La Restauration, chrononyme qui devient courant dans les années 1814-1815, est la période de l'histoire de France correspondant à la restauration de la monarchie en tant que régime politique en France, ou plus exactement dans ce qu'il restait de l'Empire napoléonien. Elle se subdivise en : d'une part, une première période entre la première abdication de Napoléon Bonaparte le et son retour au pouvoir en ; d'autre part, une seconde période après la seconde et dernière abdication de (ou chute du Premier Empire) et la révolution des Trois Glorieuses à partir du .

En France, la Restauration prit la forme du retour au pouvoir de la maison de Bourbon, pouvoir exercé cette fois dans le cadre d'une monarchie constitutionnelle énoncée dans la Charte de 1814La Charte de 1814 est un compromis trouvé entre le premier projet de constitution proposé par le Sénat impérial, inacceptable pour Louis XVIII car reposant sur la souveraineté nationale, et le travail de la commission formée après la déclaration de Saint-Ouen (2 mai 1814)., octroyée par le nouveau roi de France Frère cadet de . au peuple françaisJuridiquement, chaque mot a ici son importance : par le roi au peuple, cette charte nie fondamentalement le tournant, voulu par la Révolution, d'attribuer la souveraineté au peuple. En revanche, elle place l'exercice du pouvoir par le souverain sur son territoire et la population qui l'occupe dans un cadre constitutionnel et non plus dans celui de la monarchie, dans lequel les intérêts du roi se confondent avec ceux de son royaume et de ses sujets..

Cette période est interrompue par les Cent-Jours du au pendant lesquels l'empereur déchu reprend le pouvoir.. Cet intermède permet de distinguer cette Première Restauration de la Seconde Restauration. Cette dernière sera suivie par la monarchie de Juillet de 1830 à 1848, également limitée par la nouvelle Charte de 1830, sous le règne de , issu pour sa part d'une branche cadette de la maison de Bourbon, les Orléans.

La restauration s'avéra être une époque d'expérimentation des équilibres possibles entre les régimes politiques de la monarchie et du parlementarisme, comme entre la suprématie royale et la séparation des pouvoirs, principaux acquis de la Révolution française. Elle conduisit à l'avènement d'une monarchie constitutionnelle, dans un contexte international de paix à peine retrouvée.

La révolution industrielle provoque des bouleversements économiques et sociaux profonds, mais l'économie donne des signes de reprise. Du point de vue de la politique intérieure, le retour monarchique conjugué à une vraie vie parlementaire, est marquée d'une oscillation entre ultraroyalistes et libéraux, dont les fluctuations ministérielles se ressentent.

Histoire du régime Le laborieux retour des Bourbons (1814-1815) La fin de l'Empire thumb|Après une période d'hésitation de la part de la coalition, et grâce au jeu de Talleyrand, les Bourbons reviennent sur le trône en la personne de , frère cadet de .|alt=Louis XVI en robe de sacre

Depuis la retraite de Russie, fin 1812, puis les revers subis face à la Sixième Coalition durant la campagne d'Allemagne, l'Empire est fragile. L'an 1814 voit s'enchaîner de nouvelles défaites durant la campagne de France, tandis que la population se lasse de la guerre. L'intransigeance de Napoléon concernant les conditions d'une paix conduit les puissances alliées à lui mener une guerre sans relâche, jusqu'à provoquer sa chute. Le peuple français réagit différemment à ces invasions, certains se défendant avec acharnement, tandis que d'autres, notamment la population parisienne, accueillent l'envahisseur en libérateur. La lassitude de la guerre et le désir de voir cesser les levées d'hommes et d'impôts unissent cependant une grande partie de la population autour de l'idée d'une restauration monarchique qui leur apporterait cette garantie.

Les Alliés se divisent cependant sur l'identité de la personne à placer sur le trône, la branche des Bourbons ayant le soutien des Anglais, tout en étant notamment rejetée par la Russie. Plusieurs autres solutions sont envisagées, avant qu'il ne soit décidé d'agir selon l'évolution des événements. Ceux-ci font pencher les choses en faveur du comte de Provence, futur . Son entourage parvient à susciter dans plusieurs villes, notamment Bordeaux, un fort engouement pour les Bourbons. Dans le même temps, Napoléon se retire à Fontainebleau, laissant à Paris un Talleyrand chargé de mener les négociations avec les puissances étrangères. Ce dernier parvient à manœuvrer le Sénat français et le Corps législatif qui déclarent le la déchéance de l'Empereur et proposent le trône au Comte de Provence. Ayant convaincu la Russie de la validité de cette solution, Talleyrand fait adopter une constitution proche de celle de 1791, qui suscite la réprobation des plus fervents partisans de la monarchie. Le même jour, Napoléon abdique, et devient souverain de la principauté de l'île d'Elbe, recevant une rente à ce titre.

gauche|vignette|304x304px|S. M. , roi de France & de Navarre après avoir signé la Paix dans son Cabinet au Château des Tuileries, estampe gravée en mai 1814, éditée par Francisque Noël et Bance ainé, début XIXe.

Le comte de Provence étant retardé en Angleterre, c'est tout d'abord son frère, le comte d'Artois qui fait son entrée en France, et accepte sans grande conviction l'idée d'une constitution, sans pour autant prêter serment sur le texte. Il est également décidé de remplacer le drapeau tricolore par le drapeau blanc, au grand désarroi des militaires. Le nouveau souverain arrive en France à la fin du mois d'avril, et rencontre les sénateurs le . Dans sa déclaration de Saint-Ouen, le roi remet en cause la souveraineté du peuple et décide de faire réviser la constitution qui lui est proposée. Il prend le nom de , choisissant ainsi d'assurer la continuité du règne depuis , en prenant en considération le de . Il se considère également comme souverain depuis la mort de ce dernier, en 1795.

