Les Frères de l'instruction chrétienne de Ploërmel (en latin : Institutum Fratrum instructionis christianae de Ploërmel) forment une congrégation laïque masculine de droit pontifical qui se consacre à l'éducation de la jeunesse. En 2021, la congrégation est présente dans 26 pays, répartis sur plusieurs continents. La maison généralice est à Rome. Depuis 2018, la congrégation est dirigée par Hervé Zamor.
Historique Début des écoles primaires dans l'espace rural de Bretagne La congrégation a été fondée en 1819 par l'abbé Jean-Marie de La Mennais et l'abbé Gabriel Deshayes, curé d'Auray, qui voulaient former des maîtres chrétiens et ouvrir des écoles dans les campagnes et espaces ruraux de la Bretagne.
Préambule du traité d'association entre Jean-Marie de La Mennais et Gabriel Deshayes (Dieu + Seul) :
Reconnaissance légale en 1822 Cette congrégation, est l'une des premières qui a reçu en France la reconnaissance légale au . L'ordonnance royale d'autorisation du lui accorde le droit d'exercer dans les cinq départements de l'ancienne Bretagne ; l'article 3 de l'ordonnance portait que . La maison-mère de la congrégation est installée à Ploërmel deux ans plus tard : en 1824.
Des effectifs en augmentation rapide vignette|upright=0.8|alt=Carte de la Bretagne montrant des lieux d'implantation.|Carte de localisation des écoles primaires et noviciats fondés par les Frères de l’instruction chrétienne entre 1818 et 1821. vignette|upright=0.8|Carte de localisation des écoles primaires et noviciats des Frères de l'instruction chrétienne en 1828. vignette|upright=0.8|alt=chapelle de la congrégation à Ploërmel|chapelle de la congrégation à Ploërmel. En 1840, la maison mère de Ploërmel comptait 130 frères y compris les novices et donnait l'instruction professionnelle en même temps que l'enseignement primaire à de jeunes orphelins ou enfants abandonnés, répartis dans des ateliers de serrurerie, de charronnage, de menuiserie, de charbonnerie Les Frères de Ploërmel comptaient à cette époque, en Bretagne, près de et un certain nombre d'établissements à la Martinique et à la Guadeloupe, où ils instruisaient les esclaves affranchis.
En 1860, l'institut avait en charge 294 écoles dans les différents départements de la Bretagne ainsi qu'une école dans le département de la Manche et deux dans le département de Maine-et-Loire. La congrégation avait également des implantations en Guadeloupe, Martinique, au Sénégal, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Guyane et à Tahiti. Au total, scolarisés en France et à l'international. À la mort de l'abbé de La Mennais, la congrégation compte .
Union avec les Frères de Gascogne et de Tinchebray Deux instituts voués à l'instruction ont fusionné avec les Frères de l'instruction chrétienne : en 1876 avec les Frères de l'instruction chrétienne appelés Frères de Gascogne fondés en 1841 à Auch par Nicolas-Augustin de La Croix d'Azolette ; en 1880 avec les Frères de Sainte-Marie de Tinchebray fondés en 1850 à Tinchebray par l'abbé Charles-Augustin Duguey.
Développement des cours d'agriculture vignette|upright=0.8|Le lycée agricole de Derval, fondé par la congrégation des Frères de l'instruction chrétienne en 1949. vignette|upright=0.8|Exemple d'un cours de génie rural réalisé à l'école d'agriculture de Ploërmel au : dessin d'une batteuse en coupe. La loi Falloux, votée en 1850, autorise un certain nombre d'enseignements facultatifs. Il est notamment question .
En 1850, le frère Augustin Le Roy est autorisé par le recteur de l'Académie à intégrer l'agriculture dans son programme scolaire à l’école de Pleurtuit. Il rachète un champ qu'il fait labourer, ensemencer après sélection et récolter sous les yeux des élèves, qui peuvent ensuite repartir avec des graines. Ils étudient différents types de cultures : blé, colza, tabac.
