La bataille de Kasserine est un épisode de la Seconde Guerre mondiale en Afrique du Nord qui a lieu en février 1943 et qui s'inscrit dans la campagne de Tunisie.

Il s'agit en fait d'une série de batailles qui se sont déroulées autour de la passe de Kasserine, une dépression de trois kilomètres à travers le massif de la dorsale tunisienne de la chaîne de l'Atlas dans l'ouest de la Tunisie, non loin de la ville de Kasserine.

Les forces de l'Axe engagées sont essentiellement issues de l'Afrikakorps sous les ordres du maréchal Erwin Rommel et de la Panzerarmee sous le commandement d'Hans-Jürgen von Arnim. L'AfrikaKorps inclut des unités italiennes, notamment des Bersagliers qui participent ensuite aux combats menés en direction de Tébessa aux côtés des Allemands.

Les forces alliées dépendent du de l'armée américaine commandé par le Major General Lloyd Fredendall. Les combats décisifs de Kasserine, Sbiba et Thala démontrent l'importance des effectifs français et britanniques engagés dans la bataille.

Cette bataille est la première rencontre à grande échelle des forces américaines et allemandes durant la Seconde Guerre mondiale. Les troupes américaines sans expérience du feu sont envoyées au combat de façon maladroite par leur commandement. Les conséquences sont dramatiques pour elles avec des pertes élevées et un repli de plus de par rapport à leurs positions d'origine à l'ouest de Faïd.

À la suite de ces événements, l'armée américaine effectue un certain nombre de changements dans l'organisation des unités et change le commandement avec l'arrivée du général George Patton. Quelques semaines plus tard, lors de nouvelles batailles, les troupes américaines se révèlent bien plus efficaces.

Situation générale

gauche|vignette|Situation générale.

La Seconde Guerre mondiale fait de la Tunisie un champ de bataille imprévu après le débarquement anglo-américain au Maroc et en Algérie le au cours de l'opération Torch. Ce débarquement a lieu quelques jours seulement après la percée réalisée par la britannique du général Bernard Montgomery lors de la seconde bataille d'El Alamein en Égypte. Comprenant le danger d'une guerre sur deux fronts, des troupes allemandes et italiennes sont transférées de Sicile pour occuper la Tunisie, l'une des rares zones facilement défendables d'Afrique du Nord située à seulement une journée de navigation des bases siciliennes.

Malgré le débarquement allié, la défense de l'Axe à l'ouest reste sommaire. Mais aucun effort particulier des forces aériennes et navales alliées ne tente d'empêcher le transfert d'hommes et de matériel vers Tunis au début de la campagne, ce qui permet une arrivée importante de forces allemandes et italiennes. De plus, les troupes alliées ne progressent que lentement pour aller au contact des Allemands étant donné qu'ils négocient le ralliement des commandants des forces françaises fidèles au régime de Vichy.

Le , la britannique entre en Tunisie. Le , son aile gauche approche de Mateur, sur la route de Bizerte, et son aile droite atteint Djedeida dans la vallée de la Medjerda (25 kilomètres de Tunis). La Tunisie centrale est envahie. Le , les parachutistes britanniques du colonel Edson Duncan Raff, venant de Tébessa, s'emparent de Kasserine et de Gafsa. Mais malgré plusieurs tentatives pour prendre Tunis avant l'arrivée importante de troupes italo-allemandes, l'avantage défensif que procure le terrain et la mauvaise coordination alliée permettent aux faibles troupes allemandes et italiennes débarquées de résister devant l'avance alliée.

gauche|vignette|Campagne de Tunisie du au .

Les Allemands contre-attaquent et, dès le , les Alliés sont arrêtés et l'offensive bloquée. Le front se stabilise sur une ligne allant du cap Serrat à Meknassy. En décembre et janvier, le général Von Arnim renforce ses troupes alors qu'Erwin Rommel se replie lentement de Tripolitaine vers le sud tunisien, talonné par le général Bernard Montgomery. La britannique prend Tripoli le et occupe la principale base de ravitaillement de Rommel. Le , les dernières unités de l'Afrikakorps franchissent la frontière tunisienne et se retranchent derrière la ligne Mareth construite avant la guerre par les Français pour défendre la Tunisie face aux Italiens.

Mais la situation allemande est précaire. Les troupes alliées ont déjà traversé le massif de l'Atlas et occupé les cols de la partie orientale de la dorsale tunisienne. Le , un escadron du 3e régiment de chasseurs d'Afrique conquiert le col de Faïd. Le même mois, les troupes américaines investissent Meknassy avant de l'évacuer en emmenant 21 prisonniers italiens. Le , ils récidivent en attaquant la garnison de Sened dont ils ramènent 96 prisonniers.

Tous ces coups de main inquiètent les forces allemandes qui craignent d'être coupées en deux. Rommel et l'Afrikakorps risquent de se retrouver séparés du reste des forces de la Wehrmacht et des bases de ravitaillement du nord de la Tunisie. Il est évident qu'elles ne peuvent pas rester sans bouger devant cette menace.

Les services de renseignement alliés pensent que la contre-attaque aura lieu plus au nord.

Batailles Prise du col de Faïd ()

vignette|Reflux allié durant le mois de février.

