La du Québec est formée à la suite des élections générales québécoises de 1939, tenues le . Le Parti libéral du Québec, dirigé par Adélard Godbout, remporte une victoire éclatante avec 70 sièges sur 86 contre 15 pour l'Union nationale de Maurice Duplessis et 1 indépendant, mettant fin au premier mandat de Duplessis..
Cette législature, qui se déroule entièrement durant la Seconde Guerre mondiale, est l'une des plus réformatrices de l'histoire du Québec. Elle voit l'adoption de la loi accordant le droit de vote aux femmes (le ), l'instauration de l'instruction obligatoire pour les enfants de 6 à 14 ans (1943) et la nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power qui mène à la création d'Hydro-Québec (le ). Elle est également marquée par les débats sur la conscription, le rapport Rowell-Sirois et la centralisation fédérale en temps de guerre. La législature prend fin avec la dissolution prononcée le ; aux élections du , l'Union nationale de Maurice Duplessis reprend le pouvoir, ouvrant l'ère du duplessisme.
Contexte politique Élection de 1939 vignette|gauche|Adélard Godbout vers 1944, premier ministre du Québec à partir du . L'élection générale du est déclenchée par Maurice Duplessis peu après l'entrée du Canada dans la Seconde Guerre mondiale. Duplessis tente de placer la campagne sur le terrain de l'autonomie provinciale et de l'opposition à la centralisation fédérale; les ministres fédéraux québécois du cabinet King (Ernest Lapointe, ministre de la Justice; C. G. Power, ministre des Pensions et de la Santé nationale; et Arthur Cardin) répliquent en intervenant massivement dans la campagne et en promettant de démissionner du cabinet en cas de victoire de l'Union nationale, ce qui ouvrirait la voie à la conscription..
Le Parti libéral de Adélard Godbout, qui avait modernisé sa plateforme lors du congrès d'orientation tenu les 10 et , remporte des voix et 70 sièges. L'Union nationale est réduite à 15 sièges et des suffrages. Camillien Houde est élu comme indépendant dans Montréal-Sainte-Marie..
Formation du gouvernement Godbout Adélard Godbout est assermenté premier ministre le et forme un cabinet qui réunit plusieurs figures expérimentées, dont Télesphore-Damien Bouchard (Travaux publics et Voirie), Wilfrid Girouard (procureur général), James Arthur Mathewson (Trésorier), Edgar Rochette (Travail, Mines), Pierre-Émile Côté (Terres et Forêts) et Hector Perrier (qui deviendra secrétaire de la province en 1940). Bernard Bissonnette est élu président de l'Assemblée législative à l'ouverture de la session..
Sessions parlementaires Première session (février-juin 1940) La se déroule du au , en pleine et alors que la France subit l'invasion allemande. Les députés adoptent 144 lois sur les 154 projets déposés au cours de 79 séances, ce qui en fait l'une des sessions les plus productives depuis la Confédération.
La grande réforme de la session est la loi accordant le droit de vote et l'éligibilité aux femmes (bill 18), adoptée le et sanctionnée le . Le bill 49 institue un programme d'aide à l'Université de Montréal; le bill 22 crée un Conseil supérieur du travail; le bill 34 remplace la Loi des salaires raisonnables héritée du gouvernement Duplessis par une nouvelle Loi du salaire minimum; le bill 38 place la ville de Montréal sous tutelle provinciale en raison de ses difficultés financières. Le bill 27 lance un programme d'autoroutes dont le tracé deviendra plus tard l'autoroute 20. Le bill 31 abolit les dernières rentes seigneuriales, converties en taxes municipales. Le bill 14 crée des délégations du Québec à Paris, Londres et New York; seul le bureau de New York verra le jour, au Rockefeller Center.
La session est marquée par les débats sur la campagne fédérale qui se solde le par la victoire de William Lyon Mackenzie King, les libéraux raflant 62 sièges fédéraux sur 65 au Québec. L'armistice français du 22 juin 1940 suscite une émotion considérable à l'Assemblée.
