L’abbaye de Coupar Angus est une ancienne abbaye cistercienne située dans le village éponyme, non loin de Dundee en Écosse. Elle est fondée en 1154 grâce à un don de Malcolm IV ; au Moyen Âge, elle devient très prospère durant jusqu'au milieu du , au point d'être le plus important établissement cistercien d'Écosse.
À partir de 1350 environ, elle commence à décliner durant deux siècles environ. En 1562, elle passe sous le régime de la commende et elle est définitivement dissoute en 1606.
Par la suite, la plus grande partie des bâtiments est détruite, et il ne reste plus que d'infimes restes de l'abbaye dans le cimetière du village. En revanche, si les restes architecturaux sont très modestes, de nombreux documents traitant de l'abbaye ont survécu.
Localisation et toponymie L'abbaye est située dans la vallée de où coule l'Isla. Elle est localisée plus précisément à la sortie sud-est du village de Coupar Angus, sur la A923 (), à l'emplacement de l'actuel cimetière ..
Le nom de Coupar dériverait possiblement du gaélique Cul-Bharr, signifiant « revers de la crête » .. D'autres hypothèses en font une variation du mot gaélique et gallois cvmmer, signifiant « confluent » et indiquant ainsi l'emplacement de la fondation au droit de la jonction entre l'Isla et l’Ericht ..
Histoire L'hypothétique camp romain L'historiographie traditionnelle affirme qu'un camp romain antique aurait été localisé sur le site de l'abbaye. Les spécialistes récents hésitent sur l'attribution des objets retrouvés lors des fouilles, soit aux premiers temps de l'abbaye, soit à un camp romain du type de celui de Stracathro ..
Fondation vignette|redresse|gauche|alt=Miniature médiévale représentant un souverain assis sur un trône.|Malcolm IV, le premier bienfaiteur de l'abbaye de Coupar Angus.
Entre 1154 et 1162, sur les conseils de son oncle Waltheof, abbé de Melrose, le roi d'Écosse Malcolm IV donne aux cisterciens des terres à Coupar Angus afin de fonder une abbaye cistercienne. La fourchette imprécise semble provenir du délai entre la volonté exprimée par Waltheof et Malcolm, assez précoce, et la réalisation, du fait d'impondérables que la chronique ancienne ne précise pas. Même une fois la décision prise, l'arrivée des moines est progressive : les premiers moines sont présents dès 1161 ou 1162, voire dès 1159 mais l'abbaye ne compte sa première communauté complète que le . Les premiers dons consistants de terres sont plus tardifs, vers les années 1173 à 1178. La consécration de l'église est bien plus tardive, le ; mais les historiens s’accordent à penser que l'église était déjà utilisé pour la liturgie bien avant cette date . ..
Il semble que l'abbaye ait dès ses débuts été largement dotée, car on y retrouve au Moyen Âge des bâtiments moins usuels dans les abbayes, notamment une écurie, une brasserie, un four à pain et une forge .. Le site semble avoir été occupé avant l'arrivée des moines, comme l'indique l'acte de donation qui se réfère au , mais aucune donnée archéologique ne vient appuyer cette présence attestée d'une communauté agraire antérieure aux Cisterciens . ..
Coupar Angus est le chronologiquement le cinquième établissement cistercien écossais et probablement le plus prospère ..
Période de prospérité jusqu'au milieu du Propriétés et acquisitions gauche|vignette|redresse=1.3|alt=Gravure médiévale montrant des moines labourant à l'aide de bœufs, surmontée d'un schéma présentant les unités agraires de mesure de surface.|Schéma médiéval (en anglais) présentant les unités de mesure des terres de labour : furlong, perche (), oxgang, virgate, acre et ().