Le , à quatre heures du matin, une trentaine de chars de la Panzerdivision attaquent le détachement français du 2e régiment de tirailleurs algériens qui occupe le col de Faïd. Malgré la vétusté de leur équipement militaire, les défenseurs repoussent les assaillants mais ils sont bientôt pris à revers par d'autres troupes allemandes passées par le col du Rebaou situé quinze kilomètres au sud de la position. Les demandes de secours mettent en lumière pour la première fois les manquements au niveau de la chaîne de commandement alliée. Ce n'est qu'au bout de cinq heures que le lieutenant général Kenneth Anderson donne l'ordre de secourir les soldats français encerclés. Mais face aux attaques de l'aviation allemande, le brigadier général Raymond Mac Quillin, chargé de la contre offensive, préfère attendre la nuit. Les derniers soldats français se rendent vers minuit, non sans que leurs vainqueurs rendent hommage à leur courage: Le bataillon du RTA qui tenait la passe se défendait avec ténacité et tirait encore, alors même que les grenadiers se trouvaient à quelques mètres d'eux (…) Des prisonniers français se dégage une excellente impression militaire ; il en est de même des indigènes.

Les assaillants allemands ont eu tout le temps nécessaire pour nettoyer la position du Faïd et s'y retrancher lorsque la blindée menée par le général Mac Quillin contre attaque le . Mal inspiré, celui-ci divise ses troupes entre la route du Faïd et celle du col de Rebaou tout en laissant des forces conséquentes à Sbeïtla. Les attaques des stukas et la précision des tirs allemands mettent hors de combat les chars américains et jettent la panique parmi les soldats inexpérimentés qui fuient le champ de bataille. La contre offensive est rapidement arrêtée et le calme revient dans la région.

Bataille de Sidi Bouzid ()

vignette|Patrouille américaine près de Kasserine.

Les premiers combats ont montré la faible valeur militaire de l'armée américaine. Une double offensive est alors décidée par les généraux allemands afin de contourner le dispositif allié en enfonçant le front américain avant de remonter vers le nord de la Tunisie en prenant les forces britanniques et françaises à revers.

L'opération () sous le commandement de Von Arnim mobilise les et Panzerdivision et attaque Sidi Bouzid à une quinzaine de kilomètres de Faïd pour s'ouvrir le chemin de Sbeïtla et Kasserine. L'opération sous le commandement de Rommel progresse en direction de Gafsa en utilisant une partie de l'Afrikakorps et quelques unités italiennes.

Le l'attaque sur Sidi Bouzid est lancée. Prévenu de l'imminence de l'offensive, Mac Quilin a réparti ses troupes entre le village et trois sommets qui l'entourent : le djebel Lessouda, le djebel Ksaira et la colline de Garet Hadid. Dissimulés derrière une tempête de sable, les 200 tanks allemands parviennent jusqu'aux lignes de défense sans être repérés. À la fin de la journée, le village est encerclé. Trop éloignés pour pouvoir se secourir mutuellement, les trois sommets sont assiégés. 15 M3 Stuart et 44 M4 Sherman américains présents sur place sont rapidement submergés et détruits.. Mac Quilin parvient à se replier sur Sbeïtla avant l'encerclement complet, laissant derrière lui toujours encerclés sur leurs hauteurs.

vignette|Canon américain près de Kasserine.

Le lendemain, une contre-attaque est menée par le colonel James Doyle Alger à la tête de 62 M4 Sherman. Naïf, il pénètre profondément dans les lignes allemandes avant de s'apercevoir qu'il est tombé dans un piège. Cerné par les panzers qui sortent de leurs cachettes, mitraillés par les attaques des stukas, il est également pénalisé par la supériorité du matériel allemand. À la fin de la journée, seuls quatre chars ont échappé au massacre et Alger est fait prisonnier. Le bataillon est anéanti. Il a perdu quinze officiers, 298 hommes et cinquante chars.

Face à l'échec de la contre-offensive, consigne est donnée aux dernières troupes encerclées de quitter leurs positions à la faveur de la nuit. Mais ils sont vite repérés par les patrouilles allemandes et faits prisonniers. Seuls 300 soldats parviennent à traverser les mailles du filet et rejoindre les lignes alliées.

L'annonce de la chute de Sidi Bouzid provoque la panique dans les lignes américaines. L'évacuation de Gafsa est décidée dès le au soir. Les dépôts sont détruits et les routes minées. Les civils fuient la ville dans une pagaille indescriptible emmenant chameaux, ânes, chèvres ou moutons avec eux.

vignette|Des troupes américaines faites prisonnières dans un village tunisien.

Rommel peut alors déclencher l'opération () et occuper Gafsa sans combat le . Ses troupes sont accueillies en libérateur par les habitants arabes de la ville furieux des victimes civiles et des dynamitages des stocks de munitions par les Alliés. Dès le lendemain, il pousse jusqu'à Fériana où ses hommes font main basse sur les réserves de carburants abandonnées par les Américains dans leur fuite.

Bataille de Sbeïtla () À la grande fureur de Rommel, Von Arnim ne profite pas tout de suite de son avantage et laisse les débris des bataillons américains se regrouper après la défaite de Sidi Bouzid. Ceux-ci se retranchent à l'entrée de la ville de Sbeïtla. Mais le dynamitage des dépôts de munitions affole les soldats américains qui craignent d'être abandonnés. L'intensification des tirs allemands achève de paniquer les troupes chargées de retarder la progression ennemie. C'est un sauve qui peut général. La ville tombe le à .

Bataille de Kasserine ()

vignette|Déplacements de forces militaires pendant la bataille de Kasserine.

Au nord de Kasserine, la route emprunte une gorge entre deux montagnes de la dorsale occidentale, le djebel Chambi () et le djebel Semmama (). Dans ce passage étroit long de et large de 800, se faufilent la route, la voie ferrée et l'oued El Hatab. À la sortie du défilé partent deux routes, l'une vers Tébessa en passant par Haïdra l'autre vers Thala puis Le Kef, principale ville de la partie de la Tunisie libérée par les Alliés. Après de longues hésitations du haut commandement allemand, c'est ce dernier objectif qui a été assigné à Rommel qui aurait préféré attaquer Tébessa.