Deuxième session (janvier-mai 1941) La se déroule du au ; avec 80 séances en 54 jours, elle est la plus longue depuis la Confédération (à l'exception de celle de 1935). Les députés adoptent 122 lois..
Sur le plan énergétique, les bills 49, 71 et 73 amorcent l'expropriation des installations de Beauharnois et préparent la nationalisation progressive de l'hydroélectricité. Le bill 38, sanctionné le , ouvre l'accès des femmes au Barreau. Le bill 17 lutte contre les maladies vénériennes et le bill 56 limite la vente d'alcool. Une réforme des programmes scolaires, conduite par Hector Perrier, promeut un .
Le débat constitutionnel domine les travaux : le rapport Rowell-Sirois, déposé en mai 1940, propose une centralisation accrue à Ottawa. Duplessis dénonce avec vigueur cette et affirme que . Il dénonce aussi la canalisation projetée du Saint-Laurent (350 millions de dollars), qu'il qualifie de .
Troisième session (février-mai 1942) La se déroule du au , alors que des sous-marins allemands pénètrent depuis janvier 1942 dans le golfe du Saint-Laurent. Sur 181 projets de loi présentés, 120 sont sanctionnés..
La session est dominée par le débat sur le plébiscite fédéral du sur la conscription. Le député indépendant René Chaloult dépose le 8 avril une motion anticonscriptionniste affirmant que Godbout, partagé entre la solidarité avec Ottawa et la position québécoise, déclare : La motion amendée est adoptée le 9 avril par 55 voix contre 12. Le 27 avril, les électeurs québécois rejettent massivement la conscription à , alors que l'ensemble du Canada l'approuve à ..
Sur les finances, Godbout fait adopter le 28 avril le bill 33 qui cède temporairement à Ottawa la perception de l'impôt sur le revenu provincial et des taxes corporatives pour financer l'effort de guerre. Duplessis prévient : Le trésorier James Arthur Mathewson annonce le premier surplus budgétaire depuis 1931 ().
Plusieurs mesures sociales et juridiques sont adoptées : le bill 7 (assistance aux mères nécessiteuses), le bill 8 ouvrant aux femmes le droit de siéger aux commissions scolaires, le bill 9 leur permettant d'emprunter sur leur police d'assurance. La session abolit aussi les péages sur les ponts provinciaux (31 mars) et crée un ministère autonome des Pêcheries maritimes (1 avril).
Quatrième session (février-juin 1943) La se déroule du au . Sur 84 projets de loi présentés, 79 sont sanctionnés..
La mesure phare est la Loi de l'instruction obligatoire (bill 21), sanctionnée le 6 mai 1943, qui rend la fréquentation scolaire obligatoire pour les enfants de 6 à 14 ans. Le secrétaire de la province Hector Perrier présente cette ; l'opposition unioniste s'y oppose, Duplessis estimant qu'elle constitue compte tenu de l'insuffisance d'écoles dans certaines régions. Le Québec devient ainsi la dernière province canadienne à instaurer l'instruction obligatoire. L'historien Fernand Harvey note que l'adoption de la loi a été facilitée par le soutien du Comité catholique, en particulier du cardinal Rodrigue Villeneuve..
D'autres réformes sont adoptées : la création d'une Commission du service civil (sanctionnée le 22 juin), d'un Conseil d'orientation économique (13 mai), et l'autorisation d'une manufacture de sucre de betterave à Saint-Hilaire (bill 54), qui provoque un filibuster de 40 heures de la part de l'opposition. Le gouvernement entreprend les travaux préliminaires en vue d'établir l'assurance-maladie et les allocations familiales.
Cinquième session (janvier-juin 1944) La se déroule du au ; avec 107 séances sur 67 jours, elle est exceptionnellement longue. Sur 103 projets de loi présentés, 99 reçoivent la sanction royale..
La mesure la plus marquante est la Loi établissant la Commission hydroélectrique de Québec (bill 17), sanctionnée le , qui nationalise la Montreal Light, Heat and Power et donne naissance à Hydro-Québec. Godbout déclare que cette loi . Cette mesure constitue l'aboutissement d'un long combat amorcé par les actionnistes Philippe Hamel et Oscar Drouin dans les années 1930..
