Le château de Pontchartrain est situé sur la commune de Jouars-Pontchartrain., dans le département des Yvelines, en France.
L'extrémité ouest du domaine (au-delà de l'étang) se situe sur la commune du Tremblay-sur-Mauldre..
Localisation
Le château se trouve au sud de l'agglomération principale, le long de la route départementale 15 (village de Pontchartrain au nord, hameau de Jouars et Maurepas au sud).
Histoire
Dès 1325 ou 1330 un manoir est mentionné à Pontem Cartonencem qui deviendra Pontchartrain.
Au , ce manoir, qui pouvait se situer à l'emplacement de l'aile droite du château, fut probablement abandonné aux fermiers tandis qu'une nouvelle demeure était édifiée sur l'emplacement de l'actuelle aile gauche.
En 1598, il fut acquis par Antoine de Buade de Frontenac, « capitaine des châteaux de Saint-Germain-en-Laye, Saint-James et La Muette ». Le fils, Henri de Buade de Frontenac, époux d'Anne Phélypeaux, vend Pontchartrain en 1609 à l'un des oncles de celle-ci.
Les premiers Phélypeaux Paul Phélypeaux de Pontchartrain, conseiller du Roi en 1610, devient donc le fondateur de la branche de Pontchartrain de la maison Phélypeaux qui conservera le domaine de Pontchartrain durant presque deux siècles.
Son fils Louis Phélypeaux fait édifier les principales constructions entre 1633 et 1662, dont l'attribution à François Mansart n'est pas fondée.
Le chancelier Pontchartrain et son fils
Louis II Phélypeaux de Pontchartrain, contrôleur des Finances en 1689, chancelier en 1699, dit aussi le « chancelier de Pontchartrain », prend le nom de cette terre où il fait travailler François Romain et André Le Nôtre pour modifier le château et dessiner en 1693 un magnifique parc. On peut voir au Petit château de Sceaux deux grands tableaux de Pierre-Denis Martin, peints vers 1700, qui représentent, en vue cavalière, le château de Pontchartrain et ses jardins.
En 1689, il avait fait retirer du tombeau familial (édifié vers 1622 dans la chapelle des Trépassés de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris) le buste en bronze de son grand-père Paul Phélypeaux. Il avait fait apporter au château ce buste, attribué à Francesco Bordoni et daté de 1610, et l'avait placé à côté d'un buste en bronze de Henri IV. Cela permit à cette œuvre d'échapper aux fontes de métaux précieux ordonnées par le roi à la fin de son règne. Mentionné sur place dans un inventaire de 1714, le buste de Paul Phélypeaux réapparaîtra bien plus tard, par le hasard d'un autre inventaire chez un particulierA. Doridou-Heim dans La Gazette Drouot, n°34, 11 octobre 2019, reprod. coul..
Veuf en 1714 et « accablé de chagrin », Louis II Phélypeaux de La Vrillière se démet de toutes ses charges - « ce qui, de l'avis de ses contemporains, ne s'était jamais vu » écrit son ami Saint-Simon - et se retire à Pontchartrain, où il meurt en 1727.
Son fils unique Jérôme Phélypeaux de Pontchartrain est secrétaire d'État à la Maison du Roi et à la Marine - ce qui lui valut de voir donner son nom, en 1699, au lac Pontchartrain (Louisiane, États-Unis). Selon Saint-Simon qui le détestait mais avait néanmoins assisté, en 1713, à son remariage au château, c'était quelqu'un « dont la joie était de rendre de mauvais offices et qui amusait le Roi des délations de Paris ».
En 1715, après la mort de Louis XIV, il continue d'assister au Conseil pour... « y moucher les bougies »Même référence., avant que le mémorialiste n'obtienne du Régent son exil à Pontchartrain. En 1738, il fait transformer le corps de logis en fond de cour.
« Le Faquinet »
À sa mort, en 1747, le domaine passe à son fils Jean-Frédéric Phélypeaux de Maurepas, comte de Maurepas, surnommé « le Faquinet », qui succède à 22 ans à son père comme secrétaire d'État.
