Le musée national de la Marine est un musée maritime français. C’est un établissement public à caractère administratif depuis 1971, placé sous la tutelle du ministère des Armées. Il fonctionne en réseau et est implanté dans cinq villes : Brest, Paris, Port-Louis, Rochefort et Toulon. Il dispose également d'un Centre de conservation et de ressources à Dugny, où sont situés la bibliothèque, les fonds documentaires, les fonds publics du musée, le studio photographique et l’atelier de restauration. Les collections traitent de l’histoire maritime et navale. Son implantation en réseau permet également d’aborder les cultures maritimes locales.

Origines et histoire du musée

Naissance de la collection Henri Louis Duhamel du Monceau (1700-1782), botaniste et ingénieur nommé au poste d'inspecteur des constructions navales en 1739, offre en 1748 à Louis XV sa collection de modèles de navires et de machines d'arsenaux. Il demande en contrepartie que cette collection soit installée au Louvre pour servir à l'instruction des élèves de l'école d'ingénieurs-constructeurs qu'il dirige. Installée en 1752 au premier étage de l'aile Lescot du Louvre, près de la salle de l'Académie des sciences, la collection prend le nom de « Salle de Marine ». Elle est ouverte aussi aux amateurs d'objets techniques ou de beaux objets, à la manière d'un cabinet de curiosités.

En 1793, la salle de marine au Louvre est fermée et une grande partie de la collection réunie par Duhamel du Monceau depuis 1748 rejoint un grand ensemble regroupant les anciennes collections du roi, celles du ministère de la Marine et les saisis révolutionnaires avec notamment la collection du duc d'Orléans. L'existence d'un fonds patrimonial spécifique, à vocation nationale et placé sous la responsabilité de l'administration de la Marine, est reconnue. Cette reconnaissance, limitée, ne débouche pas sur la création effective d'un musée.

En 1810, Napoléon Ier demande à l'ingénieur Jacques-Noël Sané de constituer une collection de modèles de navires pour orner la galerie des Cotelle au Grand Trianon à Versailles. Cet ensemble est connu sous le nom de “ collection Trianon ”.

Le musée Dauphin puis le musée Naval au Louvre En raison des vicissitudes politiques et administratives, les collections de marine sont à plusieurs reprises regroupées puis dispersées jusqu'à la création, par Charles X, d'un musée naval installé au Louvre en 1827AN 0³ 1428 : Archives nationales, archives postérieures à 1789, série LH grande chancellerie de la légion d'honneur, maison du roi et de l'empereur, sous-série 03 maison du roi (restauration). Celui-ci prend le nom de « musée Dauphin » en l'honneur du duc d'Angoulême, grand amiral de France. Son premier conservateur, Pierre-Amédée Zédé, rassemble les collections navales se trouvant à Paris, au Grand Trianon et dans les salles de sculpture et de modèles des arsenaux.

Pierre Zédé fait aussi aménager en 1829 un atelier de construction et de restauration de maquettes au sein du musée, sur le modèle de ceux présents dans les arsenaux nationaux depuis le XVIIe siècle. Les maquettes réalisées dans ces ateliers servaient comme outils de visualisation et d'étude à échelle réduite pour la construction des futurs navires. Le modélisme d'arsenal est une branche du modélisme naval qui se caractérise par une reproduction rigoureusement fidèle du bateau reconstitué. L'atelier aménagé au musée de Marine par Zédé, tout comme plus tard sous la direction de ses successeurs Apollinaire Lebas et François-Edmond Pâris, a bien pour but de réaliser des modèles les plus exacts possibles et s'appuie à cette fin sur des plans techniques minutieux et sur des ouvriers au savoir-faire reconnu.

Les salles de modèles et des salles de sculptures des arsenaux de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon demeurent sous l'autorité directe de la Marine. À la suite de la révolution de Juillet, le musée prend le nom de musée Naval ou de musée de Marine. Il est alors placé sous l'autorité des Beaux-ArtsNotice des collections du musée de marine exposées dans les Galeries du musée impérial du Louvre, par L. Morel-Fatio (1855) lire en ligne sur Gallica.

À l'origine, le musée naval est conçu comme un musée de modèles de navires, d'objets scientifiques et de sculptures présentant la marine de guerre sous ses aspects techniques et historiques. Léon Morel-Fatio, peintre de la Marine et conservateur au musée naval de 1849 à sa mort en 1871, publie pour la première fois le catalogue du musée en 1853. Il rassemble et inventorie un fonds d'objets ethnographiques et il fait entrer dans les collections de nouveaux modèles de navires militaires, fabriqués par les ateliers de modèles des arsenaux et par l'atelier du musée.

Le musée sous la direction de François-Edmond Pâris L'amiral François-Edmond Pâris, conservateur du musée de 1871 à 1893, explorateur considéré comme le fondateur de l'ethnographie nautique, met en place dès son arrivée un programme muséographique rigoureux et novateur. Il réexploite alors ses connaissances ethnographiques et sa méthodologie scientifique au profit d'un rigoureux travail muséographique. Il crée notamment des salles thématiques plutôt que chronologiques, induisant une division en espaces culturels (par exemple « le musée mexicain », « le musée chinois » ou encore « la galerie des pirogues d'Océanie »). Après avoir constaté le manque de ressources destinées à la représentation des architectures vernaculaires, Pâris mobilise de nouveaux moyens financiers et matériels pour enrichir les collections. Il compte ainsi faire du musée un « lieu de mémoire » qui donne à voir la diversité et l'évolution des architectures nautiques à travers le monde.

