Eurydice Dosne, qui peu satisfaite de son prénom mythologique se fait appeler Sophie Dosne, née le à Paris et morte le à Passy, est la belle-mère et l'égérie d'Adolphe Thiers, président de la République française du au .
Ayant toujours participé activement à la vie publique de son gendre et tenu son salon place Saint-Georges, elle a laissé des mémoires spontanés et vivants, publiés en 1928 par Henri Malo en deux volumes sous le titre : Mémoires de Madame Dosne, l’égérie de M. Thiers, qui donnent des informations inédites sur le détail des incidents qui ont marqué les périodes de crise de la vie ministérielle de Thiers. Biographie Fille d'Antoine Matheron et d'Eulalie Lotelier, elle grandit dans la boutique de parapluies (ou de draps) de ses parents, 1 rue des Victoires, IVe arrondissement de Paris. Ses parents la marient à dix-sept ans à Alexis Dosne, agent de change, qui fait fortune sous la Restauration en spéculant sur les terrains. Le ménage a deux filles, Eulalie-Elise née en 1818 et Félicie née en 1823. Charles de Rémusat ministre de l’Intérieur de Thiers en 1840 écritCharles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Perrin, 2017, p.129. :
vignette|redresse|Adolphe Thiers à 33 ans. En 1827, Adolphe Thiers se lie d'amitié avec la famille Dosne. Alexis Dosne est « un parfait financier : une tenue irréprochable, une perruque soignée, un grand luxe de tabatières, une fortune suffisante, sagement conduite (...) probe et loyal, sans prétention, sans esprit, de bonnes manières, tranquille, accommodant, silencieux; je crois que dans cette maison une liberté conjugale à peu près absolue était regardée comme une des premières bienséances de la société et l'on ne manquait pas aux bienséancesCharles de Rémusat, Mémoires de ma vie, Plon, 1960, p.55. ».
A cette époque, reçoit dans un modeste salon où cinq ou six amis tiennent à l'aise. Alexis Dosne obtient en 1830 le poste de receveur principal à Brest. Thiers devient l'amant de Mme Dosne qui a deux ans de plus que lui. Rémusat poursuit :
Après avoir protégé le jeune journaliste, devient l’égérie de l’homme d’Etat naissant. En 1833, elle imagine de le marier à sa fille aînée qui a quinze ans.
La famille Dosne s’installe dans son hôtel de la place Saint-Georges, qui abrite aujourd'hui la fondation Dosne-Thiers et le beau-père passe à sa demande et grâce aux relations de Thiers de la recette générale de Brest à celle de Lille, une des plus rémunératrices de France. Il est élu régent de la Banque de France en 1836 et meurt de choléra en 1839.
A l'hôtel Saint-Georges, tient avec ses filles le salon de Thiers toujours très fréquenté.
C'est toujours elle qui préside les dîners offerts par son gendre. Le , elle reçoit le futur Napoléon III et le prince Napoléon :
meurt en 1869, laissant ses filles et son gendre dans un abattement extrême.
Les Mémoires vignette|L'hôtel Thiers en 1846 (gravure par Daubigny a toujours participé activement à la vie publique de son gendre qui la tient informée quotidiennement de ses activités. Elle se mêle avec ardeur aux élections où Thiers est candidat, le conseillant sur le choix des ministres (il lui arrive même un jour d'en faire unVictor Destutt de Tracy dans le premier ministère Barrot (Mémoires, T2, p.20)), présentant des observations dont on tient compte lorsque Thiers rédige le manifeste que doit publier le prince Louis-Napoléon. « Pas un secrétaire, pas un agent électoral n'aurait agi avec plus de dévouement, de zèle intelligent, d'adresse, prenant des initiatives au besoin et ne se trompant pas », écrit Henri MaloMémoires de Madame Dosne, T.1, introduction, p.XX..
Prévoyant qu’un jour Thiers écrirait ses Mémoires (il ne l’a pas fait, n’en ayant pas eu le temps), elle a pris des notes pour fixer ses souvenirs. Ces notes, spontanées et vivantes, sont consignées au jour le jour, aussitôt que Thiers lui a raconté les événements. Lorsqu'elle n'est pas sûre, elle note : « Consulter M. Thiers sur cette conversation. » Certains passages sont relus par Thiers qui y apporte des corrections. Elle épingle aux pages de son manuscrit les billets griffonnés que Thiers, au feu de l'action, lui envoie de la Chambre.
Les cahiers de souvenirs les plus détaillés vont de 1832 à 1849. Ceux relatifs aux années 1850 et 1851 ont été brûlés par elle lors du coup d'État, entre l'arrestation de Thiers le et la perquisition qui eut lieu quatre jours plus tard. Elle reprend la rédaction de ses souvenirs en 1852 au retour d'exil de Thiers et suit, découragée, le cours des événements et la vie parlementaire, mais avec des intervalles de plusieurs mois et même d'années sans rien noter.
De nombreuses conversations de Thiers avec Louis-Philippe sont rapportées et peignent le roi - qui appelle Thiers "mon cher petit président" - au naturel. Certaines réplique du roi sont amusantes : « Adieu, je vais voir le vieux qui m'attend », dit-il à Thiers (le vieux, c'est Talleyrand) ou, envisageant une éventualité peu séduisante et associant (non sans malice) Mme Dosne à ses préoccupations: « Nous serions tous perdus, vous, moi, mes fils, ma famille, ma femme, votre femme, votre belle-mère ! »Mémoires de Madame Dosne, T.1, p.18;
La révolution de 1848 s'ouvre sur une scène révolutionnaire où une foule d'émeutiers envahit l'hôtel de Thiers d'un intérêt certain au point de vue des mœurs et du pittoresque.
, qui a été élevée dans la boutique de ses parents, fréquente les personnalités les plus aristocratiques de son temps, de Talleyrand à qui elle rend visite avec Thiers à Valençay, à la reine Amélie qui lui écrit ou à Mme Adélaide avec qui elle quête à Saint-Roch, du prince Louis-Napoléon au roi Jérôme et à la princesse Mathilde qu'elle reçoit à l'hôtel Saint-Georges. Dans ses Mémoires, elle trace d'eux des portraits enlevés, disant ce qu'elle pense avec verdeur et sans mâcher ses expressions :
Ses mémoires se terminent le (Thiers est en ballottage à Paris) par ces dernières phrases:
Elle meurt deux mois plus tard le .
Œuvre Mémoires de Madame Dosne, l'égérie de M. Thiers, publiés avec une introduction et des notes par Henri Malo, deux tomes, Librairie Plon, 1928 - ,
Correspondances
Notes et références
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