vignette|Fibule d'argent de l'ère viking faisant partie du trésor de Penrith. vignette|La fibule pseudo-penannulaire de Tara (art irlandais, début du ), l'une des plus célèbres, est décorée sur ses deux faces. La fibule celtique ou broche pénannulaire (formée d'un anneau interrompu) est une pièce d'orfèvrerie qui se caractérise par sa taille importante. Quoiqu'on en trouve de semblables dans d'autres parties du monde, et à diverses époques (comme au Maghreb contemporain), elle est généralement associée au haut Moyen Âge britannique.

D'abord simples accessoires vestimentaires à l'âge du fer et l'ère romaine, les « broches » désignent les fibules de métal précieux richement décorées des élites d'Irlande et d'Écosse entre 700 et 900 de notre ère (« fibule » est le mot d'origine latine : il est employé dans la plupart des langues modernes d'Europe, hormis par les anglicistes). Ce sont des bijoux typiques d'orfèvrerie profane de l'art celtique final, ou, pour reprendre le terme des historiens, de l'art insulaire. Ces bijoux ont évolué vers des formes plus dépouillées tout au long de l'ère des Vikings dans les îles Britanniques jusqu'au , comme les broches à fleur de chardon ().

Description Ces accessoires comportent une longue épingle coulissant à son extrémité autour d'un anneau. Dans les broches proprement penannulaires, l'anneau n'est pas complet : un intervalle permet de dégager l'épingle ; dans les broches dites pseudo-penannulaires, cet intervalle est comblé par un élément rapporté, amovible. Ce dernier type de broche est plus fragile que le premier.

Ces broches étaient portées par les hommes comme par les femmes, mais les hommes la portaient généralement à l'épaule, et les femmes sur la poitrine, l'épingle pointant vers l'extérieur ; une vieille loi irlandaise dit qu'en cas de blessure par l'épingle d'une broche, celui qui la porte n'est pas en tort si l'épingle n'est pas protubérante et si elle est convenablement recourbée. Les broches les plus ornementées reflétaient clairement le statut social élevé de leur propriétaire, et elles étaient portées aussi par le clergé, au moins en Irlande, mais probablement davantage pour fermer les capes et d'autres manteaux de voyage, que des vêtements d'usage quotidien. Le Senchas Mór, une loi bretonne, spécifiait que les fils des grands rois, lorsqu'ils étaient en nourrice, devaient porter des , les enfants de princes des broches d'argent.

Fixation vignette|Imitation moderne, montrant comment on fixait les fibulesAu British museum; cette video montre comment on la brochait. vignette|Fibule trouvée au Rock of Cashel (). Avec la broche pénannulaire, c'est-à-dire celle en forme d'un anneau interrompu, on plante l'épingle à travers un pli du tissu, et on en ramène l'extrémité à l'intérieur de l'anneau puis on tourne sa boucle en glissant sur l'anneau d'un quart de tour, de sorte que la pression du tissu la bloqueCf. , avec dessin explicatifs. Voici une vidéo ; et enfin ..

