La Meurthe est un cours d'eau du Grand Est, affluent de la Moselle et sous-affluent du Rhin, qui prend sa source à la Fontaine des Voleurs. en contrebas du Montabey entre le Hohneck et le col de la Schlucht, dans le département des Vosges. Un panneau à côté de la route des Crêtes en précise l'endroit. Elle a donné son nom au département de la Meurthe de 1790 à 1871 dont la part principale est devenue le département de Meurthe-et-Moselle, après l'annexion par l’Empire allemand d'une partie de la Lorraine, et le rattachement de deux arrondissements mosellans à la Meurthe : Briey et Longwy.
Cette rivière canalisée pour franchir Nancy s’unit à la Moselle au lieu-dit la Gueule d'Enfer à Custines. Comme la Moselle s'unit au Rhin à Coblence, toutes ces eaux de surface parviennent à la mer du Nord et appartiennent au bassin français Rhin-Meuse.
La Meurthe est considérée comme la rivière qui a transporté au le plus de bois de charpente et de chauffage par flottage en trains ou à bûches perdues dans tout le massif vosgien.. L'activité du flottage du bois y a perduré du avec pour centre névralgique le port aux bois de Raon-l'Étape et les ports d'arrivage ou de redistribution de Lunéville et Nancy. Le commerce du bois de Haute-Meurthe permit ainsi la jonction avec la Moselle vers le Rhin et les ports de Hollande, ce qui conféra à cette rivière une dimension économique internationale qu'elle n'a plus de nos jours.
Géographie vignette|gauche|upright|Source de la Meurthe au Montabey. vignette|gauche|upright|La Meurthe au Rudlin (carte postale A. Weick).
La petite Meurthe prend sa source au Grand Valtin et s’écoule après le défilé de Straiture dans une ancienne vallée qui emprunte une ligne de failles surcreusée par les glaciers quaternaires sur la grande commune de Ban-sur-Meurthe-Clefcy. Née à près de d'altitude, en contrebas de la chaume de Montabey, sur la commune du Valtin, la grande Meurthe dévale rapidement vers le talweg de la Combe. Elle traverse quelques étangs, au Rundstein et au Rudlin (Étang des Dames), arrose Plainfaing et rejoint la petite Meurthe après Fraize. Puis la Meurthe définitivement formée emprunte sa première grande vallée alluviale vers le nord au milieu des anciennes prairies d’Anould, Saint-Léonard, Saulcy-sur-Meurthe, Sainte-Marguerite. Dans la commune de Saint-Dié-des-Vosges, elle forme un coude en épousant les eaux de la Fave qui contournent vers l’occident le massif gréseux effondré de l’Ormont et emprunte ensuite une direction ouest et nord-ouest prédominante. Elle borde les prairies de Saint-Michel-sur-Meurthe, La Voivre et Étival-Clairefontaine. Après le défilé des Châtelles, en amont de Raon-l'Étape où elle rejoint la Plaine, elle s’épanche dans une large vallée de Baccarat vers Saint-Clément.
Ses eaux sont de moins en moins pures, de plus en plus chargées de sels calcaires des formations détritiques du début de l’ère secondaire. De Lunéville à Blainville-sur-l'Eau, elle coule vers le sud, mais elle reprend sa direction dominante après Mont-sur-Meurthe, où elle rejoint la Mortagne venant de Magnières et de Rambervillers. Elle franchit le pays des salines à Rosières, Dombasle-sur-Meurthe où le Sânon apporte les eaux du Saulnois, Varangéville et passe sous le pont de Saint-Nicolas-de-Port et à proximité de sa prestigieuse basilique. Cette contrée lui a valu la triste réputation il y a plus d’un siècle d’être le plus grand déversoir d’eaux saumâtres d’Europe, en particulier de chlorure de calcium rejeté par le procédé Solvay. Quittant la tranquille Art-sur-Meurthe, elle rejoint l'agglomération de Nancy où la franchit le pont de Malzéville, datant de la fin du , puis arrive à son confluent avec la Moselle à « la Gueule d'Enfer », lieu-dit de CustinesLouis DEROY, Marianne MULON, Dictionnaire des noms de lieux, Les Usuels, Le Robert, 1992. (cette commune de confluence, autrefois active localité batelière, s'est longtemps appelée Condé, altération du celtique Condate signifiant confluent).
