est le troisième album solo de John Lennon, sorti le , et le premier de musique non expérimentale avec Yoko Ono. Le couple vient de s'installer aux États-Unis mais l'ex-Beatle connaît de graves démêlés avec l'administration de Richard Nixon, ce disque marque l'apogée de l'engagement politique de Lennon, amorcé par des chansons comme ou .
Alors que le couple ait travaillé ensemble sur des disques expérimentaux, il s'agit ici d'un album partagé entre eux deux, les chansons étant composées et chantées soit par l'un d'entre eux, soit par les deux. Sur le premier disque de ce double album, toutes les chansons traitent d'un problème de société, qu'il s'agisse de la condition des femmes, du traitement des prisonniers aux États-Unis ou encore du conflit nord-irlandais. Le second disque, intitulé Live Jam, est constitué d'extraits de concerts, notamment des bœufs avec Frank Zappa & The Mothers of Invention, dans un registre expérimental, publiés sans l'autorisation de Zappa.
À sa sortie, l'album subit plusieurs fois la censure, qu'il s'agisse de celle du single , ou de la pochette sur laquelle Nixon danse nu avec Mao Zedong. Les critiques, particulièrement aux États-Unis, n'apprécient pas le ton engagé de l'album ni la présence de Yoko Ono. Le second disque live expérimental empire souvent leur perception de l'album. L'album se classe aux États-Unis là où avait atteint la tête des charts l'année précédente. Au Royaume-Uni, publié que le suivant, il parvient à atteindre la onzième place. L'échec de cet album pousse Lennon à cesser d'écrire des chansons trop politisées.
Historique Contexte vignette| naît alors que les Lennon sont sous surveillance de l’administration Nixon.|alt=Photographie officielle de Richard Nixon. Après une année 1971 particulièrement florissante, notamment par le succès incontestable de l'album , devenu numéro 1 des deux côtés de l'Atlantique, et les premières sorties engagées de John, et , un chant de Noël anti-guerre qui fait suite à une campagne d'affichage qu'ils ont lancée sur le même thème « John Lennon: Happy Xmas (War Is Over) », The Beatles Bible. Consulté le 7 août 2011, John Lennon et Yoko Ono décident de quitter le Royaume-Uni pour s'installer à New York. Le contexte politique y est particulièrement troublé, sur fond de présidence de Richard Nixon et de guerre du Viêt Nam. Dans ce milieu, un certain nombre de contestations naissent, au sein desquelles le couple se crée des relations. C'est ainsi que le , Lennon participe à un concert de soutien au poète John Sinclair, emprisonné pour possession de drogue. Il y entonne une chanson en son nom, ainsi que sa nouvelle composition, Attica State, en référence à la mutinerie de la prison d'Attica.
Ces multiples prises de positions attirent l'attention de Nixon, qui craint de voir sa popularité baisser en cette période électorale. Le FBI est ainsi chargé d'enquêter sur John Lennon. Début 1972, le Sénateur Strom Thurmond propose l'expulsion de John comme .
S'ensuivent donc d'intenses procédures judiciaires pour tenter d'expulser John en se fondant sur une ancienne affaire de possession de drogue en 1968 à Londres. John et Yoko parviennent à trouver un avocat compétent, Leon Wildes, qui passe les années suivantes à s'échiner pour que John puisse bénéficier de la citoyenneté américaine. C'est en dépit de ce contexte difficile que John s'apprête à sortir son album le plus engagé, signant également sa première collaboration avec Yoko sur un album autre que de la musique expérimentale « John Lennon: Some Time in New York City », The Beatles Bible. Consulté le 7 août 2011.
Enregistrement Le premier disque, Some Time in New York City, est enregistré au studio Record Plant East à New York avec le producteur Phil Spector, tandis que le deuxième, intitulé Live Jam, contient des titres en concert précédemment enregistrés en 1969 à Londres et en 1971 à New York.
