La Marche des Six Cents (ou 600) Franchimontois est une tradition populaire et folklorique de la ville de Theux en province de Liège en Belgique qui rend hommage à la tentative des 600 Franchimontois, une action militaire réalisée au Moyen Âge tardif lors des guerres de Bourgogne par quelques centaines d'hommes issus du marquisat de Franchimont.
Cette commémoration prend deux formes : une marche sportive quinquennale de de Theux à Liège et un cortège aux flambeaux annuel de en boucle au départ du château de Franchimont.
Cette tradition populaire est initiée par les prisonniers de guerre theutois dans les années 1950 et se concrétise en 1968 lors de la commémoration du anniversaire des 600 Franchimontois.
La Marche des 600 Franchimontois reste fragile et sa pérennité incertaine car elle dépend uniquement de la bonne volonté d'une très petite poignée de personnes. En 2018, elle fêtait ses 50 ans d'existence, une humble longévité dans le paysage des traditions populaires et folkloriques wallonnes et belges en général.
Pré-histoire
1468 - La Geste des Six Cents Franchimontois Octobre 1468, Charles le Téméraire assiège la ville de Liège avec une armée considérablement plus puissante que l'armée liégeoise. Après plusieurs vaines tentatives de combattre les envahisseurs, Gossuin de Streel et Vincent de Bueren, deux chefs de guerre liégeois, mettent sur pied une opération nocturne dont le but est d'atteindre le Duc dans son propre camp sis au sommet de la colline de Sainte-Walburge.
Ils réunissent quelques centaines d'hommes dont la majeure partie est issue du pays de Franchimont et se lancent dans la nuit du samedi Pour rappel, l’épopée des Six Cents Franchimontois se déroule la nuit du samedi 29 au dimanche 30 octobre 1468 (du 27 au 28 pour d’autres, ce qui est une confusion malheureuse. La nuit du 27 au 28 voit l’arrivée du roi de France Louis XI dans le camp de Charles le Téméraire) sur la colline de Ste Walburge à Liège. in Mémoires, Philippe de Commynes, à 208 (Le livre de poche, coll. Lettres Gothiques, 2001).. Leur tentative se solde par un échec et ils sont presque tous massacrés.
À la suite de cette expédition audacieuse, Charles le Téméraire décide d'en finir avec les Liégeois. Le lendemain, dimanche et malgré la trêve dominicale à laquelle le Duc est très attaché, il lance ses troupes sur la ville mosane. Cet épisode est relaté dans le sac de Liège.
Le , décidé à se venger des audacieux qui ont tenté de le tuer, le Duc se déplace personnellement au pays de Franchimont. Il y reste une semaine au cours de laquelle ses troupes de mercenaires mettent le pays à feu et à sang en commettant meurtres, viols et rapines.
La trace des Franchimontois en Belgique Dans les siècles qui suivent la fin du Moyen Âge, l'histoire des 600 Franchimontois est considérée comme d'autres faits d'armes du même acabit ; les tentatives désespérées sont légion dans l'histoire universelle. Les historiens qui étudient le passé de LiègeFrippiat, De Gerlach, Gaier, Kupper et d'autres. situent la naissance du mythe des 600 Franchimontois au avec, entre-autres, l'historien Bartholomaei Fisen. À bien des égards, ce siècle marque un tournant dans l'humanité où l'Homme cherche dans le passé des événements qui serviront à l'émancipation des peuples face aux princes, et dans ce cas, la tentative paysanneDans le cadre des trois états qui gouvernent la politique moyenâgeuse : le clergé, la noble et le tiers état, la paysannerie dans son ensemble des 600 Franchimontois du moyên âge tardif est un terreau intéressant pour nourrir les idées du siècle des Lumières. Cependant, ce mythe reste cantonné dans les romans, poèmes et pièces de théâtre des auteurs du .
