Les Cent-Jours est le nom donné à la période de retour au pouvoir de Napoléon entre la première et la seconde Restauration, en 1815.

Napoléon, exilé sur l'île d'Elbe par les monarques d'Europe, fait un retour triomphal en France. Il rallie à lui une partie de l'armée, revient à Paris et parvient à reprendre le pouvoir. L'empereur veut rétablir l'Empire et les avancées de la Révolution, annulées par la Restauration. La défaite de Waterloo, le , contraint Napoléon à abdiquer une seconde fois le 22 juin, abdication qui marque la fin des Cent-Jours.

Chronologie des Cent-Dix-Jours

26 février : Napoléon quitte l'île d'Elbe. Il veut reprendre le pouvoirGénéralement on croyait, sur la flottille, que l'Italie était le but de l'expédition ; mais après une heure de navigation, s'adressant aux grenadiers : « Nous allons en France, leur dit-il, nous allons à Paris. » Le cri de Vive la France ! vive Napoléon ! se fit entendre avec une force inexprimable. Pendant la traversée, le brick sur lequel se trouvait Napoléon fut accosté par le Zéphir, vaisseau de guerre français qui lui demanda des nouvelles de l'Empereur ; Napoléon lui-même répondit avec le porte-voix qu'il se portait bien., profitant des multiples erreurs de Louis XVIII : en effet, ce dernier avait réintégré des nobles de l'Ancien Régime dans l'armée avec des grades élevés, voulait rétablir la dîme féodale et redonner des privilèges au clergé. 28 février : La journée fut employée à copier des proclamations. : À cinq heures du matin, Napoléon et sa troupe de 800 hommes mettent le pied sur le territoire français, à Golfe-Juan. Son bivouac est établi dans une plantation d'oliviers : Beau présage, dit-il ; puisse-t-il se réaliser. À onze heures du soir, la petite armée se met en marche. Les Polonais, à pied, portaient sur leur dos l'équipement des chevaux qu'ils n'avaient pas. Napoléon couche le 4 à Digne, le 5 à Gap ; ce fut dans cette dernière ville qu'il fit imprimer les proclamations qu'il avait dictées à bord, le 28 févrierVoici le texte du premier de ces actes : « Français ! « La défection du duc de Castiglione livra Lyon sans défense à nos ennemis ; l'armée dont je lui avais confié le commandement était, par le nombre de ses bataillons, la bravoure et le patriotisme des troupes qui la composaient, à même de battre le corps d'armée autrichien qui lui était opposé, et d'arriver sur les derrières du flanc gauche de l'armée ennemie qui menaçait Paris. « Les victoires, de Champ-Aubert, de Montmirail, de Château-Thierry, de Vauchamp, de Mormans, de Montereau, de Craonne, de Reims, d'Arcis-sur-Aube et de Saint-Dizier, l'insurrection des braves paysans de la Lorraine, de la Champagne, de la Franche-Comté et de la Bourgogne, et la position que j'avais prise sur les derrières de l'armée ennemie en la séparant de ses magasins, de ses parcs de réserve, de ses convois et de tous ses équipages, l'avaient placée dans une situation désespérée. Les Français ne furent jamais sur le point d'être plus puissants, et l'élite de l'armée ennemie était perdue sans ressource ; elle eût trouvé son tombeau dans ces vastes contrées qu'elle avait si impitoyablement saccagées, lorsque la trahison du duc de Raguse livra la capitale et désorganisa l'armée. La conduite inattendue de ces deux généraux qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince et leur bienfaiteur, changea le destin de la guerre. La situation désastreuse de l'ennemi était telle qu'à la fin de l'affaire qui eut lieu devant Paris, il était sans munitions, par la séparation de ses parcs de réserve. « Dans ces nouvelles et grandes circonstances, mon cœur fut déchiré ; mais mon âme resta inébranlable. Je ne consultai que l'intérêt de la patrie ; je m'exilai sur un rocher au milieu des mers : ma vie vous était et devait encore vous être utile, je ne permis