, dit « le Petit Charlemagne », né en 1203, peut-être au château de Suse (Piémont), et mort le au château de Pierre-Châtel (Bugey), est un prince souverain du comté de Savoie de la seconde moitié du .

Sixième fils du comte , il commence une carrière d'ecclésiastique (1226-1233), avant de devenir un seigneur laïc en Bugey, Vaud et Faucigny, ainsi qu'en Angleterre (1234-1263). Son engagement auprès du roi , qui est son neveu par alliance, lui a, en effet, permis d'acquérir une expérience diplomatique et militaire, ainsi que d'importants moyens financiers, qui lui sont ensuite utiles dans les territoires soumis à son autorité personnelle. Cette expérience lui est d'autant plus utile lorsqu'en 1263, alors qu'il est âgé de soixante ans, il doit succéder à son neveu, en devenant comte de Savoie et de Maurienne. Grand voyageur, grand diplomate et guerrier, il est aussi un grand administrateur, légiste et bâtisseur. Malgré son court règne, avec lui, le comté de Savoie se consolide et la gouvernance devient plus efficace en raison de quelques réformes inspirées de ses vies passées.

Ces différentes raisons font que Pierre de Savoie est vite comparé, par ses contemporains, à l'illustre empereur, devenant ainsi « le Petit Charlemagne » dans la Chronique de Savoye (1419).. Ce surnom doit autant à son charme qu'à ses nombreuses prouesses. Cependant, les victoires de Pierre de Savoie sont davantage le fait de la richesse obtenue au service de l'Angleterre et de sa finesse diplomatique, qu'à ses prouesses militaires.

Biographie vignette|348x348px| (Collection Reggia di Venaria Reale, ca 1753).|alt=Tableau anonyme représentant Pierre de Savoie selon la mode du . Jeunesse (1203-1224) et début de carrière ecclésiastique (1224-1233) Pierre de Savoie naît en 1203, peut-être au château de Suse dans le Piémont... Selon certains historiens, dont Bernard Demotz, il serait le huitième enfant et le sixième fils du comte et de son épouse Marguerite de Genève., peut-être le septième fils, pour l'historien suisse Bernard Andenmatten., voire le dixième, selon la généalogie proposée par le site des archives départementales savoyardes Sabaudia.org..

Il est destiné, comme ses frères aînés Thomas, Guillaume, Boniface et, après lui, Philippe, à l'état ecclésiastique, sans avoir été ordonné prêtre, en raison de son rang. Pierre est qualifié de clerc, dès 1224.. À partir de 1224, son frère Thomas est nommé chanoine de la cathédrale de Lausanne.. Pierre le rejoint deux ans plus tard.. Il reçoit une formation auprès du prévôt du chapitre Conon d'Estavayer, avec lequel il se lie d'amitié. Mais bientôt, Pierre est constamment absent. Devenu également chanoine de la cathédrale de Valence en 1226, il obtient la prévôté du chapitre d'Aoste 1226 ou 1227, puis celle de Genève en 1227 ou 1229..

vignette|gauche|La cathédrale de Lausanne, vue de l'est.|alt=Photo en couleurs d'une cathédrale vue depuis le chevet, grande tour à la croisée du transept.

Lors de la succession de l'évêque de Lausanne, éclate une querelle « ni nouvelle, ni étonnante », laissant le siège de l'évêché vacant entre le et le . À cette occasion, Pierre de Savoie, toujours en possession des prévôtés des églises de Genève et d'Aoste, est nommé administrateur temporel et spirituel de l'évêché, dans l'attente d'une nomination papaleActe du (REG 0/0/1/644).. Boniface de Lausanne est choisi, en 1231, et démissionne huit ans plus tard. Pierre semble, par ailleurs, rester prévôt de Genève jusqu'en 1232 et chanoine de Lausanne jusqu'en .

