Friedrich Lang, connu sous le nom de Fritz Lang (prononcé : Prononciation en haut allemand standardisé retranscrite selon la norme API.), né le à Vienne et mort le à Beverly Hills, est un réalisateur austro-hongrois, binational allemand par mariage à partir de 1919, et naturalisé américain en 1935.

Inventeur d'un grand nombre de techniques innovantes qui sont devenues autant de standards et lui ont valu le titre de M. Dowd & R. Hensey, The Archaeology of Darkness, , Oxbow Books, 2016 ., il introduit dès 1919 dans le cinématographe une esthétique expressionniste qui fera école et inspirera en particulier le film noir. Son œuvre est traversée de thèmes récurrents : la vengeance, la pulsion de mort qui mine l'individu et la société, la manipulation des foules par un surhomme, la lutte pour le pouvoir, la violence de l'homme pour l'homme, la liberté pour le mal. Celui du double, image d'une inquiétante étrangeté, est présent dans la quasi-totalité de ses films.

La version restaurée et reconstituée de Metropolis, film réalisé en 1925-1926 dans les studios de Babelsberg, est classée au registre international Mémoire du monde de l'UNESCO depuis 2001.

Biographie Le désenchantement en héritage Jeunesse catholique et bourgeoise (1890-1908) Friedrich Christian Anton Lang naît dans une famille de la bourgeoisie ancienne. Son père, architecte de formation, est un entrepreneur en bâtiment viennois de confession catholique. Il est lui-même baptisé dans la religion catholique, le , sous le prénom Fritz. Sa mère, ashkénaze, née Pauline Schlesinger dans la religion juive, se convertit au catholicisme quand Fritz a dix ans.

Le jeune Fritz manifeste des dons pour la peinture et le dessin, et une grande passion pour les récits d'aventures, fables fantastiques, exotiques et policières. Karl Kraus, Jules Verne et Karl May sont parmi ses auteurs favoris. Tout cela se retrouvera quelques années plus tard, dans ses films. Cédant à la pression paternelle, il suit des cours d'architecture à l'université technique de Vienne.

Peintre en rupture (1909-1914) vignette|Plaque commémorative 1 Zeltgasse à Vienne, où Lang étudiant prend une adresse que, lieutenant, il conservera jusqu'à son mariage en 1919.

En 1908, Fritz Lang abandonne le TU pour l'Académie des arts visuels. En 1909, tout en continuant son apprentissage de la peinture, il décide de rompre avec sa famille et s'installe dans un appartement du huitième arrondissement de Vienne, au 1 Zeltgasse. Pour gagner sa vie, il se fait embaucher comme artiste dans un cabaret.

En 1910, il entame un long voyage en Méditerranée et visite l'Afrique du Nord. À son retour, en 1911, il s'inscrit à l'Académie des arts décoratifs de Munich, ville d'avant garde où la vie étudiante est débridée, mais repart bientôt voyager en Extrême-Orient. Son périple ne se termine qu'en 1913, à Bruxelles. C'est là qu'il découvre le cinématographe.

vignette|gauche|Un tableau de Maurice Denis datant de 1900, soit 13 ans avant que Fritz Lang n'intègre son atelier du Prieuré. vignette|L'atelier ouvert en 1912 par Maurice Denis au Prieuré.

Cette même année 1913, il rejoint le Paris de Franz Hessel, capitale des arts, et intègre le nouvel atelier que Maurice Denis vient d'aménager à Saint-Germain-en-Laye dans l'hôpital royal désaffecté rebaptisé Le Prieuré. Il gagne difficilement sa vie comme illustrateur de contes et caricaturiste pour des journaux français et allemands. Il a la chance, en , de réaliser une exposition de ses œuvres.