Les enregistrements en studio se font entre février et , avec le groupe récemment inclus au sein du Plastic Ono Band. L'ambiance y est débridée, avec de grandes quantités d'alcool et de drogues. Bob Gruen, qui photographie le groupe à cette époque, se souvient que les séances d'enregistrement étaient surnommées , et que le hasch, la bière, la tequila et les cognacs étaient présents en nombre. La pression qui pesait sur John à cette époque ne change en effet rien à cette débauche, comme l'ajoute Gruen : .
Sur la face 1 du second disque se trouvent les deux titres d'un single de John et Yoko sorti en 1969 cette fois enregistrés sur scène : et sa face B, un montage d'une quinzaine de minutes d'une prestation de près de quarante minutes de . L'enregistrement est celui d'un concert de charité pour l'Unicef le au Lyceum Ballroom à Londres avec tous les membres du Plastic Ono Band qui ont joué ces deux mêmes chansons à Toronto quelques jours plus tôt et du groupe Delaney & Bonnie & Friends (bien que non crédité) qui incluait entre autres George Harrison, Keith Moon et Billy Preston.
Les quatre titres de la face 2 ont été enregistrés le lors d'un concert au Fillmore East de New York avec Frank Zappa et les Mother of the Invention qui avaient invité les Lennon au moment des rappels
Parution et réception left|thumb|La présence de Yoko Ono a été mise à mal par la critique et a entraîné des soucis juridiques.|alt=Lennon et Ono photographiés par Jack Mitchell sort le aux États-Unis. Le single extrait de l'album, , attire des soucis à Lennon, qui doit s'expliquer pour l'utilisation du mot (), jugé offensant, et le single est maintes fois interdit à l'antenne. Au Royaume-Uni, bien qu'il ait été annoncé, le single est annulé pour ses paroles trop polémiques « John Lennon - Woman Is the Nigger of the World », Graham Calkin Beatles Pages. Consulté le 9 août 2011.
L'album en lui-même pose tout autant problème et est un échec aux États-Unis : après avoir connu les sommets avec , Lennon s'écroule à la des charts, tandis que le magazine Rolling Stone qualifie l'album de . Pour Robert Christgau, c'est . Un des points particulièrement critiqués est la présence de chansons de Yoko Ono, ce qui suscitera les mêmes réactions huit ans plus tard avec .
Les problèmes posés par Yoko ne concernent pas uniquement la critique. Plusieurs chansons doivent en effet lui être créditées, ce que refuse catégoriquement l'éditeur britannique de Lennon, Northern Songs, ce qui aboutit à un procès. Conséquence de cet imbroglio juridique, la sortie britannique de l'album est repoussée au . Il connaît au Royaume-Uni de meilleures ventes qu'aux États-Unis et atteint la des charts « Some Time In New York City », Graham Calkin's Beatles Pages. Consulté le 9 août 2011. Le prix de cet album, le seul double album de Lennon, est évoqué parmi les facteurs de mévente. Pour Bruce Eder et William Ruhlmann du site AllMusic, le deuxième disque, peu populaire, a augmenté le coût de l'album et en a fait un des albums les moins connus de l'artiste Some Time In New York City, AllMusic. Consulté le 9 août 2011.
Cet album marque également un temps où le regard change au sujet du duo Lennon/McCartney : tandis que les premières productions de Lennon ont connu un succès honorable, McCartney s'est vu reprocher par la critique (et même par son ancien compagnon d'écriture) de ne pas avoir été à la hauteur de sa réputation. À cette époque, les deux artistes voient pourtant leurs routes s'entremêler : quelques mois avant le de Lennon, McCartney avait publié (sans grand succès), un single sur ce même thème, . À un moment où Lennon connaît ses premiers démêlés avec la critique, McCartney est sur le point de s'affirmer avec son album , récupérant ainsi la popularité perdue de son ami.
