La tribu des Saharis, branche de la tribu hilalienne des Aroua (ou Nader), elle-même branche de la tribu Zughba du peuple des Banu Hilal, est une tribu d'origine arabe provenant du Hedjaz, province d'Arabie, qui s'est installée au siècle dans le djebel de Mechentel (actuel djebel Saharis) en Algérie au Maghreb et vivant parmi le peuple Chaouis. Cette tribu d'origine arabe a grandement participé, aux côtés du reste des Hilaliens à l'arabisation du Maghreb, en particulier l'Ifriqiya et a combattu de nombreuses dynasties berbères comme celles des Zirides et des Almohades.
Géographie Actuellement, la tribu des Saharis est répartie sur un certain nombre de territoires de l'Algérie actuelle parmi lesquels la chaîne de montagne portant leur nom, djebel Saharis, le Titteri, et enfin les Zibans, où elle se concentre notamment dans la wilaya de Batna en Algérie. Elle y est divisée en quatre douars : Bitam (environ ) rattaché à la commune mixte de Barika El Outaya (environ ) rattaché à la commune mixte d'Ain Touta El Kantara (environ ) rattaché à la commune mixte d'Ain Touta M'doukal (environ 9010 habitants) rattaché à la commune mixte d'Aïn Touta
Ces quatre communautés sont situées en bordure des Aurès, territoire ancestral du peuple Amazigh des Chaouis. La tribu des Saharis est musulmane de la branche du sunnisme malikite.
Origine vignette|Zirides et Hammadides après les invasions hilaliennes. vignette|Statue d'Abdalmumin. Les Saharis ont pour origine la tribu Aroua, elle-même fraction de la tribus Zughba du peuple des Hilaliens aussi appelés Banu Hilal qui vivaient en actuelle Arabie saoudite dans la province du Hedjaz, située entre La Mecque et Médine et sur le mont Ghazwan près de Taïf non loin de leurs alliés et cousins, le peuple des Banu Sulaym qui de leur côté, s'étaient installés aux environs de Médine. Selon le peu d'informations récoltées sur les raisons de leur envoi en Égypte, les Banu Hilal et les Banu Soulaym commencèrent à être redoutés pour leurs nombreux pillages contre les caravanes passant entre les villes saintes, il est même avancé que les Banu Sulaym s'en prirent à des pèlerins venus visiter les lieux saints, afin de leur voler leurs biens. Par la suite, les deux peuples s'allièrent aux Qarmates, mouvement révolutionnaire chiite dans les provinces du Bahreïn et d'Oman, qui entra en guerre contre le Califat Fatimide. Ils prirent notamment part au sac de La Mecque en 930. Finalement, le calife fatimide Nizar Al-Azziz Billah enleva leurs villes aux Qarmates et les repoussa dans le Bahreïn, déportant ensuite les alliés de ceux-ci, les Hilaliens et les Banu Soulaym, dans le Saïd en Haute-Égypte, sur la rive orientale du Nil. C'était une façon pour le calife de vassaliser ces tribus récalcitrantes. Quelques dizaines d'années plus tard, lassés des pillages menés par leurs remuants voisins, les Égyptiens, sous la direction du calife fatimide, Al-Mustansir Billah envoyèrent les deux peuples en Ifriqiya au Maghreb, où la dynastie des Berbères Zirides et leur chef, Al-Muizz ben Badis, autrefois fidèles aux chiites Fatimides, s'étaient déclarés sunnites, avaient rompus leur serment d’allégeance pour le tourner vers le Califat Abbasside et avaient perpétrés d'effroyables massacres de chiites dans tout le Maghreb en 1048. De cette manière, les fatimides pouvaient se débarrasser des Beni Hilal tout en se vengeant des Zirides. On dit qu'en tout, ce furent guerriers et bédouins arabes qui furent envoyés à la conquête du Maghreb. Les Arabes vainquirent les armées berbères une première fois puis en massacrèrent plus de 1300 à la bataille de Haydarân en 1052 où les Berbères sont trahis par leurs alliés et doivent fuir vers Kairouan qui tombe à son tour aux mains des Arabes après cinq ans de siège en 1057. Puis en 1058, une coalition des Banu-hilal et des Hammadides décapite le chef d'une coalition berbère à Abou Soda. Les Hammadides eux aussi subirent la vindicte hilalienne au point d'en devoir abandonner leur capitale, la Kalâa des Béni Hammad. Durant les années qui suivirent, les Hilaliens devinrent sunnites, prospérèrent en maîtres de l'Ifriqiya et combattirent les dynasties Hafsides, Zirides, Hammadides et Almohades jusqu'au à la bataille de Sétif où Hilaliens sont mis en déroute par Almohades menés par leur chef, Abdul-Mu'min, le premier calife de la dynastie Almohade. Après ces événements, bien que gardant un statut important au Maghreb et que certains d'entre eux se distinguent, notamment les membres du clan Riah à la bataille d'Alarcos en 1195 en Espagne, les Hilaliens ne récupèrent jamais leur puissance perdue et ne furent plus nommés par ce nom, se divisant définitivement en une kyrielle tribus dispersées entre le Maroc et la Libye. L'histoire des Banu Hilal et Banu Soulaym est relatée dans l'immense Taghribat Bani Hilal (l'épopée hilalienne) contée dans toute l'Égypte et bien plus loin encore.