D'autres lois importantes sont adoptées : les bills 2 et 3 réglementent les conflits ouvriers et interdisent la grève dans le secteur public en temps de guerre; les bills 38 et 39 créent des institutions de protection de la jeunesse et des cours familiales; les bills 43 et 44 renforcent la fréquentation scolaire obligatoire et instaurent la gratuité des manuels scolaires dans les écoles publiques.
Suffrage féminin (1940)
vignette|Thérèse Casgrain vers 1942, l'une des principales militantes ayant mené la lutte de plus de vingt ans pour l'obtention du droit de vote des femmes au Québec. L'adoption de la loi accordant le droit de vote aux femmes constitue la grande réforme de la première session. Présentée comme bill 18, elle est défendue par le premier ministre Adélard Godbout qui déclare devant l'Assemblée que . Elle représente l'aboutissement d'une lutte de plus de vingt ans menée par Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean et Thérèse Casgrain. Adoptée par l'Assemblée le par 67 voix contre 9, elle franchit l'étape du Conseil législatif le , malgré l'opposition de l'Église catholique exprimée publiquement par le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve. La loi entre en vigueur le 1 janvier 1941; les Québécoises votent pour la première fois aux élections provinciales lors des élections générales du ...
Création d'Hydro-Québec (1944)
vignette|gauche|Monteurs de ligne de la Montreal Light, Heat and Power, dont la nationalisation le donne naissance à Hydro-Québec. La nationalisation de la Montreal Light, Heat and Power et la création de la Commission hydroélectrique de Québec, sanctionnées par la Loi établissant la Commission hydroélectrique de Québec du (bill 17), constituent une étape majeure de l'intervention de l'État dans l'économie québécoise. La mesure répond à des décennies de critiques contre les pratiques tarifaires et monopolistiques du et s'inscrit dans le prolongement des trois lois de 1937 qui avaient instauré la Régie provinciale de l'électricité. La nouvelle Commission hydroélectrique exerce dès sa création la production, le transport et la distribution de l'électricité dans la région métropolitaine de Montréal.
Autonomie provinciale et conscription vignette|Maurice Duplessis, chef de l'opposition, fait de l'autonomie provinciale le principal cheval de bataille de l'Union nationale durant la guerre. Les enjeux de la centralisation fédérale en temps de guerre dominent les sessions de 1941, 1942 et 1943. Maurice Duplessis, chef de l'opposition, fait de l'autonomie provinciale le principal cheval de bataille de l'Union nationale, dénonçant le rapport Rowell-Sirois, la canalisation du Saint-Laurent et la cession temporaire de l'impôt provincial à Ottawa.
Le débat sur la conscription représente le point culminant de cette opposition. Le , les Québécois votent à la libération du gouvernement King de sa promesse de 1939. Le député René Chaloult, pourfendeur de la conscription, est poursuivi devant les tribunaux fédéraux pour propos , mais acquitté le ..
Dissolution et élection de 1944 Godbout dissout la le . Aux élections générales du , les premières élections provinciales auxquelles peuvent voter les femmes québécoises, l'Union nationale de Maurice Duplessis reprend le pouvoir avec 48 sièges sur 91, malgré le fait que le Parti libéral obtienne plus de votes ( contre pour l'UN). Comme l'observe l'historien à propos du résultat, , le vote nationaliste anticonscriptionniste se trouvant divisé entre le Parti libéral, le Bloc populaire canadien de André Laurendeau et le CCF. Maurice Duplessis est assermenté premier ministre le , ouvrant l'ère du duplessisme..
Lois marquantes vignette|gauche|Premier logo d'Hydro-Québec (1944-1964), créé à la suite de l'adoption du bill 17 le . 1940 : Loi accordant aux femmes le droit de vote et d'éligibilité (bill 18) 1940 : Loi du salaire minimum (bill 34) 1940 : Loi créant le Conseil supérieur du travail (bill 22)