André Vitalis, né sur le Larzac à La Cavalerie le , est un universitaire français, professeur à l’université Bordeaux-Montaigne, où il a dirigé, de 1996 à 2005, le Centre d’études des médias et la formation doctorale en sciences de l’information et de la communication.
Parcours
André Vitalis est diplômé de Sciences Po Paris, titulaire d’un doctorat d’État en science politique et d’une habilitation à diriger des recherches en sciences de l’information et de la communicationPrésentation d'André Vitalis sur le site du Laboratoire MICA : Son diplôme a été obtenu en septembre 1968, dans la section Service Public. Il a soutenu sa thèse de doctorat à l’Université de Rennes le 9 juin 1979 et son habilitation à l’Université de Nantes le 17 octobre 1989..
Avant de rejoindre Bordeaux, il a enseigné à l’Université de Nantes (1973-1990) et à l'université Rennes II (1991-1993). Invité par l’Université du Québec à Montréal pendant l’année universitaire 1987-1988, il a effectué par la suite de nombreuses missions d’enseignement en Afrique, au Proche-Orient, en Chine et en RussieNotice biographique André Vitalis in Frédéric Rognon, Génération Ellul, Labor et Fides, 2012, pp. 316-322, .
Thématiques de recherche
Ses travaux de recherche concernent la problématique « informatique et libertés » et les enjeux socio-politiques des médias. Il a notamment consacré plusieurs ouvrages, ainsi que de nombreux articles et communications internationales, à l’étude de l’informatique comme une technologie de surveillance dont une démocratie doit contrôler les usages. Son approche socio-politique des médias les considère, de façon innovante pour l'époque, comme le résultat du croisement de plusieurs logiques : une logique technique, qui définit le champ des possibles ; une logique économique, qui détermine le champ des utilisations rentables ; et une logique sociale, qui détermine la position particulière du consommateur, avec ses besoins et ses désirs.
Informatique et Libertés
Son ouvrage Informatique, pouvoir et libertés, publié en 1981 et préfacé par Jacques Ellul, constitue la première étude universitaire sur la globalité des enjeux de l’informatisation de la société en termes de libertés.. Y est longuement analysé le système SAFARI (système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus) qui est à l’origine de la prise de conscience, en France, des dangers du fichage informatique.
Il a été consultant auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) de 1987 à 1994Annexe 5 sur l’organisation des services, Rapport d’activité de la CNIL, La Documentation française, juin 1994, p. 352, à une époque où cette institution avait un véritable pouvoir de décision. En 1988, à l’occasion du anniversaire de la CNIL, il publie une étude de synthèse des travaux de celle-ciDix ans d’informatique et libertés, avec F. Paoletti et H. Delahaie, préface de Jacques Fauvet, Economica, 1988, 256, . Poursuivant ses travaux dans un cadre internationalLa protection des renseignements personnels en France et en Europe : approches éthique et juridique, in Vie privée sous surveillance, Ed Y. Blais, Montréal, 1994, pp. 117-138, il contribue en 2005 à un rapport sur l’histoire de la protection des données à caractère personnel en FranceHistory of key developments in privacy protection in France, rapport US NSF Program on ethics and values of technology in Global Privacy Protection, Edward Elgar (dir. J. Rule), 2008, 33, dans le cadre d'une recherche concernant sept pays, financée par la NSF (National Science Foundation des États-Unis d'Amérique, en français Fondation nationale pour la science).
