, né en 1207 à Aiguebelle, en Savoie, au château de Charbonnières et mort en 1285, est un cadet de la famille de Savoie qui a joué un rôle politique important en Europe occidentale dans la seconde moitié du . Destiné dans un premier temps par sa famille à une carrière ecclésiastique, il devient tour à tour évêque de Valence (1241-1267), puis archevêque de Lyon (1245-1267), assurant notamment la sécurité du pape et du concile de Lyon face à l'empereur . Abandonnant ensuite l'état clérical pour redevenir laïc, il devient en 1267 comte de Bourgogne. (jusqu'en 1279) par son mariage avec l'héritière Alix de Méranie, puis l'année suivante comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne (1268-1285) à la suite de la mort de son frère, le comte .
Enfance et début de carrière ecclésiastique Philippe de Savoie est né en 1207, à Aiguebelle., en Savoie, au château de Charbonnières, résidence ancestrale des comtes de Savoie.Jean Beyssac, Les chanoines de l'Église de Lyon, Lyon, 1914, ..
Dernier fils de , comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne, et de son épouse Marguerite de Genève (septième . ou huitième fils du couple.), Philippe est destiné dès son plus jeune âge, comme ses trois frères Guillaume, Pierre et Boniface, de par son rang au sein de la fratrie, à l'état ecclésiastique. Sans avoir été ordonné prêtre — il n'a jamais dit une seule messe —, il reçoit donc ses premières dignités importantes au sein de l'Église dès 1239. Il n'a toutefois pas la vocation de son frère Boniface. Soutenu activement notamment par son frère le comte comme le reste de sa famille, il acquiert progressivement des fiefs et bénéfices multiples dans une politique volontariste d'accroissement de la puissance de la maison de Savoie.. Ce soutien de son frère Amédée s'explique en partie par le fait que celui-ci n'a jamais donné à Philippe la part de l'héritage de son père qu'il réclame. Amédée s'est engagé en 1242 à lui verser cent marcs d'argent, mais il cesse vite ses versements. Les rapports entre les deux frères ne sont jamais excellents, ce différend n'étant jamais réglé.
Il est nommé primicier de l'Église de Metz en 1239 et l'est toujours en 1262. Il accède en 1240., au poste de prévôt de l'église Saint-Donatien de Bruges .Ulysse Chevalier, Regeste dauphinois, Vienne, 1913-1926, .. Ce dernier poste est très probablement acquis avec l'aide de son frère Thomas alors en Flandres à cette époque.
En 1240, il élu en 1240 évêque de Lausanne par la majorité du chapitre, tentant de prendre possession de l'évêché de Lausanne, que Boniface de Lausanne a quitté l'année précédente, et il entre en conflit armé pour cela.. Mais malgré l'aide de son frère Pierre, il cède face au chantre Jean de Cossonay. La mort la même année de son frère Guillaume lui ouvre l'accès à plusieurs bénéfices. Il devient donc doyen de Vienne, et surtout évêque de Valence. Toutefois, comme Philippe n'a jamais reçu les ordres majeurs, il ne porte pour cette charge que le titre de procureur ou d'élu, et non d'évêque. Il demande en 1244 à quitter ce poste, peut-être pour briguer une plus haute charge ailleurs. Mais malgré l'accord d', il se ravise et le garde.V. la lettre de du juin 1240 dans Lucien Auvray, Registres de , Rome, 1896-1955, Coll. « Registres pontificaux publiés par l'École française de Rome », ..
Il accède également aux postes de gouverneur du patrimoine de Saint-Pierre, grand gonfalonnier de l'Église, prieur de Saint-Michel de Nantua. Il est prévôt de Saint-Donatien, à Bruges. Il est curé de Geddington, de Reculvert et de Wingham dès 1242.
