Le Fier est une rivière-torrent des Préalpes de Haute-Savoie, affluent de la rive gauche du Rhône, d'une longueur de . Il présente une intéressante diversité naturelle, tant au niveau de sa flore (forêts fossiles et forêts alluviales) que de sa faune.

Étymologie thumb|La vallée de Dingy-Saint-Clair vue depuis le Parmelan. La vallée est barrée par le torrent du Fier qu'on voit partir dans le défilé de Dingy pour pénétrer sur la commune d'Annecy-le-Vieux. Sur la droite après le défilé, la crête du mont Baret. Tout au fond, dans un même alignement, on aperçoit le col de Bluffy, le roc de Chère, le lac d'Annecy et l'élégante courbe de la montagne d'Entrevernes. Les montagnes du fond font partie du massif des Bauges.

Le nom du Fier (prononcé traditionnellement [fje], le r peut ne pas se prononcer) est à rapprocher étymologiquement d'autres noms de cours d'eau de la région. Selon les sources, il partage la même racine que Chéran, Guiers et Gier.

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Géographie

D'une longueur de , le Fier prend sa source dans la chaîne des Aravis, au mont Charvin, descend la vallée de Manigod, puis celle de Thônes. Il se transforme en puissant torrent pour forcer le défilé de Dingy-Saint-Clair (voir photo ci-dessous), puis pour contourner Annecy-le-Vieux et Annecy par le nord et l'ouest. Là, il traverse les impressionnantes gorges du Fier, avant de se frayer le passage entre quelques hautes collines pour retrouver le reposant Val-de-Fier. Mais rapidement, il va, à nouveau, se transformer en puissant torrent pour forcer le passage entre la montagne du Gros Foug () et la montagne des Princes () pour former les gorges du Val du Fier, avant-dernier exploit, avant son union avec le Rhône, au sud de Seyssel (Haute-Savoie), où sa puissance est telle qu'il se permet de pénétrer le fleuve dans le sens inverse du courant.

Affluents et caractéristiques

Ses principaux affluents sont : le Nom (rive droite) à Thônes ; la Fillière (rive droite) à Argonay, débit moyen /s ; le Thiou (rive gauche) (rivière de de long, la plus courte de France, exutoire du lac d'Annecy) à Annecy, débit moyen /s ; le Chéran (rive gauche) à Rumilly, débit moyen /s .

La rivière est alimentée essentiellement par des eaux de fonte des neiges au printemps et par des eaux de pluie. Après des épisodes pluvieux, son débit augmente fortement pendant 2 à 4 jours.

Hydrologie Le Fier à Vallières Le débit moyen interannuel du Fier a été observé et calculé pendant une période de 59 ans (1948-2006) à Vallières localité située à en aval de RumillyFiche de débit caractéristique - Le Fier à Vallières . Il se monte à /s pour une surface de bassin de , soit la presque totalité de son bassin versant qui fait .

La rivière présente des fluctuations saisonnières de débit typiques du régime à la fois nival et pluvial, avec une longue période de hautes eaux (novembre à début juin) dédoublée, à la suite des pluies d'automne d'une part, et de la fonte des neiges au printemps d'autre part. Les hautes eaux présentent donc un double sommet, portant le débit mensuel moyen à un premier sommet de /s en novembre, puis après une baisse à /s en janvier, un nouveau sommet allant de 55,1 à /s en mars-avril-mai (avec un maximum en avril). Survient alors une chute rapide des débits, se terminant en une période d'étiage en juillet-septembre, avec baisse du débit moyen mensuel jusqu'au niveau de /s au mois d'août, ce qui reste assez costaud, il est vrai, comparé aux étiages de la grande majorité des cours d'eau français.

Étiage ou basses eaux Aux étiages, le VCN3 peut chuter jusque /s, en cas de période décennale sèche.

Crues Les crues peuvent être assez importantes, quoique largement inférieures à ce qui prévaut dans d'autres régions du pays (bassin de la Loire, de la Moselle ou Cévennes par exemple). En effet, le QIX 2 et le QIX 5 valent respectivement 398 et /s. Le QIX 10 est de /s, tandis que le QIX 20 et QIX 50 ne sont pas disponibles mais se situent dans la même logique croissante.

Le débit journalier maximal publié à Vallières est de /s (le ).