Grâce à l'obtention de subventions, il met en place une intense activité de modélisme naval au sein du musée. Il fait construire par l'atelier du musée près de deux cents modèles d'embarcations traditionnelles d'Océanie, d'Asie mais aussi d'Europe, à partir de plans relevés par lui-même ou par son fils Armand lors de leurs navigationsSon travail a fait l'objet d'une exposition. Tous les Bateaux du Monde — La fabuleuse collection de l'amiral Pâris, exposition au Musée national de la Marine en 2010 . Ces constructions sont accompagnées de dossiers documentaires complets, indiquant notamment le nom du maquettiste, la date et le prix de réalisation des modèles. Certains sont même agrémentés d'annotations de la main de Pâris destinées aux maquettistes. Également, l'amiral diversifie la collection du musée et l'enrichit peu à peu de tableaux et d'œuvres d'art. C'est ainsi qu'en 1875, il commande aux peintres François Geoffroi Roux et Édouard Adam la réalisation pour le musée de portraits de navires de guerre, de commerce ou de pêche.

Sous la direction de Pâris, il est estimé que plus d'un millier d'objets rentrent dans les collections du musée. La majorité sont des maquettes de bateaux et des objets ethnographiques. Ces derniers deviennent une part non négligeable des collections du musée, grâce à de nombreux dons de la part de voyageurs, militaires ou diplomates en poste à l'étranger, mais aussi du ministère de la Marine et des Colonies. Face à cet accroissement des collections, Pâris ouvre deux autres salles dans l'enceinte du musée. Cependant, en 1881, le ministre de l'Instruction publique Jules Ferry demande aux conservateurs de musées français conservant des collections ethnographiques de les transférer au nouveau musée consacré à ce type de collections, le musée d'ethnographie du Trocadéro, construit à Paris à la suite de l'Exposition universelle de 1878 et dirigé par Ernest-Théodore Hamy. Pâris se soumet à l'injonction du ministère, d'abord avec enthousiasme, puis avec réticence en voyant la quantité d'objets destinés à quitter les collections du musée naval. Il réussit néanmoins à conserver la quasi-totalité de ses collections d'art naval, et à partir de 1882, concentre sa politique d'acquisition sur ce type d'objets.

Création du musée de la Marine et de son réseau À partir de 1905, le musée cesse de gérer les collections ethnographiques qui sont réparties entre plusieurs établissements.

Jean Destrem, écrivain et journaliste, effectue à la tête du musée un travail scientifique d'inventaire, de récolement et d'identification des collections qui donne lieu à la publication d'un catalogue raisonné en 1909. Le développement et l'organisation de la bibliothèque du musée sont pour lui des préoccupations constantes.

Un décret du signé du président de la République rattache le musée naval du Louvre au ministère de la MarineLe musée de marine du Louvre Gazette des beaux-arts (1919). À partir de ce moment, le musée naval prend le nom de musée de la Marine.

Il bénéficie du programme architectural de l'exposition internationale de 1937 qui prévoit la construction des palais de Chaillot, Tokyo et d'Iéna destinés à accueillir plusieurs musées. Le musée de la Marine doit ainsi partager l'aile de Passy du palais de Chaillot avec le tout nouveau musée de l'Homme. Les collections de la Marine rejoignent progressivement le palais de Chaillot à partir de 1939 et le musée ouvre ses portes en août 1943Après une escale de 110 années au Louvre le musée de la Marine jette l'ancre dans une aile du palais de Chaillot L'Ouest-Éclair (24/05/1943) sur GallicaLe canot de l'empereur venu de Brest par chemin de fer est amarré près du Trocadéro Le Matin (24/05/1943) sur GallicaRéouverture du musée de la Marine Le Matin (14/08/1943) sur Gallica. Il est chargé d'assurer la conservation, la présentation et l'enrichissement de ses collections dans tous les domaines de la marine. Pour la première fois depuis le début de son histoire, il dispose d'espaces et de moyens propres ce qui lui permet notamment d'organiser des expositions temporaires d'envergure; la première d'entre elles, La Marine au combat est inaugurée en décembre 1944.

C'est à cette époque que le capitaine de Corvette Jacques Vichot, directeur du musée de 1943 à 1971, décide de créer une Centrale documentaire d’iconographie maritime, accessible au public. À cet effet, il lance une campagne photographique dans plusieurs institutions liées à la marine. Un laboratoire photographique est associé au musée pour la réalisation de prises de vues et de tirages.

À partir de 1947, les musées de Brest, Toulon et Rochefort et Port-Louis sont officiellement rattachés au musée de Paris créant ainsi un véritable réseau national. On compte ainsi jusqu'à onze antennes avec les musées du Pouldu, de Bordeaux, Lorient, Saint-Martin-de-Ré, Camaret, Le Croisic, Antibes, La Seyne-sur-Mer, Nice, Saint-Tropez et la Tour Royale à Toulon. Ces petits musées navals ont été fermés successivement entre 1977 et 2003.

En 1971, le musée devient établissement public à caractère administratifDécret du 3 décembre 1971 relatif au musée de la Marine. Luc-Marie Bayle, directeur de 1972 à 1980 et peintre de la Marine, organise les premières grandes expositions consacrées aux beaux-arts comme l'exposition Joseph Vernet. Il met aussi sur pied une exposition intitulée Loisirs sur l'eau qui fera date sur l'histoire de la plaisance en France.

Dans les années 1980-1990, le musée se professionnalise avec la formation de nouveaux services. C'est sous François Bellec, peintre officiel de la Marine, directeur de 1980 à 1997, que sont créés le Service des collections et un service d'accueil du public. François Bellec ouvre le musée au monde universitaire, au grand public et aux gens de mer. Parmi les expositions proposées, on peut citer : A la rencontre de Sindbad, la route maritime de la soie ou encore La généreuse et tragique expédition de Lapérouse.