Frère Auguste Brault est autorisé verbalement par le recteur à intégrer l'enseignement agricole à l'école de Saint-Méloir-des-Ondes, en 1853. Les cours sont tirés d'ouvrages spécialisés tels que Les Éléments d'agriculture de Jean-Jules Bodin et La Chimie agricole de Faustino Malaguti. Il organise des sorties pour visiter des fermes et assure un prêt de livres et de journaux techniques aux jeunes. Les textes des dictées sont puisés dans des traités d'agriculture.
En 1879, frères Jean Joseph Quirion et Barthélémy Mélard créent une formation professionnelle agricole dans le pensionnat de Derval. L'établissement dispose d'un jardin, d'un verger avec pressoir, d'un élevage bovin. Les jeunes sont initiés à l'arpentage, à la taille, à l'entretien des arbres fruitiers notamment des pommiers. Ils participent aux concours et expositions organisées par le syndicat de pomologie de l'arrondissement de Châteaubriant sous l’impulsion de Pontbriant.
En 1899, un cours pratique d'agriculture est mis en place à l'école primaire de Dol-de-Bretagne, qui est alors dirigée par frère Leonidas (Pierre Minier), frère Salonas (Eugène Larcher) et frère Arator (Jean-Marie Corfmat). C'est frère Éleusippe qui coordonne le cours d'agriculture, avec une aide matérielle de la congrégation pour acquérir des instruments et des ingrédients chimiques nécessaires pour les expériences agricoles. Deux maîtres sont chargés des cours et des viennent chaque semaine à tour de rôle donner des conférences aux élèves. Une ferme située à proximité de l'école et le jardin de l'établissement sont mis à disposition des élèves pour les leçons pratiques d'agriculture et d'horticulture. Le cours se déroule en deux années d'étude, abordant des notions de géologie, botanique, écologie, physique, chimie, industries rurales, comptabilité agricole, hygiène, droit rural. À la fin de l'année scolaire, des diplômes sont accordés, après examen, par la Société d'agriculture d’Ille-et-Vilaine.
Rédaction de manuels scolaires Les frères créent leurs propres manuels scolaires tels que les études mathématiques (de Joseph Quéret et du frère Bernardin), l'hydrographie et le dessin linéaire, L'Agriculture à l'école primaire : manuel d'agriculture en 42 leçons, rédigé par Frère Télesphore, publié en 1893. L'abbé de La Mennais exige des frères une écriture et une grammaire parfaites ; il rédige des ouvrages de lecture.
Abus sexuels au Canada La congrégation québécoise des Frères de l'instruction chrétienne est l'objet d'une action collective pour des agressions sexuelles présumées, commises pendant au moins 20 ans et concernant plus de 87 victimes. L'essentiel des faits s'est effectué entre 1950 et 1970.. Selon les avocats des victimes, les Frères de l'instruction chrétienne auraient simplement déplacé les religieux accusés des agressions..
Frères et supérieurs généraux Frère Fulbert, ouvrier et architecte La plupart des frères sont enseignants mais certains sont aussi recrutés pour d'autres savoir-faire. F. Fulbert Beauce (1812 - 1877) est recruté en tant que frère ouvrier à la maison mère de Ploërmel à partir de 1834. Il est à la fois tourneur, mécanicien, chef des ateliers de serrurerie, de charronnage. Il lance l'atelier de carrosserie vers 1838. Il établit une fonderie pour fabriquer des cloches en 1852. F. Éloi est responsable de la forge. F. Wenceslas lance l'atelier de menuiserie.
Frère Bernardin, créateur de l'horloge astronomique Frère Bernardin (Gabriel Morin ; 1812-1876) a des aptitudes pour les mathématiques, remarquées par Jean-Marie de La Mennais qui l'encourage à suivre les leçons de son ami et enseignant réputé : Paul-Jean-Joseph Querret.
À 25 ans, il commence à donner des cours de mathématiques, d'astronomie et de navigation. Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages à destination des maîtres ; c'est en effet à cette époque que se développe la nécessité d'éditer des manuels scolaires adaptés aux évolutions techniques et scientifiques. En 1845, il rédige un traité d'arithmétique à l'usage des maîtres, puis il publie les leçons élémentaires d'algèbre, l'arithmétique élémentaire et l'arithmétique abrégée et des exercices d'hydrographie.
