thumb|Exemple de jardin-forêt (conçu par Robert Hart dans le Shropshire au Royaume-Uni, sur le modèle des strates forestières, mais avec moins de hauteur pour les strates hautes). thumb|Exemple de forêt nourricière (Domaine de Tournai, dans le Parc Lingezegen de Bemmel (Lingewaard).
La foresterie analogue ou FA (Analog forestry ou AF pour les anglophones) est une approche associant la restauration d'écosystèmes (plus ou moins dégradés) à un objectif de production agrosylvicole (moyens durables de subsistance pour les communautés locales, en général)..
Cette approche est écosystémique, complexe et holistique. Elle cherche à restaurer, établir ou imiter des écosystèmes pour produire des agroécosystèmes durables, dominés par l'arbre dans tous les cas Guide (en) Analog Forestry: A Practitioner’s Guide ; International Analog Forestry Network, San José, Costa Rica, voir notamment le chapitre « What is Analog Forestry? », page 5/58.. Elle .
La foresterie analogue (FA) constate que la forêt naturelle pousse sans engrais, sans entretien ni pesticides. La FA, en se basant sur des sciences telles que l'écologie du paysage et l'agroécologie, et sur ses propres retours d'expérience, considère que reproduire le modèle du processus naturel de succession forestière (qui conduit à la formation forestière dite climacique), et s'inspirer du fonctionnement des services écosystémiques forestiers, tout en remplaçant une partie des espèces non-directement intéressantes pour l'humain par des espèces d'intérêt socio-commercial, permet d'établir un paysage et/ou un système de production durable. Ce dernier est caractérisé par un haut ratio de biodiversité par rapport à la biomasse.
Selon le Réseau International de Foresterie Analogue, la FA vise aussi à .
Étymologie, éléments complémentaires de définition Comme le qualificatif « analogue » le rappelle, la foresterie analogue présente de fortes analogies avec les structures architecturales naturelles de la végétation potentielle, mais aussi avec les fonctions écologiques de la végétation climacique ou sub-climacique propre au lieu.
Contextualiation La période post-/ siècles est notamment caractérisée par une dégradation du patrimoine génétique végétal (en termes de biodiversité). La fragmentation écologique, la pollution de la biosphère et le réchauffement climatique s'aggravent ; la demande de terres agricoles et de produits forestiers grandit, alors même qu'une grande part des zones arables disponibles est déjà convertie en agriculture et parfois se désertifie, se salinise. Dans le même temps, les rendements de l'agriculture industrielle stagnent ou diminuent (en lien avec un tassement/érosion et un épuisement des sols, la constitution d'une semelle de labour…, une surexploitation des nappes phréatiques ou des eaux de surface, une pollution des sols, de l'eau, de l'air et des écosystèmes. La dépendance alimentaire vis-à-vis de quelques espèces animales (bœuf, porc et poulet notamment) et végétales de base (blé/maïs/pomme de terre notamment) d'aggrave, de même vis à vis des intrants (semences génétiquement très homogènes, engrais, pesticides, carburants, irrigation…). Cette situation rend les agriculteurs conventionnels toujours plus vulnérables aux pertes de récoltes causées par les sécheresses, inondations et/ou aux épidémies de ravageurs. Ils sont aussi soumis aux fluctuations des prix quand leurs rendements sont stables.
Dans ce contexte, la foresterie analogue (et notamment la forêt comestible), sont des alternatives (ré)émergentes visant à la fois la résilience et une moindre dépendance alimentaire.
Méthode vignette|redresse=1.5|Plus on s'éloigne du modèle forestier naturel ou sub-naturel (à gauche), plus le travail de l'Homme est nécessaire, et plus les sols sont dégradés, et moins la résilience écologique existe. thumb|upright=1.5|Six étapes du cycle sylvogénétique.Après un certain temps survient une perturbation qui fait reprendre le « cycle » à son début (ou à un stade intermédiaire si la perturbation est peu importante). Dans le bas de l'image est représentée l'accroissement de biomasse (sur pied et dans le sol, animale, végétale et fongique) de biodiversité et d'épaisseur de sol (qui a une importance en termes de puits de carbone). Au fur et à mesure de cette succession, les communautés végétales (et les communautés microbiennes, fongiques et animales qui leur sont associées évoluent) en se remplaçant les unes les autres. Les projets de « forêt comestible » basés sur la sylviculture analogue s'inspirent de ce cycle, mais en ciblant principalement des espèces d'intérêt alimentaire.
La foresterie analogue (FA) s'appuie sur une synthèse (encore en cours) des connaissances scientifiques agrosylvicoles, de permaculture et de savoirs et savoir-faire traditionnels, pour (re)créer « des paysages à la fois écologiquement stables et socio-économiquement productifs ».
La FA s'intéresse principalement aux valeurs instrumentales, parfois dites « utilitaire » (ou Valeur d'usage) de la biodiversité ; c'est-à-dire liée aux ressources et aux services fournis par la biodiversité aux sociétés humaines.
Elle s'intéresse aussi aux de la biodiversité (usages potentiels futurs susceptibles de se développer avec la maturation du milieu). Elle cherche à optimiser le potentiel productif de la restauration écologique, plutôt qu'à maximiser la production d'une (mono) culture. Elle cherche à maximiser les services écosystémiques, dont en augmentant la masse volumétrique et la résilience des compartiments fongiques, bactériens, racinaires et photosynthétique de la parcelle en occupant les 3 dimensions au dessus du sol, et dans le sol.
Elle trouve ses modèles dans divers types traditionnels de foresterie (notamment de forêt-jardin/forêt comestible, modèles souvent géographiquement issus de la ceinture intertropicale), mais aussi dans l'étude de la dynamique de la « réussite forestière » naturelle.
