est le dixième album studio des Beatles, paru le aux États-Unis et le en Grande-Bretagne. Il s'agit de la bande originale du film d'animation du même nom sorti en salles sept mois auparavant. Des treize morceaux de cet album, seulement six sont des Beatles, parmi lesquels quatre sont inédits. Les titres et ont en effet déjà été commercialisés auparavant. Les sept morceaux présents sur la face B de la bande originale sont des pièces instrumentales réalisées pour le film, composées et enregistrées par George Martin, et auxquelles aucun des Beatles ne participe.
Les quatre nouvelles chansons sont enregistrées entre et aux studios EMI d'Abbey Road et aux studios De Lane Lea, tandis que les orchestrations sont enregistrées les et . Concernant les chansons des Beatles, deux sont l'œuvre de George Harrison, les quatre autres étant signées Lennon/McCartney. La plus grande partie des chansons a également recours à de nombreux , qu'il s'agisse d'ajout d'effets sonores ou d'instruments comme des cuivres. Aucun des titres n'était à l'origine véritablement composé pour cet album, ou pour le dessin animé qui met en scène le groupe. Les genres musicaux vont du simple rock au psychédélisme poussé.
L'album est souvent considéré comme le moins bon du groupe, et ne s'impose en tête des hit-parades ni en Grande-Bretagne ni aux États-Unis : il doit dans les deux cas se heurter à la concurrence de l'« Album blanc » que le groupe a publié deux mois auparavant. Les Beatles eux-mêmes ne prêtent que peu d'attention à ce disque, qui déçoit les fans par son manque de contenu inédit et de sa face orchestrale qui semble hors de propos sur un album des .
, une réédition de la bande originale, compilant exclusivement toutes les chansons du groupe entendues dans le film, est publiée en 1999 pour accompagner la ressortie du film au cinéma.
Historique Contexte Dans la foulée de leur téléfilm , les Beatles doivent participer, selon les termes de leur contrat avec , à un nouveau long-métrage destiné à être présenté en salle. L'idée de réaliser un film d'animation s'inspirant de leur chanson à succès s'impose assez vite, mais le groupe n'y prête que peu d'attention. Le long métrage est réalisé par la compagnie de production déjà responsable de la série animée The Beatles, qui connaît un grand succès aux États-Unis mais que le quatuor déteste. Paul McCartney explique par la suite qu'il aurait désiré un film dans le style de ceux de Walt Disney : Il justifie ainsi le manque de motivation des Beatles :
Ce sont donc quatre musiciens particulièrement peu motivés qui se rendent en studio entre le 3 et le , juste avant leur départ pour Rishikesh dans l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi, pour enregistrer quatre nouvelles chansons : , , et . Aucune d'elles n'a été composée pour les besoins du film à proprement parler, et seule aboutit sur l'album. Les deux compositions de George Harrison, et sont en réalité issues de la période . Une plaisanterie courante du groupe à cette époque consiste à dire que les chansons jugées décevantes seront réservées au film.
Enregistrement thumb|left|Sur , certaines chansons n'ont pas été enregistrées aux habituels studios d'Abbey Road, mais dans les studios De Lane Lea (image) et Olympic.|alt=La façade des studios De Lane Lea. Les séances d'enregistrement des titres qui vont constituer la bande-sonore de sont particulièrement dispersées dans le temps, puisqu'il s'agit d'une collection de chansons inédites ou non, placées ou non sur des singles ou des albums déjà parus, nullement réalisées spécifiquement pour les besoins du film et de sa bande sonore : ainsi la chanson-titre est enregistrée fin pour l'album , tandis que , dernière piste mise en boîte, l'est en , près de deux ans plus tard, juste avant le départ du groupe pour l'Inde. Elles sont également dispersées dans l'espace puisque, outre les classiques studios d'EMI sur Abbey Road, l'album est également en partie enregistré dans les studios De Lane Lea et Olympic.