À Paris, son intérêt pour le cinéma, né à Bruges, attire son attention sur Louis Feuillade et son Fantômas, dont l'influence se verra dans la série des Mabuse. Du cinéma de cette époque, il déclarera : C'est en tant que peintre qu'il saisit l'intérêt artistique qui peut être tiré d'un cinématographe communément perçu comme un divertissement insignifiant et la possibilité de l'utiliser comme un média expressif. Dès lors il s'emploiera à répondre à cette question quasi métaphysique :

Guerre et mariage (1914-1919) Fritz Lang est à Paris, où il travaille comme illustrateur, quand le le prince héritier d'Autriche-Hongrie François Ferdinand est assassiné à Sarajevo, que le Jean Jaurès est lui aussi assassiné, et que trois jours plus tard, l'Allemagne et l'Autriche déclarent la guerre, bientôt mondiale, à la France. Fritz Lang, sujet ennemi âgé d'à peine vingt-quatre ans, doit, tel le mari de Marie Laurencin, fuir la France pour ne pas être incarcéré. Il est intercepté à la frontière belge mais parvient à s'évader.

De retour en Autriche, il est incorporé dans l'armée autrichienne, en , en tant qu'élève officier et envoyé en formation dans un régiment de réservistes à Luttenberg. Il est logé chez un fonctionnaire, Karl Grossmann, un intellectuel qui l'initie à la photographie et lui fait découvrir de courtes séquences filmées. Désormais lieutenant, il est envoyé en décembre sur le front Est, où il est blessé quelques mois plus tard.

C'est probablement à cause de ses blessures de guerre que Fritz Lang perd son œil droit et devint borgne. D'autres causes sont également avancées, Bertrand Tavernier parle d'une infection à l'œil., d'autres sources parlent d'un accident durant le tournage de Metropolis., d'autant que jeune, il portait un monocle à l'œil gauche. Dans les années 1960, il devint quasiment aveugle.. Lang fut souvent classé avec John Ford et Raoul Walsh parmi les « borgnes d'Hollywood »..

À sa sortie de l'hôpital, il est envoyé en convalescence à Vienne. Là, il se met à écrire des scénarios, parfois en moins de cinq jours. En 1917, il rencontre le cinéaste et producteur Joe May, à qui il propose ses scénarios. C'est à cette occasion qu'il rencontre l'actrice Thea von Harbou, qui deviendra sa seconde femme. Fritz Lang devient un scénariste prolifique, capable de s'inscrire dans l'air du temps. Le Mariage à l'Excentric Club est dans la veine du film de détective, en vogue à l'époque en Allemagne, tandis que Hilde Warren et la Mort appartient au genre fantastique. Dans ce dernier film, l'héroïne, à la fois épouse et criminelle, met fin à ses jours juste après que la mort lui a rendu visite.

Avant la fin de l'année, il est renvoyé sur le front. Il tient un journal intime dans lequel il consigne des réflexions désenchantées sur la nature humaine. Blessé une seconde fois en 1918, il termine la guerre en tant que régisseur d'une troupe de théâtre aux armées.

Démobilisé et sept fois décoré, Fritz Lang retourne à Berlin où, le , il épouse Elisabeth Rosenthal, actrice de théâtre. L'année 1919 est une année charnière pour lui. Il fait la connaissance du producteur Erich Pommer qui le fait entrer dans la compagnie de production allemande Decla (Deutsche Eclair), pour laquelle il écrit La Femme aux orchidées, un mélodrame, et La Peste à Florence, un film historique, tous deux mis en scène par Otto Rippert. Pommer déclare à Lang : « Vous devez apprendre à connaître la caméra, car c'est avec elle que vous écrirez le film ». La même année, Pommer lui propose de devenir metteur en scène et Lang, pour ne plus être trahi par les réalisateurs, décide de passer derrière la caméra.

Carrière à l'UFA Premiers pas et premier chef-d'œuvre (1919-1922) vignette|gauche|redresse|Affiche de Docteur Mabuse le joueur.

Fritz Lang signe La Métisse et Le Maître de l'amour. Il réalise Harakiri (1919), d'après Madame Butterfly. La même année, il signe son premier succès, Les Araignées (, 1919-1920), un feuilleton d'aventures en deux parties qui annonce son style à venir : un langage esthétique fondé sur un jeu de prises de vues créant à l'arrière-plan de l'action des motifs géométriques qui ne sont pas sans rappeler certaines peintures abstraites de cette époque, un montage des plans en cadence et un travail sur les éclairages qui offrent des contrastes saisissants.