La foresterie analogue postule que quand un écosystème est conçu pour être analogue à l'état culminant indigène, l'efficience et la dynamique des processus naturels seront aussi, dans une grande mesure, reproduits.
Le gestionnaire de ces forêts « presque-naturelles » (dites « forêts analogues ») cherche donc, à imiter et respecter au mieux les aspects structurels et fonctionnels des forêts autochtones en intégrant trois enjeux : la succession écologique (sylvigenèse) ; l'imitation de la forêt naturelle ; l'Écologie du paysage (maillage écologique, connectivité aux corridors biologiques.
Design Des outils modernes comme le SIG (Système d'information géographique) permettent d'affiner le design des projets de foresterie analogue..
Conditions de réussite Comme la forêt spontanée, la forêt comestible analogue nécessite un minimum d'eau et un climat permettant une productivité suffisante de biomasse. Selon le Réseau International de Foresterie Analogue, ce n'est que quand et si toutes les exigences écologiques du lieu sont satisfaites, que les valeurs écologiques et économiques des espèces présentes peuvent véritablement potentiellement s'exprimer.
L'approche doit être holistique ; l'agrosylviculteur tient compte des limites de propriétés familiales, privées ou communautaires, des axes de déplacements, des cours d'eau mais l'un des principes de la FA est : , dont les limites territoriales sont souvent artificiellement fixées. Les courbes de niveau, la géologie et la position dans les bassins-versants président aux choix des types d'utilisation des sols (culture en zone ouverte, en lisière ou sous couvert d'arbres…) et de l'eau si elle est présente en quantité suffisante.
Lors de la conception d'un projet (s'il y a besoin de reboiser) le choix des essences d'arbres doit garantir que ces essences seront aussi une source de nourriture pour d'autres groupes d'organismes non abordés dans le plan de gestion. Une reconnaissance similaire de la valeur de la structuration hiérarchique utilisant des sous-systèmes abiotiques, biotiques et culturels a fourni un cadre de planification pour les urbanistes et les développeurs d'écosystèmes urbains.
Écologie du paysage, connectivité écopaysagère Les configurations de FA cherchent toujours à valoriser, dans la mesure du possible, les fonctions écosystémiques (valeur de corridor biologique notamment, quand elle existe ou peut être améliorée) Guide (en) Analog Forestry: A Practitioner’s Guide ; International Analog Forestry Network, San José, Costa Rica, voir notamment le chapitre « What is Analog Forestry? », .. Pour cela, elles s'inscrivent dans la trame verte et bleue locale et régionale en tenant compte de la mosaïque des zones végétalisées (existantes ou à venir), sur le site mais aussi à sa périphérie, que ces zones soient forestières ou non.
Une petite parcelle isolée de la végétation naturelle périphérique a une biodiversité généralement plus faible ; la succession écologique vers la forêt climacique s'y fera d'autant plus difficilement qu'elle est éloignée, et depuis longtemps de zones de forêt naturelle. En effet, en raison de la fragmentation écopaysagère, les organismes « colonisateurs » de la forêt auront plus de difficulté à accéder à la parcelle et donc à l'enrichir.
Au delà de sa parcelle, le gestionnaire s'intéresse donc au paysage pour y identifier corridors existants ou potentiels, susceptibles d'améliorer la résilience écologique de la parcelle, mais aussi du paysage dans son ensemble. Selon le Réseau International de Foresterie Analogue, la forêt analogue peut jouxter la forêt naturelle pour en profiter, mais pour aussi contribuer à accroitre la superficie totale de végétation arborée, ou (.
Indigénat des espèces ? À la suite de l'explosion du nombre d'espèces devenues invasives après leur introduction, de nombreux écologues se montrent prudents quant à l'introduction d'espèces non indigènes (arbres ou autres), en particulier dans les jardinsMathys, C., Halford, M., Heemers, L., Van Gossum, H., Branquart, E., Vanderhoeven, S., … et Mahy, G. (2011). Des alternatives aux plantes invasives: plantons autrement-le jardin, un refuge pour la biodiversité. URL=https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/111312/1/Final_version_FR.pdf., mais selon le Réseau International de Foresterie Analogue, ce type de forêt peut, théoriquement, à la fois englober des espèces naturelles et exotiques, dans n'importe quelle proportion. C'est la contribution d'une espèce à la structure et à la fonction qui est, dans cette approche, le facteur déterminant son utilisation.
Des études récentes, faites dans d'autres cadres, ont montré qu'une haute biodiversité autochtone, le plus souvent, freine ou empêche des espèces introduites de devenir invasives (Sauf quand le milieu est perturbé, par de gros travaux par exemple ou par le passage d'engins qui deviennent des disperser de propagules, la biodiversité en place est elle-même un frein ou un obstacle à l'invasion du milieu par une espèce introduite).
Histoire Les bases théoriques propres à cette approche ont été initiées en 1975\1978 à San Diego, et au Guatemala. Le modèle initial était celui du jardin familial agrosylvicole traditionnel des zones tropicales (exemple : jardin familial traditionnel vietnamien, composé de plusieurs espèces organisées avec une strate arborée, une strate arbustive, des plantes annuelles, des épiphytes et des plantes grimpantes).
Après avoir été théorisé, la foresterie analogue a été mis en œuvre pour la première fois par le Centre de recherche sur la néosynthèse et Rainforest Rescue International au Sri Lanka (vers 1981, par Ranil Senanayake, comme outil de restauration de sols tropicaux prairiaux très dégradés, et comme alternative aux monocultures de pins (Pinus) et dEucalyptus qui se développaient. (cette expérience se poursuit depuis le début des années 1990).