleurs. Craignant en effet de ne pouvoir se reloger à Paris, il achète une maison en ruine dans le Gard, au centre du village de Seynes, dans les Garrigues, au pied du Mont Bouquet, non loin d’Uzès. Mais André Malraux et Louis Chevasson interviennent et il peut s’installer au 9, rue Ricaut (), dans un immeuble destiné aux artistes que les HLM de la Ville de Paris viennent de construire.