C'est Albert qui propulse les 600 Franchimontois au rang de héros nationaux lors de sa déclaration du qui galvanise les troupes belges lors de la Première Guerre mondiale. Désormais en pleine lumière, le mythe des 600 Franchimontois intègre les manuels d'histoire scolaire belges dans les années 1930 et y resteront jusqu'à la fin du .vignette|Carte Liebig de 1951 • L'histoire de nos provinces - Liège • 3. - Les six cents Franchimontois Dans les années 1950, un courant de glorification de la Belgique est à l'œuvre. De l'université aux petites classes, dans les ouvrages de jeunesse et même jusque dans les concentrés de viande, on chante les louanges de cet état belge qui fête ses 120 ans d'existence. Dans cette décennie, les 600 Franchimontois sont les incontournables héros belges du Moyen Âge. Ce courant patriotique s'essouffle à l'aube des années 1960.
La trace des Franchimontois à Theux Quand on parle des Franchimontois du Moyen Âge tardif, on parle de ce qui deviendra au le marquisat de Franchimont. Ce territoire occupe les communes actuelles de Verviers, Spa et Jalhay avec à l'époque Theux comme chef-ban.
Les villages de La Reid et Polleur sont peu ou pas impactés par ce folklore et possèdent tous deux leur propre folklore local. Les anciens bans féodaux de Sart, Jalhay, Spa et Verviers quant à eux, ne sont pas du tout concernés par ce folklore.
L'enracinement historique lié aux 600 Franchimontois, et par extension au folklore moyenâgeux, se maintient dans une enclave géographique du nord (Juslenville) au sud (Spixhe), et de l'est (Mont) à l'ouest (Oneux).
Le château de Franchimont gauche|vignette|290x290px|Dalle commémorative à l'entrée du château. Dans une pierre commémorative placée à l'entrée des ruines est gravé un extrait du discours du roi Albert .
Si cet édifice est contemporain des 600 Franchimontois, il n'est pas relié à la tentative. À l'époque, le château est une propriété du prince-évêque de Liège administrée par un châtelain. En 1959, la commune de Theux en acquiert la propriété. Cet acte est décisif dans la création de l'identité franchimontoise car ces ruines deviennent de facto la propriété du peuple. Dès lors et avec le temps, ce château va prendre de plus en plus de place dans l'imaginaire collectif. Le château devient le centre névralgique d'événements locaux et de multiples sociétés bénévoles au cours de la seconde moitié du .
Mais c'est principalement la création de la foire médiévale en 1973 au sein même des ruines, qui concrétise durablement l'attachement des theutois au château et au folklore moyenâgeux.
Le monument aux morts Construit en 1926 et augmenté après le Seconde Guerre mondiale, le monument aux morts de Theux se situe à l'intersection des rues de la Chaussée et Chinrue, en face de l'église. Il est dédié aux morts des deux guerres mondiales et aux 600 Franchimontois.
Face avant THEUX À SES ENFANTS DÉFENSEURS DE LA PATRIE 1914-1918 1940-1945 AUX SIX CENTS FRANCHIMONTOIS 29 OCTOBRE 1468 LE CHEF BAN DE THEUX
Face arrière ET VOUS WALLONS SOUVENEZ-VOUS DES SIX CENTS FRANCHIMONTOIS ! LE ROI ALBERT À SON ARMÉE LE 5 AOÛT 1914 UN PAYS QUI SE DÉFEND S'IMPOSE AU RESPECT DE TOUS CE PAYS NE PÉRIT PAS LE ROI ALBERT AUX CHAMBRES LE 4 AOÛT 1914
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] }Il existe un axe nord-sud symbolique dédié au souvenir des héros locaux. En entrant par le sud de la localité, en laissant le château dans son dos, on emprunte la rue des Six Cents Franchimontois (nommée dès 1910) suivie de la rue Hovémont (dans son dictionnaire des rues de Theux, M Gonay avance une analogie avec la Rue Xhovémont de Liège qui relie la rue Hocheporte). Le , les autorités locales renomme la rue dite « des Juifs » en rue « Hocheporte » en l'honneur des Six Cents FranchimontoisLors de leur attaque nocturne, les Franchimontois sortirent de Liège par la « Hachaporte » (ou Hocheporte).in Dictionnaire des rues de Theux, des villages & des lieux-dits habités - édition Chevalerie de l'Ordre du Chuffin asbl, 2013.. Ce trajet s'achève sur la place du perron, symbole des libertés franchimontoises acquises en 1456.