C'est au début de l'ère quaternaire., que la Haute-Moselle fut détournée de son cours par un affluent de la Meurthe, le Terrouin, pour rejoindre finalement la Meurthe.
La longueur du cours d'eau s'estime entre selon le type de mesurePour cette dernière mesure fractale, la baguette de mesure est de l'ordre d'une dizaine de mètres.. La référence française en la matière, le Sandre, statue à .. Ses principaux affluents sont la Fave, le Rabodeau, la Plaine, la Vezouze, la Mortagne et le Sânon.
Bassin versant Son bassin s'étend sur et son débit moyen s'établit à .
Organisme gestionnaire
La Meurthe est confiée en gestion à Voies navigables de France depuis Lunéville (confluence avec la Vezouze) jusqu'à Frouard(2010) - Textes législatifs et réglementaires, Voies navigables de France, .
Affluents et sous-affluents alt=La Meurthe à Azerailles|vignette|la Meurthe à Azerailles vignette|La Meurthe en aval de Nancy, juste avant son confluent avec la Moselle. vignette|La Gueule d'enfer, confluent de la Meurthe (à droite) et de la Moselle (à gauche et en face). vignette|Le pont Varroy à Art-sur-Meurthe. Les principaux cours d'eau de son bassin sont, d'amont en aval : La Petite Meurthe (G) La Fave (D) Le Robache (D) Le Taintroué (G) Le Hure (D) La Valdange (G) Le Rabodeau (D) La Plaine (D) La Vezouze (D) Le Vacon La Blette La Mortagne (G) L'Arentèle Le Padozel La Belvitte Le Sânon (D) La Roanne (D) Le Grémillon (D) L'Amezule (D)
Hydronymie Les premières attestations de l'hydronyme, contemporaine de la formation des bans mérovingiens et de la mise en place des lois qui se fondent par cartulaires, sont latinisées : Murtha fluvius en 667, Murta en 671. La Meurthe sert déjà de barrières et de limites aux micro-pouvoirs politiques. On retrouve des formes vernaculaires en fin d'époque carolingienne : Murt en 880, Mort en 912, Murth en 1073, Murtis en 1156, Muert en 1289, Murt en 1318, Mur en 1325, Meux en 1429Dictionnaire géographique de la Meurthe, avec une carte du département-Henri Lepage-1860..
Histoire d'une rivière et de sa vallée
L'histoire de la Meurthe n'est point banale, et le géologue le sait mieux que quiconque. Son bassin fortement surcreusé par les puissantes eaux de fonte des glaciers vosgiens a, dans un passé géologiquement très récent, capturé les eaux de la Moselle.
Le rôle des eaux qui rejoignent la vallée ou forment le lit principal est indiqué par l’étymologie celte de la Meurthe, si proche de celle de son affluent la MortagneCorrespond aussi au même étymon la Morte affluent de la Fave. Raves, village où coule cette rivière Morte était un autre nom de la rivière pour les anciens. En réalité, il s'agit d'un correspondant latin, basée sur la racine rapina, indiquant rapiner, raviner, emporter.. Cette vieille racine indo-européenne désigne précisément les alluvions, les terres d'alluvionnement et par extension les eaux qui charrient, apportent ou enlèvent ces matériaux alluvionnaires. Le terme désigne à la fois l'espace de sédimentation et la rigole avec les eaux qui provoquent l’érosion terreuse. Rappelons-nous aussi cette capacité des eaux d’emporter la neige quand survient le printemps. Les enfants de la montagne célébraient autrefois les champs golots, les terres cultivées où les eaux « goulottent », comme si elles mangeaient la neige ! Une petite Meurthe dévore les terres, la Meurthe rigole !
La première mention écrite sur la Meurthe, de l'époque mérovingienne, a aussi de quoi surprendre car elle concerne son cours vosgien. « La Meurthe, vaste fleuve poissonneux » n’inclut pas alors seulement les eaux courantes, mais aussi les bras morts, les épanchements de sa nappe phréatique, c’est-à-dire dans le jargon écologique les zones humides connexes alimentées par la rivière et sa nappe alluviale. Jusqu'au milieu du Moyen Âge au moins, de nombreux cours d'eau n'avaient pas été canalisés, régulés, rectifiés, et les embâcles naturels (entrelacs d'arbres et branches) et barrages de castors pouvaient former de larges seuils naturels capables d'élargir le fleuve et d'encourager son méandrement.