Quant aux broches pseudo-pénannulaires, les choses sont moins simples et il n'y a pas d'accord sur la manière dont on les portait : sans doute cela variait-il d'une broche à l'autre. Tantôt des plis du tissu étaient engagés dans la boucle jusqu'à ce qu'on puisse les percer par l'épingle, puis le pli était étalé pour que l'épingle presse contre l'anneau : c'est la meilleure technique pour les broches dont l'épingle ne dépasse pas le diamètre de l'anneau ; tantôt on épinglait le tissu verticalement, laissant pendre l'anneau sur le tissu. La troisième méthode consistait à retenir l'extrémité de l'épingle par une chaînette ou un fil à l'anneau (l'anneau des broches pseudo-pénannulaires étant complet) : c'est probablement de cette façon qu'était fixée la broche de TaraWhitfield (2001), p. 229–230, avec un schéma pour la Broche de Tara; cf. la série de photos des Musées Nationaux d’Écosse. Enfin dans quelques cas l'épingle, amovible, était fixée par un écrou ou un clou. Si, pour certaines broches pseudo-pénannulaires comme celle de Londesborough (ci-dessous), l'épingle se fixe au-dessus de l'anneau, pour d'autres on doit la passer en travers de l'anneau (le chas de l'épingle devant) ; on a présenté la broche de Tara dans ces deux configurationsLes photos montrant l'épingle à l'avant, ont été prises au NMI en 2010; mais les illustrations dans le catalogue du NMI (2002), et dans Youngs (1989) la montrent passée à travers l'anneau.. Ce dernier dispositif est le plus fréquent pour les broches tardivesPar exemple les broches de Roscrea, d'Ardagh et de Killamery - planches n° 79, 76 & 80 dans le livre de Youngs, et dans le catalogue du NMI. Les sources n'indiquent jamais clairement si telle broche possède une épingle amovible. (du ).

Les spécialistes s'étonnent que la broche pénannulaire, simple et efficace, ait évolué vers l'anneau fermé (broches pseudo-pénannulaires), bien qu'il soit assez clair que cela permettait de consolider la broche. Il faut dire aussi que dans plusieurs broches pénannulaires, l'espace entre les extrémités de l'anneau est à peine suffisant pour pouvoir engager l'épingle.

Histoire

Période romaine et brittonique Sous l'occupation romaine, les fibules en bronze, en fer et, plus rarement, en argent, étaient un accessoire d'habillement très ordinaire, dépourvu de connotation sociale, et leur ornementation se limitait à des motifs simplesJohns, pp. 150–151, fournit des exemples de broches britto-romaines du pays de Darwin. Le bossage périphérique, indispensable pour empêcher la perte de l'épingle, était exécuté par simple pliage du métalExemple tiré de la base de données britannique des recherches au détecteur de métaux ; mais vers la fin de la province romaine de Bretagne, aux , un type particulier de broche à motifs zoomorphes et effigies humaines ou animales, fit son apparition certaines étaient émaillées, mais l'épingle n'était guère plus grande que le diamètre de l'anneau. . On les trouve surtout dans le sud-ouest de l'Angleterre et au Pays de Galles, où elles semblent avoir connu une réelle vogue, avant de disparaître au , mais de réapparaître en Irlande aux . Avec ce nouveau modèle, les extrémités de l'anneau ont gagné en taille : aplaties et ornées d'émail ou de verre coloré, elles comportaient des arabesques ou parfois des motifs zoomorphes. L'épingle est souvent de deux fois le diamètre de l'anneau catalogue pl. 16–19; NMI, pl. 5:5; exemple du British Museum. La sphère d’influence culturelle irlandaise recouvrait alors l'essentiel de la côte ouest de l’Écosse, et ches les tribus pictes d’Écosse orientale, les broches ont connu des transformations tout aussi importante, quoique l'ornementation soit différente : elle s'inspirait tantôt de celle des pièces d'harnachement, tantôt de celle des reliquaires chrétiens et d'autres pièces d'orfèvrerie religieuse.

L'âge d'or vignette|Avers de la broche de Tara. Dans les premières années du , les artisans se mirent à fabriquer des broches en métal précieux de grande taille, fort ouvragées et incrustées de gemmes. Exploitant tout le répertoire héraldique de l'orfèvrerie, elles marquaient indiscutablement le statut social de leur porteur. Cette mode allait perdurer deux siècles ; parmi ces broches, celles des Pictes sont de facture beaucoup plus homogène que les irlandaises, ce qui semble indiquer qu'elles ont été fabriquées pendant une période plus courte, peut-être, comme le suggère Youngs, Bien que chaque item soit d'une ornementation propre, une gradation est perceptible dans la richesse des motifs. L'Irlande n'avait pas connu jusque-là de tradition de luxe dans les broches, et cette évolution a pu résulter des contacts avec les élites continentales déjà habituées à faire de ces fibulae la marque de leur rang ; et certainement, ces contacts se sont multipliés à l'époque, ne serait-ce que par l'évangélisation et la circulation des moines.

