Le buste en or de Marc Aurèle est retrouvé le à Avenches, commune vaudoise de l'ouest de la Suisse. Haut de et lourd de , c'est le plus grand buste d'un empereur romain en or connu et il est considéré comme une des découvertes archéologiques les plus importantes de Suisse.

Découvert par hasard lors d'une fouille des canalisations du sanctuaire du Cigognier d'Aventicum, le buste est conservé par précaution à la Banque cantonale vaudoise de Lausanne ; une copie fait partie de l'exposition permanente du musée romain d'Avenches. L'original n'est exposé qu'une douzaine de fois dont notamment lors de deux expositions avenchoises, en 1996 et 2006. Le buste semble avoir été créé par un orfèvre de la région d'Aventicum, bien que la rareté des bustes antiques en métaux précieux empêche une analyse claire de son style.

Initialement interprété comme représentant l'empereur Antonin le Pieux, le buste est le plus souvent considéré comme celui de son successeur, Marc Aurèle, dans les dernières années de sa vie. L'interprétation du buste, réalisée en étudiant les portraits d'empereurs romains à partir de bustes et de la numismatique d'époque, est cependant contestée par Jean-Charles Balty, qui pense qu'il représente l'empereur Julien.

Histoire vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc de deux hommes tenant une statuette au-dessus d'un trou.|Découverte du buste en or en 1939. vignette|alt=Vue depuis le dessus d'un champ avec plusieurs murs en ruines et deux colonnes blanches.|Le site du sanctuaire du Cigognier, où le buste a été retrouvé en 1939. Le buste en or est découvert le à Avenches par des chômeurs de Lausanne participant à un programme d'occupation en partie organisé par l'association Pro Aventico qui gère le patrimoine antique d'Avenches. Ils sont alors sous la direction de l’archéologue cantonal Louis Bosset, du conservateur du musée romain d'Avenches Jules Bourquin et du directeur scientifique du chantier André Rais depuis le ; leur mission consiste principalement à révéler les contours du bâtiment rattaché à la colonne du Cigognier. C'est lors des fouilles de l'égout du site qu'un travailleur heurte un objet métallique avec sa picoche ; le buste se trouve dans une canalisation, enfoui dans du limon et des terres noires, il est presque entièrement recouvert de calcaire. Pesant environ lors de sa découverte, le buste est la plus grande découverte d'or faite en Suisse, il est ainsi immédiatement breveté par un notaire.

Le buste est exposé sur le site du Cigognier les jours qui suivent la découverte. La nouvelle se répand très vite en Suisse, et le buste est déplacé à la banque tous les soirs afin de prévenir un vol. Des visiteurs se déplacent de tout le pays pour l'admirer, et des journaux du monde entier, tels que The New York Times ou The Illustrated London, en parlent. Entre le 21 et le , le buste est exposé à Berlin dans le cadre du sixième congrès international d’archéologie classique. Il est ensuite prêté au Kunsthaus de Zurich durant l' avant d'être envoyé au Musée national de Zurich pour être restauré. Là, trois copies en plâtre sont réalisées pour les expositions du Musée national suisse, du musée monétaire cantonal de Lausanne et du musée romain d'Avenches.

Avant le retour du buste à Avenches, les dispositifs de sécurité du musée romain d'Avenches sont évalués à la demande du Département de l'instruction publique et des cultes. Comme ils sont jugés insatisfaisants, c'est la copie qui est exposée. L'original est quant à lui placé à la Banque cantonale vaudoise de Lausanne. Cette décision s'avère être la bonne, puisque deux copies du buste ont depuis été volées lors de cambriolages, en et en .

Depuis son prêt au Kunsthaus de Zurich, le buste en or de Marc Aurèle n'a été exposé qu'à de rares occasions : en 1985 au Musée Schnütgen de Cologne, en 1991 au Musée national de Zurich, en 1991-1992 au musée d'histoire de Berne, en 1992 et 1996 au musée d'Art et d'Histoire de Genève, de 1993 à 1997 au musée cantonal d'archéologie et d'histoire de Lausanne, en 1995 au musée national hongrois à Budapest, en 2003-2004 au musée national du Danemark à Copenhague, en 2018 au palais de Rumine de Lausanne et en 2023-2024 à la villa Getty de Malibu. Il figure pour la première fois au musée romain d'Avenches en 1996 pour une exposition appelée « Bronze et or », puis constitue la pièce centrale de l'exposition temporaire de 2006.... Une copie du buste fait partie de l'exposition permanente du musée, au deuxième étage..

Lieu de découverte

Le buste est découvert sur le territoire d'Aventicum de la commune d'Avenches. Située dans le district de la Broye-Vully, dans le canton de Vaud, Avenches se trouve à d'altitude sur une colline isolée au sud de la plaine de la Broye, à au nord-est de Lausanne et au sud-ouest de Berne.. Aventicum est l'ancêtre d'Avenches, et se situe sur les flancs de la colline d'Avenches. Durant sa période faste, au , cette colonie romaine compterait environ et représente la capitale administrative et politique de l'Helvétie. Aventicum est considérée comme un des sites archéologiques les plus riches de Suisse et fait l'objet de fouilles systématiques depuis la constitution de l'association Pro Aventico en 1885..

Le territoire d'Aventicum, qui couvre , comprend entre autres un théâtre, des thermes, un amphithéâtre et un temple... C'est sur le site de fouilles de ce dernier, baptisé « sanctuaire du Cigognier », que le buste est retrouvé. Une analyse dendrochronologique des pieux de fondation du sanctuaire a permis de dater sa construction à Alors que l'empereur Vespasien a élevé Aventicum au rang de colonie plus tôt, c'est probablement pendant le règne de Trajan que le temple est édifié..