Archevêque de Lyon gauche|vignette|alt=gravure représentant une ville médiévale le long d'une rivière ; au centre, une cathédrale gothique.|Le cloître cathédral à la Renaissance. Au centre, la cathédrale Saint-Jean, siège du diocèse de Lyon.
Conditions de son élection Il est nommé archevêque de Lyon en 1245 dans des circonstances particulières. La ville connaît alors, surtout depuis 1157, une situation privilégiée, aux confins de la France et de l'Empire, ce qui lui octroie une grande liberté vis-à-vis de son suzerain théorique : l'empereur du Saint-Empire romain germanique. Un prédécesseur de Philippe, Jean Belles-mains, dit du diocèse de Lyon qu'il .. Or, en 1244, le pape , en violent conflit avec l'empereur Frédéric Barberousse dans le cadre de la lutte du sacerdoce et de l'Empire, cherche un lieu pour réunir un concile contre son adversaire. Essuyant le refus du roi Saint Louis qui refuse qu'il se déroule dans son royaume, il porte son choix sur Lyon, pour sa position très éloignée des zones d'influence de l'empereur, et toute proche des terres françaises, où il pourrait éventuellement se réfugier en cas de danger. Toutefois, il doit pour cela traverser les terres savoyardes traditionnellement alliées de l'empereur. Philippe joue alors un rôle actif envers son frère pour le convaincre de modifier la stratégie familiale envers leur suzerain et adopter une position équilibrée entre les deux puissances. Il est soutenu par son autre frère Boniface.. Toutefois, il ne parvient pas à modifier significativement la position d'Amédée, qui accepte deux années après de laisser passer l'empereur qui souhaite se rendre à Lyon.
Lorsqu'en 1244, le pape quitte Rome, menacé par l'empereur , Philippe l'escorte jusqu'à Lyon, lui servant de protecteur en route et une fois sur place. Pour le récompenser et pour assoir son autorité face au chapitre et aux bourgeois hostiles, il profite de la résignation de l'archevêque dès la fin du concile pour pousser Philippe .. Il est élu archevêque entre le 13 et le ..
Philippe à Lyon vignette|droite|alt=gravure représentant un groupe de religieux alignés dans des stalles à l'intérieur d'une église.|Le chapitre des chanoines de Saint-Jean, ici en prière dans l'église Sainte-Croix, reconstitution du .
Philippe apparaît dans les textes pour la première fois à Lyon en 1239 où il reçoit une probable prébende au sein du chapitre de la cathédrale Saint-JeanMarie-Claude Guigue, Cartulaire Lyonnais, Lyon, 1885-1893, , .. En 1243, il est obéancierJean Beyssac, Les membres de la maison de Savoie au chapitre de Lyon, Lyon, 1911, ..
Philippe est élu en 1245. Jacques Gadille donneHistoire du diocèse de Lyon, 1983. la date de 1246, mais le premier acte de Philippe en tant qu'élu date de Voir la pièce 3 H 28 des archives départementales du Rhône, citée par p. 37, note 33..
Cette élection — alors que Philippe refuse de prononcer ses vœux pour conserver ses chances d'accéder un jour au trône du comté de Savoie — porte atteinte au prestige du titulaire de l'archevêché de Lyon. Dans les actes officiels, dans les cérémonies protocolaires, il est placé après les prélats de moindre importance. Les bourgeois lyonnais eux-mêmes ne le nomment jamais archevêque dans les textes. Un document d'époque compare Philippe de Savoie à l'apôtre Pierre, mais uniquement pour dire qu'à l'instar du reniement de ce dernier, l'archevêque de Lyon a trahi le Christ..
La multiplicité des bénéfices qu'accumule Philippe à ce moment est garantie par une dispense que lui accorde le pape à la demande de l'archevêque.. Mais en dehors de cela, le pape ne lui accorde rien de plus.
