vignette|Vue en 2024|300x300px Le château de Malberg est un édifice composé d'un ancien château fort remanié au XVIe et d'un château baroque du début du XVIIIe, au sommet de Malberg, en Rhénanie-Palatinat. Édifice remarquable surplombant le bourg et la Kyll, il est un des rares témoins de l'influence qu'eut l'architecte Palladio en Rhénanie.
Le château doit son aspect actuel à l'évêque auxiliaire et vicaire général de Cologne Johann-Werner von Veyder, qui réhabilita l'édifice au début du dans le style Renaissance et l'entoura de diverses dépendances de style baroque. Son neveu Franz-Moritz von Veyder-Malberg (1699-1764) en hérite, puis son fils Karl (1767-1834), puis la fille de ce dernier, Ernestine von Veyder (1799-1844).
En 1989, la communauté de communes de Kyllburg était propriétaire du site : avec l'Association du château de Malberg e.V. (créée en 1996), elle engage la réparation du château depuis 1990 grâce à des subventions de plusieurs millions d'euros. Le château est désormais propriété de la communauté urbaine de Bitburg, dont la communauté de communes de Kyllburg est devenue membre à la mi-2014.
Histoire Les débuts vignette|Armoiries des seigneurs de Malberg|134x134px vignette|L'Oberburg et l'Unterburg, détail d'un tableau de 1635|172x172px
Les origines de la seigneurie et du château de Malberg se perdent dans les brumes de l'histoire. Du point de vue étymologique, le mot Vieux haut allemand mahal désigne une institution et une juridiction germanique occupant le haut d'une colline. Les seigneurs de Malberg sont désignés comme Ravengar („vir nobilis Ravengar“) dans un diplôme de 1008 : c'est une riche famille originaire des confins de l'Eifel et du Hunsrück, détenant deux châteaux distincts (appelés Oberburg et Unterburg) dans le no-man's-land séparant l'Électorat de Trèves du comté de Luxembourg. Les barons de Malberg étaient en conflit avec l'Empereur, ce qui poussa Frédéric de Hohenstaufen à décréter en 1204 de raser le castrum de Malberg, avec interdiction de le reconstruire. L'ordre ne fut apparemment jamais exécuté, puisqu'en 1224 le testament de Théoderic et d’Agnès de Malberg lègue cette forteresse et sa chapelle à Valeran de Limbourg, lequel le revend à l'archevêque de Trèves Théodoric II de Wied. Puis en 1238, l'archevêque, après moyennant le libre accès de ses armées au château, restitue les terres de ce fief située sur l’Électorat de Trèves.
Par mariage, l'Oberburg de Malberg échoit en 1273 à la famille de Reifferscheid. En 1280, les seigneurs de Fénétrange, ruinés, vendent l'Unterburg à leur parent, l'archevêque Henri II de Fénétrange. Deux ans plus tard, un baron de Malberg devient sénéchal de Luxembourg, sans doute en raison d'un lien de suzeraineté, mais ce dernier lien n'est attesté qu'à partir de 1302 : cette année-là, le seigneur de Malberg se place, ainsi que quatre autres seigneurs de l'Eifel et de l'Ardenne, sous la protection de la Maison de Luxembourg. De concessions en hypothèques, la situation juridique des deux châteaux était devenue inextricable, poussant les princes de Luxembourg et de Trèves à se partager à parts égales les droits en 1404, et à nommer les seigneurs de Reifferscheid burgraves héréditaires. L’Unterburg était déjà partiellement en ruines.
Première reconstruction En 1588, Joachim de Manderscheid-Schleiden, héritier de la co-régence de Malberg, fit reconstruire entre 1591 et 1597 un manoir de style Renaissance à l'emplacement de l'Oberburg, dit Altbau. L'autre co-prince de Malberg était le fils de Katharina de Malberg et de François d’Ardres, Florimond d'Ardres, qui hypothéqua en 1615 ses possessions de Rhénanie à Cornelius von Veyder moyennant une avance de , puis les fils de Cornelius continueront.