pas que le grand nombre de citoyens qui voulaient m'accompagner partageassent mon sort ; je crus leur présence utile à la France, et je n'emmenai avec moi qu'une poignée de braves nécessaires à ma garde. « Élevé au trône par votre choix, tout ce qui a été fait sans vous est illégitime. Depuis vingt-cinq ans la France a de nouveaux intérêts, de nouvelles institutions, une nouvelle gloire qui ne peuvent être garanties que par un gouvernement national et par une dynastie née dans ces nouvelles circonstances. Un prince qui régnerait sur vous, qui serait assis sur mon trône par la force des mêmes armées qui ont ravagé notre territoire, chercherait en vain à s'étayer des principes du droit féodal ; il ne pourrait assurer l'honneur et les droits que d'un petit nombre d'individus ennemis du peuple, qui depuis vingt-cinq ans les a condamnés dans toutes nos assemblées nationales. Votre tranquillité intérieure et votre considération extérieure seraient perdues à jamais. « Français ! dans mon exil, j'ai entendu vos plaintes et vos vœux ; vous réclamez ce gouvernement de votre choix qui seul est légitime. Vous accusiez mon long sommeil, vous me reprochiez de sacrifier à mon repos les grands intérêts de la patrie. « J'ai traversé les mers au milieu des périls de toute espèce, j'arrive parmi vous, reprendre mes droits qui sont les vôtres. Tout ce que des individus ont fait, écrit ou dit depuis la prise de Paris, je l'ignorerai toujours ; cela n'influera en rien sur le souvenir que je conserve des services importants qu'ils ont rendus, car il est des événements d'une telle nature qu'ils sont au-dessus de l'organisation humaine. « Français ! il n'est aucune nation, quelque petite qu'elle soit, qui n'ait eu le droit de se soustraire et ne se soit soustraite au déshonneur d'obéir à un prince imposé par un ennemi momentanément victorieux. Lorsque Charles VII rentra à Paris et renversa le trône éphémère de Henri VI, il reconnut tenir son trône de la vaillance de ses braves et non d'un prince régent d'Angleterre. « C'est aussi à vous seuls, et aux braves de l'armée, que je fais et ferai toujours gloire de tout devoir. ». 6 mars : Napoléon part de Gap pour Grenoble ; avant de parvenir aux murs de cette ville, un bataillon de la garnison régiment d'infanterie de ligne qu'on envoyait pour le combattre vint à sa rencontre. Napoléon seul face aux fusils convainc la troupe de se rallier à luiNapoléon alla le reconnaître, et lui envoya un officier pour parlementer ; celui-ci ne fut pas écouté : « On m'a trompé », dit l'Empereur à Bertrand. « N'importe, en avant ! » Et mettant pied à terre, il découvre sa poitrine : « S'il est parmi vous, dit-il aux soldats de Grenoble, s'il en est un seul qui veuille tuer son général, son Empereur, il le peut, le voici. » Les soldats répondirent par des cris de Vive l'Empereur ! dès ce moment, son triomphe fut assuré.. 7 mars : Le colonel Labédoyère lui amena le régiment d'infanterie de ligne, et le soir du même jour, il fit son entrée à Grenoble. Les portes de cette ville étaient fermées par ordre du général Marchandles habitants les brisèrent, et dirent à Napoléon : « Tenez, au défaut des clés de votre bonne ville, en voici les portes. » — « Tout est décidé maintenant, dit Napoléon à ses officiers, tout est décidé, nous allons à Paris. » 8 mars : Napoléon est complimenté en qualité d'Empereur par toutes les autorités civiles, militaires, ecclésiastiques de la villeIl leur dit dans ses réponses que ses droits n'étaient autres que ceux du peuple, qu'il venait les reprendre, non pour régner, ne faisant aucun cas du trône, ni pour se venger ; qu'il faut oublier que les Français ont été les maîtres du monde, qu'il ne veut régner que pour rendre la France libre, heureuse.. Avant de quitter Grenoble, il passe la garnison en revue, et publie un