Confident de Louis XV, protecteur de ses parentes, les cinq sœurs de Mailly-Nesle dont quatre devinrent les maîtresses du roi, il est disgracié en 1749 pour une chanson moquant Madame de Pompadour, puis rappelé en 1774 par Louis XVI, à qui il s'impose au poste de Premier ministre.
Lorsqu'il décède en 1781, âgé de 80 ans et sans descendance, Pontchartrain passe à sa nièce Adélaide Diane Hortense Mazarini-Mancini, mariée à Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac, duc de Brissac.
Durant la Terreur, le domaine, qui représenta à cette époque 7974 hectares, est placé sous séquestre, avant d'être restitué à sa propriétaire.
Les d'Osmond
En 1801 la duchesse de Brissac vend Pontchartrain à l'industriel et spéculateur Claude-Xavier Carvillon des Tillières, un des chefs de la « Bande Noire », syndicat d'affairistes enrichis pendant la Révolution par la spéculation sur les « biens nationaux ».
Il fait transformer les jardins à la française en parc à l'anglaise par le paysagiste alors en vogue Louis-Martin Berthault.
À sa mort en 1812, sa fortune, comprenant un important patrimoine foncier, passe à sa fille, Aimée Carvillon des Tillières, mariée en 1817 avec le comte puis marquis (1838) Rainulphe d'Osmond, aide de camp du duc d'Angoulême.
La sœur de Rainulphe, Adèle de Boigne, évoque la bibliothèque de Pontchartrain dans ses mémoiresBoigne, Éléonore-Adèle d’Osmond, comtesse de, Récits d’une tante : mémoires de la comtesse de Boigne, née d’Osmond, Plon, 1907..
Le peintre Jean-Baptiste Isabey, qui fut le professeur de dessin et un des familiers de d'Osmond, eut sa chambre au château, dont il réalisa en 1815 des vues de l'intérieur ; d'autres ont orné le guéridon en ébène attribué à Georges Jacob (ébéniste) vers 1820 (coll. D. Aaron) reproduit par Alexandre Pradère"Du style Troubadour au style Boulle", Connaissance des Arts, , juin 1991, , qui indique que « les collections du château » furent vendues aux enchères publiques à Drouot le .
Dans ses Souvenirs, Madame de La Briche décrit le séjour qu'elle fit à Pontchartrain en 1829.
La Païva, célèbre courtisane du Second Empire
En 1857 le fils de la marquise d'Osmond vend le domaine au comte Guido Henckel von Donnersmarck, qui le destine à sa maîtresse, Esther ou Thérèse Lachmann, dite la Païva à la suite de son mariage en 1851 avec le riche « marquis » Aranjo de Paiva, prétendu cousin de l'ambassadeur du Portugal à Paris.
Ce jeune et riche industriel prussien, cousin de Bismarck, fait restaurer la demeure par l'architecte Pierre Manguin ; sa maîtresse le fait redécorer, fait aussi remanier le parc où elle crée des percées et implante des essences rares ; les paysans locaux se scandalisent de la voir galoper dans le parc habillée en homme.
Ayant fait dissoudre son mariage avec le marquis de Paiva mais conservant son nom et son titre, « La Paiva » épouse en 1871 le comte Henckel von Donnersmark et revient à Pontchartrain, où elle remplace ses serviteurs par du personnel allemand.
En 1877, elle part pour Neudeck, en Silésie, aujourd'hui Swierklaniec (Pologne), où elle vient d'achever avec son époux la construction, par l'architecte français Hector Lefuel, du château de Neudeck, un majestueux palais inspiré par Pontchartrain. Elle mourra en 1884 dans cette demeure, disparue après la Seconde Guerre mondiale.
Les Dreyfus de Villahermosa
L'occupation prussienne de 1870 laisse intact Pontchartrain, propriété d'un influent prussien, le comte de Donnersmarck.
Veuf en 1884, celui-ci le vend en 1888 avec un domaine forestier réduit à , au financier, industriel et collectionneur Auguste Dreyfus, qui passait en son temps pour l'homme le plus riche du monde, et à son épouse depuis 1873, dona Luisa González de Andia y Orbegoso (1847-1924), marquise de Villahermosa et comtesse de Premio Real, petite-fille du côté maternel de S.E Luis José de Orbegoso y Moncada, maréchal des Armées, devenu président de la République du Pérou en 1833.
