François Duprat, né le à Ajaccio et mort le à Saint-Wandrille-Rançon, près de Caudebec-en-Caux, est un essayiste et homme politique français.
Auteur spécialisé dans le nationalisme et les mouvements d'extrême droite français et adepte des thèses négationnistes, il est l'une des figures de l'extrême droite française dans les années 1960 et 1970, en étant notamment le numéro deux du Front national (FN). Il meurt assassiné dans l'explosion de sa voiture, affaire demeurant à ce jour non résolue. Jean-Marie Le Pen avait accusé l’extrême gauche de cet attentat.
Biographie Origines et études François Duprat est le fils de Joseph Duprat, résistant durant l'Occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, membre du Noyautage des administrations publiques (NAP).
Il fait ses études à Bayonne, au lycée Pierre-de-Fermat à Toulouse en prépa lettres, puis en 1959-1960 au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il y côtoie notamment Régis Debray et le fils de Maurice Thorez, Paul Thorez. En , aux côtés notamment de Pierre Bousquet, il est écroué pour et - celle du mouvement nationaliste Jeune nation.. Le mois suivant, il est admis en khâgne au lycée Lakanal de Sceaux.
Il effectue son service militaire chez les parachutistes à Pau en 1961, puis est affecté en Algérie au de parachutistes d'infanterie de marine (). Il en sort à la fin de 1962. Débuts politiques et professionnels Diplômé d'études supérieures en histoire en 1963, il travaille à la société La Foncière populaireNotice biographique dans le Tome 3 du Dictionnaire de la politique française d'Henry Coston (1979)., avant de devenir professeur de relations internationales à l'Institut de relations publiques de Paris et professeur d'histoire au collège de Caudebec-en-Caux. Il dirige de facto la revue de Maurice Bardèche, Défense de l'Occident, et est documentaliste de Roland Gaucher pour son ouvrage L'Opposition en URSS 1917-1967 (Albin Michel, 1967).
Il passe successivement par Jeune Nation (adhésion en 1958) devenant le Parti nationaliste, créé en 1959 autour de Pierre Sidos et Dominique Venner et dont il met en place une section à Toulouse, l'OAS — ce qui lui valut d'être emprisonnéValérie Igounet, « “Révisionnisme” et négationnisme au sein de l'extrême droite française », PHDN..
Il est militant à la Fédération des étudiants nationalistes, dont il est exclu début 1964, date après laquelle il milite ensuite à Occident — dont il est exclu en .
Courant 1969, alors qu'il fréquentait le nouvellement créé Centre universitaire expérimental de Vincennes, il est agressé par des militants maoïstes qui le jettent, couvert de peinture et de croix gammées, dans une pièce d'eau.
Intégré en à Ordre nouveauVoir Pierre Milza, Fascisme français. Passé et présent, Paris, Flammarion, « Champs », 1987, ., puis au Front national, dès sa fondation en , il est exclu de ces deux organisations le , peu avant les affrontements du 21 juin 1973 à Paris qui voient un meeting d'Ordre nouveau au Palais de la Mutualité de Paris attaqué par des militants antifascistes, maoïstes et trotskistes.
Il est ensuite réadmis en 1974 au Front national. Ces exclusions récurrentes nourrissent abondamment le soupçon de double jeu en liaison avec des services de police, notamment les Renseignements généraux de la préfecture de police de Paris (RGPP).
À la fin de ses études, entre et , il est coopérant un court temps de l'UNESCO au Congo à la mission protestante américaine de Bibemga et est recruté ensuite en pour s'occuper de la propagande de Moïse Tshombé à l'Agence congolaise de presse avec un poste de conseiller à la Sûreté nationale congolaise jusqu'en . Durant la guerre du Biafra, il se rend au Nigeria pour transmettre des fonds aux autorités et est embauché comme lobbyiste par l'ambassade du Nigeria en France. Il défend le régime nigérian dans Rivarol et dans un mensuel dédié à cette cause, et tient une conférence de presse au nom d'une association montée de toutes pièces, le « Comité France-Nigeria », afin d'influencer les médias pro-biafrais vers des positions pro-nigérianes.
