Labbaye de Margam (en gallois ) est une ancienne abbaye cistercienne située au Pays de Galles, dans le village de Margam. Les cisterciens s'étaient auparavant installés sur le site d'autres moines, dont l'affiliation exacte est inconnue, mais qui ont laissé de très renommées croix celtiques.

Fondée le à l'initiative de Robert de Gloucester, l'abbaye de Margam est très richement dotée, ce qui lui permet de s'accroître considérablement. Outre ses vastes possessions, elle est également très réputée sur le plan de la production littéraire et jouit initialement d'une excellente réputation d'aumônes et de charité.

Toutefois les comportements des convers amènent l'abbaye à plusieurs crises aux ; par la suite, ce sont les déboires politiques du Pays de Galles qui l'affectent, en particulier la révolte d'Owain Glyndŵr. L'abbaye est fermée par Henri VIII en 1536. Une partie de l'édifice est détruite pour construire le château de Margam, la nef de l'abbatiale est réutilisée comme église paroissiale avant d'être réaménagée au .

Situation et toponymie L'abbaye est située au débouché de la vallée d'un petit affluent de l', près du lac de Margam, entre les collines du Mynydd Margam et la plaine littorale industrialisée au sud de Port Talbot.

Histoire Avant les cisterciens Les découvertes archéologiques récentes vont dans le sens d'un monastère antérieur aux cisterciens sur le site et occupés par des moines de l'Église celtique. Néanmoins, s'ils ont existé, les bâtiments étaient de bois et d'osier, et aucun trace archéologique n'en subsiste ; en revanche, le a réuni un riche matériau correspondant aux croix celtiques retrouvées sur le site ..

Fondation Robert de Gloucester est à l'initiative de l'implantation de l'abbaye de Margam, qu'il dote juste avant sa mort afin que les moines prient pour lui, et qui ne les voit même pas arriver sur place car il meurt trois semaines avant la fondation officielle de l'abbaye. Il a richement pourvue cette dernière, avec un don de dix-huit mille acres de terres, soit près de sept mille trois cents hectares ; cette superficie correspond à toute l'étendue de terres situées entre les fleuves et ..

Moyen Âge La construction de l'abbaye dure près de quarante ans.

Outre la richesse de son patrimoine foncier, l'abbaye est connue pour la générosité de ses premiers abbés. À la fin du , Giraud de Barri fait l'éloge de Margam écrivant que et précise que l'abbé Cynan est .

En revanche, la communauté des convers pose de nombreux problèmes à l'abbé à cette période, ceux-ci consommant de la bière malgré l'interdiction, ainsi que commettant d'autres délits non précisés. En conséquence, l'abbé est condamné à un jeûne de quarante jours et deux des contrevenants sont envoyés à Clairvaux afin d'être recadrés. En 1206, la situation s'aggrave, allant jusqu'à une révolte des convers, qui exilent et emprisonnent l'abbé à une quarantaine de kilomètres de l'abbaye, puis instaurent un blocus sur le monastère, affamant les moines. La situation est telle que c'est l'abbaye de Fountains qui doit intervenir. Une fois de plus, les coupables sont envoyés à Clairvaux, puis, par mesure de précaution, ils sont dispersés dans divers monastères de l'ordre.

Margam héberge Jean sans Terre en 1210 lors de son départ pour écraser les Irlandais, puis à son retour trois mois plus tard ; en récompense de l'hospitalité chaleureuse qu'il reçoit à cette occasion, il dispense l'abbaye de la taxe qu'il avait spécialement créée pour les monastères. Margam devient ainsi la seule abbaye anglaise avec Beaulieu, fondée par Jean lui-même, à en être exemptée. À cette époque, l'abbaye est en outre connue pour sa production littéraire, en particulier les Annales de Margan, qui couvrent toute la période allant de 1066 à 1232, et dont les cinquante dernières années sont considérées comme la source primaire la plus fiable de l'histoire du Glamorgan. Le livre de Taliesin est également attribué à l'abbaye de Margam.

