Le Grand Palais (en grec / , en turc ), aussi appelé « Palais sacré » (en grec Ἱερὸν Παλάτιον, Hieròn Palátion ; en latin : Sacrum Palatium), était le plus grand ensemble architectural de Constantinople. Depuis sa construction sous Constantin jusqu’au , il est agrandi au gré des besoins et des goûts des différents empereurs, les parties les plus anciennes étant progressivement abandonnées au profit de nouveaux édifices, situés plus au sud. Ces édifices, cours, pavillons et églises formaient un ensemble irrégulier et hétéroclite.

Les premiers vestiges du Grand Palais sont mis au jour lors des fouilles ayant suivi le grand incendie de 1911. Des excavations subséquentes ont permis de retrouver la Chalkē, l'entrée monumentale du palais. En l’absence d’autres fouilles, notre connaissance du complexe s’appuie sur des sources littéraires, notamment le De Ceremoniis de l’empereur Constantin VII Porphyrogénète.

Emplacement Le complexe était situé au sud-ouest de la péninsule formée par la Corne d’Or, et devait correspondre à la surface occupée de nos jours par la mosquée du Sultan Ahmet et ses dépendances, dans le quartier Fathi. Comprenant toute une série d’édifices, à l’instar du présent palais de Topkapi, le Grand Palais s’étendait de l’hippodrome au mur maritime sur une pente raide de 33 mètres descendant en six terrasses jusqu’à la mer de MarmaraKostenec, « The Palace of Daphne », Introduction. Dans son voisinage immédiat se trouvaient : l’hippodrome à l’ouest, les bains de Zeuxippe, l’Augustaion ou forum impérial, Hagia Sophia et Sainte-Irène au nord, l’église des Saints-Serge-et-Bacchus au sud-estWestbrook, « The Great Palace of Constantinople », chap.2, The Upper Palace..

Histoire et excavations récentes thumb|left|Un des piliers du Grand Palais, aujourd’hui au Musée archéologique d’Istanbul. Lorsque Constantin (empereur de 306 à 337) veut faire de sa nouvelle capitale une Nouvelle Rome, il planifie l’édification d’un palais situé à 32 m au-dessus du niveau de la mer entre Hagia Sophia et l’Hippodrome de Constantinople auquel il est relié. Ce palais subit de nombreuses transformations et additions au cours des deux siècles qui suivent jusqu’à ce que son entrée, la porte monumentale de la Chalkē et le corps de garde attenant, soient détruits durant les révoltes dites de Nika en 532. La construction d’un nouveau palais débute, 16 m plus bas, sous l’empereur Justinien (règnant de 527 à 565) ; on doit à Justin II (r. 565-578) l’addition du Chrysotriklinos. Tibère II (empereur de 578 à 582) fait construire de nouveaux quartiers impériaux dans la section nord. Justinien II (régnant de 685 à 695, puis entre 705 et 711) renforce la protection de l’ensemble et fait construire le Triklinos. Par la suite, l’empereur Théophile (régnant de 829 à 842) fait construire un pavillon à deux étages contenant le Triconque (Triconchos) et le Sigma ; Basile (empereur de 867 à 886) y ajoute des appartements impériaux (le Kainourgion et le Pentakoubouklon), une nouvelle église (la Nea Ekklesia), plusieurs chapelles et un terrain de polo (le Tzykanisterion). Jugeant les défenses du palais inadéquates, Nicéphore II (empereur de 963 à 969) fait construire un puissant mur de défense autour de la partie centrale qui surplombe le port du BoukoléonKazdhan, (1991) vol. 2. « Great Palace », Westbrook (2007) chap. 1 et 2).