Le très mondain Gabriel-Louis Pringué, un de ses familiers, qui ne dit mot de son époux, mentionne ses ancêtres conquistadors espagnols dont Hernán Cortés, marquis de Valle de Oaxaca et vainqueur de l'empereur Moctezuma II, puis les gouverneurs et vice-rois du Pérou, et lui attribue un rôle diplomatique occulte avant le vote de la loi sur les Congrégations () :
, et décrit ainsi son mode de vie quasi-royal à Pontchartrain :
Auguste Dreyfus, marquis consort de Villahermosa, concessionnaire unique de l'État péruvien pour l'exploitation et la vente du guano contre le service de la dette du pays, en acquit le monopole. Proche des républicains Jules Grévy, qui fut un de ses premiers défenseurs - il employa 54 avocats sur 3 procès - et Pierre Waldeck-Rousseau, qu'il désigna comme exécuteur testamentaire en 1890.
L'importante collection d'art qu'il réunit dans son hôtel parisien du 5, avenue Ruysdaël, fut vendue aux enchères à Paris en ; sa veuve y vécut jusqu'en 1924.
Il fait transformer et agrandir le château par l'architecte Émile Boeswillwald et retracer un jardin à la française à l'aide de cent dix jardiniers sous la houlette d'Achille Duchêne qui avait conçu les jardins du château de Vaux-le-Vicomte, du château de Breteuil et en Angleterre ceux du duc de Marlborough. Les jardins initiaux avaient été créés à la fin du par Le Nôtre.
En 1932 ses enfants, don Luis Gonzalez de Andia y Dreyfus, marquis de Villahermosa, don Eduardo Gonzalez de Andia y Dreyfus, comte de Premio Real, et leur sœur la comtesse de Lirot vendent le domaine à la famille Lagasse, éleveurs de bovins.
Les Lagasse
En 1940 les nouveaux propriétaires font ouvrir au rez-de-chaussée du pavillon central (axial) du château un passage voûté débouchant sur un large escalier-perron reliant la cour d'honneur aux jardins; à cette époque, il appartenait, « après maintes tribulations » à Madame LagasseClaude Frégnac, L'Île-de-France des châteaux, Hachette-Réalités, 1963, . L'ouvrage, dont la couverture est ornée d'une vue perspective du château depuis une pièce d'eau, reproduit un plan d'ensemble de la fin du et une photographie intérieure de la galerie d'aile basse de gauche encore meublée.. D'autres photos des intérieurs ont illustré un article de Lacaze relatif à la vente du château, publié en ligne dans La Tribune de l'Art (cf. bibliographie).
Vers 1970 l'intégrité du domaine fut menacée à la fois par un projet de déviation de la RN 12 qui faisait traverser le bourg à par jour, et par un projet de zone d'aménagement concerté visant à bâtir 1000 logements dans la plaine et le parc.
Quant au château lui-même, quoique protégé avec ses dépendances au titre des Monuments historiques fin 1979, « saccagé, il menaçait de s'écrouler », selon le témoignage d'un agent de l'Équipement, qui évoquait même son éventuel transfert à l'ÉtatReportage télévisé La France Défigurée du 1 février 1975..
Société immobilière gauche|vignette Vers 2015, la vue d'avion ci-contre (non datée) montre la longue aile reliant les deux parties des immenses communs à droite du château recouverte d'une sorte de « parapluie » en tôle pour la protéger des intempéries..
En 2019 le château est vendu à la société immobilière Azurel, qui souhaite y mener un projet immobilier, conservant les façades et le décor intérieur mais transformant l'édifice en appartementsA. Gady, « La vie des châteaux : Pontchartrain perdu ? », L'Objet d'Art, juillet-août 2020, p. 30-31. Ce projet suscite l'opposition de riverains et de défenseurs du patrimoine..
Le parc de 60 hectares est appelé à devenir un espace vert communal et le bâti à être divisé en 68 appartements « de standing » et 18 logements sociaux.