Le rock naît dans la première moitié des années 1950, aux États-Unis, sous le nom du rock 'n' roll. Il est alors issu d'un mélange de musiques afro-américaines, en particulier de blues et de rhythm and blues, avec de la country. Le rock s'est également inspiré d'un certain nombre d'autres genres comme le jazz et le bluegrass avec des apports non négligeables de musiques européennes. Depuis, le rock a beaucoup évolué et est devenu un genre de musique très varié, omniprésent jusqu'à la fin du siècle.
À la fin des années 1950, le rock 'n' roll perd de sa popularité et de sa vitalité, ostracisé par une grande partie des médias ; un autodafé des 45 tours d'Elvis est même organisé par un animateur sur une radio américaine. Il en sera de même, plus tard, à l'encontre des disques des Beatles.. En France, en 1960, Lucien Morisse, alors responsable de la programmation musicale d'Europe n° 1 et animateur de l'émission Le Discobole, casse en direct un disque de Johnny Hallyday ; à la même période, le chanteur se voit interdire de se produire dans plusieurs villes... Les Kinks furent interdits de séjour aux États-Unis durant plusieurs années., etc.
Certains grands noms de l'époque disparaissent accidentellement, comme Buddy Holly et Eddie Cochran. En 1958, Elvis Presley part au service militaire en Allemagne, et délaisse la scène pour participer à une trentaine de films à Hollywood. Il ne revient triomphalement sur le devant de la scène (télévision) qu'en 1968., tandis que Pat Boone a pris sa place dans les charts.
Alors qu'il marque le pas aux États-Unis, le rock conquiert l'Europe de l'Ouest, permettant l'expression de la révolte des jeunes (les "teenagers" étant devenus durant les Trente Glorieuses une couche sociale à part entière, auto-émancipée en l'absence de guerre), des Britanniques en premier lieu. En Angleterre, le rock connait un important renouveau dans les années 1960, avec l'avènement des Beatles, puis d'une multitude de groupes dont les Rolling Stones, les Kinks, les Who, les Animals, les Moody Blues etc.
A l'inverse, cette musique a été, pendant de nombreuses années, proscrite dans les pays de l'Est, ne circulant que sous le manteau : par exemple l'album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, pierre angulaire du genre, était diffusé clandestinement en étant gravé sur des radiographies médicales. ....)
Alors qu'au milieu des années 1960, le seul groupe américain à pouvoir rivaliser avec la British Invasion se trouve être les Beach Boys, le rock américain reprend des couleurs à la fin de la décennie grâce à l'émergence de l'ère psychédélique, avec des groupes majeurs issus des États-Unis, notamment les Doors et The Jimi Hendrix Experience.
La fin des années 1960 et les années 1970 voient la naissance des courants les plus importants du rock, en particulier le hard rock (Led Zeppelin, Deep Purple, Aerosmith...), le rock progressif (Pink Floyd, Yes, Genesis...), le heavy metal (Black Sabbath, Judas Priest...), le glam rock (David Bowie, T. Rex...) et le punk rock (Sex Pistols, The Clash, Ramones...).
Alors qu'il dominait le rock des années 1970, le rock progressif est heurté par la vague punk de la fin de la décennie et entame un déclin qui se poursuit dans les années 1980. À la même période, le heavy metal se diversifie (Iron Maiden, Metallica...) tandis que le hard rock (Scorpions, Guns N'Roses) et le pop rock (U2, The Police...) se maintiennent. Au Royaume-Uni, les années 1980 sont marquées par l'émergence du post-punk (The Cure, Siouxsie and the Banshees...) et de la new wave et par l'usage de plus en plus prononcé des synthétiseurs.