Plusieurs indices, tant archéologiques que littéraires, indiquent que les fibules en métal précieux étaient la marque d'un rang royal, de même que le manteau de pourpre, et c'est sans doute pourquoi le Christ et la Vierge Marie sont représentés portant ce bijou sur des hautes croix de MonasterboiceWhitfield , 223-226. Tous les spécimens (plus de 50 au total, parfois incomplets pour les spécimens irlandaisNMI), ont été découverts lors de fouilles ou au détecteur de métaux, et chaque fois que l'on dispose d'une description des circonstances détaillées de la mise au jour, on trouve que bien peu viennent de sépultures : la plupart font partie d'un trésor. Celles retrouvées dans des tombes sont de facture souvent ancienne comme cette broche irlandaise du retrouvée dans une tombe viking de Westray, dans les Orcades, ou comme dans le cas de la broche de Kilmainham NMI, p.185. Les broches très décorées portent souvent au revers un nom rayé, celui de leur propriétaire présumé, en écriture runique ; les broches plus dépouillées, en bronze ou autre métal, sont évidemment beaucoup plus nombreuses.

Les broches irlandaises les plus travaillées sont pseudo-pénannulaires, alors que les écossaises conservent pour la plupart une forme authentiquement pénannulaire. La plupart sont en vermeil, avec une dorure partielle ; d'autres sont de métal doré (bronze ou alliage. On ne connaît qu'une seule broche irlandaise en or massif, celle de Loughan, Comté de Londonderry (), un peu plus fruste que la plupart de cette catégorie NMI, p. 184; photo). Mais certaines broches comportent une gouttière en repoussé qui devait servir à la lester de plombs pour lui donner le poids d'une fibule en métal précieuxDeux exemples du British Museum..

En Irlande, le chas de l'épingle pouvait être plié à chaud pour le décorer, parfois en utilisant une plaque en losange, comme dans le cas de la Broche de Tara ; en Écosse, les chas d'épingle étaient simplement obtenus en recourbant l'épingle sur elle-même Les extrémités de l'anneau des broches écossaises affectent souvent des formes lobées ou carrées distinctives, qui recouvrent l'anneau des deux côtés, alors que pour les broches irlandaises, elles se terminent en courbe à l'intérieur de l'anneau, ou parfois forment une corde. Dans ces broches irlandaises, les deux extrémités de l'anneau peuvent être reliées par de minces bandes de métal, ou être recouvertes par une plaquette ; les broches retrouvées avec le Calice d'Ardagh présentent ces deux typesNMI, , p.245. vignette|gauche|Détail de la broche de Londesborough.

Le corps de ces broches était en principe coulé, et l'on a retrouvé plusieurs moules bipartites pour fondre des broches NMI, , p. 176–177. De nombreuses broches comportent des logements (souvent hémisphériques, mais non exclusivement) pour recevoir un bijou ou un bossage de verre, d'émail, d'ambre ou des pierres gemmes locales, mais non des pierres précieuses ni même les grenats propres à la bijouterie anglo-saxonne. Toutefois les millefiori que l'on a retrouvés, par exemple à Sutton Hoo, semblent avoir été importés d'Italie.

Comme le signale Youngs, : de la taille-douce aux inclusions en niellage, émail de verre et champlevé, en passant par la gravure sur puce, le repoussage et le filigrane ; deux techniques sont toutefois absentes : l’opus interrasile, typique de l'orfèvrerie byzantine et le cloisonné caractéristique de l'orfèvrerie continentale, en particulier les grandes fibules d'émail à grenats, telles celles de Sutton Hoo et du trésor du Staffordshire. Sur les broches dorées, l'émail est réservé aux bossages qui rythment la composition ; les plaquettes en champlevé des broches antérieures sont peut-être un écho d'une pratique ancienne, mais la datation est délicate.