Les premières chartes de Malcolm IV se contentent d'affirmer la propriété des moines sur leurs terres de fondation, ainsi que leur donner un droit de coupe dans les forêts royales proches, mais ne donnent guère de détails. En revanche, les chartes établies par Guillaume le Lion sont assez explicites et mentionnent des coordonnées et des surfaces (exprimées en ). La charte de Malcolm mentionne aussi des granges, Balbrogie, Tullyfergus et Drimmie ; mais les historiens du estiment que ces donations ne correspondent qu'à une déclaration d'intention, pas à une possession effective, encore moins à des bâtiments ni à une structure agraire déjà mise en place. Deux autres lieux sont également mentionnés, Coupargrange et Keithick, qui vu leur proximité de Coupar Angus ont dû être organisés bien plus tôt, dès les années 1220 ..
En 1164, l'abbaye est déjà considérée comme bien établie ; l'église n'est consacrée que le par , évêque de Dunkeld, mais les sources attestent de son utilisation liturgique dès 1186. Les extensions territoriales de l'abbaye à cette période montrent une politique prudente de consolidation progressive des acquis fonciers ..
Certaines acquisitions, à l'inverse, semblent d'un point de vue géographique ne pas tomber sous le sens ; il faut alors probablement chercher dans la politique monastique un intérêt particulier, soit pour des conditions locales avantageuses, soit pour un produit particulier. Ainsi, les possessions lointaines de Logie Pert ou de Stinking Haven permettaient à l'abbaye de bénéficier d'un droit de pêche .. Ce dernier était essentiel car la règle de saint Benoît interdisait aux cisterciens la consommation de viande durant un bon tiers de l'année ; l'approvisionnement en poisson constituait donc un apport très apprécié ; les moines de Coupar Angus semblent s'être fournis autant en poissons d'eau douce qu'en poissons de mer. Dans un premier temps, c'est seulement par la pêche qu'ils sont fournis en poisson ; puis la pisciculture a été développée, surtout pour les poissons d'eau douce dans des étangs aménagés à cet effet .. Preuve de leur importance, les étangs piscicoles n'étaient pas confiés à des laïcs extérieurs, mais directement sous le contrôle des convers. De même, les pêcheries qui à la fin du Moyen Âge étaient juridiquement en-dehors du contrôle direct de l'abbaye, étaient pour la plupart de fait en lien étroit avec elle, Coupar Angus allant jusqu'à fournir le bateau et surveillant de près l'état des filets. Une grande partie des procès de l'abbaye, aux , sont le reflet des conflits concernant les zones de pêche, entre Coupar Angus et certains seigneurs ..
L'abbaye se voit offrir également des espaces de « forêts » et de « bois » ; à l'époque médiévale, ces termes ( et ) ne recouvrent pas les mêmes réalités, un espace défini comme « forêt » n'étant pas nécessairement boisé. Quoi qu'il en soit, ces espaces ont trois fonctions pour l'abbaye : un lieu de pâture, très secondairement un lieu de chasse, mais en premier lieu une réserve de bois et de charbon. La plupart des forêts que l'abbaye possédait ou qu'elle avait le droit d'occuper temporairement, étaient situées à l'ouest ou au sud de Coupar Angus .. Une attention toute particulière était portée aux pièces de charpente de l'abbaye, qui étaient renouvelées très fréquemment, l'ensemble de la charpente étant remis à neuf tous les sept ans. Ainsi, une gestion durable des forêts était nécessaire. Les moines nomment précocement un maître forestier dans ce but ; mais au , la crise écossaise du bois atteint un tel niveau que les propriétaires de massifs forestiers les font parfois clôturer d'un mur .. Les forêts sont également soumises à des réglementations de chasse, mais les documents médiévaux et postérieurs suggèrent que ces chasses ont un but utilitaire plutôt que récréatif : les visées de ces activités visent en priorité à éliminer les animaux considérés comme « nuisibles », et en particulier les renards et les loups ..
Activités économiques et revenus droite|vignette|redresse=1.3|alt=Gravure médiévale représentant des moutons placés dans un enclos.|Élevage de moutons au Moyen Âge.
