François de Neufville, marquis, puis de Villeroy et pair de France (de 1675 à 1694), né le à Lyon et mort le à Paris, est un militaire français. Il est élevé à la dignité de maréchal de France au printemps 1693. Profondément présomptueux, il se révèle incapable de commander en chef. Dès lors, sa carrière militaire n'est qu'une accumulation de désastres comme au siège de Namur de 1695, à la bataille de Chiari en 1701, et en particulier à la bataille de Ramillies, en 1706, qui met à nu son ineptie. Il est également responsable du désastreux bombardement de Bruxelles en 1695.
Il est chef du conseil royal des Finances et ministre d'État sous (1714), puis chef du Conseil de finances et membre du conseil de Régence (1715), et chef du conseil du Commerce (1716). Présentant peu de dispositions pour ces emplois, il n'y figure qu'à titre honorifique. De 1717 à 1722, il exerce jalousement les fonctions de gouverneur de . Obstacle à la politique du Régent et du cardinal Dubois, il est exilé dans le Lyonnais de 1722 à 1724.
Biographie Origines et jeunesse
Il naît à Lyon le . Marquis de VilleroyChristophe Levantal, Ducs et pairs et duchés-pairies laïques à l'époque moderne : 1519-1790, Paris, Maisonneuve et Larose, 1996, 984., il est le fils de de Neufville de Villeroy, de Villeroy, pair et maréchal de France ; et de Madeleine de Blanchefort de Créquy de Lesdiguières (fille du maréchal , lui-même arrière-petit-fils de ).
François est élevé à la cour de France. Il est un ami d'enfance du roi , dont son père est le gouverneur . Il joue avec le roi, souvent en compagnie de sa propre sœur Catherine et du prince Philippe (frère de ). Les enfants partagent leur temps entre le Palais-Royal et l'hôtel de Villeroy, distants de . François et le roi sont amis malgré une différence d'âge de six ans ; on peut supposer que aime à protéger plus jeune que lui. Le roi va garder de l'affection pour François et lui passer souvent ses défauts et son insuffisance. Villeroy saura conserver la faveur royale, malgré ses nombreux échecs militaires.
Courtisan accompli, homme de belle prestance et de grand air, d'une élégance recherchée, expert en intrigues galantes, il a beaucoup de succès auprès des femmes, qui l'appellent « le Charmant » . — Villeroy est surnommé « le Petit Marquis » et « le Charmant » dans les lettres de madame de Coulanges (11 septembre et 30 octobre 1672, 20 mars 1673) et de madame de Sévigné, Correspondance, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1973, I, 562, 566, 579, 600 Références données par Yves Coirault, dans ..
Débuts à l'armée
Le , à , il est nommé colonel du régiment de LyonnaisArthur de Boislisle, dans Mémoires de Saint-Simon, Paris, Hachette, 1879, I, 114, note 4., régiment d'infanterie que lui lègue son père« Les gouverneurs de Villeroy », sur museemilitairelyon.com, juillet 2015 (consulté le 29 mars 2018).. Il fait ses premières armes en Hongrie , dans la quatrième guerre austro-turque. Le , à la bataille de Saint-Gothard, il a le bras transpercé d'une flèche . Il est nommé brigadier en 1672. Il est promu maréchal de camp en 1674. Cette année-là, il fait preuve de vaillance au siège de Besançon et à la bataille de Seneffe. En 1675, son père se démet de son duché-pairie en sa faveurChristophe Levantal, , 371 et 983.. En 1677, il devient lieutenant-général. Durant toute cette période, il se comporte bravement au combat, mais sans éclat particulier . En 1683, il cède le régiment de Lyonnais à son fils Louis Nicolas.
Son père meurt en 1685. François devient, en survivance, gouverneur du Lyonnais, Forez et Beaujolais. En 1688, il emménage comme locataire à l'hôtel Salé, rue de Thorigny« La légende Picasso et son musée », sur picasso.fr (consulté le 2 avril 2018).. Le , il est fait chevalier de l'ordre du Saint-EspritFrançois-Alexandre Aubert de La Chenaye-Desbois, Jacques Badier, « François de Neufville », Dictionnaire de la noblesse, Paris, Schlesinger, 1869, XIV, col. 933..
