est le quatrième album des Beatles, paru le au Royaume-Uni. Il est conçu alors que la Beatlemania bat son plein, dans la foulée de la sortie de l'album A Hard Day's Night. Selon la volonté du manager Brian Epstein et du producteur George Martin, le groupe doit, à cette époque, respecter un rythme de deux albums par an, le second devant paraître à temps pour les fêtes de fin d'année. Il est donc rapidement enregistré aux studios EMI, en sept journées de travail éparpillées entre août et .

Les Beatles ont alors acquis une popularité planétaire, ils sont harassés par les tournées internationales, les concerts quasi quotidiens et la folie qui les entoure, ce qui se reflète notamment dans la pochette et les thèmes sombres de leurs chansons.

Alors que toutes les chansons de étaient signées Lennon/McCartney, est marqué par le retour des reprises de rock 'n' roll. Pressés par le temps, littéralement poussés vers les studios, les enregistrent ici ce qui constitue leur répertoire de scène du moment, incluant six reprises et huit chansons originales, nouvellement composées ou plus anciennes. L'album innove cependant dans plusieurs sens, avec des chansons plus personnelles de la part de John Lennon, et le recours plus fréquent à des techniques de studio pour peaufiner les enregistrements.

En Grande-Bretagne, passe sept semaines en première place des hit-parades, délogeant du sommet, et reste quarante-six semaines en tout dans les classements. Il ne paraît pas sous cette forme aux États-Unis : onze jours après la version britannique, il est édité par Capitol Records avec une pochette, une liste de chansons et un nom différents, Beatles '65. De plus, certains titres n'apparaissent que sur l'album suivant, Beatles VI. Ce qui n'empêchera pas les deux albums, sortis à un mois d'intervalle, de rester à la première place du Billboard, pendant plusieurs semaines de suite.

En France, le disque, calqué, comme à l'habitude, sur la version britannique, est baptisé « Les Beatles 1965 »., et dans une double pochette contenant la photo de couverture sur support adhésif. En dessous se trouve une photo des Beatles en noir et blanc.

Historique Contexte

thumb|L'enregistrement de se fait en pleine , alors que le groupe enchaîne les tournées et les obligations contractuelles.

est enregistré et publié durant la deuxième moitié de l'année 1964, alors que la Beatlemania bat son plein. Le groupe a en effet acquis, l'année précédente, une très forte notoriété dans une grande partie du monde, et a finalement conquis le public américain lors de son passage au , le , qui a battu le record d'audience pour une émission télévisée. Cette popularité est bien représentée par le texte qui accompagne l'album, affirmant que les sont .

En 1964, l'agenda des Beatles est plein : les tournées mondiales, les apparitions télévisées et les réceptions s'enchaînent à un rythme effréné.

Le début de l'année a ainsi vu la première incursion du groupe au cinéma, avec le film A Hard Day's Night, réalisé par Richard Lester. L'album du même nom, qui constitue la bande originale du film, est pour sa part sorti en juillet et a été plébiscité par la critique. Il s'agit par ailleurs du premier album du groupe dont toutes les chansons sont originales et signées Lennon/McCartney.

Peu après la sortie de cet album, Brian Epstein, manager du groupe, souhaite publier un nouvel opus pour les fêtes de Noël, maintenant ainsi la cadence de deux albums par an. C'est donc un groupe, harassé et fatigué par l'hystérie collective qu'il provoque, qui enregistre . Pour leur producteur, il ne s'agit assurément pas de leur œuvre la plus marquante :

Néanmoins, à ce stade de leur carrière, les Beatles (surnommés le « monstre à quatre têtes ») sont au sommet de leur unité et de leur cohésion, ne manquent pas d'énergie et s'amusent beaucoup, vivant encore avec bonheur et satisfaction leur récent statut de stars internationales, plus pour très longtemps cependant.

