vignette|Portrait de Billy Waters, ancien esclave ayant perdu une jambe en combattant pour les Britanniques en échange de sa liberté. Les esclaves libérés par les Anglais entre 1775 et 1784 pendant la Guerre d'indépendance des États-Unis, qui ont soit servi dans l'armée britannique soit trouvé ensuite des destinations où s'enfuir, vers la Floride Espagnole et l'ouest américain, ont constitué un des premiers échecs des politiques esclavagistes du et l'enjeu d'une négociation de plusieurs décennies entre les Américains et les Anglais au sujet de l'indemnisation de leur ex-propriétaires.

Ces esclaves libérés par les Anglais sont parfois appelés "Loyalistes noirs" car ils furent très nombreux à combattre dans l'armée anglaise, mais souvent sans l'avoir choisi. La majorité d'entre eux a en fait bénéficié de sa protection pour fuir les plantations vers d'autres destinations et n'a pas fait la guerre.

Signification historique En , George Washington écrivit une lettre au colonel Henry Lee III, dans laquelle il déclarait que le succès de la guerre, dans un camp comme dans l'autre, viendrait de la capacité à armer les hommes noirs le plus rapidement possible. Par conséquent, il suggéra une politique visant à exécuter préventivement les esclaves qui tenteraient d’obtenir la liberté en se joignant à l’effort britanniqueMalcolm, Joyce Lee (14 May 2014). Peter's War: A New England Slave Boy and the American Revolution. Yale University Press. . Retrieved 25 October 2017 – via Google Books..

Le rôle des esclaves libérés par les Anglais entre 1775 et 1784 a ressurgi dans le débat historique américain au moment du lancement de The 1619 Project, critiqué par des historiens. Un numéro de 100 pages du New York Times, conçu par sa journaliste noire Nikole Hannah-Jones, est finalement sorti le 2019, à une autre date que celle du 400e anniversaire du débarquement par un corsaire d'une vingtaine de noirs en 1619 en Virginie.

Dans ce numéro, une quinzaine de contributions d'écrivains visent surtout dénoncer un racisme institutionnel et les défis socio-économiques des Noirs en 2019.. Nikole Hannah-Jones y souligne que ce sont les Noirs qui ont de son pays“America Wasn't a Democracy, until Black Americans Made It One.” par Nikole Hannah Jones, en 2019., car elle veut "L’esclavage, acte fondateur de l’histoire des Etats-Unis ?" par Valentine Faure, dans Libération le 23 juillet 2020., notamment l'idée qu'elle commence en 1776, quand Thomas Jefferson ou George Washington, deux grands propriétaires d'esclaves, sont présentés comme les , triomphant lors de la guerre d'indépendance des États-Unis. Ces derniers étaient selon elle surtout motivés par fait que les Britanniques s'apprêtaient à abolir l'esclavage, mais selon des historiens l'abolitionnisme a en fait progressé juste après la guerre plutôt que juste avant, dans le sillage des abolitions des nouveaux américains du Nord, dès 1780, et des dizaines de milliers d'esclaves libérés par les Anglais pendant la guerre.

L'historienne Myriam Cottias a reconnu que les Noirs furent effectivement des «perfectionneurs de la démocratie» américaine et le New York Times a concédé que seulement « certains » Américains se sont principalement battus pour défendre l'esclavage lors de cette guerre d'indépendance, souvent présentée comme l'avènement d'une ère de liberté via la révolte contre la tyrannie de l'empire colonial britannique, symbolisé par l'insurrection du "Tea Party" de 1774.

Cette guerre a aussi été considérée par des historiens américains comme « l’occasion du plus grand soulèvement d’esclaves de l'histoire »"Deep Souths: Delta, Piedmont, and Sea Island Society in the Age of Segregation" par J. William Harris, éditions Johns Hopkins University Press, en 2003, (finaliste du Prix Pulitzer) cité par lui-même plus tard..