Ayant des liens avec le Fatah et le FPLP« Il établit des liens personnels avec la totalité des organisations néo-fascistes sises dans l’ensemble de l’Europe, et il collabore avec des mouvements arabes, en particulier les mouvements palestiniens al-Fatah et Front populaire de libération de la Palestine. », in Nicolas Lebourg, François Duprat : idéologies, combats et souvenirs, mémoire de DEA, Université de Perpignan, 2000 ; « François Duprat semble le seul leader de cette mouvance à cultiver des sympathies pour les groupes palestiniens extrémistes, pro-syriens notamment », in Roger Faligot et Rémi Kauffer, Le Croissant et la croix gammée, ., il joue aux côtés de Maurice Bardèche un rôle non négligeable dans la naissance d'un « antisionisme d'extrême droite ». En 1967, il crée un Rassemblement pour la libération de la PalestineFrançois Duprat, une histoire de l'extrême droite, Webdocumentaire, Lemonde.fr 2011. et un Centre d'étude et de documentation des problèmes du Proche-OrientNicolas Lebourg et Joseph Beauregard, François Duprat, l’homme qui inventa le Front national, Paris, Denoël, 2012, p. 83.. L’antisionisme de Duprat est fondamentalement antisémiteJoseph Algazy, L'Extrême droite en France, de 1965 à 1984, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 165.. Celui-ci rend l’ensemble des juifs complices des exactions dont est accusé l’État d’Israël, leur dénie tout sentiment national autre qu’israélien et s'appuie sur la théorie du complot juif mondial. Ces positions pro-palestiniennes sont alors très minoritaires à l’extrême droite. Dominique Venner le critique notamment dans une tribune publiée par Minute, stigmatisant son soutien aux « Arabes communistes » et affirmant qu’Israël ne doit pas être confondu avec « l'internationale juive ».
En , il est discrètement reçu à l'hôtel de Matignon pour négocier avec les responsables gaullistes en vue des législatives — ce que Jean-Marie Le Pen dément« François Duprat, le nationaliste-révolutionnaire », Le Monde, 8 juillet 2011..
Il publie l'hebdomadaire Les Cahiers européens et la Revue d'histoire du fascisme. Revenu au Front national à partir de , il devient membre de son bureau politique et le demeure jusqu'à sa mortSelon Nicolas Lebourg, op. cit., il est le « numéro deux du Front national, ou peut-être plutôt numéro un-bis ».. Duprat, qui y est notamment chargé de la commission électorale, y représente la tendance nationaliste-révolutionnaire et anime également les Groupes nationalistes révolutionnaires (GNR), aux côtés d'Alain Renault. Il contribuait aux revues Défense de l'Occident et Rivarol sous les pseudonymes de François Solchaga ou François Cazenave, ainsi qu'au National.
En 1976, avec le Manifeste nationaliste révolutionnaire, il devient une sorte de théoricien de la mouvance nationaliste-révolutionnaire, apparue des années plus tôt en France mais son influence idéologique reste restreinte y compris au sein de cette mouvance hétéroclite.
Duprat et les services secrets De nombreuses rumeurs ont couru selon lesquelles François Duprat aurait collaboré avec nombre de services secrets. Après sa mort, il a été supposé que François Duprat avait été informateur de la Direction de la Surveillance du territoire (DST) depuis , sous le nom de code d'« HudsonJean Châtain, in Les Affaires de M. Le Pen, Messidor, 1987, . », du fait de ses relations internationales. Cette idée a été reprise dans l'émission de radio Rendez-vous avec X en janvier 2000, qui mentionne par ailleurs qu'il aurait également pris contact à la même époque avec les services de l'Union soviétique, sans que ses motivations ne soient révéléesÉmission Rendez-vous avec X du , consacrée à François Duprat (présentation).. Ce lien est réaffirmé par Paul Roux, directeur central des renseignements généraux en 1981 dans la BD documentaire Cher pays de notre enfance publiée en 2016.
