Les grottes de la Verpillière ou de la Verpillère, dites aussi grottes de Germolles ou grottes de Mellecey (et, pour la Verpillière 1 uniquement, grotte de Saint-Sulpice ou grotte de Saint-Spy), sont des sites préhistoriques situés sur la commune de Mellecey, en Saône-et-Loire.

La Verpillière I est le deuxième site le plus important dans le sud de la Bourgogne pour l'Aurignacien et l'un des plus importants sites paléolithiques en Bourgogne, couvrant la fin du Paléolithique moyen et une partie du Paléolithique supérieur - donc la transition de l'homme de Néandertal à l'homme moderne. Elle est aussi réputée comme marquant la limite orientale des zones d'extension des pointes du Châtelperronien et des pièces carénées et pointes à base fendue de l'Aurignacien. Par ailleurs, l'étude des tranchets par Charles Méray a marqué le début de l'étude du Keilmesser retouché avec coup sur tranchet (KMTB ou Keilmesser with tranchet blow).

Toponymie

Toutes les mentions de la « grotte de la Verpillière », « grotte de Germolles », « grotte de Saint-Sulpice », « grotte de Saint-Spy » ou « grotte de Mellecey » faites avant 2006 se réfèrent à la grotte de la « Verpillière 1 », connue depuis la fin du et qui est devenue « Verpillière 1 » depuis la découverte en 2006 d'une nouvelle grotte toute proche, nommée quant à elle « Verpillière 2 » (voir plus bas la section « Verpillière 2 ».

Historique Verpillière 1

L'historique des recherches de cette grotte est « vaste et complexe ». Elle est découverte par Charles Méray en 1868 : à l'occasion de l'agrandissement de la route, il remarque des fragments d'os et des éclats de silex dans la terre déblayée lors du creusement du champ devant la grotte. Ce jour-là il ramasse dans les déblais un grattoir finement taillé (ci-dessous), puis des lames de silex, des molaires de renne, de bovidé et de cheval. Il revient dûment accompagné et équipé d'outils et constate qu'il suffit d'enlever quelques centimètres de pierraille pour atteindre des vestiges de faune. Il ne trouve l'entrée de la grotte qu'après avoir fouillé le front de la falaise et déblayé les fissures remplies de pierre, et qu'alors son « premier soin fut d'en sortir assez de terre pour pouvoir y pénétrer […] le propriétaire même du champ, qui, trouvant là sans grands frais un amendement excellent, n'a cessé depuis, dans l'intérêt de son domaine, de faciliter [son] travail ». Il la fouille à partir de 1869 pour plusieurs années consécutives.

thumb|center|Grattoir,première pièce trouvée par Méray.

Vers 1890 Jules Chevrier y fait des fouilles, qui n'ont pas été publiées

Puis la grotte est fouillée par Émile Menand et Victor Arnon, en 1900 selon Dutkiewicz & Floss (2015) ou en 1903 selon Rossé (1934). Ces fouilles sont très mal documentées : il n'en reste qu'un article publié par Arnon en 1903. D'après sa description de l'endroit de leur fouille (« en partant de la paroi gauche et en se dirigeant vers le milieu de la grotte, à de l'entrée »), il est possible qu'ils aient creusé au même endroit que Méray.

Elle est fouillée de 1914 à 1920 par Joseph Mazenod et ses fils selon Rossé (1934) ; Dutkiewicz & Floss (2015) ne mentionnent pas les fils mais mentionnent Lucien Mayet et Émile Menand avec Joseph Mazenod fouillant grotte et terrasse ; de fait, Mazenod travaille pour Mayet. Cette série de fouilles ne s'entame pas sans mal : un agriculteur propriétaire voisin prétend posséder la grotte et « refusait l'autorisation de fouilles pour en faire lui-même à son propre profit financier » - en quoi nous ne savons s'il voulait recueillir des vestiges archéologiques ou plus prosaïquement retenir une source d'amendement pour ses champs. Une longue enquête finit par déterminer que le propriétaire de la grotte est la commune, qui délivre à Mayet et Perrier le une autorisation de fouiller la grotte « de Saint-Sulpice […] située sur des terrains communaux au lieu-dit la Verpillière », à commencer au pour huit jours de fouilles. Une fouille est donc faite cette année-là, et au moins une autre en 1919 (des fouilles pendant les années intervenantes sont incertaines). En 1919, Louis Armand-Calliat y fait un sondage, et en 1920 il participe aux fouilles de Mazenod ; mais les fouilles des années précédentes ont été si intenses que la grotte est alors considérée comme épuisée.