Histoire
Les Prisonniers franchimontois La fin de la Seconde Guerre mondiale voit le retour dans leurs foyers des milliers de prisonniers de guerre belges. Dans le même temps, c'est toute l'Europe qu'il faut reconstruire. À Theux, les dégâts de la guerre sur le patrimoine urbain se limitent à un bombardement anticipé du fort de Tancrémont par l'offensive de 1940 qui détruit le pont principal de la ville qui enjambe la Hoëgne et le quartier du Petit Vinâve.
Les prisonniers de guerre theutois se définissent eux-mêmes « prisonniers Franchimontois ». Ces hommes nés dans les années 1910-1920 ont été les premiers écoliers belges wallonsDans les manuels d'histoire des écoliers flamands, c'est la bataille des Éperons d'Or qui est glorifiée. à étudier le nouveau mythe des 600 Franchimontois. Cette volonté de reconnaissance est l'embryon de ce qui deviendra avec le temps l'esprit Franchimontois.
Particulièrement dans ces années d'après-guerre, la population a besoin de tisser de nouveaux liens sociaux. Au-delà de la reconstruction urbaine, ce sont les âmes qui ont besoin d'être soignées. D'autre part, le besoin de rattraper ces longues années de captivité guide les PF (Prisonniers Franchimontois), menés par Albert Bogaerts, vers le Syndicat d'Initiative de Theux (SI), présidé par Jean CrémerLe SI de Theux qui vient de créer Le Pays de Franchimont, son bulletin mensuel dédié aux festivités, au folklore et à l'histoire locale.. Le SI fait alors office de catalyseur pour toutes ces énergies et devient la structure du développement et de l'émancipation d'un nouveau folklore.
Le cortège historique gauche|vignette|Un char lors du cortège de 1948.|200x200px À l'initiative des PF, la première manifestation d'ampleur de la nouvelle association des prisonniers et du syndicat se matérialise dans un cortège historique intitulé Les Visiteurs Célèbres de Theux. Les costumes sont loués à divers théâtres et les chars construits par les PF.
L'itinéraire démarre de la place du centre à Juslenville, puis rue Charles Rittwéger, rue du Roi Chevalier, rue du Pont et place du Perron, il remonte ensuite rue Hovémont, rue des 600 Franchimontois. À la fin de la rue des 600 Franchimontois, au niveau de la fontaine Mélotte le cortège fait demi-tour et reprend le chemin inverse jusqu'à la place du centre à Juslenville.
Ce cortège historique connaît trois éditions estivales : 1948, 1949 et 1953.
Les Jeux scéniques Dans cette deuxième moitié du , une mode voit le jour qui traverse la Belgique : le jeu scénique, « une forme d'expression proche du théâtre, pratiquée en général hors des salles traditionnelles par des non-professionnels ». Or, à Theux coexistent cinq troupes de théâtre amateur et « si les cortèges ont brillamment illustré l'histoire de Theux, ils n'ont pas permis aux personnages de s'exprimer ».
L'union des PF et du Si est alors un creuset d'énergie et de volonté. Ils ont l'idée de monter leurs jeux scéniques et sollicitent Auguste Bodart, l'un des PF, qui va écrire une œuvre originale Franchimont, son passé, ses gloires, Jeux Scéniques, une vaste fresque historique qui présente l'histoire locale sous un jour spectaculaire. Des décors à la tenue des entrées en passant par les costumes et les rôles, l'ensemble de l'œuvre est soutenu par la population locale.