Le gouvernement que forme le souverain reste, malgré ces déclarations, modéré, à des fins de réconciliation. Le , la paix est conclue avec les Alliés, par le premier traité de Paris. La France retrouve, avec quelques ajouts, les frontières qu'elle avait en 1792, se voyant privée d'une partie de ses colonies, et de toutes les conquêtes effectuées durant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Si le traité, négocié par Talleyrand, est globalement profitable à la France, ces pertes territoriales au tout début du nouveau régime font par la suite partie des reproches récurrents d'une partie de l'opposition.

Première Restauration

thumb|left|La Charte de 1814 est octroyée par le .|alt=document original de la Charte, conservée aux archives nationales

Le retour d'un Bourbon sur le trône marque le début de la Première Restauration. Les Alliés désirent s'assurer que le souverain dote le pays d'une constitution, comme garantie de stabilité et de paix.

Le projet de Talleyrand étant rejeté, une nouvelle commission de composition hétéroclite se réunit. Elle élabore rapidement un texte finalement dénommé Charte, pour rompre avec l'image révolutionnaire du concept de constitution en retrouvant un vocabulaire lié à l'héritage monarchique. Cette Charte se veut un texte de compromis, et reconnaît les grands principes acquis durant la période révolutionnaire (liberté religieuse, égalité devant l'impôt, devant la justice…). Afin de rétablir la cohésion du pays, l'amnistie politique est déclarée pour tous les faits antérieurs à 1814. En revanche, la Charte réaffirme les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du souverain, ainsi que sa capacité à dissoudre la Chambre des députés et à nommer les pairs. Les chambres, élues au suffrage censitaire, ont plus de pouvoir que sous l'Empire, et le système judiciaire est principalement hérité de cette période, notamment le Code civil. Rédigée dans l'optique d'un compromis, la Charte s'attire les foudres des royalistes les plus intransigeants, en particulier les membres de la confrérie des Chevaliers de la Foi. Cependant, le texte reste suffisamment vague pour que les différentes familles politiques puissent espérer une application convenant à leurs espérances.

prend également le une ordonnance qui réorganise les corps d'infanterie de l'armée française afin de et abandonner le drapeau tricolore au profit du drapeau blanc du royaume de France.

Le gouvernement formé n'a pas de chef, tous les ministres rendant leurs comptes au roi, sous la surveillance, également, des ambassadeurs russes et britanniques. Étant peu au fait d'un pays qu'il a quitté en 1791, lance de vastes enquêtes statistiques afin de mieux connaître la population qu'il gouverne. La liberté de la presse lui permet également de connaître les critiques faites à l'encontre du régime. La noblesse est couverte d'égards, afin de la fidéliser, tandis que la Cour recommence à mener un grand train de vie.

La présence de Talleyrand, ministre des Affaires étrangères, permet à la France de participer au Congrès de Vienne et de se maintenir au rang des grandes puissances. À l'intérieur du pays, le baron Louis, ministre des Finances, mène une politique budgétaire visant à rétablir les finances de l’État, en vendant notamment de nombreux hectares de forêt (dont certains avaient été confisqués à l’Église), mais aussi en maintenant en dépit des promesses les contributions indirectes, ce qui touche particulièrement des produits populaires. Si cette politique se révèle efficace, elle aliène au gouvernement une partie des pauvres.

La noblesse, en particulier les émigrés, n'apprécie pas, par ailleurs, la tentative d'amalgame des élites à laquelle se livre le souverain dans sa quête d'unité. Les nobles, victimes de la Révolution, espéraient en effet recevoir des compensations, qu'ils n'obtiennent pas. Par ailleurs, la période est marquée par un retour en force du clergé, qui impose processions, cérémonies expiatoires, et interdit les fêtes le dimanche, tout en obtenant certains privilèges dans le domaine de l'éducation. Ceci ne manque pas de susciter des critiques et, parfois, des poussées d'anticléricalisme. Enfin, les réductions d'effectifs que subit l'armée, et les difficultés que rencontrent les militaires, entraînent un sentiment d'injustice de leur part, et la montée d'oppositions au régime parmi les soldats déjà échaudés par l'abandon du drapeau tricolore. Alors que la Restauration avait vu le jour portée par l'espoir de paix, l'accalmie qui suit ravive les divisions et les espoirs déçus : l'entourage du comte d'Artois milite pour un régime plus absolutiste, et ses excès entravent l'entreprise de réconciliation du souverain. Peu à peu, l'opposition se réveille.

Les Cent-Jours

thumb|La bataille de Waterloo scelle la fin de la parenthèse des Cent-Jours.|alt=tableau de 1852 représentant une scène de la bataille thumb|Les territoires perdus par la France par le traité de Paris.

Ces opposants, en particulier les militaires, placent leurs espoirs en Napoléon, symbole de leurs victoires passées. Celui-ci, pour sa part, ne reçoit pas la pension qui devait lui être versée par l’État selon les conditions de son abdication, et décide de profiter des oppositions croissantes pour tenter de reprendre le pouvoir. Il débarque à Golfe-Juan le , avec un millier d'hommes. Face à sa progression, le gouvernement réagit en tentant de lui opposer des forces armées. Beaucoup rejoignent les troupes grandissantes de l'Empereur, et la défense de Paris s'annonce difficile. La défection la plus emblématique est celle du maréchal Ney qui se range aux côtés de Napoléon, contre qui il semblait être le dernier recours.