La chanson est enregistrée en deux séances : la première, le , vise à enregistrer la piste rythmique et le chant. Le , le groupe enchaîne avec ce qui est certainement l'une des séances d'enregistrement les plus originales qu'il ait réalisé, puisqu'il s'agit de rajouter la pléiade d'effets sonores qui deviennent caractéristiques de la chanson, dans une ambiance totalement folle. Les amis du groupe, notamment Brian Jones, Marianne Faithfull et Pattie Boyd, participent aux chœurs, John Lennon fait des bulles dans un seau, Mal Evans se promène avec une grosse caisse suivi par l'assistance qui scande en chœur le refrain.
Viennent ensuite des travaux sur trois chansons inédites de l'album : les deux compositions de George Harrison et le vivant de Paul McCartney. En , au cours des séances de , les Beatles enregistrent ce qui doit alors être la participation de Harrison à l'album : , finalement remplacée par . La piste rythmique est enregistrée le , puis le chant suit le lendemain. D'autres éléments, notamment la trompette de Paul McCartney, sont ajoutés le suivant.
Après la fin des séances de , le groupe continue dans la même veine. est enregistrée le , dans une ambiance qui n'est pas sans rappeler la folie de l'enregistrement de un an plus tôt. L'absence du producteur, George Martin, donne en effet l'impression au groupe que , ce qui accroît leur liberté… au détriment du soin apporté au morceau. est enregistrée à la fin du même mois, dans les studios De Lane Lea contrairement aux autres, mises en boîtes aux studios EMI d'Abbey Road. Les premières séances ont lieu les pour préparer les pistes de base. Une dernière session a lieu le pour ajouter les cuivres sous la direction de Harrison. Particulièrement complexe, la chanson requiert l'usage de nombreux effets, notamment l'ADT qui permet de doubler les voix.
est enregistrée dans un contexte particulier : en direct au cours de l'émission le , dans le studio d'Abbey Road. Une partie des pistes a cependant déjà été mise en boîte par les Beatles au cours de séances antérieures (les 14, 19 et ), dont certaines dans les studios Olympic, les salles d'Abbey Road étant indisponibles et quelques overdubs effectués le même soir après la diffusion. La seule chanson expressément enregistrée pour le film d'animation, , sera finalement utilisée comme face B de ce single.
La dernière chanson enregistrée est le de John Lennon, le . Le groupe se rend en studio ce jour-là pour filmer une séance de travail destinée au film promotionnel de . Plutôt que de rejouer un titre déjà enregistré, ils décident de boucler cette composition inachevée. Le groupe achève la chanson au fur et à mesure dans une parfaite entente : Lennon et McCartney improvisent le final de la chanson, sur un riff de guitare et piano soutenu, en criant et aboyant autour des micros et devant les caméras. C'est la dernière fois que l'ingénieur du son Geoff Emerick les voit travailler dans une aussi belle ambiance. En effet, après le séjour du groupe en Inde, les relations entre les musiciens se tendent, notamment en raison de l'arrivée de Yoko Ono. Ces images seront remontées en 1999 pour en faire le clip de la chanson Hey Bulldog qui accompagnera la réédition du film Yellow Submarine. Ce clip et celui de Lady Madonna sont inclus dans les éditions augmentées de l'album 1Livre accompagnateur de 1+.
Parution et réception Pochette La pochette est un dessin de style psychédélique créé par Heinz Edelmann. Les caricatures des Beatles sont entourées des personnages du film et du maintenant célèbre sous-marin jaune. Sous le titre de l'édition anglaise est écrit le slogan du film, , mais cette phrase, tirée d'un vers de la chanson Strawberry Fields Forever, est absente de la pochette nord-américaine. Un texte signé Derek Taylor vantant les mérites de l'« Album blanc » se trouve à l'endos.