Alexis (empereur de 1081 à 1118) décide de déménager sa résidence au Palais des Blachernes, conservant le Grand Palais comme centre administratif et cérémoniel de la capitale. Le déclin se poursuit au siècle suivant alors que des parties du complexe sont démolies, ou comblées de débris. Les dernières additions sont dues à l’empereur Manuel (régnant de 1143 à 1180) qui fait construire une vaste salle appelée Manouelites décorée de mosaïques célébrant ses victoires et, probablement, une autre appelée Mouchroutas d’inspiration persane à gauche du Chrysotriklinos. Au cours du sac de Constantinople par la Quatrième Croisade, le palais est pillé par les soldats de Boniface de Montferrat. Les empereurs latins continuent tout de même de l’habiter sans avoir les moyens de le faire restaurer. Le dernier empereur latin, Baudouin II (régnant de 1226 à 1261), doit même se résigner à vendre les plaques de cuivre couvrant le toit Westbrook (2007), chap. 4, « The Palace in the Middle and Late Byzantine Period ».

Le palais est en ruines lors de la reprise de Constantinople par Michel VIII Paléologue (empereur de 1261 à 1282). De même que ses successeurs, il préfére habiter le Palais des Blachernes, utilisant le Grand Palais comme prison. En 1453, le sultan trouve le palais en ruines et abandonné. La plus grande partie du palais est démolie au cours de la reconstruction de la cité pendant les premières années de l’ère ottomane. L’ensemble du quartier devient un quartier d'habitation jusqu’à ce que le sultan Ahmet démolisse ce qui restait du Palais de Daphnè et de la Kathisma pour y construire en réutilisant une partie des matériaux la mosquée du sultan Ahmet et ses dépendancesWestbrook (2007), chap. 5, « The Palace Site in the Ottoman Period ».

Il ne reste presque rien, aujourd’hui, de ces ouvrages imposants. Un incendie qui ravage au début du les quartiers adjacents permet de commencer les excavationsWestbrook (2007), chap. 6, « The Palace Site in the Modern Period ». De premières fouilles sont faites en 1921-1923 par E. Mamboury et T. WiegandMamboury/Wiegand, « Die Kaiserpaläste von Konstantinopel. Zwischen Hippodrom une Maramarameer, 1934, puis par le Walker Trust de la University of St Andrews en 1935-1938. Interrompus par la guerre, les travaux reprennent de 1952 à 1954 sous la direction de David Talbot RiceRice, « The Great Palace of the Byzantine Emperors », Second Report, Edimburgh, 1958, lesquelles mettent au jour une salle absidiale ainsi qu'une cour à péristyle () décorée d'un pavement de mosaïques de sol de très belle facture. Datées des environs du , elles constituaient sans doute une partie du décor de l’un des nombreux péristyles et sont maintenant exposées au Musée de la mosaïque du Grand Palais. Moins du quart de la superficie totale du Grand Palais a été excavé à ce jour, une grande partie du palais étant situé sous la présente Mosquée du Sultan Ahmet et autres édifices de la période ottomane.

Sources La principale source pour nos connaissances de cet ensemble est un ouvrage de Constantin VII Porphyrogénète, le De Ceremoniis. Ce manuel constitue une compilation de textes allant du au décrivant entre autres les processions auxquelles donnaient lieu les cérémonies impériales ; sur cette base, il a été possible de reconstituer au mieux l’évolution du palaisFeatherstone (2015) . Nos deux autres sources sont la description que fait Théophane Continué des édifices construits par les empereurs Théophile et Basile Theophanus Continuus 139-143, 325 et sq ainsi que le récit que fait Nicolas Mesaritès de la tentative de coup d’État de Jean Comnène en 1200Heisenberg (1907) .

Les édifices thumb|right|Le grand Palais de Constantinople; l’ancien palais était situé au nord-est; le nouveau au sud-ouest. Le Grand Palais est constitué d’un ensemble d’édifices construit au fil des siècles sur un terrain en pente descendant vers la mer de Marmara et s’étageant sur six niveaux. Allant du nord (ancien palais) vers le sud (nouveau palais), on trouvait les édifices suivants.