Duprat et le négationnisme François Duprat a joué un rôle important dans la mise en place d'une rhétorique négationniste au sein de l'extrême droiteSelon Valérie Igounet, l'« un des principaux diffuseurs des thèses négationnistes au sein de l’extrême droite française et internationale » (Valérie Igounet, « Un négationnisme stratégique », Le Monde diplomatique, mai 1998). en France liant antisémitisme, antisionisme et anticommunisme : « La guerre des Six Jours initie ce changement fondamental dans la rhétorique négationniste : la cause palestinienne devient la nouvelle cause à défendre. L'État d'Israël est paré des stigmates d'un État raciste. À ce moment, l'utilisation du discours négationniste revêt une autre ampleur, et par là même se dote d'une nouvelle signification : détruire l'État “impérialiste” sioniste. Le thème d'un peuple allemand victime du mensonge n'est pas abandonné, il est exploité différemment. François Duprat est incontestablement l'initiateur de ce virage. Les juifs se voient doublement incriminés. ils sont accusés d'avoir menti pour obtenir d'un État et d'avoir expulsé par la force les Palestiniens de leur territoire. Antisionisme, antisémitisme et négationnisme, triptyque du discours d'extrême droite ? La guerre des Six Jours permet à ce triptyque de s'installer durablement dans le discours extrémiste. François Duprat en est le promoteur : (...) “l'exploitation des pseudo 'Six millions de morts du national-socialisme' a arraché à l'Allemagne fédérale un milliard de dollars depuis 1952” (in « L'agression israélienne », Défense de l'Occident, juillet 1967). ».
Il rédige son premier article négationniste en 1962. Il publie ensuite une Histoire des SS (Les Sept couleurs, 1967), ouvrage dont la quatrième de couverture présente l'auteur comme un historien appartenant à la « nouvelle école révisionniste » et qui, à ce titre, étudie la Seconde Guerre mondiale, en dénonçant « un certain nombre d'idées reçues », dont les chambres à gaz.
Il signe également, toujours en 1967, une contribution à la revue Défense de l'Occident de Maurice Bardèche intitulée « Le mystère des chambres à gaz ».
Il crée de nombreuses publications, dont la Revue d'histoire du fascisme et l'hebdomadaire Les Cahiers européens, dont le service librairie diffuse également des livres négationnistes ou réhabilitant le Troisième Reich.
François Duprat a aussi été le diffuseur de traductions de textes négationnistes, tels que Le Mensonge d'Auschwitz (Die Auschwitz Lüge) de l'ancien gardien du camp d'Auschwitz, membre de la Waffen-SS, Thies Christophersen, La mystification du vingtième siècle d'Arthur Butz — livre paru aux États-Unis — ou encore la brochure Did Six Million Really Die? de Richard E. Harwood (pseudonyme de Richard Verrall) sous le titre Six millions de morts le sont-ils réellement ?, qui ont été diffusés par le « service librairie » des Cahiers européens à partir de février 1976.
L'assassinat Le samedi , à , François Duprat meurt dans l'explosion de sa Citroën GS piégée sur la route nationale 182, dans la commune de Saint-Wandrille-Rançon, près de Caudebec-en-Caux, entre les deux tours des législatives. Il achevait un livre sur le financement des partis politiques de droite et d'extrême droite intitulé Argent et politique. Jean-Marie Le Pen accuse immédiatement des mouvements d'extrême gaucheJournal télévisé d'Antenne 2, ..
L'attentat ayant causé la mort de Duprat et laissé lourdement handicapée son épouse Jeannine est rapidement revendiqué par un groupe terroriste inconnu, le « Commando du souvenir »Frédéric Charpier, Génération Occident : de l'extrême droite à la droite, 284. La piste du Mossad est également envisagée. Ces pistes ne donnèrent rien et les coupables n'ont jamais été retrouvés. Cependant, deux groupuscules sionistes ont revendiqué tour à tour l'attentat.