Le , sa femme Élisabeth est trouvée morte, d'une balle tirée avec le Browning de son mari. L'enquête conclut non au suicide, mais à la mort par accident. Fritz Lang gardera toute sa vie le secret sur son premier mariage et ces circonstances supposées avoir eu une influence sur le thème de ses futurs films sur les complications sentimentales, la culpabilité, la mort et le suicide. Le critique Bernard Eisenschitz précise que et que, dès lors, le cinéaste . Ce chapitre de la vie privée de Lang a été évoqué en 2001, au cours de la longue rétrospective lors du Festival du Film de Berlin, mais sans mentionner la mort de Lisa Rosenthal.

Cette même année, il tourne Das wandernde Bild et (ou ), avant de s'imposer à la critique avec Les Trois Lumières (, 1921), qui, par son style, est un des premiers films expressionnistes. Devenu l'un des plus importants cinéastes du pays, Fritz Lang signe une fresque de la société de la république de Weimar tirée d'un roman de Norbert Jacques. Sorti le , Docteur Mabuse le joueur () est un film qui associe les mystères sombres de l'âme humaine manipulée par l'hypnose à la corruption de la société par l'argent et la finance.

vignette|Fritz Lang et Thea von Harbou dans leur appartement berlinois, en 1923 ou 1924.

Veuf, il épouse en août de la même année sa scénariste, Thea von Harbou, ex comédienne qu'il avait connue durant la guerre. Devenue auteur de feuilletons littéraires, c'est le succès rencontré dans cette activité qui l'a menée à l'écriture de scénario. Son influence sur la carrière allemande du cinéaste est déterminante et ses interventions sur son œuvre directes.

L'âge d'or du muet (1924-1930) Fritz Lang réalise un diptyque sur les grandes légendes germaniques, Les Nibelungen (Die Nibelungen, 1924).

En 1926, il tire d'un roman de sa femme, Metropolis, un film de science-fiction humaniste du même nom. Film le plus coûteux de l'histoire des studios Universum, c'est un échec financier retentissant, mais il assure dès à Fritz Lang une célébrité qui dure au-delà de la mort de l'individu. Soutenue par des effets spéciaux spectaculaires et totalement inédits à l'époque, la vision à bien des égards prémonitoire d'une ville futuriste, coupée en deux parties distinctes selon le rang social de ses habitants, ne cesse d'impressionner les spectateurs. Dès cette époque, à l'occasion de ce travail d'adaptation du roman et d'interprétation du film, des désaccords politiques profonds se font jour entre le cinéaste et sa femme.

vignette|Appartement double de Fritz Lang et Thea von Harbou, 7 allée Schorlemer à Dahlem, construit en 1929 dans le style Nouvelle objectivité.

Fritz Lang revient au film de mystère et d'espionnage avec Les Espions (Spione, 1928), dont l'esthétique est très volontairement abstraite. Il inaugure une liaison avec l'actrice principale, Gerda Maurus, et c'est avec elle qu'il tourne La Femme sur la Lune (Die Frau im Mond, 1929), où il explore à nouveau la science-fiction et imagine de manière réaliste — contrairement au film de Georges Méliès sur le même sujet — ce que pourrait être un voyage sur la Lune. Il travaille sur le scénario de ce film avec le physicien et ingénieur allemand Hermann Oberth qui sera, avec Wernher von Braun, l'un des pères des fusées à longue portée et l'un des pionniers du vol spatial.

Certains films de cette période s'inscrivent dans le courant du cinéma expressionniste allemand, notamment Le Docteur Mabuse avec l'utilisation de décors peints en couleurs vives (bien que ces couleurs ne se voient pas dans le film en noir et blanc, elles ont dû influencer ou conditionner le jeu des acteurs) et représentant des perspectives fortement improbables.

Cinéma parlant (1931-1932) vignette|gauche|Affiche du Testament du docteur Mabuse.