Les années 1990 sont, quant à elles, marquées par l'explosion, au début de la décennie, du grunge de Seattle, en particulier grâce à la notoriété de Nirvana, puis de la britpop (Oasis, Blur...). Grâce à la popularité de ces nouveaux courants, le rock alternatif, jusqu'alors cantonné aux initiés et aux radios universitaires, va petit à petit s'imposer, jusqu'à dominer la musique rock. A la même période, de nombreuses fusions de genres émergent (rap rock, nu metal, rock électronique...) tandis que le début des années 2000 voit des tentatives de revisiter l'histoire du rock, à travers notamment le revival du garage rock avec (The White Stripes, The Strokes, The Libertines...) et avec le post-punk.
Longtemps genre dominant, ces dernières années ont vu un lent déclin de la popularité du rock, le rap le dépassant, par exemple, en tant que genre le plus populaire aux États-Unis.
Depuis que le rock existe et a fortiori depuis qu'il est devenu une des expressions musicales majeures, il a inévitablement été l'objet de récupération idéologique, d'une part, et de domestication à des fins mercantiles, d'autre part (majors, publicité).. Ce déni culturel récurrent est plutôt démobilisant. ; néanmoins on peut constater que certaines figures emblématiques du rock continuent de « monter au créneau » pour défendre avec sincérité l'esprit rebelle qui a prévalu à leur choix artistique (Neil Young ou Bruce Springsteen pour citer les plus connus....).
Les origines du rock
Origines musicales thumb|190px|Elvis dans Jailhouse Rock Les origines premières du rock sont à chercher dans de nombreuses musiques populaires du début du aux États-Unis. Toutes étaient alors marquées par l'importante ségrégation raciale : le jazz, le boogie-woogie, le rhythm and blues, le blues étaient joués par des artistes noirs pour un public noir tandis que la country et le folk étaient joués par des artistes blancs pour un public blanc. Le rock 'n' roll réalise en fait la fusion de ces genres et contribuera à faire tomber les barrières raciales.
Le rock emprunte les instruments du jazz (guitare, contrebasse, batterie, saxophone…), les douze mesures et la suite d'accords « I-IV-V » du blues, le rythme binaire de la country avec tempo rapide et, sur le plan mélodique, certaines ballades traditionnelles du folk, jouées au tempo d'origine ou accélérées.
Le rock apporte également des innovations d'enregistrement telles que le slap de basse, le « slapback » et la puissance du chant : l'utilisation agressive de la contrebasse, jouée en frappant les cordes, permet d'ajouter des effets de percussion dans la section rythmique. Cet effet est présent dans That's all right mama d'Elvis Presley : on croit y entendre des sons de percussions, que l'on pourrait attribuer à une batterie. On sait aujourd'hui que Bill Black « donnait des claques » aux cordes de sa contrebasse. à cette époque, un écho court est utilisé sur les voix et les guitares. Le principe consistait à mixer, avec un magnétophone à bande, le son direct avec son retour monitor. De plus, le décalage de quelques centimètres entre la tête d'enregistrement et celle de lecture induisait quelques dixièmes de secondes de retard. L'écho à bande était né. Sam Philips des studios Sun en était un des précurseurs. Des pédales d'effets électroniques pour guitare reproduisent aujourd'hui cet écho court qui permet d'obtenir un son rockabilly. Les chanteurs ont un chant puissant, en dehors de toute technique classique de chant, loin des chanteurs de jazz. Little Richard en est un exemple.
Origines géographiques et sociales thumb|Le disc jockey Alan Freed est le premier à utiliser l'expression « rock 'n' roll » pour désigner la nouvelle musique qui se développe.|329x329px Le rock 'n' roll est une musique noire venue essentiellement du sud des États-Unis, même si au nord, la contribution de la maison de disques Chess de Chicago est notable. Le nombre de musiques et la place qu'elles occupent dans le quotidien des américains des États du Sud expliquent certainement cette origine géographique.
Le sud des États-Unis n'est pas une région riche à l'époque. Nombre de descendants d'esclaves y chantent encore le blues dans la misère et la plupart des musiciens, blancs compris, y sont d'ascendance modeste : Elvis Presley, par exemple, est chauffeur de camion.