Il y a sur ses bords des traces effacées, enfouies sous ces limons, de vieilles civilisations des eaux et des rivières. Ils sont les ancêtres solidaires de ces modestes pêcheurs-chasseurs, devenus petits maraîchers, qui creusent encore, au début du siècle précédent, les étangs et viviers à la force de leur bras. Et il est fascinant de pouvoir entrevoir la rencontre de ces peuples au cours du Néolithique et des premiers âges des métaux, avec d’autres civilisations moins migrantes. Les peuples des collines, cultivateurs de champs en terrasses et éleveurs de petit bétail, blottis près des sources et surtout les tribus semi-nomades de gros éleveurs, défrichant les chaumes et aménageant de vastes prairies leur ont disputé une partie de cet espace naturel. Malgré les différences de modes de vie, de croyances et de pratiques, une coexistence tolérante s’est instaurée. Les religions celtes, puis gallo-romaines surtout plus tolérantes du second Empire et la tradition de liberté judéo-chrétienne permettent à long terme une fusion partielle des héritages.
La Meurthe n'était pas partout un obstacle au franchissement. Elle a été franchie très communément à gué ou par bac au-dessus des hauts-fonds. Les ponts reliant des rives hautes sont exceptionnels. Un soubassement de pont gaulois du a été mis au jour à Étival-Clairefontaine, en contrebas du camp de la Pierre d'AppelFouilles dirigées par Alain Deyber dans les années 1970, Inventaire des matériaux au musée de Saint-Dié.. Il est fort probable que la via salinatorum ou voie des Saulniers a franchi par un pont romain continûment ce secteur de rivière. En amont, il n'y aurait aucun pont connu de façon fiable avant l'époque moderne. En aval, La Neuveville et Raon-l'Étape, communautés érigées en villes respectivement au et au sud, au et au nord de la rivière, n'ont été réunies par un grand pont qu'après 1890. Mais l'absence de ponts importants ne signifie pas un aménagement réduit de la rivière. Partout et dans des endroits aujourd'hui insoupçonnés, elle a été barrée, aménagée, déviée et ses anciens lits d'alluvions ou bras colmatés, constamment recreusés pour de multiples fins : constitutions de viviers ou d'étangs, rétention, canalisation et prise hydraulique à des fins d'irrigations de prairies, d'énergie motrice (puis électrique) pour les moulins, organisation du flottage de bois, etc.
L'historien soupçonne le développement d'un flottage intense à la fin du . Les ports de La Neuveville (aujourd'hui sur la commune de Raon-l'Étape) et de Bourmont (Nompatelize), sous le contrôle de l'abbé et des chanoines prémontrés d'Étival apparaissent comme les jalons connus de ce mode de transport, sans doute encore plus ancien.
thumb|Le pont de Malzéville sur la Meurthe, datant du .
Du jusqu'au-delà du , les archives prouvent que la Meurthe et ses affluents servent au flottageTISSELIN François, CORNIL Monique, La Meurthe, une rivière flottable, Sous la Bure, n° 11, janvier 2006 ; p.25-84. L’étude rétrospective de l’utilisation de la Meurthe, en aval de Saint-Dié, montre un changement radical. Au début du , la rivière a un cours erratique, les inondations lui faisant changer de cours à maintes reprises. La Meurthe est alors un cours d’eau flottable depuis le confluent de la Fave. Son rôle économique est important puisqu’elle fournit la seule possibilité de transporter une matière pondéreuse à faible coût vers les zones utilisatrices de bois au nord-ouest de l’Europe. De plus, la Meurthe permet de faire fonctionner un système complexe de rigoles d’irrigation des prairies. Une autre activité a profondément bouleversé la topographie du fond de la vallée : les sablières et ballastières s'y sont succédé laissant, après exploitation, des étangs et un relief tourmenté. Les archives et d'anciens plans conservent une description précise de nombreux aménagements anciens.