Famille de Veyder-Malberg vignette|Armes de la famille von Veyder-Malberg vignette|L'évêque Johann-Werner von Veyder (1657-1723) vignette|Vue de l'ancien château. Jean-Henri von Veyder [Johann Heinrich von Veyder], fils de Cornelius von Veyder, fut bailli de Malberg. On voit les deux châteaux à l'arrière-plan de son portrait exécuté en 1635 : l'Unterburg comporte une tour, un châtelet et deux corps de logis qui occupaient en gros l'emplacement de l'actuelle brasserie. L'Oberburg fut reconstruit à l'identique de l’Altbau et doté d'une grande porte, désignée comme Langer Turm dans un affranchissement de 1503. Au sud-est de l’Altbau se dressait en outre une imposante tour quadrangulaire ayant l'aspect d'un donjon gothique. Quelques corps de logis occupaient l'espace entre cette tour, l’Altbau et l'enceinte.
Les fils de Johann-Heinrich von Veyder, Johann-Christoph et Johann-Werner von Veyder, finirent d'acheter aux comtes d'Ardres et de Criechingen tous les droits sur la seigneurie de Malberg entre 1678 et 1681. Le château était toujours très délabré.
vignette|Le château après les premiers agrandissements.|150x150px A partir de 1707, l'évêque Johann-Werner von Veyder [Jean-Werner de Veyder] entreprit de considérables travaux de transformation, remaniant le Vieux château (lAltbau) et batissant un second château (la Neue Haus) de style baroque à l'aspect d'une villa italienne. Il confia le projet à l'architecte de la cour de Düsseldorf, Matteo Alberti de Venise, à qui l'on doit notamment le Neue Schloss de Bensberg, la chapelle du Corps du Christ des Ursulines de Cologne et la chapelle Saint-Joseph des Carmélites de Düsseldorf. vignette|Armes des Veyder-Malberg au château de Malberg. Les travaux de ravalement commencèrent durant l'hiver 1707-08 et le Vieux château (l'''Altbau) reconstruit fut inauguré en 1709. La construction de la chapelle s'étala jusqu'en 1714, et l'évêque fit ajouter une arcade reliant la Neue Haus à l’Altbau. Vers 1713, von Veyder aménagea des jardins, l’Eiserner Garten, à l’emplacement de lUnterburg. Les piliers qui l'entourent ainsi que les grilles en fer datent de 1714. Ses travaux s’achevèrent en 1715 avec l'aménagement des intérieurs du Neues Haus. vignette|Façade du château baroque sur les jardins. Le neveu et héritier de l'évêque von Veyder, Franz-Moritz von Veyder-Malberg (1699-1764), reçut le château de Malberg par legs de son oncle qui meurt en 1723. Franz-Moritz von Veyder-Malberg [François-Maurice de Veyder-Malberg] est le fils de Jean-Jacques de Veyder, colonel au service de l'Électeur palatin, et d'Adélaïde-Sophie de Stassin. vignette|Façade sur la cour intérieure Élevé au rang de baron du Saint-Empire le par l'empereur Charles VI, François-Maurice de Veyder-Malberg paracheva l'aménagement du château en lui ajoutant vers 1730 le Runder Garten. Le projet a été confié à un architecte saxon, Christian Kretzschmar, qui travaillait depuis 1728 pour l'Abbaye de Mettlach et qui avait dessin la chapelle de l'Abbaye de Himmerod. Il n'y eut plus d'autres travaux avant la fin du XVIIIe siècle.
Au moment de la Révolution française, le château appartenait au fils du baron Franz-Moritz von Veyder-Malberg (1699-1764) et de Marie-Thérèse de Neufforge (†1773), le baron Peter-Ernst von Veyder-Malberg (1733-1815) qui prit la fuite avec sa famille à l'arrivée des Républicains occupant déjà la rive gauche du Rhin.
Seul son fils aîné, Karl von Veyder-Malberg, resta pour gérer la baronnie mais mena une vie fastueuse et s'endetta : ayant racheté à toutes fins utiles en 1803 le couvent Saint-Thomas sécularisé puis l'ayant cédé à une famille alliée, ses créanciers durent mettre aux enchères les biens qu'il avait hypothéqués. Dès lors, il ne resta plus aux barons von Veyder-Malberg que le château et quelques terrains. En outre, l'introduction du Code civil avait fait perdre aux féodaux plusieurs de leurs droits fiscaux et donc de leurs rentes, si bien que Karl von Veyder-Malberg (1767-1834) ruiné ne survécut que grâce à la générosité de ses proches. En 1823, sa fille la baronneles titres du Saint-Empire étant portés par les hommes et par les femmes (voir : Noblesse du Saint-Empire). Ernestine von Veyder-Malberg (1799-1844) apporta le château en dot au riche forestier-en-chef prussien Franz-Gerhard Schmitz qui administrait les forêts domaniales autour de Malberg. Dans l'Allemagne à cette époque, ce mariage est une mésalliance mais il rétablit quelque peu les finances du domaine et permit une remise en état partielle des bâtiments.