Histoire Installation au Maghreb vignette|340x340px|ville de Gabès, Tunisie. vignette|Cartes des émirats maghrébins, . Selon la légende, les Saharis étaient présents en Égypte avant le reste de leur peuple et en furent chassés par les Égyptiens, accusés d'avoir pratiqué de la magie (sihr) pour ensorceler le roi d'Égypte, Firaoun ben Maacem. Une autre version affirme que c'est le calife fatimide Al-Mustansir Billah qui envoya les Saharis aux côtés des autres Hilaliens, à la conquête du Maghreb jusqu'à la défaite de Sétif en 1153 qui entraîna la dispersion des Hilaliens entre l'Égypte et l'océan Atlantique. Dans la geste hilalienne de Bou Thadi, plusieurs passages pourraient se faire genèse de cette création mythique des Saharis. Ainsi l'histoire de sorcier du Bou Bchara - tué par le héro Bou Zid dans le désert du Saïd -, ou encore l'affaire du devin Qosmor au Caire - voyant ses filles être enlevées par les Banou Zoghba du héros Diab - ont des similarités au récit d'origine des Saharis. La mention du fils de Diab, Nasr Din, épousant dans la zone du djebel Saharis une princesse berbère semble aussi une piste fiable, le terme de Nasr apparaissant dans la généalogie de la tribu Saharis. Selon Ibn Khaldounenfin, dans son Histoire des Berbères, les migrations hilaliennes permirent l'installation dans un premier temps à Gabés du clan hilalien des Zughba, lesquels Zughba se seraient déjà trouvés dans la région depuis plusieurs générations, bien avant l'ordre d'invasion fatimide, en Tripolitaine. Bousculés dans les années 1190 les clans Zughba , parmi lesquels on peut compter les Aroua dont viennent les Saharis, vont dès lors se déplacer au centre du Maghreb où ils serviront les Zianides de Tlemcen pour les siècles à venir. Le traité d'E.Mercier Comment L'Afrique septentrionale a-t-elle été arabisée rédigé en 1864 avance l'idée qu'au temps des émirats hafsides et zianides, la fraction hilalienne des zor'ba/ zughba s'est divisée en clans (Oulad Sliman, Obeid Allah, Chérifa, Naïl et Saharis) qui, avec d'autres hilaliens come les Beni Amer ce sont installés dans les environs du djebel Amour, devenu à l'époque le djebel Saharis. Pour ce qui est des Saharis, on sait qu'ils se sont établis dans le djebel Saharis vers le , en asservissant les Sindjas, des berbères Zénètes. Une étude des sources coloniales datées d'après la conquête française de l'Algérie, esquissent par le biais d'un travail de retranscription de témoignages oraux, ce qu'aurait été le parcours de cette tribu semi-nomade à la façon des Zénètes qui les précédaient. La période XIII-XVIIe siècles voit les Saharis défendre leurs terrains de pâtures montagneux, convoités par leurs voisins. La structure régionale, fondée sur un système tribal pratiquant l'économie de bétail, permet aux Saharis de pratiquer le commerce autour de la vente de laine et de viande de mouton, de chameaux, mais aussi la perception de taxes sur les caravanes de passage leur permettant l'acquisition de produits manufacturés et de monnaie pour l'achat et l'élevage de chevaux.