C'est pour illustrer ses cours de mathématiques qu'il construit, de 1850 à 1855, une horloge astronomique à Ploërmel. Il a réalisé les calculs préalables nécessaires à la création du mécanisme, puis il a fait fabriquer chacune des pièces par les apprentis qui se formaient à la maison-mère des Frères de l'instruction chrétienne. Ce monument représente un grand nombre de données concernant le système solaire, les planètes, le calendrier lunaire, l'alternance des saisons Il a réalisé cet ouvrage avec les jeunes qui suivaient ses cours. Cette horloge est classée monument historique en 1982.
Succession du Père de La Mennais Frère Cyprien Frère Cyprien (Pierre Chevreau ; 1816 - 1897) a été durant les six dernières années de vie de Jean-Marie de La Mennais son secrétaire.
Jean-Marie de la Mennais avait fixé les règles de sa succession en désignant cinq Frères pour former le conseil de l'institut qui devait assumer le gouvernement de la congrégation après son décès, afin qu'ils désignent parmi eux un successeur. Il s'agit des frères Louis Le Maguet (premier frère de Ploërmel), Hyppolyte Morin, Joseph-Marie Havard et Ladislas Ladure.
Le , à la suite du décès du Père de la Mennais, les cinq frères se réunissent pour l'élection du supérieur général. C'est frère Cyprien qui est ainsi choisi pour une durée de 3 ans. Cette mission lui est renouvelée cinq fois.
C'est également lui qui a dessiné les plans de la chapelle construite dans l'enceinte de la maison mère de Ploërmel.
Frère Abel Frère Abel (Jean-Marie Gaudichon) était membre de la Société des agriculteurs de France, en tant que pomologiste réputé, il a participé à la rédaction de plusieurs revues, notamment Le Cidre et le Poiré. Il contribue à la renommée des établissements agricoles incitant les élèves et leurs maîtres à la participation à des concours agricoles. Il a supervisé la rédaction du manuel l'agriculture à l'école primaire : manuel d'agriculture en 42 leçons.
Il est élu supérieur général en 1897 et gouverne l'institut jusqu'en 1909.
La loi de 1901 est votée alors qu'il dirige l'institut et il part en exil à Jersey afin de continuer la gouvernance tandis qu'en France, les membres de la congrégation sont contraints à la sécularisation, on parle alors d'expulsion des congrégations durant les années 1902-1903.
Supérieurs généraux du Frère Jean-Joseph Le Révérend Frère Jean-Joseph (Jean-Marie Quirion) travaille tout d'abord à l'école communale de Derval puis au juvénat de Saint-Gildas-des-Bois. En 1903, alors qu'il enseigne au pensionnat agricole de Derval, l'école est expulsée par les gendarmes en application des lois sur la sécularisation. Il poursuit l'enseignement par le biais de leçons individuelles.
En 1907, il est nommé secrétaire du Révérend Frère Abel qui est alors malade puis, deux ans plus tard, l'assemblée capitulaire confie le gouvernement de la congrégation au frère Jean-Joseph qui devient supérieur général jusqu'en 1933.
Frère Hervé Zamor Depuis , la congrégation est dirigée par Hervé Zamor, né en 1967 à La Vallée-de-Jacmel en Haïti.
Expansion internationale au Départ vers les Antilles À cette époque, l'état de l'enseignement aux colonies inquiète François Guizot, ministre de l'instruction publique, d'autant plus que les législateurs préparent le texte de loi pour l'émancipation des esclaves. Il conseille à l'amiral de Rosamel, ministre de la Marine et des colonies de prendre contact avec Jean-Marie de La Mennais, dont le travail de création d'écoles est reconnu. En 1836, il demande à Jean-Marie de La Mennais de mettre à disposition quelques-uns de ses frères pour qu'ils puissent partir vers la Martinique et à la Guadeloupe.