Maréchal de France Le , il est élevé à la dignité de maréchal de FrancePour la création de sept maréchaux (dont Villeroy), Saint-Simon donne la date du dans ses Mémoires (éd. Chéruel, Hachette, 1856, I, 39 ; éd. Boislisle, Hachette, 1879, I, 114 ; éd. Coirault, « Pléiade », 1990, I, 50). L'édition Truc, « Pléiade », 1953, I, 47, dit . Le est bien un vendredi. Le est un mardi. — , dit le . — La Chenaye-Desbois (, col. 933) et ) disent le , ce qui est probablement une coquille recopiée. Aussi, lorsqu'ils ajoutent que Villeroy reçoit la croix de l'ordre de Saint-Louis, il faut sans doute lire avril 1693, et non 1694.. En , il est fait chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. En 1694, il transmet le duché-pairie à son fils Louis NicolasChristophe Levantal, , 372, 984 et 985.. Le , il est pourvu de la charge de capitaine des gardes du corps, qui appartenait au maréchal de Luxembourg, mort le mois précédent.
Le , il reçoit son bâton de maréchal en remplaçant Luxembourg à la tête de l'armée des Pays-Bas. Il se porte au secours du maréchal de Boufflers, assiégé dans Namur par . Le siège est couvert par le prince de Vaudémont. Les forces françaises étant tellement supérieures et celles de Vaudémont tellement mal postées, il paraît évident que Villeroy va écraser Vaudémont . Mais il manœuvre si maladroitement qu'il permet à Vaudémont de faire retraite en toute sécurité. Puis, au lieu de marcher sur Namur pour en faire lever le siège, il se porte sur Bruxelles, dont il ordonne l'inutile bombardement« Maréchal de Villeroy », sur reflexcity.net (consulté le 30 mars 2018).. Il stationne ensuite un mois durant à Gembloux, sans se préoccuper de délivrer Namur . Plusieurs vaudevilles se moquent alors de ses inactions dont celui-ciAlexandre Dumas : Voyages, Histoire, Théâtre, Causeries, Divers :
Les avis sont partagés sur les raisons de l'inaction française lors de la retraite de Vaudémont. Certains, comme Armand de Saint-Hilaire, chargent Villeroy, le commandant en chefMémoires de Saint-Hilaire, sur archive.org, Paris, Renouard, 1906, II, .. Pour d'autres, comme Saint-Simon, le responsable est le duc du Maine, fils préféré de Mémoires de Saint-Hilaire, , 352, ., qui commande l'aile gaucheMémoires de Saint-Hilaire, , 353.. Il est chargé de retarder la retraite pour donner au reste de l'armée le temps d'arriver. Les mauvaises langues l'accusent d' et de Léon Lecestre, dans Mémoires de Saint-Hilaire, , 357, . — Concernant l'avis opposé de Saint-Hilaire, Léon Lecestre fait remarquer, 359, , que Saint-Hilaire est lieutenant général de l'artillerie, dont le duc du Maine est grand maître, .. Si l'on en croit Saint-Simon, il se trouve comme paralysé et incapable d'engager l'action, malgré les ordres réitérés de Villeroy.
En courtisan avisé, Villeroy se garde bien d'en informer le roi . finit par l'apprendre par un autre canal. Il est reconnaissant à Villeroy d'avoir pris sur lui. Madame de Maintenon lui en manifeste également beaucoup de gratitude. Dès lors, dit Saint-Simon, sa faveur devient . Les mieux en cour le jalousent, et même les ministres le craignent .
Villeroy commande l'armée des Pays-Bas jusqu'à la paix de Ryswick, en 1697, sans parvenir à se racheter. Chef de guerre aussi présomptueux qu'incapable, il va accumuler les désastres militaires sans jamais perdre de sa superbe. Son incurie lui vaut d'être de bons mots et de chansons .