Bien dotée, l'abbaye met en culture les terres environnantes et les enrichit considérablement. Sa bonne gestion des terres accroît les donations et les revenus, de sorte qu'au elle est à la tête d'un domaine considérable de huit mille acres environ, soit environ trente-deux kilomètres carrés. À l'instar de la plupart des établissements cisterciens britanniques, Coupar Angus se spécialise dans l'élevage ovin et la vente de laine de mouton vers l'Europe continentale. La première preuve de l'implication de Coupar Angus dans le commerce lainier date du , mais le commerce est très certainement antérieur. À son apogée, l'abbaye s'est constitué un troupeau de plus de sept mille bêtes. Selon certains historiens, les exportations vers le continent étaient peut-être gérées conjointement avec celles de l'abbaye de Melrose et par cette dernière, dans le port de Berwick. Cependant, les études récentes tendent à montrer que les flux passaient plutôt par le port de Peth et étaient gérés en régie directe ..
Les possessions de l'abbaye sont dispersées sur une distance de deux cents milles, et s'étagent du niveau de la mer jusqu'à l'altitude de neuf cents mètres environ dans les Cairngorms .. La laine est à la fois vendue brute et sous forme de pièces tissées à Kincreich ..
L'historiographie affirme traditionnellement que la mise en valeur des terres était le fait, chez les cisterciens, des convers. Le recrutement de ces derniers étant notoirement moins facile dans les îles Britanniques que sur le continent, il est de plus en plus admis, comme semblent le suggérer les chartes de Coupar Angus, que les exploitants de nombreux établissements dépendants de l'abbaye étaient leurs premiers occupants, devenus fermiers du monastère mais poursuivant leur travail antérieur sur les mêmes terres, pour le compte de l'abbaye ..
La mise en valeur des terres passe également par leur amélioration, et en particulier l'assainissement de zones marécageuses. Les toponymes des lieux donnés aux moines sont souvent explicites : « kerse » désigne le lit majeur inondable d’un cours d'eau, « Watterybutts » désigne un monticule en zone inondable et « Bogmiln » une tourbière. Si les moines sont à l'initiative du drainage et de la desserte de ces zones, ils sont loin d'être les seuls acteurs de ce chantier, mené en parallèle par la communauté monastique et les laïcs. De surcroît, seule une petite partie de la région est traitée ; le reste du travail est mené des siècles plus tard ..
Le revenu potentiel le plus élevé était celui produit par les moulins. Aussi les propriétaires, même pieux et décidés à favoriser l'abbaye, avaient-ils beaucoup de mal à s'en défaire. Ainsi, dans le cas du moulin de Kincreich, situé près de Forfar, il s'écoule près d'un siècle entre la donation et la prise de contrôle effective du moulin par les moines, le donateur et nombre de ses héritiers ayant bloqué le processus. Plus encore que le moulin lui-même, c'est l'aménagement du site qui était primordial, assurant une ressource hydraulique importante et régulière par le jeu des vannes et adductions d'eau. Ainsi les chartes de donations sont-elles extrêmement détaillées sur les droits et devoirs des propriétaires et des occupants en matière d'aménagement des cours d'eau ; les cisterciens vont jusqu'à échanger des terres contre une meilleure assurance d'une sécurité de l'approvisionnement en eau ..
Les produits des moulins excédaient largement les besoins de l'abbaye, et les surplus étaient vendus sur les marchés environnants. Les moulins de Coupar ne constituaient pas un monopole, d'autres installations indépendantes coexistant avec celles des moines. Toutefois, ces derniers étaient jaloux de leurs prérogatives, surtout à la toute fin du Moyen Âge. En 1478-1479, un procès est intenté par Coupar Angus au constructeur d'un moulin risquant de priver les moines, non seulement d'une partir de leurs débouchés, mais aussi de leur ressource en eau. À la même date, l'abbé de Coupar tente d'obliger les paysans à n'apporter le grain qu'au moulin dont ils dépendent .. Les exportations de Coupar Angus comprennent, outre la laine et la farine, les produits de la pêche et de la tannerie.