Frank Zappa pour sa part critique vivement le mixage de sa performance au Fillmore East avec les Mothers of Invention, les parties vocales de et Howard Kaylan ayant été purement et simplement supprimées. Zappa n'est en outre pas crédité pour le morceau King Kong, renommé à tort Jamrag. Lennon et lui avaient convenu que chacun publierait sa propre version de la prestation, mais Zappa, pour des raisons juridiques, devra attendre le double album en concert Playground Psychotics en 1992 pour pouvoir enfin publier son propre mixage. Il faudra attendre jusqu'en 2025 afin que cette situation soit corrigée. Les chansons avec Zappa, sauf Well (Baby Please Don't Go), sont mises de côté lorsqu'en 2005 sort Some Time in New York City en disque compact. Sur l'album, maintenant simple, sont ajoutées les deux faces du single Happy Xmas (War Is Over) / Listen, the Snow Is Falling.
En 2025 sort , un boîtier de neuf CD qui inclus la remastérisation de l'album double Some Time in New York City, sans la chanson d'ouverture qui est jugée trop risquée pour la sensibilité actuelle. On identifie la chanson qui a froissé Zappa avec le titre corrigé à Jamrag (aka Say Please/King Kong/Aaawk). On entend en entier les deux concerts One to One, celui de l'après midi et celui du soir, avec un troisième disque qui combine les meilleurs moments de ces spectacles. Plusieurs autres enregistrements, tels des remixes, des maquettes, des improvisations et d'autres prestations live de cette époque complètent cette collection.. Un documentaire intitulé qui raconte l'arrivée du couple à New York culminant avec ce concert, sort cette même année.. Réalisé par Kevin Macdonald, la première a eu lieu le à la Mostra de Venise.
Contenu Un disque politiquement engagé thumb|Deux des chansons du disque sont consacrées au conflit religieux en Irlande, et notamment à l'épisode du .|alt=mémorial aux victimes du Bloody Sunday se caractérise par son caractère politique et engagé. De nombreux thèmes y sont ainsi traités, chers à Lennon ou à Ono et souvent aux deux. C'est ainsi le féminisme qui ouvre doublement l'album, tout d'abord avec le tonitruant de John, performance vocale qui a été comparée à sa version de . Lui répond une composition de Yoko, , appelant à l'unité des femmes pour accéder à plus de considération « John Lennon : Sisters O' Sisters », The Beatles Bible. Consulté le 4 août 2011.
Deux des chansons écrites en commun traitent du conflit nord-irlandais. , aux chœurs dissonants et au rythme violent, est un appel à répondre au massacre éponyme qui s'est tenu au début de l'année en . Sous des dehors plus doux de ballade irlandaise, est en réalité beaucoup plus violent dans son propos, Lennon et Ono n'hésitant pas à accuser les Britanniques de génocide.
Parmi les autres chansons composées par le couple, apporte son soutien à l'activiste afro-américaine Angela Davis, en pleins démêlés avec le gouvernement, tandis quAttica State condamne la répression de la mutinerie de la prison d'AtticaPar une certaine ironie du sort, l'assassin de Lennon, Mark David Chapman, est détenu dans cette même prison..
Lennon signe seul une autre chanson engagée, , pour appeler à la libération de ce poète arrêté dans une affaire de drogue « John Lennon: John Sinclair », The Beatles Bible. Consulté le 4 août 2011. Il signe également , souvent considérée comme un de ses meilleurs rocks. Dans l'esprit de chantée du temps des Beatles, la chanson raconte cette fois-ci la vie du couple à New York, non sans critiquer la société « John Lennon: New York City », The Beatles Bible. Consulté le 4 août 2011.
Yoko Ono signe pour sa part deux autres chansons engagées, , sur le manque de liberté dans les sociétés modernes, thème que Lennon avait déjà abordé dans « John Lennon: Born in a Prison », The Beatles Bible. Consulté le 4 août 2010. , qui clôt l'album, est une longue chanson sur le fait qu'au-delà des différences culturelles, tous les hommes sont semblables « John Lennon: We're All Water », The Beatles Bible. Consulté le 4 août 2011.