La faveur de Jean ainsi que la bonne gestion monastique des terres permettent à la communauté d'accroître ses possessions dans le Glamorgan, au point, en 1291, de disposer d'un revenu annuel de 256 livres, ce qui en fait la maison religieuse alors la plus riche du Pays de Galles. Elle exploite à cette date environ sept mille acres de ses terres, soit deux mille huit cents hectares.

Crises et fermeture redresse|gauche|vignette|alt=Gravure du dix-neuvième siècle montrant des arches ogivales d'un bâtiment partiellement ruiné.|Les ruines de l'abbaye vers 1830, gravure d'Henry Gastineau.

La révolte d'Owain Glyndŵr, en 1401-1402, affecte très durement l'abbaye, dont les moines deviennent mendiants afin de subsister. En 1536, lors de l'inventaire précédant la dissolution, le revenu n'est plus que de 181 livres, ce qui reste important ; en revanche, la communauté s'est drastiquement réduite, ne comptant plus que huit moines.

Fermée dès 1536, l'abbaye est divisée. La nef de l'église abbatiale est attribuée à la paroisse afin de desservir les habitants, le reste acheté par des particuliers. , l'un d'entre eux, entreprend la construction du château de Margam. Au , la salle capitulaire est utilisée comme entrepôt de charbon et son vestibule est transformé en brasserie. En 1780, elle conserve son toit cannelé, qui est ensuite retiré par , ce qui amène une ruine rapide de l'édifice.

L'église paroissiale, ruinée à la fin du , est profondément remaniée en 1810, après un chantier de six mille cinq cents livres essentiellement financé par les paroissiens.

Économie

L'abbaye de Margam fut, à son apogée, la maison monastique la plus riche du Pays de Galles. En 1291, lors de la Taxatio Ecclesiastica du pape Nicolas IV, son revenu annuel était évalué à 256 livres, dépassant celui de toutes les autres maisons monastiques galloises ; David H. Williams, The Welsh Cistercians: Aspects of their Economic History, Hughes and Son, Pontypool, 1969, p. 58.. Cette prospérité reposait sur un système économique intégré alliant agriculture, élevage, exploitation minière, pêcheries et moulins hydrauliques, géré par les frères convers (conversi) dans un réseau de granges dispersées.

Dotation initiale et système des granges

La dotation initiale de 1147 par Robert de Gloucester constituait une base exceptionnellement riche : 18 000 acres de terres situées entre les rivières Kenfig et Afan, depuis la crête des montagnes jusqu'à la mer ; F. G. Cowley, The Monastic Order in South Wales 1066–1349, University of Wales Press, Cardiff, 1977, p. 40.. Au cours du siècle suivant, l'abbaye consolida un chapelet compact de domaines à travers le vale et le border vale du Glamorgan. En 1291, la superficie directement exploitée atteignait près de 7 000 acres.

Conformément au modèle cistercien, ces terres étaient organisées en granges (grangiae), domaines autosuffisants placés sous la direction d'un frère convers chef de grange (magister grangiae)David H. Williams, Atlas of Cistercian Lands in Wales, University of Wales Press, Cardiff, 1990, p. 56–60 ; Constance Berman, Medieval Agriculture, the Southern French Countryside, and the Early Cistercians, Transactions of the American Philosophical Society, vol. 76, part 5, Philadelphie, 1986, p. 15–17.. Parmi les granges documentées figurent :

Llanmihangel (Saint-Michel) : grange principale du domaine Kenfig, mentionnée dès 1186, dotée d'un moulin à grain et d'un moulin à foulons (*fulling mill*) alimentés par la rivière Kenfig. Rossoulin : grange du district de Penhydd, bénéficiaire de la première mention documentée du charbon au Pays de Galles (vers 1250)Williams, The Welsh Cistercians, op. cit., p. 87.. Stormy : grange céréalière dans le vale du Glamorgan. Resolven : grange dans la haute vallée de la Neath.