Domaine public Au début du XIXe siècle, la chapelle de Malberg fut mise à disposition des fidèles comme église, et en 1826, elle fut allongée vers l'ouest et doublée d'une sacristie. La réparation de la Neue Haus au XIXe siècle permit de remettre les escaliers en état. Les toitures furent réparées après un incendie en 1865.
Jusqu'en 1989-90, le château demeura propriété de la famille Schmitz (descendance issue du mariage de Franz-Gerhard Schmitz avec Ernestine von Veyder-Malberg) et servit jusqu'en 1985 de pension de famille. Mais l'engagement de nouvelles mesures de rénovation et de réhabilitation n'était plus financièrement supportable pour les propriétaires, qui cédèrent le château à la communauté de communes de Kyllburg, qui bénéficia d'aides fédérales et européennes à hauteur de . Une fondation au capital de a été créée en pour assurer l'entretien du site.
Destination actuelle Depuis l'aménagement de trois salles dans le Neues Hauses à l'été 2008, l’édifice fait l'objet de visites guidées chaque samedi entre avril et octobre. Une pièce est réservée par l'administration de Kyllburg pour célébrer les mariages.
Un café a été aménagé dans l'ancienne chapelle : on peut y organiser des réceptions ou des concerts.
Description L'enceinte, d'environ affecte l'allure d'un rectangle étiré du nord-ouest au sud-est. Le parc est aménagé en terrasses retenus par endroits de murs de revêtement. Les coteaux sud-ouest sont en pente abrupte vers la vallée de la Kyll.
Le visiteur pénètre dans l'enceinte par l'étroit portail au nord-ouest du site. La clef de voûte du portail porte une ornementation grotesque censée repousser les calamités, consulté le 22 octobre 2012.. Le tympan de la voûte représente les armoiries de la famille von Veyder. Au portail succède, côté est, l'ancienne brasserie de 1714 , qui sert aujourd'hui de séjour.
Le jardin grillagé À l'opposé de l'ancienne brasserie s'étendent les jardins grillagés, dit Eiserne Garten. La grille en fer forgé d'origine a été remplacée au XIXe siècle par un mur de pierre, mais les piliers couronnés de vases de fleur et le portail baroque ont été conservés. Il date sans doute du début du XVIIIe siècle et donc est contemporain du jardin. Le portail et ses vasistas ont été réparés en 2003 et 2005. Le jardin, dont l'emprise originale a été préservée, est aménagé à la française mais sert aussi de potager. Au centre se trouve une fontaine en pierre de la seconde moitié du XVIIIe siècle, au bassin quadrifolié et une gargouille en forme de sirène.
L'Altbau et la tourelle-horloge
Un chemin en pente monte jusqu'à la porte centrale, qui a remplacé en 1714 l'ancienne porte fortifiée, et qui est flanquée au nord d'une tour d'horloge à six étages, et au sud de l’Altbau, qui date de la fin du . Ces trois édifices constituent le côté nord d'un château à plan carré ouvert sur l'aile nord-est par une balustrade. L'entrée côté cour comporte en façade une niche abritant une statue en céruse de la Vierge Marie réalisée par l'atelier du sculpteur Johann NeudeckerGamer et Berens, p. 10..
La tourelle à l'horloge est davantage un pilier qu'une tour : elle abrite le puits des contrepoids de l'horloge. Elle est reliée depuis le début du XVIIIe siècle à l'Altbau par un rempart. Le dernier niveau est coiffé par l'encorbellement de l'horloge, abrité par un clocher à bulbe ajouré d'une lanterne. Cette superstructure est fixée par une ancre de façade forgée en ferrure dessinant le nombre « 1709. »