Enregistrement est enregistré sur une période de sept jours non consécutifs, le calendrier devant être morcelé du fait des engagements du groupe sur scène. Les sessions se déroulent les 11 et , à la fin d'une tournée en Angleterre et en Suède ; les 29 et , au retour de la seconde tournée américaine du groupe ; et les 6, 18 et , au cours d'un programme de à travers le Royaume-Uni « The Beatles on Tour 1963 to 1966 », Dave Dermon, 2008. Consulté le 25 septembre 2010.. Elles se déroulent entièrement aux studios EMI, sur Abbey Road, à Londres.

Les Beatles sont pressés par le temps et, en raison du court délai entre la sortie de et la production du nouvel album, se retrouvent en manque de matériel. Ils se résignent à enregistrer une sélection de six reprises qu'ils interprètent depuis l'époque du Cavern Club, et presque quotidiennement sur scène cette année-là. John Lennon et Paul McCartney ajoutent à l'album huit chansons originales, pour un total de quatorze titres. Parmi les nouveautés proposées, certaines font déjà partie du répertoire du groupe depuis de nombreuses années, comme , que le groupe jouait à l'époque de ses concerts au Cavern. L'enregistrement est, de fait, simplifié pour toutes ces chansons.

D'autres chansons composées pour l'album, telles que , ou — finalement parue en single — nécessitent plus de travail et de répétitions. Le groupe, qui enregistre désormais avec un magnétophone à quatre pistes - et non plus sur les deux-pistes utilisés pour les premiers albums en 1963Livret de l'album , Apple, 2009, - se montre par ailleurs plus inventif sur le plan musical. Il se détache progressivement du rock 'n' roll classique pour ajouter des effets à ses morceaux, tels que le introduisant et concluant ou l'effet Larsen de . Ceci nécessite un travail de studio plus élaboré, auquel le groupe commence à prendre goût. Ces retouches ne servaient auparavant qu'à corriger les erreurs commises durant l'enregistrement ; avec , les Beatles commencent à s'intéresser à cet aspect de la production et à lui trouver de nouvelles applications.

Sessions d'août Vingt-quatre heures après un concert à Scarborough, les Beatles entrent en studio très tard dans la soirée du pour commencer les sessions de . La seule chanson enregistrée lors de cette session est . Quinze prises sont mises en boîte, mais seulement cinq sont complètes, puisque la plupart consistent à travailler le riff d'ouverture joué par George Harrison. Cet enregistrement constitue un bel exemple du changement dans les rapports entre les Beatles et leur producteur, à cette époque ; après quatorze tentatives, Harrison arrive enfin à un résultat satisfaisant, et George Martin se contente de demander , alors qu'en 1963, il aurait lui-même décidé de la façon de jouer.

Trois jours plus tard, la veille d'un concert à Blackpool dans le cadre de leur tournée en Suède et en Grande-Bretagne, les Beatles enregistrent trois chansons, , et . La première est bouclée en huit prises, mais seulement quatre sont complètes. Les deux autres sont des reprises. Mr. Moonlight (à la suite de la version de Piano Red datant de 1962) est enregistrée sans les percussions ni l'orgue Hammond, ajoutés dans une session ultérieure. Quant à , un morceau de Little Willie John datant de 1959, il est correctement enregistré, mais les Beatles ne semblent pas satisfaits de leur interprétation, puisqu'il est exclu de l'album et remplacé par . Cette décision sera, plus tard, qualifiée d'erreur de jugement par plusieurs auteurs, notamment Mark Herstgaard et Mark Lewisohn, qui considèrent la version enregistrée de bien meilleure que celle de .

Sessions de septembre Les Beatles ont achevé leur seconde tournée triomphale de aux États-Unis et au Canada, le à New York. Le , leur prestation au Hollywood Bowl de Los Angeles a été enregistrée par George Martin en vue d'une publication future, qui n'a lieu que treize ans plus tard, en 1977. Le , le groupe est de retour dans le studio 2 d'Abbey Road pour poursuivre l'enregistrement de son nouvel album. Ce jour-là, entre et , ils mettent en boîte trois compositions signées Lennon/McCartney : en quatre prises, en (dont seulement cinq s'avèrent complètes et utilisables), ainsi que la base rythmique de , en retenant pour plus tard la septième prise.