Durant la guerre de Succession d'Espagne, en 1701, il reçoit le commandement de l'armée d'Allemagne. En août, il est envoyé en Italie en remplacement de Catinat. Refusant d'écouter les avis de ses généraux, il essuie une défaite humiliante devant le prince Eugène à Chiari . En février 1702, à la bataille de Crémone, il est fait prisonnier par Pierre de Guethem, suscitant l'ironie des chansonniers :
Détenu à Innsbruck, puis à Graz, il est de retour en France en novembre. En 1703, il reçoit le commandement de l'armée de Flandre, conjointement avec le maréchal de Boufflers.
En 1706, face au duc de Marlborough, il méprise une nouvelle fois l'avis de ses généraux, et provoque l'effarant désastre de Ramillies, qui a pour conséquence l'abandon de plus de douze places du Brabant et de la Flandre . Dans cette journée qui mit à nu son ineptie, il refuse de donner sa démission : est contraint de l'en implorer longuement, ce qui vaut au maréchal de tomber . C'est le terme de sa carrière militaire . Il est déchu non seulement du commandement des armées, mais de sa faveur auprès du roi. On ne le voit plus guère à la cour, où le roi ne lui adresse plus la parole. En 1708, il se démet de sa charge de capitaine des gardes du corps en faveur de son fils Louis Nicolas. Son incompétence se fait alors connaître dans une chansonAlexandre Dumas Chroniques de la Régence :
Ministre d'État
En 1712, par l'intercession de madame de Maintenon qui cherche à égayer les vieux jours du souverain, Villeroy retrouve la faveur royale. Le , le nomme chef du conseil royal des FinancesOlivier Cave, « Conseil royal des Finances », sur conseilduroi.fr (consulté le 29 mars 2018)., et le le déclare ministre d'ÉtatOlivier Cave, « Conseil d'en haut », sur conseilduroi.fr (consulté le 29 mars 2018).. Le pauvre maréchal ne brille guère au Conseil d'État. Couvé comme un enfant par le roi, il opine très , demande des choses très , fait preuve d' et d'. Villeroy ne cesse d'étonner ses contemporains : il a un , il est chargé d'affaires de l'État, il a la confiance du roi, et avec tout cela il ne sait jamais ce qu'il dit, ni même ce qu'il veut dire.
La même année, il obtient que , dans son testament, l'institue gouverneur de son arrière-petit-fils et successeur, le futur Pascale Mormiche, « Éduquer un roi ou l’histoire d’une modification progressive du projet pédagogique pour Louis XV (1715-1722) », sur journals.openedition.org, dans Histoire de l'éducation, , 2011, 25-27. Mis en ligne le (consulté le )..
Selon Saint-Simon, Villeroy livre avec contrepartie le contenu du codicille du roi au duc d'Orléans, codicille contraire à ce dernier . Cette indélicatesse aurait permis à Philippe d'Orléans de prendre des dispositions pour s'assurer de la régenceLouis Grégoire, , col. 215..
Membre du conseil de Régence
vignette|alt=Tableau, en buste. En armure, main droite sur bâton de commandement.|gauche|upright=1|Philippe d'Orléans devient régent .
meurt le . Villeroy est récompensé par le Régent. Le , puis au lit de justice du , il est confirmé par arrêt dans sa charge de gouverneur de François-Alexandre Aubert de La Chenaye-Desbois, Jacques Badier, , col. 934.. Dans le cadre du nouveau système de la polysynodie, il devient chef du conseil de finances, , pas plus qu'il ne le faisait précédemment. Il n'est chef . Le duc de Noailles, qui a le titre de président, dirige en fait ce conseil. Villeroy devient en outre membre du conseil de Régence. Là encore, il ne figure qu'à titre honorifique. Il se contente de faire preuve de . Il ne prend pas encore ses fonctions de gouverneur du roi. , âgé de cinq ans, se trouve toujours : il est toujours confié à la duchesse de Ventadour, gouvernante des enfants de France. Le , le Régent établit un conseil du Commerce, dont Villeroy est le chef honorifique.
Gouverneur de Louis XV