Lame d'eau et débit spécifique Au total, le Fier est une rivière fort abondante, bien alimentée par des précipitations elles aussi abondantes, dans les régions montagneuses de son bassin. La lame d'eau écoulée dans le bassin versant de la rivière est de annuellement, ce qui est très élevé, presque trois fois la moyenne nationale, mais tout à fait normal dans les départements savoyards. Le débit spécifique (ou Qsp) atteint par seconde et par kilomètre carré de bassin.

Hydroélectricité Quatre installations hydroélectriques implantées et gérées par EDF sur le cours du Fier en aval d'Annecy.

Centrale de Brassilly construite en 1904 sur la commune de Poisy par la Société des Forces du Fier pour électrifier la ville d'Annecy et son industrie. Le barrage de 50 de large et 4,5 m de hauteur alimente deux conduites forcées dans un tunnel de 1 km de longueur et un dénivelé de 20 m. La centrale (r.d.) est située à la sortie d'une boucle du Fier et comportait à l'origine 3 turbines de 375 CV; en 1994, elle a été rénovée et équipée de deux groupes d'une puissance globale de 2,5 MW. Centrale de Chavaroche qui comporte un barrage de dérivation sur la commune de Poisy, alimentant un canal de dérivation et un tunnel sur la commune de Lovagny, passant ensuite sur un pont sur le Fier avant la centrale de Chavaroche construite en 1923 à 4 km du barrage. D'une puissance de 7,3 MW, elle est équipée de 4 groupes alternateurs. En 2017, le barrage de Chavaroche a été complété par une turbine sur vis d'Archimède de 90 KW pour turbiner le débit réservé. Centrale de Vallières mise en service en 1928 sur la commune de Vallières. Le barrage de retenue ( barrage poids ) haut de 20 m et long de 82 m génère une retenue de 600 000 m3 sur le Fier. La centrale mitoyenne a une puissance installée de 13,5 MW avec trois groupes alternateurs. Centrale de Motz mise en service en 1920 sous le nom de Centrale des Portes du Fier par la Société hydroélectrique de Lyon avec 4 puis 5 turbines pour 13,5 MW. Elle appartient à l'EDF depuis 1946, qui l'a remplacée en 1988 par une nouvelle centrale de trois groupes alternateurs pour une puissance totale installée de 34,8 MW. Elle est alimentée par une conduite d'amenée de 1,4 km depuis le barrage de Motz, haut de 53 m et long de 35 m générant une retenue de 32 hectares sur le Fier.

gauche|vignette|Barrage de Brassilly sur le Fier. centré|vignette|Le fier en aval du barrage de Brassilly. gauche|vignette|Centrale hydroélectrique de Brassilly et son canal de chasse. centré|vignette|Turbine de la centrale de Brassilly 1904. Exposée à Cran-Gévrier. centré|vignette|Barrage de Chavaroche et sa turbine à vis d'Archimède.

Les territoires du Fier La vallée de Manigod vignette|upright=1.2|Le lac du Charvin.

C'est dans cette vallée que le Fier prend sa source au cœur de la chaîne des Aravis, au lac du Mont-Charvin à d'altitude, dominé par les alpages du mont Charvin (), de la Goenne () et de la tête de l'Aulp. Il descend la vallée, orientée est-ouest, en passant par les hameaux de « La Charmette », « Tournance », « Joux » (), « Les Choseaux », « Villard-Dessus » (r.d), Manigod (r.d), le village du chef Marc Veyrat, « Villard-Dessous » (r.d, ), Les Clefs (r.d).

Aux Clefs, il est rejoint par son premier affluent d'importance, le « Chamfroid » (r.g), avant de bifurquer vers le nord et d'arriver à Thônes.

La vallée de Thônes

Avant d'arriver, il longe le hameau de « Chamossières » (r.g), la chapelle de Galatin (r.d, ) et le hameau de « La Curiaz ». À Thônes, le Fier est rejoint par le torrent du Nom (rive droite), son vrai premier affluent, en provenance de Saint-Jean-de-Sixt et de La Clusaz.