Les Saharis en leur djebel : XVIème siècle vignette|Invasion hilalienne. vignette|Exemple de campement nomade, province de Constantine. Ainsi à la fin du , les Saharis affronteront coup sur coup trois coalitions de tribus distinctes pour conserver leurs terrains de pâtures. Les Bouazid ou Ouled Sidi Bou Zid pour commencer, lesquels sont une confédération berbère sédentarisée qui est dans un premier temps accueillie dans le djebel par les Saharis en ce que leur économie sédentaire agricole leur permet d'échanger des produits de subsistance. Il est donc avancé comment la multiplication des villages Bouazid et leur avancée dans le djebel ont fini par irriter les Saharis, lesquels se mettront bientôt en tête de les chasser. Une série d'affrontements marqués notamment dans la vallée de la Gai'ga, voient les Bouazid être expulsés du djebel. Aujourd'hui encore, se trouvent les ruines de dizaines de villages, sans doute abandonnés durant cette période.
Ce premier mouvement saharis dans la région finit par inquiéter leurs voisins comme les Ouled Bou Aïcha ou Bouaiche. Les informations d'époque nous viennent des récits portant sur la vie d'un marabout local dont sont contés encore aujourd'hui les légendes, Mohamed ben Aliya. Le récit légendaire contant le déclenchement de cet affrontement aurait été celui du massacre d'un nourrisson sahari que deux chasseurs bouaiche, les croisant lui et sa mère, auraient offerts à leurs faucons qui le déchiquetèrent sous les yeux de la jeune femme. Après une série d'affrontements, notamment celui de l'oued Medjdel (71 Bouaïche et 67 Saharis y perdent la vie), les troupes bouaiche et saharis se seraient rassemblées pour un grand affrontement à el-Amouâgeuf, lequel affrontement déciderait du sort de la région, on parle alors de quelques centaines de guerriers de chaque côté. C'est là qu'intervient le marabout Mohamed ben Aliya qui, originaire des deux tribus se serait placé entre les deux armées. Conjuré par les deux camps de prendre parti, c'est finalement la complainte chantée d'un poète sahari qui l'aurait décidé à condamner les bouaiches. Sous l'effet de sa malédiction, sept géants seraient apparus pour anéantir les clans bouaiche (on parle d'une centaine de guerriers bouaïche tombés). Au récit légendaire, il faut substituer l'incrédulité des sources historiques. Deux autres grands affrontements dans la région permettent l'expulsion définitive des bouaïche dans les ravins de l'Oued er-Rou' puis dans le djebel Bou Zer'ba. On sait que la majorité de la population bouaiche s'est dispersée dans l'ouest algérien, ou à été intégré à la smala saharis, soit par vassalisation, soit par prise d'otage, quelques survivants parvenant à s'installer finalement au cercle de Boghar. vignette|Scène de combat entre tribus nomades. Par la suite, les sources coloniales rapportent comment les saharis durent faire face à une confédération de quatre tribus nomades dites sahariennes - ou tribu du zahrez-, d'origine arabe, où l'enjeu est là encore la possession des terrains de pâtures stratégiques sur les trajets des tribus nomades. Ces affrontements, étalés sur une demi-année, voient la dévastation des terres et des campements saharis par le raz de marée saharien, parmi lesquels les tribus des El-Arbâ, des H'aouâmed, des Ahl Ben Ali, des Oulad Mâd'i et des Selmya. Vaincus coup sur coups - notamment lors de l'affrontement de Faïdjat el-Merahil (ou chemin de la crête des fuyards) - , les Saharis ne doivent leur salut qu'à la superbe de leurs adversaires, s'installant dans quatre campements distincts, ce qui permet à la cavalerie saharis d'encercler et de ravager coup sur coup les installations des cinq tribus, au pied du Djebel Khider. Les cinq tribus s'éparpillèrent dans le Hodna et les Zibans, quand les Saharis, au prix d'une trentaine de victimes dans leur camp, purent amasser un butin considérable.
L'expulsion par les Ouled Naïls : XVIIème siècle vignette|Femme des Ouled Naïl.