De façon plus spécifique, il s'intéresse aux menaces inhérentes à plusieurs technologies informatiques émergentes, et notamment la vidéosurveillanceContrôle politique et démocratisation des technologies nouvelles, rapport pour le séminaire sur la démocratie électronique du Conseil de l’Europe, Sénat, Palais du Luxembourg, Paris, 23/, 13Nouvelles technologies, nouvelles régulations ? À propos de la vidéosurveillance, avec E. Heilmann, rapport IHESI/CNRSix, 1996, 94. En 2000, il présente les menaces liberticides de la vidéosurveillance dans un exposé introductif à la Conférence mondiale des commissaires à la protection des donnéesVidéosurveillance, sécurité et libertés, septembre 2000 (texte paru dans les actes de la conférence et repris par la revue Terminal, n° 84, 2003), tenue à Venise, où il intervient aux côtés d'Umberto Eco. Il étudie également les risques de la biométrieIdentités biométrisées et contrôle social (avec F. Pellegrini), rapport de recherche Inria, RR-9046, , notamment celle basée sur la génétiqueBanques de données génétiques et libertés individuelles, in Ordre biologique et ordre technologique, Ed. Champ Vallon, 1994, pp. 226-232.
Son ouvrage Le profilage des populations, co-écrit en 2014 avec le sociologue Armand Mattelart, décrit l'état des libertés dans le contexte des sociétés post-disciplinaires et la captation massive des données à caractère personnel par des monopoles privés à l’échelle mondiale. Cet ouvrage a fait l'objet de critiques très positives dans plusieurs médias de grande audience.
Il est membre fondateur du CREIS (Centre de recherche et d'enseignement informatique et société)Site web du CREIS , éditeur de la revue Terminal (consulté le 20 février 2022) qui, depuis le début des années 1980, rassemble les enseignants-chercheurs qui travaillent sur ce thème. Il assure également la présidence du CECIL (Centre d’études sur la citoyenneté, l’informatisation et les libertés)Site web du CECIL (site inaccessible depuis l'incendie du centre de données qui l'hébergeait, le ) depuis sa création, en 2007. Parrainée par des personnalités de premier plan dans la défense des droits de l’homme, tels Louis JoinetDécès de Louis Joinet, Site web du CREIS, 2 octobre 2019, (consulté le 19 février 2022), Stefano Rodotà, Spiros Simitis et Simon Davies, le CECIL a notamment édité, avec la Ligue des droits de l’homme, un Guide de survie des aventuriers d’InternetGuide de survie des aventuriers d’Internet, 2018, .
Enjeux socio-politiques des médias
Lors de l’apparition de la télématique au début des années 1980, il effectue les premières analyses sur l’implantation de ce nouveau système de communication dans des municipalités innovantes, en s’intéressant au jeu des acteurs locaux et au modèle de communication proposéLes enjeux socio-politiques et culturels du système télématique Telem, rapport au Ministère des PTT/service de la prospective, 1983, 262. Voir extraits dans Télématique : promenade dans les usages (dir. M. Marchand et C. Ancelin), La Documentation française, 1984..
Par la suite, il propose une nouvelle approche des usages des techniques de communication, en rupture avec les approches alors dominantes qui déniaient tout pouvoir à l’usager ou au contraire lui en attribuaient trop. Définis comme le résultat de l’interaction entre plusieurs logiques techniques, économiques et sociales, les usages, dans un contexte de surabondance de médias et de nouvelles technologies, contribuent à une transformation de l’espace et du débat publicsLe rôle des usagers dans les politiques des télécommunications, de l’informatique et des technologies de l’audiovisuel, avec T. Vedel, rapport Association Descartes, 1993. 60. Compte-rendu du rapport par Fanny Carmagnat, Réseaux, Volume 13, n° 72-73, 1995..
Ses recherches prennent, au cours de la décennie suivante, deux directions principales. Une première, encore insuffisamment explorée, concerne les temporalités médiatiques. Les médias participent à l’avènement d’un régime de temps particulier centré sur un présent détaché du passé et de l’avenirMédias, temporalités et démocratie, dir. avec Bernard Castagna, Michaël Palmer et Jean-François Tétu, Éditions Apogée, 2000.Les médias et le nouvel ordre du temps, actes du colloque Alexandrie, métaphore de la francophonie : la transmission des connaissances des savoirs et des cultures, Bibliotheca Alexandrina, Alexandrie, mars 2006, CIDEF-AFI, pp. 245-255.. De plus en plus chronophages, ils sont en concurrence avec d’autres temporalités de la vie quotidienne, qu’ils rythment selon des modalités différentes en fonction de la classe d’âgeTemporalités médiatiques et vies quotidiennes, avec J.-C. Domenget, K. Turcin, rapport Conseil régional d’Aquitaine/MSHA, 2004, 159. Référence au rapport et extraits : Discordance des temps, (dir. V. Carayol et A. Bouldoire), Ed. Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, 2011, pp. 95-107.. L'usage systématique des techniques de communication, y compris dans un but de manipulation, l'amène à s'interroger sur la protection des personnes face à ellesLa protection de la personne face aux techniques de communication (avec H. Maisl), in Dictionnaire critique de la communication, PUF, 1993, pp. 1273-1277..