Pierre semble peu attiré par la vocation religieuse et ne souhaite guère poursuivre une carrière ecclésiastique. Son frère, Guillaume, alors évêque de Valence, aurait joué un rôle dans son émancipation.. L'évêque se rapproche en effet du baron (v.1202-1253), qui n'a pas d'héritier mâle et dont la seconde fille, Agnès, est célibataire. Une union entre les deux familles semble possible. Le baron de Faucigny est considéré, d'ailleurs, comme un allié du comte .. Aymon de Faucigny est dans sa quarantaine, et dans la mesure où il est de près de dix ans l'aîné de son futur gendre, cela permet au baron d'envisager de conserver, encore un certain temps, la gestion de sa seigneurie.. L'historien Eugene L. Cox considère que ce rôle d'entremetteur de Guillaume pourrait être perçu comme un moyen pour lui d'éloigner certains dangers de la métropole de Valence..

Le comte meurt en 1233 et le frère de Pierre, Amédée, lui succède.. Le comte Thomas, ayant eu de nombreux fils, a préparé sa succession. Organisant la gestion et la répartition du domaine comtal ainsi que de ses possessions, il a mis en place une « politique d'inféodation d'apanages, avec hommage de chaque cadet à l'aîné ». Pierre est ainsi apanagé en BugeyMatthieu de la Corbière, L'invention et la défense des frontières dans le diocèse de Genève. Étude des principautés et de l'habitat fortifié (), Annecy, Académie salésienne, 2003, 647 pages, .. C'est dans ce contexte que Pierre quitte la cléricature pour devenir un seigneur.

Un seigneur guerrier et diplomate (1234-1263) Durant les trois décennies suivantes, Pierre deviendra un puissant seigneur. Son alliance par mariage avec la maison de Faucigny lui permettra de s'imposer auprès de ses frères. Le soutien actif qu'il apportera à son neveu par alliance, , lui vaudra, non seulement, l'amitié du roi, mais aussi de nombreux titres, droits et terres en Angleterre, accroissant ainsi sa richesse. Dans le comté de Savoie, son prestige, mais aussi son action, tant politique que militaire, lui permettra d'augmenter ses possessions et de poursuivre, ainsi, la politique d'expansion commencée par son père en Chablais et en Pays de Vaud. Il participera, aussi, à l'affaiblissement d'un puissant voisin, le comte de Genève.

Alliance avec le Faucigny Le projet d'alliance avec le Faucigny prend forme en 1234. Avec la bénédiction de son frère, l'évêque Guillaume, Pierre épouse, au château de Châtillon, Agnès, seule héritière du baron .Acte de février 1234, « Testament de Pierre, fils de feu Thomas, comte de Savoie, fait à l'occasion de ses fiançailles avec Agnès, fille d'Aimon, seigneur de Faucigny. (...) » (REG 0/0/1/664).. Elle apporte en dot les seigneuries de Faucigny, de Beaufort et plusieurs autres terres.. Le baron de Faucigny fait stipuler que, quelle que soit la progéniture issue du mariage — fille ou garçon —, l'enfant hériterait de la dot de sa mère.. L'unique enfant du couple, Béatrice, naît dans l'année.. Son grand-père veille d'ailleurs à l'avenir de la baronnie en organisant, par avance, le mariage, et, par là même,, l'héritage du Faucigny, de sa petite-fille. thumb|351x351px|Portrait d'Agnès de Faucigny (Collection Reggia di Venaria Reale, ca. 1753).|alt=Tableau anonyme représentant Pierre de Savoie selon la mode du .

En , Pierre de Savoie obtient, avec le soutien de son beau-père Aymon de Faucigny, l'hommage pour le château et le fief de Gex d', vassal et cousin germain du comte , ainsi que pour les terres obtenues entre Divonne et la cluse de Gex..Acte du , « Amédée, seigneur de Gex, fait hommage à Pierre de Savoie, fils de feu le comte Thomas, en réservant la fidélité due au comte de Genevois. (...) » (REG 0/0/1/668).. En juillet de la même année, il participe, à Chillon, à une rencontre réunissant le nouveau comte, , et ses frères, afin de se répartir l'héritage de leur père.Acte du , « Transaction entre Amédée, comte de Savoie, et ses frères Pierre et Aimon, relativement au partage des biens de leur père Thomas. (...) » (REG 0/0/1/668).. Pierre s'y rend en compagnie de son beau-père. Son mariage lui confère une position importante qui lui permet d'exiger une part de l'héritage en principe dévolue au comte, à savoir le Bugey, avec les châteaux de Lompnes, sur le plateau d'Hauteville, et de Cornillon au-dessus de Saint-Rambert-en-Bugey. Le territoire possède un péage sur le Rhône à Saint-Rambert-en-Bugey et joue un rôle stratégique sur la route entre le comté de Savoie et la ville de Lyon et, au-delà, le royaume de France, par la plaine de l'Ain.. Son frère aîné, Aymon, profite, lui aussi, de l'occasion pour réclamer une part augmentée, en demandant le Val d'Aoste ainsi que l'« Ancien » et le « Nouveau Chablais »..