Les treize colonies, unies dans la guerre, n'étaient cependant pas d'accord sur la question de l'esclavage, qui continuera à les diviser lors des décennies suivantes, mais la question sera parfois occultée ou peu mise en avant dans l'historiographie officielle en raison des pendant la Révolution américaine. Pour l'historienne Sylvia Frey, elle est très vite devenue , qui a permis aux Noirs de , selon Geneviève Fabre, mais fut selon d'autres en partie nourrie aussi par les idées conservatrices de John Locke, qui reposaient sur la notion centrale de « propriété ».

Si la majorité des esclaves noirs y travaillant ne furent pas affranchis pendant la guerre d'indépendance., plusieurs dizaines de milliers se sont enfuis ou ont été libérés par les Anglais dans les deux Caroline, mais aussi en Virginie, en Georgie ou encore dans le Maryland, en échange de leur enrôlement dans les combats, saisissant . Parmi eux, 20 appartenaiennt au futur président américain Thomas Jefferson, planteur en Virginie.

Selon Jill Lepore, historienne à Harvard, c'est ce qui « a fait pencher la balance en faveur de l’indépendance américaine » en faisant basculer les riches propriétaires d'esclaves contre l'Angleterre.

Au total, les historiens estiment "Loyalistes noirs en Amérique du Nord britannique" par L'Encyclopédie canadienne le 25 mars 2019 .. Parmi ce nombre, ceux qui ont réussi à s'enfuir définitivement furent plus nombreux que les volontaires pour combattre dans l'un ou l'autre camp.

Certains historiens n'abordent . Thomas A. Bailey, par exemple analyse le traité abordant cette question .

Le contexte historique et social des colonies du Sud Le contexte historique et social des colonies du Sud, qui variait beaucoup de l'une à l'autre a amené les Anglais à en jouer pour que les libérations d'esclaves, d'abord en Virginie, ne soient pas trop mal reçues. Dans cet Etat, les esclaves Noirs n'étaient presque plus importés d'Afrique mais nés sur le sol américain, en particitipant à la vie religieuse, tandis que convictions des chrétiennes des quakers de Philadelphie comme Antoine Bénézet et des fondateurs de la Georgie, d'origine présbytérienne ont également facilité la tâche, face aux grands planteurs esclavagistes de Caroline du Sud, moins progressistes.

L'influence d'Antoine Bénézet Les élites anglaises subissent l'influence croissante d'Antoine Bénézet un négociant protestant venu de Picardie, qui avait fondé dès 1756 une Association amicale pour rétablir et maintenir la paix avec les Indiens par des mesures pacifiques. Après la guerre de Sept Ans, il avait relayé auprès du roi les plaintes des Acadiens déportés..

Le succès de son pamphlet Some Historical Account of Guinea, adressé directement à l'archevêque de Cantorbéry en 1771, l'amène à pousser des quakers de Philadelphie à affranchir leurs esclaves., puis à fonder en 1775, avec eux et des membres d'Églises protestantes, la Pennsylvania Abolition Society.

Virginie, Caroline et Georgie, trois approches différentes de l'esclavage Au cours des décennies qui ont précédé la Guerre d'indépendance des États-Unis trois des principales colonies du sud, Virginie, Caroline et Georgie, ont vu se développer trois approches différentes de l'esclavage, en raison de leur entrée à des périodes différentes dans cette pratique. Sans surprise, ce sera en Virginie que les esclaves libérés par les Anglais entre 1775 et 1784 seront d'abord les plus nombreux, les Anglais s'appuyant sur le fait que le statut des esclaves y était déjà moins conflictuel que dans les deux autres, car reposant sur la culture du tabac, moins rentable, mais aussi moins basée sur l'exploitation intensive d'un grand nombre d'esclaves.

