est le troisième album des Beatles, paru le en Grande-Bretagne, sur le label Parlophone, en tant que bande originale de leur premier film, qui porte le même titre. Seules les chansons de la face A du disque figurent dans le long-métrage, bien que certaines de la face B aient été également composées à cet usage. L'album sort le aux États-Unis, édité par , qui ne contient que les chansons entendues dans le film et des pièces orchestrales tirées de la bande son.

Il est enregistré dans la première partie de l'année 1964, alors que les Beatles passent du statut de vedettes dans leur propre pays, où la a pris naissance quelques mois plus tôt, à celui de superstars mondiales. Puisqu'un film mettant en scène cet incroyable phénomène, qui emporte toute la génération des , est en préparation, Paul McCartney et surtout John Lennon doivent pour la première fois . Ils écrivent toutes les chansons de cet album, qui est donc le premier des Beatles à ne comporter aucune reprise, et qui reste le seul intégralement signé Lennon/McCartney.

Le titre de l'album, de la chanson qui l'ouvre et du film provient d'un accident de langage de Ringo Starr (, ou ), que John Lennon avait déjà utilisé dans son livre In His Own Write. Ce troisième 33 tours du groupe en l'espace de dix-huit mois se distingue notamment par le son de la guitare électrique à douze cordes employée ici pour la première fois par George Harrison.

De janvier à , au milieu d'un inimaginable tourbillon qui les voit notamment conquérir l'Amérique, les réalisent donc un album qui passe en tête du hit-parade britannique, et à la première place des classements aux États-Unis (où les chansons de l'album original sont réparties sur deux publications, et , distribuées respectivement par et ). Deux singles et deux EPs sont publiés en Angleterre et aux États-Unis, trois singles sont publiés; la plupart atteignent le top 10. Le film, quant à lui, connaît un succès international.

En France, ce disque, comme le film, sera publié sous le nom « 4 Garçons dans le vent »..

Historique Contexte

vignette|alt=Les Beatles à l'aéroport John-F.-Kennedy|Les Beatles sur le tarmac de l'aéroport international John-F.-Kennedy de New York, le 7 février 1964.

La Beatlemania naît en 1963 au Royaume-Uni, mais dès le début de l'année suivante, elle explose dans le monde entier. Les Beatles tournent à plein régime, entre engagements divers, travail de composition, sessions d'enregistrement, apparitions télévisées et tournées internationales. , observe encore George Harrison. , note pour sa part Geoff Emerick, jeune ingénieur du son des studios EMI, âgé de 18 ans, amené à travailler avec le groupe en tant qu'assistant avant de prendre rapidement des fonctions plus importantes.

Contrairement à Capitol Records, la filiale américaine de EMI qui tarde à signer le groupe anglais, la United Artists a flairé la bonne affaire. Voyant la Beatlemania sévir en Angleterre, ils approchent Brian Epstein avec l'idée d'un film mettant en vedette le groupe. La compagnie s'assure de décrocher les droits de publier une trame sonore en Amérique. Aussitôt le contrat signé, la production débute et au moment où le film sort en salle, le monde sera déjà sous l'emprise des « Fab Four »Jonathan Gould, , 2007, Crown Archetype. .

En , Capitol Records sort enfin le single I Want to Hold Your Hand aux États-Unis et en , le groupe donne une série de représentations à l'Olympia de Paris. Le single américain atteint la première position le tout juste avant leur départ pour un premier séjour américain. La conquête de l'Amérique débute, cimentée à travers son passage du au , devant plus de de téléspectateurs Todd Leopold, « When the Beatles hit America », CNN. Consulté le 30 septembre 2011.. La première semaine d'avril, cinq chansons des Beatles occupent les cinq premières places du , tandis que deux albums édités par ( et ) trônent à la première et deuxième position du classement correspondant, un record toujours inégalé , « The Beatles Biography and Awards », Billboard. Consulté le 30 septembre 2011.. En juin, des foules impressionnantes et souvent hystériques les applaudissent à Hong Kong, en Australie ou en Nouvelle-Zélande Dave Dermon, The Beatles on Tour 1963 - 1966, Dermontown. Consulté le 30 septembre 2011.. En août, ils effectuent leur première tournée triomphale aux États-Unis et, tout au long de l'année, ils se produisent également partout en Grande-Bretagne. Durant le premier semestre, ils se consacrent bien sûr au tournage de leur premier long-métrage et au travail de composition et d'enregistrement des chansons qui l'accompagnent. Cette ascension vertigineuse vers la popularité planétaire autant que la frénésie qu'ils déclenchent partout amusent encore beaucoup les , tellement unis que Mick Jagger les surnommera .. Le film mettant en scène cet incroyable phénomène, dont l'idée est née dès , est présenté au moment où la crête de la vague est au maximum.

Composition sur commande

Pour ce film en préparation, qui sera réalisé par Richard Lester, John Lennon et Paul McCartney doivent pour la première fois , avec date limite de livraison programmée pour le début du tournage, le . Bien qu'ils se demandent s'ils arriveront à mener cette entreprise dans les temps, leur veine créative est en pleine euphorie, et ils écrivent partout où ils peuvent, au milieu de leurs tournées : à Paris, pendant les deux semaines passées entre l'Olympia et l'Hôtel George-V où ils résident (et où un piano à queue a été installé dans leur suite, pour leur permettre de travailler) ; durant leur séjour à Miami (où est enregistré leur second passage au , diffusé le ) , dit John Lennon ; à Londres aussi, et parfois en quelques heures, comme pour la chanson . Les chansons sont sans rapport avec le film, elles sont composées sans que le groupe ait pris connaissance du scénario et y sont intégrées au fur et à mesure de leur livraison.