En 1237, Pierre entre en guerre contre le comte de Genève, afin de soutenir son beau-père. Le conflit, latent ou direct, entre les Faucigny et les Genève perdure depuis 1205, à propos du prieuré de Chamonix, que avait placé sous sa protection, quelques années auparavant... De plus, la plupart des acquisitions de Pierre en Bugey et en Pays de Gex, depuis 1234, encerclent et menacent le comté de Genève, qui a obtenu, à la même période, le contrôle de La Michaille.. Au cours d'une trêve, Rodolphe, fils aîné du comte , capture Pierre, qui a été blessé. Face à ce forfait, la maison de Genève est condamnée à payer une forte amende, , arbitrée par le comte de Savoie, , frère de la victime. Ne pouvant payer en 1237 qu'en donnant en gage certains biens fonciers et châteaux, la maison de Genève tombe sous le coup d'une seconde sentence, rendue en 1250, exigeant notamment la mise en gage de la seigneurie d'Arlod.. Cette seigneurie marque la frontière occidentale du comté de Genève. L'arrangement sera complété par une troisième sentence en 1260.

Liens avec l'Angleterre (1241-1264) Entre 1241 et 1264, Pierre de Savoie joue un rôle diplomatique majeur entre la Savoie et l'Angleterre.

vignette|gauche|alt=Miniature de deux personnages royaux, homme et femme, se faisant face.|Mariage du roi d’Angleterre, Henri Plantagenêt et d'Éléonore de Provence. de Matthieu Paris, British Library, Royal 14 C (v.1250).

Guillaume, évêque de Valence, organise le mariage de sa nièce, Éléonore de Provence, fille du comte et de sa femme Béatrice de Savoie, avec le roi d’Angleterre, Henri Plantagenêt... Le contrat de mariage est signé en 1235 et Éléonore se rend, accompagnée de nobles, dont son oncle Pierre, en Angleterre, pour rencontrer son futur époux.. Le mariage est célébré dans la cathédrale de Canterbury en ..

Guillaume devient, pendant quelque temps, l'un des principaux conseillers du roi, tandis que son frère Boniface obtient le titre d'archevêque de Cantorbéry...

Après la participation à la querelle de succession épiscopale de Lausanne (voir infra), Pierre se rend en Angleterre, où le roi Henri l'adoube le ., dans la cathédrale de Westminster. Il reçoit l'« honneur » ou « comté » de Richmond, le , , « Nouvelle dépossession, puis retour de l'« honneur » de Richemond aux ducs de Bretagne »., ainsi que de nombreuses terres dans le Norfolk, le Suffolk, entre autres (voir section « Titres et possessions ») ou charges comme gouverneur des Cinq-Ports..

Pierre fait de nombreux séjours en Angleterre. Au côté de son frère Boniface, il vient en aide à son neveu par alliance, le roi , qui lutte en Guyenne pour reconquérir l'héritage Plantagenêt, en 1242, étant également témoin semble-t-il, des deux défaites de Taillebourg et de Saintes.. À son retour en Angleterre, le roi le charge d'accompagner l'évêque d'Hereford, Pierre d'Aigueblanche, d'origine savoyarde également, afin de négocier le second mariage de Richard de Cornouailles.Recueil des mémoires et documents de l'Académie de la Val d'Isère, Volume 12, Moûtiers, .. La promise est une nièce, la sœur de la reine consort Éléonore, Sancie de Provence. L'acte est signé le , à Tarascon.