Les nombreuses révoltes d'esclaves spécifiques à l'histoire de la Caroline du Sud, comme la Rébellion de Stono du , qui a déclenché un moratoire de 10 ans sur les importations d'esclaves via Charleston et induit un durcissement du « Negro Act » interdisait en particulier aux esclaves les gains d'argent et l'éducation, ont créé un sentiment de peur chez leurs propriétaires blancs, globalement plus riches, plus récemment arrivés et recourant plus à la traite négrière. Dans cette colonie, dès la fin du siècle précédent de très nombreux esclaves amérindiens ont été recensés par les estimations des historiens. Ils parvenaient assez souvent à s'enfuir dans la forêt qu'ils connaissaient bien alors que les Noirs l'ont par la suite fait moins souvent mais de manière plus violente et plus collective, revenant libérer d'autres esclaves par la force.

Engagés volontaires blancs, Amérindiens puis esclaves noirs, les trois vagues

En un demi-siècle, de 1619 à 1670, seulement 5000 esclaves noirs arrivèrent aux treize colonies. En Virginie, les premiers habitants furent des blancs libres et en Caroline un peu plus tard des engagés volontaires blancs travaillant pour des planteurs virginiens de tabac.

La Caroline anglophone fut fondée en 1663 par des émigrés de la Barbade, le roi Charles II d'Angleterre accordant une charte à huit de ses partisansExploration et colonisation de l'Amérique du Nord. en qui avaient soutenu sa restauration catholique. La proportion d'engagés volontaires blancs dans la population variait de 70 % à 85 % sur les 15000 arrivées en Caroline entre 1630 et 1680, mais parmi eux 60 % ne survivent pas aux quatre années moyenne des contrats d'engagement, malgré leur jeunesse: les deux tiers ont entre 15 et 25 ans. En Caroline, ils seront remplacés par des esclaves amérindiens dans le dernier quart du 16e siècle, et par des esclaves noirs ensuite.

C'est seulement à partir de 1640 que les tribunaux de Virginie ont traité différemment les noirs des autres tandis qu'en 1655 la Jurisprudence Elizabeth Key donne encore la liberté à une fille d'esclave quand son père ne l'est pasSouthern Slavery and the Law, 1619-1860, par Thomas D. Morris, (lire en ligne)., et seulement en 1664 qu'un « code de l'esclavage » est adopté dans le Maryland voisin, écrivant que les noirs sont esclaves à vie. Les noirs n'étaient que 150 en 1640 et 300 en 1649Histoire de l'esclavage, sur pazzoni.jp.free.fr. et l'historien Fernand Braudel souligne que , avec Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, p. 494.. Et il faudra attendre 1691 pour l'Assemblée de Virginie décrête l'illégalité des relations sexuelles entre races et une peine de 5 ans d'esclavage ou 15 livres d'amendes pour toute femme blanche qui a un enfant avec un noir, celui-ci étant exposé à 30 ans d'esclavage.

La production de tabac de Virginie continue à progresser dans les années 1670 mais la demande commence à décliner et les prix avec, tandis que les engagés se font plus exigeants sur les conditions. Les prix du tabac se stabilisent entre 1680 et 1710 puis repartent à la hausse après 1720, provquant une expansion des cultures vers le Sud et l'Ouest. L'économie de la Virginie n'a jamais été très rentable, même de 1660 à 1680, quand elle croît à un rythme de 2,5 % par an. Les planteurs de tabac n'exploitaient pas la même terre plus de trois ans, afin de pallier l'usure des sols.

Pour compléter leurs revenus, les colons de Virginie achetaient des peaux de cerfs auprès des tribus indiennes, en échange d'armes et de munitions, allant parfois les chercher dans l'intérieur des terres.

Plus tard, ils achètent des prisonniers amérindiens, qu'ils installent dans les premières rizières de Caroline : en 1708, environ un sixième de la population de cette colonie est constitué d'amérindiens réduits en esclavage, d'autres étant expédiés sur les marchés d'esclaves de la Caraïbe. Au cours des quatre premières décennies d'existence de la Caroline, près de 20.000 amérindiens furent réduits en esclavage, dont une majorité de femmes.