L’ancien palais thumb|right|Mosaïque du en provenance du Grand Palais.

Chalkē

La Chalkē (en grec byzantin Χαλκῆ Πύλη/ chalkē, «Porte de Bronze») est l’entrée de cérémonie, située au nord-ouest du palais. Son nom vient de grandes portes de bronze qui donnent sur la place de l’Augoustaion. La Chalkē est reconstruite après avoir été incendiée au cours de la révolte de Nika en 532, mais perd par la suite son rôle d’entrée principale du palais. Au , elle n’est plus guère utilisée que pour les grandes processions au cours desquelles l’empereur emprunte la voie royale ou Regia, continuation de la Mesē, pour se rendre à l’Augoustaion et de là à Hagia Sophia le long d’un portique (embolos). La Chalkē permet également d’accéder aux quartiers de la garde impériale (Scholai, Kandidatoi, Exkoubita) sur l’emplacement des anciens bains de Zeuxippe servant en partie de prisonFeatherstone (2015) .

Daphnè

Le palais de DaphnèLa plupart des sources se réfèrent à l’ensemble des édifices de l’ancien palais comme au « Daphnè » ; toutefois, dans le De Ceremoniis, le nom est réservé à la seule cour située au sud des principales salles de réception du Grand Palais est le nom que l’on donne généralement à l’ensemble des édifices qui forment la partie la plus ancienne du complexe palatial, datant du règne de Constantin . Son nom lui vient soit du nom d'une statue figurant la nymphe, soit du laurier prophétique d'Apollon, soit des couronnes de laurier que l'empereur distribuait aux sénateurs le . C'est un ensemble de salles de réceptions, de banquets et d'appartements privés. La principale façade du Daphnè est située au nord et elle est précédée d’une imposante cour appelée « le Tribunal » permettant de rassembler un très grand nombre de personnes lors de cérémonies telles que l’acclamation d’un nouveau césar ou d’une impératrice, qui nécessitent la présence de l’armée et des hauts-fonctionnairesKostenec (2008) « The Great Palace of Constantinople », chap. 2 note 6. Un escalier permet de se rendre du Tribunal à l’entrée principale du Palais et à sa salle principale, le Consistoire. Un autre corridor permet de se rendre au Triklinos des dix-neuf lits et à l’Augusteus.

Magnaure

Adjacent à la Chalkē se trouve la Magnaure (magna aula c’est-à-dire « grande salle »). Elle est composée de trois salles et de trois absides, dont celle du milieu contient la salle du trône, dit « trône de Salomon » doté d’un mécanisme permettant de le faire s’élever jusqu’au plafond. C'est là où l'empereur reçoit les ambassadeurs. Selon Liutprand, elle était ornée de statues animées, d’oiseaux qui chantaient et de lions qui rugissaient. La Magnaure existait déjà dans le palais de Constantin. Reconstruite sous Justinien et restaurée au par Héraclius, elle abrite sous le règne de Michel III une université dirigée par Léon le Philosophe .

Le Consistoire Immédiatement au sud des quartiers de la garde impériale et à droite du Tribunal, se trouve le Consistoire ou ancienne salle du trône. Il est séparé du Palais de Daphnè par une petite cour appelée Onopodion et sert de grande salle de réunion avec un trône impérial sur une estrade. Immédiatement au sud du Consistoire se trouve l’église du Seigneur (του Κυρίου), construite selon la tradition par Constantin , où on conserve d’anciens vêtements ainsi que les étendards impériaux. L’entrée de cette église du Seigneur permet à l’empereur de passer par une série de corridors du nouveau palais au sud à la Chalkē et à Hagia Sophia lorsqu’il ne s’y rend pas en processionFeaterstone (2015) .

Trois autres édifices sont également mentionnés dans les sources littéraires comme faisant partie de l’ancien palais et sont situés à l’est de l’hippodrome.

Triklinos des dix-neuf Lits