Le lendemain, les Beatles se remettent au travail sur , où Ringo Starr joue des timbales pour la première fois, et , pour laquelle ils ne trouvent toujours pas la bonne formule. Ils enregistrent quatre prises qui ne servent à rien. Enfin, ils jouent et complètent dans la même session. La voix de John Lennon commençant à sérieusement fatiguer, c'est Paul McCartney qui se charge de faire l'harmonie vocale dans les aigus. Voila une journée où le groupe s'amuse beaucoup, les différentes prises étant pleines de facéties diverses, comme on peut l'entendre dans la version de proposée sur le disque Anthology 1Anthology 1 (disque 2, piste 23), 1995, prise 2 de No Reply..

Sessions d'octobre vignette|gauche| est enregistré au cours de sept sessions aux studios EMI de Londres, sur Abbey Road.

La majorité de l'album est enregistrée en trois sessions durant le mois d'. Le , jour du de John Lennon, les doivent entamer une grande tournée à travers tout le Royaume-Uni. Trois jours auparavant, ils sont à Abbey Road pour mettre sur bande un nouveau titre, . Lors de l'enregistrement du , ce qui va constituer l'innovation majeure de cette chanson appelée à connaître un grand succès (1 aux États-Unis), c'est-à-dire l'entrée et la sortie en fondu ( et ), n'est pas encore à l'ordre du jour. Les Beatles s'essaient d'abord à une introduction en chœur, modulant plusieurs fois des « » sur fond de guitare acoustique, comme on peut l'entendre sur le disque Anthology 1<ref group="a">Anthology 1 (disque 2, pistes 24 et 25), 1995, prises 1, 2, 4 et 5 dEight Days a Week.</ref>. Ils répètent également ce jour-là une nouvelle composition de John Lennon, I Feel Fine.

Le , à la veille de leur prestation publique au cinéma Gaumont de Bradford, en ouverture de leur tournée d'automne, est rapidement mise en boîte. Destinée à occuper la face B du single , cette chanson de Paul McCartney ne figure pas sur .

La session d'enregistrement la plus productive de l'album a lieu le , pendant une pause de entre un concert à Kingston-upon-Hull et un autre à Édimbourg. Le groupe est en grande forme, plein d'énergie, heureux et, comme le note Geoff Emerick, . Le jeune ingénieur du son, encore assistant lors de cette séance, la considère comme . Les Beatles commencent par de nouveaux essais pour l'introduction et le final de , qui ne s'avèrent pas concluants. L'idée du démarrage en fondu naît alors, et est appliquée au cours d'une séance de mixage, plus tard dans le mois.

Ils s'attaquent ensuite à leur reprise en pot-pourri de deux titres, et Hey, Hey, Hey, Hey, expédiée en deux prises. La première étant la meilleure, ce titre vigoureusement chanté par Paul McCartney, accompagné par le chœur des trois autres Beatles, devient une nouvelle « performance en une seule prise » du groupe, à laquelle George Martin ajoute une partie de piano. Dans la foulée, les Beatles se remettent à l'ouvrage sur , qu'ils complètent en quatre prises, avec un overdub d'orgue Hammond joué par Paul McCartney.

La suite est entrée dans l'histoire du rock. Par la baie vitrée de la salle de contrôle, Geoff Emerick aperçoit, interloqué, John Lennon coller sa guitare, volume tourné à fond, contre le haut-parleur de son amplificateur. Il est en train d'en tirer un effet de qu'il a l'idée d'utiliser en introduction de sa chanson . Ce que la presse britannique qualifie d'« accident électronique » est, en fait, un bruitage délibéré qui rend Lennon particulièrement fier de son « effet ». Selon lui, c'est bien la première fois - et plusieurs années avant Jimi Hendrix et les Who - que l'on entend du larsen sur un disque de rock.