Action religieuse à Lyon Malgré son absence de titre et de goût pour la carrière religieuse, Philippe se révèle être un prélat consciencieux dans sa charge. Par exemple, quoi que peu intéressé à la construction de la nouvelle cathédrale Saint-Jean, il est bien obligé de participer à sa construction quand elle devient, de fait, l'église du pape entre 1244 et 1251, selon le dicton : (). En effet, séjourne à Lyon durant presque sept années, et pousse donc logiquement à la poursuite rapide des travaux de l'église..
Action politique Relations avec la papauté Si le pape est à Lyon, c'est qu'il y a cherché protection auprès de Philippe, qu'il considère comme son débiteur pour l'avoir nommé archevêque de la ville et pour lui avoir conservé la totalité de ses bénéfices. Mais l'action pontificale envers Philippe est une manœuvre politique destinée à contenter la puissante maison de Savoie du soutien de laquelle Innocent a besoin. Philippe considère donc également que le pape lui est redevable. En particulier, les frais du concile de 1245 ont été pris en charge par l'archevêque ; de manière générale, c'est Philippe qui entretient le pape lors de son séjour lyonnais, allant jusqu'à lui donner d'argent lors de son départ en 1251 .. Ainsi, quand ce dernier nomme un de ses favoris pour une prébende du chapitre cathédral, celui-ci est noyé la nuit même, selon les menaces qu'avaient déjà proférées les chanoines au pape. Qu'il soit impliqué dans l'assassinat, ou, plus probablement, qu'il ait cherché à couvrir le chapitre afin de s'assurer les bonnes grâces des chanoines, Philippe étouffe l'affaire sans que le pontife n'ose y redire. Le pape, d'ailleurs, ne conserve pas sa faveur à Philippe ni ne lui accorde plus aucun privilège aussitôt qu'il n'est plus dans ses États..
Relations avec l'Empire, la France et l'Angleterre vignette|droite|alt=Portrait médiéval d'un souverain.|, roi d'Angleterre et allié de Philippe.
Philippe maintient des liens de diverse importance avec les puissances politiques d'Europe. Sa politique de soutien inconditionnel au pape en fait un adversaire naturel de l'empereur ; mais celui-ci est loin, et les relations entretenues sont quasiment inexistantes. Ses liens avec le roi de France sont à peine plus forts : Philippe rencontre une fois le roi à Cluny, et parfois ses frères.. En revanche, ses liens sont naturellement plus forts avec la maison d'Anjou-Sicile, à cause du mariage de sa nièce Béatrice de Provence avec . Les relations entre Philippe et son neveu par alliance ne sont d'ailleurs aux débuts pas des meilleures, Charles prenant le parti de contre le pape, et mettant ce dernier en garde contre son protecteur et conseiller ; par la suite, Philippe se range aux côtés des Anjou-Sicile dans la guerre contre . Mais surtout, Philippe entretient des liens avec la monarchie d'Angleterre, perpétuant ainsi le lien traditionnel de Lyon avec ce pays. À la suite du concile de 1245, Philippe profite des liens tissés avec divers prélats anglais pour se placer sous la protection d' ..
Philippe, en tant que membre de la maison de Savoie, faisait partie des deux groupes conseillant le monarque anglais : celui des Savoyards, plutôt enclin à la diplomatie vis-à-vis de la France, s'opposait aux parti des Lusignan, plus belliqueux ; Philippe est envoyé en 1242 en ambassade avec son frère Pierre et le frère d', Richard de Cornouailles, défendre auprès du roi de France la trêve après la bataille de Taillebourg ; ses relations tendues avec la monarchie française (du fait de son soutien à ) laissent à penser que le choix de ce négociateur n'était pas des plus heureux .. D'autres actions sont menées par Philippe au cours de son séjour lyonnais en faveur de l'Angleterre. La position de Lyon, aux confins de l'Empire et de la France, était pour beaucoup dans ce choix d'alliance de la part des monarques anglais ; mais la personnalité de Philippe ainsi que ses origines savoyardes, pesaient également lourd dans la décision britannique ..
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