Contrairement aux pratiques musicales de l'époque, les musiciens de rock seront indifférenciés quant à leur couleur de peau. En effet, jusqu'à ce qu'Alan Freed fasse connaître au grand public (blanc) la musique noire nommée R'n'B, chacun avait tendance à écouter le style de musique lié à son "appartenance ethnique". Le rock fera tomber ces barrières, avec des musiciens blancs (Bill Haley, Elvis Presley, Gene Vincent, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, Eddie Cochran), noirs (Fats Domino, Chuck Berry, Bo Diddley, Little Richard, Ike Turner), ou bien métis (Jimi Hendrix).
Le rock doit également son implantation et son rayonnement aux aspirations à plus de considération et de liberté des adolescents de l'après-guerre. Les jeunes des États-Unis ne sont toutefois pas révoltés à cette époque, mais la Deuxième Guerre mondiale n'a pas ravagé leur pays, où seul Pearl Harbor, situé au milieu du Pacifique, a connu des bombardements, et ils éprouvent le besoin de passer à « autre chose » alors que la guerre froide s'installe dans le paysage. Par ailleurs, la démocratisation de l'enseignement, l'allongement des années d'études et la hausse générale du pouvoir d'achat créent à la fois un nouvel espace sociologique et symbolique (la jeunesse) et de nouvelles aspirations pour les teenagers.
Bill Haley a déjà 30 ans lorsqu’il sort Crazy Man Crazy avec ses Comets en 1953. Elvis Presley est chauffeur de camion lorsqu'il enregistre pour sa mère son premier disque. Jerry Lee Lewis est déjà marié à 20 ans. Les paroles des premières chansons ne prônent rien d'autre que l'amusementPour l'exemple : Bill Haley, dans Rock around the clock : « We'll have some fun when the clock strikes one. », la joie de vivre, la dépense insouciante de sa paie hebdomadairePour l'exemple :Little Richard, dans Rip it up : « Saturday night and I just got paid, I'm a fool about my money, don't try to save… » ou les aventures avec les fillesPour l'exemple : Jerry Lee Lewis, dans Great balls of fire : « Goodness, gracious, she's great balls of fire! ».
Le rock devient cependant l'expression d'une rupture avec la génération précédente d'un point de vue musical, tout comme le bebop au cours des années 1940 avait bousculé les conventions musicales de l'époque. La comparaison s'arrête là car le bebop était surtout un fait de musiciens de jazz (les progressions harmoniques deviennent complexes et l'improvisation du soliste dans ce cadre de multiplications d'accords altérés, une règle absolue), noirs pour la plupart, alors que le rock est plutôt né d'un besoin d'expression de jeunes blancs du Sud.
Progrès technologiques Progrès des médias thumb|Une radio Crosley Musical Chef de 1952
L'apparition de labels indépendants comme Atlantic, en 1948, ou Chess, en 1949, puis celle du microsillon 45 tours ou single, en 1949, et le succès rencontré, en 1951, par le disc jockey Alan Freed, avec son émission radio Moondog's Rock'n'roll Party, ont facilité l'éclosion du rock'n'roll et sa diffusion de masse. De plus, le développement des récepteurs radio à transistors a permis aux adolescents d'écouter dans leur chambre - en cachette de leurs parents, à cause de la mauvaise réputation de ces musiques rythmées, et/ou de la ségrégation raciale) - les programmes de radio diffusant de la musique jouée par des artistes de couleurs (Latinos, Afro-américains, Jamaïcains, Amérindiens etc.)
Progrès des instruments électriques thumb|left|Tête de la Fender Precision de 1951 L'explosion du rock 'n' roll a aussi été facilitée par l'apparition des guitares électriques solid body, c'est-à-dire que le corps de l'instrument est un bloc en bois plein d'un seul tenant, sans caisse de résonance. Une cavité creusée dans le bloc permet de loger un où plusieurs micros magnétiques placés sous les cordes et captant les impulsions électro-magnétiques avec des potentiomètres de réglages, volume et tonalité. L'instrument est relié par un câble à un amplificateur qui assure l'amplification des notes et accords du musicien.