Le dr. A. Lénez la fouille dans les années 1920-1930, puis Olivier Rossé en 1934. Lénez fait aussi quelques ramassages en 1925-1926 sur le plateau en haut de la grotte, où il trouve de l'outillage qu'il attribue à l'Aurignacien. Sont ensuite cités M. Cochet (dont on sait qu'il a étudié la terrasse et peut-être la grotte en 1930, mais dont on ne connaît pas la méthode : sondages, ramassages, fouilles ?) ; l'abbé E. Guillard (fouilles de la terrasse et de la grotte en 1938) ; Marcel Laffond (1940) ; André-Charles Gros (sondage et ramassages sur la terrasse et dans la grotte en 1950) ; Henri Delporte (1953-1955, fouilles de la terrasse et de la grotte) ; Jean-Paul Thévenot (simples ramassages en terrasse en 1956-1957) ; Jean Combier (fouille en 1959) ; et M. Aimé (1971-1974) qui y fait au moins des ramassages - qui sont légaux - et peut-être des fouilles (illégales).

D'autres fouilles clandestines ont été faites, dont celles de M. Pelatin en 1970.

En 2005 ou 2006 l'étude de la Verpillière 1 reprend avec une équipe dirigée par Harald Floss (université de Tübingen). Les surfaces fouillées incluent à partir de 2010 le cône d'éboulis sous l'ouverture vers le plateau : il semble qu'il n'a pas été touché depuis 1919 et les dernières fouilles y ont révélé un ensemble de couches intactes.

Verpillière 2

Elle est découverte le par l'équipe fouillant la Verpillière 1 (voir plus bas la section « Situation, historique » pour plus de détails).

La place de Verpillière 1 dans l'histoire de la Préhistoire

La Verpillière (1) fait partie des premiers sites paléolithiques explorés en France autour des années 1860, « l'ère des pionniers », avec Saint-Acheul par Jacques Boucher de Perthes en 1859 ; Aurignac en 1860 par Édouard Lartet ; Le Moustier, Laugerie-Haute, Laugerie-Basse et La Madeleine en 1863 par Édouard Lartet et Henry Christy ; et Solutré en 1866 par Henry Testot-Ferry, Adrien Arcelin puis l'abbé Antoine Ducrost.

Les 15 bifaces de Germolles amènent Mortillet (1900) à placer l'occupation de la grotte dans le Chelléen et l'Acheuléen, en plus de la qualifier de « station moustérienne […] avec des silex caractéristiques et même des coups de poing acheuléens » et une faune typiques de cette culture (mammouth et rhinocéros).

En 1911 Henri Breuil définit l'industrie du Châtelperronien et Germolles en est un des principaux points de référence avec ses pointes à dos abattu et la grande similitude entre les inventaires de la grotte des Fées de Châtelperron et ceux de Germolles.

Le niveau châtelperronien (Verpillière 1 et/ou Verpillière 2) est marqué par une association lithique faite de formes moustériennes, de pointes du type de Châtelperron, de « lames à gorges » et de grattoirs du « type de Tarté ». Cette association a également été rencontrée à Châtelperron, la Ferrassie, la Roche-au-Loup, Haurets (Ladaux) et Gargas.

L'Aurignacien de la grotte fait aussi partie des sites qui comptent : lorsque Jean Bouyssonie décrit l'Aurignacien évolué (niveau 2) des Vachons (Charente), il le compare à la série aurignacienne de Germolles et, dans un article de synthèse sur l'Aurignacien (1954), il mentionne Germolles comme un lieu important en Saône-et-Loire.

Plus récemment, les grottes de la Verpillière sont l'un des sites pris en compte par un projet collectif de recherche, « Le Paléolithique supérieur ancien en Bourgogne méridionale », conduit par H. Floss et Y. Pautrat (SRA Bourgogne) depuis 2013.