Accueil mitigé thumb| est sorti dans l'ombre de l'« Album blanc ».|alt=Pochette de l'album blanc
Le film sort en Angleterre durant l'été 1968 et en Amérique du Nord à l'automne, mais la sortie de la bande originale est repoussée au début de l'année suivante pour éviter qu'elle ne concurrence le « Double blanc » prévu en novembre. À cela s'ajoute le désir de George Martin de réenregistrer les orchestrations destinées à la face B de l'album, qui débouchent sur des séances en octobre. L'album sort donc le aux États-Unis, et six jours plus tard au Royaume-Uni. C'est le seul album inédit du groupe qui ne grimpe pas au sommet des charts, n'atteignant que la seconde place derrière l'album The Beatles aux États-Unis et la troisième en Angleterre toujours derrière l'« Album blanc » mais avec la compilation en tête..
Si les ventes restent élevées, car il s'agit après tout d'un album des Beatles, c'est tout de même une déception pour les fans. La face B et ses orchestrations ne correspondent pas à ce qui est attendu par le public dans un album du groupe. De plus, deux des chansons de la face A sont déjà sorties ; Yellow Submarine sur l'album Revolver et All You Need is Love en single et sur la version américaine de l'album Magical Mystery Tour. Parmi les quatre inédites, les deux de Harrison sont jugées par François Plassat comme , et reste une chanson simple. Se détache donc du lot le bouillant que le même Plassat qualifie de . Selon le site AllMusic, l'album est « Yellow Submarine », AllMusic. Consulté le 8 août 2010. Les Beatles eux-mêmes envisagent très vite de produire un autre disque qui sera moins décevant pour les fans. Un EP 7 pouces, mais avec une révolution de 33 tours par minuteKevin Howlett et Mike Heatley; livret de la réédition de 2009., contenant les quatre chansons inédites, cette fois mixées en mono, avec la version dite Wildlife de en bonus, n'est finalement jamais manufacturé. Ces chansons à saveur psychédélique ne sont déjà plus d'actualité car le groupe a délaissé ce style pour revenir a un rock plus basique et le groupe semble finalement s'en désintéresser totalement.
La bande son reste néanmoins bien reçue par les critiques de l'époque ; la face B étant jugée de très bonne qualité musicale, bien qu'inadéquate sur un tel album. Lorsque les versions américaines des bandes son des films A Hard Day's Night et Help! sont sorties incluant des orchestrations instrumentales, les Beatles affirmaient, haut et fort, « si quelqu’un veut acheter un de nos disques, il veut nous entendre et pas la bande son ».. Ironiquement, trois ans plus tard, ils faisaient de même sur ce disque.
Rééditions
Ce disque est réédité pour la première fois sur CD le et remastérisé comme tous les autres le en stéréo, mais sera absent du boîtier . Par contre, les versions mono des quatre chansons inédites de l'album et de Across the Universe, tirées du EP qui n'a jamais vu le jour, sont placées sur le disque 2 de Mono Masters.
En 1999, avait déjà édité l'album , sans qu'aucun des membres survivants du groupe ne soit impliqué d'une quelconque façon dans ce projet. Cette nouvelle version de la bande originale écarte les orchestrations de George Martin, pour laisser la place aux autres chansons des Beatles qui apparaissent dans le film, telles que ou Eleanor Rigby mais sans A Day in the Life. Les quinze chansons figurant sur cet l'album comptent parmi les toutes premières chansons des Beatles remastérisées. À sa sortie, atteint la des charts britanniques et la aux États-Unis « Yellow Submarine Songtrack », AllMusic. Consulté le 31 mars 2011.
Apple Corps profite de cette réédition pour vendre des produits dérivés sur le thème Yellow Submarine : des figurines, un globe de Pepperland, balles de baseball, t-shirts, caleçons, lampe à bulles. George Harrison désapprouve l'initiative : .
Caractéristiques artistiques Chansons des Beatles thumb|left| est la chanson qui a inspiré le projet de dessin animé, bien que les autres chansons n'aient aucun rapport avec elle.|alt=Statue du sous marin jaune