Élevage ovin et commerce de la laine

L'économie de Margam reposait principalement sur l'élevage des moutons. Les pâturages des hauteurs de Mynydd Margam et des collines de la rive ouest du Glamorgan pouvaient nourrir plusieurs milliers de bêtes. La laine produite était en grande partie exportée vers le continent depuis le port de Taibach. La laine britannique était très réputée et une matière première importante pour l’industrie textile médiévale dominée par les drapiers flammands et les coloristes italiens. Des marchands flamands et italiens parcouraient les abbayes cisterciennes pour conclure des contrats à terme, parfois en avançant des liquidités sur les récoltes à venirEileen Power, The Wool Trade in English Medieval History, Oxford University Press, 1941, p. 17–19..

Les moutons fournissaient également des peaux pour la confection du parchemin — matériau essentiel au scriptorium de Margam, dont la production documentaire fut exceptionnelle pour une abbaye galloise : plusieurs dizaines de cartulaires-rouleaux du sont conservés à la Bibliothèque nationale du Pays de Galles et au British Museum. L'abbaye conservait également une copie du Domesday Book, aujourd'hui au British Library.

Les moulins hydrauliques

La grange de Llanmihangel était dotée, dès le , d'un moulin à grain (grist mill) et d'un moulin à foulons (fulling mill), tous deux alimentés par un bief dévié de la rivière Kenfig — dont le barrage et le canal (leat) sont encore classés monument historique (SAM Gm 449). Ces installations mécaniques permettaient de transformer le grain des granges en farine et de traiter la laine par foulage hydraulique, réduisant la dépendance aux bras des frères conversWilliams, Atlas of Cistercian Lands in Wales, op. cit., p. 57..

Exploitation du charbon et du fer

La première mention documentée du charbon au Pays de Galles

Vers 1250, Owen ab Alaythur accorda à l'abbaye de Margam « toute la pierre-charbon (stone coal) » de ses terres du district de Penhydd, s'étendant jusqu'à la rivière FfrwdwylltWilliams, The Welsh Cistercians, op. cit., p. 87 ; John Hatcher, The History of the British Coal Industry, vol. 1 : Before 1700. Towards the Age of Coal, Oxford University Press, 1993, p. 18.. Cette charte constitue la plus ancienne référence documentée à l'extraction du charbon en West Glamorgan et l'une des premières pour l'ensemble du Pays de GallesHatcher, op. cit., p. 18..

Le charbon mentionné est de l'anthracite dur (dit « stone coal »), caractéristique du bassin houiller du Pays de Galles du Sud dans cette zone. Il était destiné à deux usages précis : la grange de Rossoulin d'une part, et l'abbaye elle-même ainsi que ses tenanciers d'autre part.

Techniques d'extraction

L'extraction pratiquée par les frères convers de Margam utilisait les méthodes médiévales standard des zones d'affleurementHatcher, The History of the British Coal Industry, op. cit., p. 14–17. :

Le bell pit (puits en cloche) : un puits vertical étroit creusé jusqu'à la veine, puis élargi latéralement en cavité en forme de cloche, abandonné dès que le risque d'effondrement l'imposait. Ces opérations laissaient dans le paysage des chapelets de dépressions circulaires alignées suivant le tracé du filonHatcher, op. cit., p. 14–15.. Les galeries horizontales (adits) en flanc de coteau, permettant un accès direct à la veine et un drainage gravitaire naturel des eauxHatcher, op. cit., p. 16..

Exploitation du fer

Les moines de Margam extrayaient également de petites quantités de minerai de fer sur leurs terres de montagne. Le fer servait à alimenter la forge abbatiale nécessaire à l'entretien des outils agricoles, des charrues et des ferrures.

Hospitalité et aumônes : une dimension économique