Très vite, il apparaît que le tandem Lennon/McCartney, qui a tenu les délais, a écrit trop de chansons pour un film qui doit comporter beaucoup de scènes d'action, et qui, de toute façon, n'est pas destiné à devenir un documentaire montrant en continu les performances musicales du groupe. Finalement, seulement sept de ces nouvelles compositions (plus qui est finalement coupée au montage) trouvent leur place dans le long-métrage. Il est donc décidé d'utiliser tout le reste en face B de l'album en préparation. À ce petit jeu, c'est John Lennon, à l'époque au sommet de sa prépondérance dans le groupe, leader officieux, qui se montre le plus prolifique : il est directement à l'origine de dix des treize chansons composées pour le film et l'album, qui est le premier à ne comporter aucune reprise. Sans contribution de George Harrison, c'est le seul album de la discographie du groupe à ne contenir que des titres signés Lennon/McCartney. À tout ce matériel prêt pour l'enregistrement, il faut ajouter les trois reprises rock 'n' roll et la composition originale I Call Your Name destinées à l'EP , qui seront mises en boîte durant les mêmes sessions, éparpillées entre fin janvier et début .

Enregistrement

vignette|redresse|alt=Une guitare électrique à 12 cordes|Une Rickenbacker 360 à douze cordes semblable à celle utilisée par George Harrison pour l'enregistrement de l'album.

La première chanson enregistrée pour l'album est de Paul McCartney. Elle est mise en boîte durant le séjour parisien du groupe, le , aux studios Pathé Marconi de Boulogne-Billancourt, en même temps que les versions en allemand de et . La bande sonore arrive ensuite aux studios EMI d'Abbey Road en si mauvais état que l'ingénieur du son Norman Smith, bon batteur, réenregistre lui-même une partie de charleston en l'absence des Beatles. Personne ne s'en est jamais douté. La chanson paraît dans un premier temps en single à la mi-, et se classe des deux côtés de l'Atlantique.

Le , jour des de George Harrison, les sessions de démarrent réellement dans le studio d'Abbey Road, avec deux nouveautés majeures. D'une part, George Martin et son équipe disposent désormais de magnétophones à quatre pistes. Ils permettent d'obtenir un mixage plus fin et en stéréo, mais aussi de modifier la façon d'enregistrer. Il est désormais possible de démarrer par des prises instrumentales, puis d'ajouter ultérieurement les voix et les chœurs, voire d'autres instruments, technique d' qui n'est encore utilisée qu'avec parcimonie. D'autre part, Harrison utilise pour la première fois une guitare électrique à douze cordes (la Rickenbacker 360/12 « Legendary Guitar: George Harrison’s Rickenbacker 360/12 », Gibson.com. Consulté le 2 octobre 2011.), qui devient l'instrument caractéristique du « son Beatles » en 1964. On l'entend notamment dès l'introduction de , rapidement mise en boîte ce jour-là, au bout de la quatrième prise complète. Le titre, agrémenté de bongos joués par Ringo Starr, tandis que Paul McCartney bat la mesure avec un cencerro, sorte de cloche à vache, trouve sa place en face B du single . Les premières versions de et de sont également mises en boîte durant cette session. Celle-ci est émaillée d'éclats de rires dus aux pitreries de John Lennon, qui, notamment, se fait une spécialité de transformer systématiquement les décomptes () en d'autres formulations hilarantes. Le lendemain, , le groupe multiplie les prises et les essais (« avec ou sans harmonica ? », « batterie ou percussions ? », « quel tempo ? », etc.) sur ces deux titres, sans parvenir à un résultat satisfaisant sur la ballade de Paul McCartney, mais réussissant à finaliser .

Le , est enfin enregistrée dans sa version finale (à la ), avec arpèges de guitare et accompagnement rythmique aux bongos. Deux nouvelles chansons sont enregistrées durant cette même session : , terminée rapidement, et , qui évolue en quinze prises. Pour ce titre qui comprend une structure d'accords complexe, John Lennon et Paul McCartney se regroupent autour d'un seul micro pour produire en direct cette subtile harmonie qui comprend des passages à l'unisson.

Pour leur première session d'enregistrement dominicale, dans la matinée du , les Beatles mettent trois nouveaux titres en boîte, en seulement trois heures. , écrite par John Lennon pour George Harrison, est expédiée en quatre prises. , une reprise de Little Richard, immuable classique des Beatles sur scène, vigoureusement chantée par Paul McCartney (comme une réponse au hurlé par John Lennon), est enregistrée du premier coup avec George Martin au piano. Ce titre est destiné à l'EP du même nom, qui sera publié seulement cinq jours avant l'album . Enfin, les Beatles s'attaquent à leur propre version de , une chanson que John Lennon avait offerte en 1963 à Billy J. Kramer pour qu'il l'enregistre. Pour leur part, les partent sur un rythme particulier sur le pont de la chanson, qu'ils jouent à la façon ska.

À partir du , et jusqu'à la fin avril, le groupe passe l'essentiel de son temps à tourner les scènes de son premier film sous la direction de Richard Lester, tandis que le single fait un carton planétaire : il est disque d'or aux États-Unis le jour de sa sortie, tandis qu'en Grande-Bretagne on compte plus d'un million de pré-commandes avant son arrivée dans les bacs le .