Situation

Les grottes de Germolles se trouvent sur la commune de Mellecey, en rive droite (côté sud) de l'Orbize, environ après le pont de Germolles sur la rue du Moulin menant de Germolles à Mellecey, au pied du flanc nord-est du Montadiot, à environ ouest-nord-ouest de Chalon-sur-Saône. Elles sont sur la bordure nord-est du plateau de Montadiot (également appelé plateau de Chauvirey).

Elles s'ouvrent vers le nord. Le sol de la Verpillière 1 est à moins de du niveau des hautes eaux de l'Orbize, donc à environ d'altitude. La Verpillière 2 est à environ plus haut, étant plus au sud mais suivant la courbe du terrain.

Géologie

Le plateau de Montadiot est un massif calcaire du Jurassique supérieur ou Malm. Il est sillonné de failles, principalement orientées N-N-E / S-S-O ou nord-sud selon les endroits (dont pas moins de quatre d'entre elles venant au nord jusqu'à l'Orbize), recoupées par endroits d'autres failles orientées nord-est/sud-ouest (dont l'une de ces dernières au sud-ouest de Germolles).

Les grottes sont creusées dans un substrat rocheux datant de l'Oxfordien supérieur (premier étage stratigraphique du Jurassique supérieur, ) fait de calcaires dits « de Germolles » (« J6c2 », en bleu dans la carte géologique), c'est-à-dire des calcaires micritiques ou biomicritiques (débris de Lamellibranches, de Brachiopodes, d'Échinodermes) ou oolithiques. Ces calcaires ont une origine marine : pendant tout le Jurassique, la mer recouvre la région. Arcelin (1877) place les grottes « dans le corallien ». Immédiatement au nord se trouve la basse plaine alluviale (« Fz », en blanc cassé sur la carte géologique) formée par l'Orbize ; ce sont des alluvions récentes qui contiennent des roches siliceuses accessoires : grès, quartzites, quartz et silex.

Les grottes ont été creusées par érosion des composants les plus faibles de la roche, vraisemblablement pendant l'extension du système de graben Rhin-Saône-Rhône. Leur altitude de les place à au-dessus du niveau de la Saône, c'est-à-dire sur la troisième terrasse du système de creusement de la Saône et de ses affluents. Selon Arcelin, cette terrasse est à base d'argiles jaunes contenant sables et graviers.

Elles sont à proximité immédiate de sources de silex, dont l'une sur le flanc est du Montadiot et une autre en rive gauche de l'Orbize sur la colline de Saint-Sulpice.

Éléments communs aux deux grottes

Pour les couches du Paléolithique moyen, les deux grottes ont livré des bifaces du type « Moustérien à bifaces » ou « Moustérien de type Micoquien » - tant par les fouilles récentes que, pour Verpillière 1, par les fouilles anciennes. 98 % du matériel lithique est fait de silex provenant d'argiles à silex.

Verpillière 1 Description

La grotte a été formée par un effondrement d'une partie d'abri sous roche, causé par des fractures et diaclases du calcaire. Des fragments de l'ancienne voûte se retrouvent dans les niveaux inférieurs du remplissage, montrant que le plafond actuel de la grotte s'est formé au Paléolithique moyen. Un autre gros effondrement de la voûte s'est produit au Tardignaciaire ou lors de la période postglaciaire, qui a transformé l'abri sous roche en grotte.

La Verpillière 1 a de nos jours quatre ouvertures. La plus grande est à l'est et fait face à la route ; c'est une grande fissure oblique de de hauteur et large de . Sa largeur a été considérablement réduite par un grand bloc de l'ancien plafond tombé à l'avant, ce qui donne à cette entrée une paroi rocheuse plus ou moins droite. Vers le nord se trouve une autre fissure, plus difficile d'accès car elle est haute d'environ mais pour seulement de largeur. Une autre ouverture relie la grotte au plateau de Montadiot. C'est un puits karstique difficile d'accès. Un cône d'éboulis s'est accumulé à son aplomb ; il existait déjà en 1919. Une autre fente étroite se trouve à l'arrière de la grotte.

L'entrée principale est précédée d'une plateforme ou terrasse large d'environ qui plonge brusquement vers la route

Le seuil a été exhaussé par des éboulis d'auvent et le talus ainsi formé s'étend jusqu'à à l'intérieur. Le plafond est à au-dessus du sol originel mais le remplissage atteint par endroits une hauteur de .