Au niveau archéologique, le site d'Aventicum diffère de beaucoup d'autres par le fait qu'une quantité inhabituelle d'objets en bronze y a été retrouvée. En effet, la cité est pillée lors d'une invasion alamane au , et il semble alors que beaucoup d'habitants, pris par surprise, n'ont pas eu le temps de mettre leurs biens en sûreté ; ils auraient ainsi privilégié les sols comme cachettes, et des incendies ont peut-être également contribué à l'ensevelissement d'objets précieux.

Le nom « sanctuaire du Cigognier » tient son origine d'un nid de cigognes présent sur la seule colonne encore debout de l'édifice. L'appellation apparaît pour la première fois en 1642, sur une gravure de Matthäus Merian, et le nid est déplacé en 1978 lors de la restauration de la colonne. Aventicum et Avenches tiennent quant à eux leur nom de la déesse celte Aventia (ou Avencia)..

Technique de fabrication Original Le buste a été travaillé à partir d'une seule feuille d'or en forme de disque, selon la technique du repoussé, et ce bien que sa taille laisse penser qu'il aurait dû être réalisé à partir de plusieurs feuilles. En 1940, l'archéologue suisse Paul Schazmann a déclaré qu'il était . Cette théorie a souvent été mise en doute, mais toutes les analyses conduites amènent à cette même conclusion. Il n'a pas non plus été fondu, comme le prouve sa faible épaisseur ; le buste ayant pris forme en étant martelé, son épaisseur varie selon le niveau de travail aux différents endroits de sa surface. Une analyse tomographique conduite en 2016 démontre que l'artisan a commencé son travail par la partie la plus étroite du buste, le cou, et l'a terminé par le torse. Le buste est fait à partir de 92 % d'or , et contient également 2 à 3 % d'argent et 2 à 3 % de cuivre. Selon un poids total de , le buste a un volume de .

Copies Les premières copies du buste sont réalisées en plâtre en . Les parois de ces bustes font alors , et la dorure est réalisée à la feuille. Une copie en plâtre datant de 1941, encore exposée au musée monétaire cantonal de Lausanne en 2006, présente un état de conservation mauvais et laisse deviner le rouge de la couche appliquée au buste avant la dorure. Selon Anne de Pury-Gysel, directrice des travaux sur le site d'Aventicum, .

Une seconde série de copies est réalisée dans les en résine Betacryl. La longévité de ces copies est également questionnée par de Pury-Gysel car, au fil du temps, la décomposition des bustes crée de petits boutons noirs à la surface. En 1992, de nouvelles copies sont faites à l'occasion de l'exposition « L'or des Helvètes » à Zurich. Trois modèles sont alors créés par galvanoplastie, avec un moule en silicone. Dix ans plus tard, le gouvernement vaudois s'aperçoit que le moule est déjà en état de décomposition. Il paraît dès lors crucial de produire un moule durable de manière à éviter, en cas de perte de l'original, de perdre également toute possibilité de réaliser des copies. Walter Frei, conservateur au Musée national de Zurich, est l'auteur de cette « empreinte » en silicone réalisée en 2003.

Description Le buste est haut de et large de . L'épaisseur de sa paroi varie entre , tandis que ses proportions sont d'environ trois quarts par rapport à un homme adulte.

La tête du buste est droite, de face, et présente ainsi un aspect symétrique et rigide peu commun des bustes antiques, les bustes en marbre étant généralement tournés légèrement d'un côté. Une comparaison avec un buste de Marc Aurèle conservé au musée du Louvre, notamment au niveau des sourcils, montre que le buste en or aurait été réalisé en miroir ; ses proportions sont inversées de gauche à droite. Les différentes parties du buste s'inspirent de modèles d'époques différentes, comme le montre par exemple son étroitesse qui rappelle des œuvres de . Les cheveux du buste sont courts et ondulés, un style datant du et en désaccord avec ce qui est connu de Marc Aurèle. Le menton du buste est quant à lui légèrement triangulaire, avec un crâne très rond et un grand front alors que Marc Aurèle est généralement montré avec un visage plus vertical et rectangulaire.

Le buste représente un homme âgé et barbu, avec deux rides horizontales sur le front et des cernes sous les yeux. Le regard hébété du buste lui confère une expression solennelle retrouvée le plus souvent sur des œuvres posthumes. L'œil gauche est légèrement plus haut que le droit, le nez possède de larges narines et la bouche est étroite. Le cou est lisse et dépourvu de musculature ou de rides. Le buste porte trois couches d'habits, dont une cuirasse romaine ornée en son centre d'une Gorgone et, sur l'épaule gauche, d'un paludamentum originellement tenu par une broche, qui a disparu et qui devait être formée d'une pierre précieuse.

Lors de sa découverte, le buste est marqué à plusieurs endroits. Une balafre sur sa joue droite ainsi qu'un enfoncement à l'arrière de la tête, corrigés lors de la restauration du buste, lui ont probablement été infligés durant son excavation. Des fissures à l'arrière de la tête et dans les cheveux, un trou au sommet et une partie arrachée sous l'épaule gauche sont par contre d'origines inconnues.

Interprétations Identification Lors de sa découverte et durant les mois qui la suivent, le buste est identifié comme représentant Antonin le Pieux. C'est Paul Schazmann, en 1940, qui voit le premier une ressemblance plus frappante avec Marc Aurèle, le fils adoptif et héritier d'Antonin.

vignette|gauche|alt=Les deux faces d'une pièce en or. D'un côté, un homme barbu est représenté de profil, tandis que de l'autre une femme tient un bâton dans une main et une sorte de trident dans l'autre.|Aureus de Marc Aurèle daté de