Le Fier a été dans l'histoire responsable de nombreuses catastrophes coupant fréquemment les voies de circulation contraignant les habitants à passer par les cols pour rejoindre les autres vallées. En janvier 1899, la place Avet de Thônes avait été noyée sous d'eau. Au , le maire de La Nouvelle-Orléans, Nicolas Girod, natif de Thônes avait proposé de payer des travaux d'endiguement sur ses fonds propres, mais la mésentente intercommunale avait finalement fait échouer le projet

vignette|La Nécropole nationale des Glières. Après Thônes, il continue dans une vallée plus large, reprenant une orientation vers l'ouest, logeant les hameaux de « Tronchine » (r.g), de « Bellossier » (r.g) où il est rejoint par un nouvel affluent « Le Malnant » (r.g), le hameau de « Thuy » (r.d) où il est rejoint (r.d) par un petit torrent, avant de passer exactement entre les sites de la Nécropole nationale des Glières (r.g), sanctuaire des résistants hauts-savoyards de la Seconde Guerre mondiale, et le site préhistorique de la grotte de la Balme-de-Thuy (r.d), qui témoigne de la colonisation de la vallée dès l'âge du bronze par une peuplade de pasteurs. Après la grotte, il est rejoint par un autre torrent (r.d) appelé l'« Arpette de Thuy ».

Continuant son cours, le Fier longe le village de La Balme-de-Thuy (r.d), passe entre le hameau de « Charvex » (r.d) et le village d'Alex (r.g) où il est rejoint par un nouvel affluent « Le Nant d'Alex » (r.g), puis passe le hameau de « Chessenay » (r.d), de « Le Pont » (r.g), le château de Folliet (r.g) et le hameau de « Glandon » (r.d), où il est rejoint par un petit affluent (r.d) qui irrigue la vallée de Dingy-Saint-Clair. Toute cette partie de la vallée est un paradis pour les pêcheurs à la mouche, le Fier déambule lentement le long de berges sableuses. Une colonie de hérons cendrés y a élu domicile. Aux , le sable de la rivière et le bois des forêts permirent l'exploitation d'une verrerie dans la commune d'Alex qui compta jusqu'à un millier d'habitants en 1800.

Le défilé de Dingy vignette|Le site a un caractère touristique reconnu de longue date, comme le montre cette carte postale du début du , qui représente également le chemin de fer secondaire à vapeur qui le parcourait, le Tramway d'Annecy à Thônes.

Juste avant le défilé, il passe sous le nouveau pont, puis sous l'ancien pont Saint-Clair, avant de se précipiter en grondant dans la traversée du défilé de Dingy jusqu'aux hameaux de « Nanoir » (r.d) et de « Rochebard » (r.d), deux et trois kilomètres plus loin. Désormais il traverse le territoire de l'agglomération d'Annecy.

Le , Jean-Jacques Rousseau, parti d'Annecy pour une promenade d'une journée, rencontre à Dingy, les demoiselles Claudine Galley et Graffenried. Il les accompagne jusqu'au manoir de La Tour, une maison forte située au pied de « Glapigny » à Thônes, où ils vont passer une journée idyllique qui va fortement marquer le jeune homme. Cette idylle sera décrite en 1782 dans ses Confessions.

Le vieux pont fut construit en 1828, payé Nicolas Girod, maire de La Nouvelle-Orléans et natif de Thônes, sur ses fonds propres. Il remplace un ancien pont saccagé par l'armée française qui en 1793, venue mater la résistance du val de Thônes, avait voulu y faire passer ses canons trop larges.

Eugène Sue, auteur des fameux Mystères de Paris, vécut ses dernières années à Annecy-le-Vieux, de 1851, après le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte, jusqu'à sa mort le . Voici comme il décrit le torrent du Fier dans sa traversée du défilé :

Le vallon du Fier

Le vallon du Fier est la partie de territoire traversée par la rivière dans le bassin annécien. Avant l'an -8200, le Fier alimentait directement le lac d'Annecy à travers la plaine des Fins. Les eaux du lac suivaient un cours inférieur qui passait en contrebas de la montagne d'Âge. Au cours des siècles, les alluvions finissent par combler la plaine des Fins, la rivière trouve alors son lit actuel et finit par creuser sa vallée en aval d'Annecy-le-Vieux. Définitivement coupé du lac, le Fier, chargé de sédiments, se détourne vers Rumilly, creusant en quelques centaines d'années les spectaculaires gorges du Fier comme avec de la paille de verreAlpes Loisirs , printemps 2009, page 89.