La seconde direction, qui a pris aujourd’hui une importance croissante, a trait aux mutations apportées par les techniques numériques, et spécialement Internet, par rapport à la citoyenneté. Au moment de la marée noire de l’Erika en 1999/2000, Internet s’est révélé comme un puissant outil d’expression et de mobilisation citoyennesLe rôle d’Internet dans les crises et controverses environnementales, (dir.), rapport Ministère de l’écologie/CDE, 2005, Référence au rapport et extraits : Environnement : décider autrement, (dir. L. Mermet et M. Berlan-Darqué), L’Harmattan, 2009, pp. 259-279, .. Malheureusement, des études ponctuelles concernant le travail ou les mondes de la justice et de l’action socialeLa transformation numérique de l’action sociale : ce que nous enseignent cinquante ans d’informatisation, in L’avenir du numérique dans le champ social et médico-social, Ed Eres, 2020, pp. 23-31. montrent que les techniques numériques sont loin d’avoir toujours des effets positifs. Seule une vue d’ensemble de la transition numérique peut permettre de prendre la mesure de ses enjeux socio-politiques et, notamment, avec la domination de monopoles privés à l’échelle mondiale, des risques d’une nouvelle forme de féodalismeL’incertaine révolution numérique, ISTE Editions, , .
André Vitalis est co-directeur de la collection Médias et nouvelles technologies aux Éditions Appogée, diffusées par les PUF. Il a dirigé et fait soutenir de doctorat en sciences de l'information et de la communication..
Ouvrages
L’incertaine révolution numérique, ISTE Editions, , x , 118 ; voir . Traduit en anglais : The Uncertain Digital Revolution, ISTE Ltd / Wiley, , x , 118, ; voir Le profilage des populations. Du livret ouvrier au cybercontrôle, avec Armand Mattelart, Éditions La Découverte, , x , 223 . Traduit en espagnol : De Orwell al cibercontrol (traduit par Juan Carlos Miguel de Bustos), GEDISA, , x , 232, ; voir Medios de comunicación e identidad. Estudio comparativo Aquitania y Andalucía, dir. avec Juan Antonio Garcia Galindo, Ediciones ALFAR, 2015, 150, ; voir . Ouvrage issu d'un rapport de recherche éponyme disponible sur HALSHS La vie privée à l’heure des médias, dir. avec Patrick Baudry et Claude Sorbets, coll. Labyrinthes, Presses universitaires de Bordeaux, 2002, 197, ; voir Médias, temporalités et démocratie, dir. avec Bernard Castagna, Michaël Palmer et Jean-François Tétu, Éditions Apogée, 2000, x , 160, ; voir Vers une citoyenneté simulée. Médias, réseaux et mondialisation, dir. avec Serge Proulx, Éd. Apogée, , x , 272, ; voir Médias et nouvelles technologies : pour une socio-politique des usages, dir., Éd. Apogée, 1994, x , 160, ; voir L’ordinateur et après: 16 thématiques sur l'informatisation de la société, avec Carrier, Hoffsaes, Blanchet, Assié, Hudon, Ed. Gaëtan Morin/Eska, 1989, 302, . Dix ans d’informatique et libertés, avec F. Paoletti et H. Delahaie, préface de Jacques Fauvet, Economica, 1988, 256,