décret par lequel il ordonne qu'à dater du 15 mars, tous les actes publics seront faits et la justice rendue en son nom. 10 mars : À sept heures du soir, il fait son entrée dans Lyon, amenant avec lui de troupes de ligne et 30 canons ; il descendit au palais de l'archevêché, que Monsieur (Comte d'Artois), venait de quitter. On sait que ce prince ne fut accompagné dans sa fuite de Lyon que par un seul garde national à chevalNapoléon voulait être gardé par la milice bourgeoise à pied, et il dit à la garde à cheval qui s'était présentée : « Je vous remercie de vos services. Nos institutions ne reconnaissent point de gardes nationales à cheval ; et d'ailleurs, votre conduite envers M. le comte d'Artois m'apprend ce que vous feriez si la fortune venait à m'abandonner ; je ne vous soumettrai pas à cette nouvelle épreuve. » Et immédiatement il fit appeler le cavalier qui avait escorté le prince, et lui dit : « Je n'ai jamais laissé une belle action sans récompense ; je vous donne ce la croix de la Légion d'honneur. ». À Lyon, il s'annonce sans détour comme le souverain de la France« Puisque, disait-il, j'ai repris le gouvernement, il ne doit plus y avoir d'autre autorité que la mienne ; il faut qu'on sache, dès à présent, que c'est à moi seul qu'on doit obéir. » Il dicta ces fameux décrets de Lyon« La Chambre des Pairs est dissoute ; les collèges électoraux des départements seront réunis à Paris dans le courant du mois de mai prochain, en assemblée extraordinaire du Champ-de-Mai, afin de prendre les mesures convenables pour corriger, modifier nos institutions selon l'intérêt et la volonté de la nation, et, en même temps, pour assister au couronnement de l'impératrice, notre bien-aimée épouse, et de celui de notre bien-aimé fils. — Tous les émigrés qui n'ont pas été rayés, amnistiés ou éliminés par nous, ou par les gouvernements qui nous ont précédé, et qui sont rentrés en France depuis le janvier 1814, sortiront sur-le-champ du territoire de l'Empire. Les émigrés qui, quinze jours après la publication du présent décret, se trouveront sur le territoire de l'Empire, seront arrêtés et jugés conformément aux lois décrétées par nos assemblées nationales. Le séquestre sera mis sur leurs biens, meublés et immeubles. La noblesse est abolie, et les lois de l'Assemblée constituante seront mises en vigueur. Les titres féodaux seront supprimés. Les lois de nos assemblées seront mises en vigueur. Les individus qui ont obtenu de nous des titres nationaux, comme récompense nationale, et dont les lettres patentes ont été vérifiées au Conseil du sceau des titres, continueront à les porter : nous nous réservons de donner des titres aux descendants des hommes qui ont illustré le nom français dans les différents siècles. Tous les généraux et officiers de terre et de mer, dans quelque grade que ce soit, qui ont été introduits dans nos armées depuis le avril 1814, cesseront sur-le-champ leurs fonctions, quitteront les marques de leur grade et se rendront au lieu de leur domicile. — Tous les changements arbitraires opérés dans nos cours et tribunaux inférieurs sont nuls et non avenus. ». On ne fera pas ici mention des arrêts et proclamations que le gouvernement de Louis XVIII lança contre Napoléon. On sait que toutes ces pièces furent tout à fait impuissantes, même pour retarder d'un jour la marche de l'usurpateur qu'on avait mis hors la loi, invitant tout le monde à lui courir sus. 13 mars : Napoléon fit ses adieux aux Lyonnais« Au moment de quitter votre ville, leur dit-il, pour me rendre dans ma capitale, j'éprouve le besoin de vous faire connaître les sentiments que vous m'avez inspirés ; vous avez toujours été au premier rang dans mes affections ; dans des moments plus tranquilles, je viendrai pour m'occuper de vos manufactures et de votre ville. Lyonnais, je vous aime. »