Hélène de Grèce (en grec moderne : et en roumain : ), princesse de Grèce et de Danemark puis reine mère de Roumanie, est née le Jusqu'en 1923, la Grèce utilise officiellement le calendrier julien. La Roumanie abandonne celui-ci un peu plus tôt, en 1919. C'est la raison pour laquelle, dans l'article, les deux calendriers sont utilisés jusqu'à l'adoption du calendrier grégorien. à Athènes, en Grèce, et morte le à Lausanne, en Suisse. Épouse malheureuse du futur Carol II de Roumanie, Hélène joue un certain rôle durant le second règne de son fils, le roi Michel , entre 1940 et 1947. Son action en faveur des Juifs roumains durant la Seconde Guerre mondiale lui vaut le titre posthume de Juste parmi les nations en 1993.
Fille du roi Constantin de Grèce et de son épouse la reine Sophie de Prusse, la princesse Hélène partage son enfance entre la Grèce, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale et le renversement de son père par les Alliés en 1917 marquent durablement la jeune fille, par ailleurs séparée de son frère préféré, le jeune Alexandre de Grèce. Exilée en Suisse avec la plupart des membres de la famille royale, Hélène passe alors plusieurs mois à s'occuper de son père, sujet à la maladie et à la dépression. En 1920, la princesse fait la connaissance de l'héritier du trône de Roumanie, qui ne tarde pas à lui demander sa main. Malgré la réputation sulfureuse du jeune homme, Hélène accepte et s'installe en Roumanie, où elle donne bientôt naissance à un fils unique, prénommé Michel (1921).
La situation de sa famille continue toutefois à préoccuper Hélène, qui se rend plusieurs fois à l'étranger pour y retrouver ses parents, quand elle n'invite pas simplement ses proches à séjourner auprès d'elle à Bucarest. Ce faisant, elle s'éloigne de son mari, qui multiplie les liaisons avant de tomber sous le charme, en 1924, d'une certaine Hélène Lupescu. Finalement, en 1925, le prince Carol abandonne son épouse et renonce au trône pour vivre sa liaison au grand jour. Désemparée, Hélène tente de persuader son mari de revenir vers elle mais finit par accepter le divorce en 1928. Entre-temps, la jeune femme a été proclamée (1926) et le petit Michel est monté sur le trône sous la régence de son oncle (1927). Cependant, au fil des années, la situation politique de la Roumanie se complique et Carol profite de l'instabilité qui s'accroît pour rentrer à Bucarest en 1930 et s'y faire acclamer roi. Bientôt, le nouveau souverain contraint son ex-femme à s'exiler et ne l'autorise à voir leur fils que deux mois par an à l'étranger.
Dans ces conditions, Hélène s'installe à la villa Sparta de Fiesole (Florence), en Toscane. Toujours aussi proche de sa famille, la princesse héberge ses sœurs Irène et Catherine ainsi que son frère Paul, qui séjourne chez elle par intermittence jusqu'à la restauration de la monarchie grecque, en 1935. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et la déposition de Carol II, subséquente au dépeçage de la en 1940, ramènent toutefois Hélène auprès de son fils, à Bucarest. Soumis à la dictature du général Antonescu et à la vigilance de l'Allemagne nazie, le roi et sa mère servent alors de caution au régime fascisant qui se met en place. Ils n'en montrent pas moins leur opposition à la participation de la Roumanie à l'invasion de l'URSS et à la déportation des Juifs. Finalement, le roi Michel organise un coup d'État contre Antonescu le et la Roumanie se retourne contre les forces de l'Axe. Le pays est, malgré tout, occupé par l'Armée rouge et traité en vaincu.
Pour Hélène et son fils, l'après-guerre est marqué par l’ingérence des Soviétiques dans la vie politique roumaine. En , le roi doit ainsi accepter un gouvernement communiste sous l'égide de Petru Groza tandis que, l'année suivante, des élections législatives truquées confirment l'hégémonie du PCR sur le pays. Finalement, Michel est contraint d'abdiquer le et la famille royale prend le chemin de l'exil. Hélène retourne alors vivre à la villa Sparta, où elle partage son temps entre sa famille, le jardinage et la découverte de l'art italien. De plus en plus préoccupée par ses finances, Hélène quitte finalement l'Italie pour la Suisse en 1979 et meurt auprès de son fils trois ans plus tard.
Famille
Hélène est la troisième enfant du roi Constantin de Grèce (1868-1923) et de sa femme, la reine Sophie de Prusse (1870-1932). Par son père, c'est une descendante du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé le « beau-père de l'Europe », tandis que, par sa mère, c'est une arrière-petite-fille de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « grand-mère de l'Europe ».
Le , Hélène épouse le futur Carol II de Roumanie (1893-1953), fils du roi Ferdinand de Roumanie (1865-1927) et de son épouse la reine Marie de Saxe-Cobourg-Gotha (1875-1938), surnommée la « belle-mère des Balkans ».
De ce mariage malheureux, qui se termine par un divorce en 1928, naît un seul enfant : Michel de Roumanie (1921-2017), roi de Roumanie, qui épouse la princesse Anne de Bourbon-Parme (1923-2016), fille du prince René de Bourbon-Parme (1894-1962) et de la princesse Marguerite de Danemark (1895-1992).
Biographie thumb|alt=Photo de la famille royale de Grèce au complet vers 1914.|La famille royale hellène vers 1914. Au centre, on peut voir la reine Sophie et le roi Constantin de Grèce avec, autour d'eux, de gauche à droite, les futurs rois Paul , Alexandre et Georges II de Grèce ainsi que les futures reines Hélène de Roumanie et Irène de Croatie. Princesse de Grèce Une enfance grecque Fille du diadoque Constantin de Grèce et de la princesse Sophie de Prusse, Hélène voit le jour le à Athènes, en Grèce. Bébé, elle reçoit le surnom de , qui est une déformation du mot anglais (sœur), que son frère Alexandre ne parvient pas à prononcer correctement. En grandissant, Hélène nourrit d'ailleurs une affection particulière pour Alexandre, qui a presque le même âge qu'elle.
Hélène passe la majeure partie de son enfance dans la capitale grecque. Chaque été, l'enfant et sa famille quittent cependant le royaume hellène pour voyager en Méditerranée à bord du yacht royal Amphitrite ou pour rendre visite à la mère de Sophie, l'impératrice douairière Victoria, en Allemagne. À partir de l'âge de 8 ans, Hélène suit, par ailleurs, des cours d'été au Royaume-Uni, dans les régions de Seaford et d'Eastbourne. La princesse grandit en effet dans un environnement anglophile, au milieu d'une cohorte de précepteurs et de gouvernantes britanniques, parmi lesquelles une certaine Miss Nichols s'occupe tout particulièrement d'elle.
Du « coup de Goudi » aux guerres balkaniques thumb|left|alt=Carte postale représentant la reine Sophie de Grèce et ses trois filles en 1912.|La reine Sophie entourée de ses filles Irène (à gauche), Catherine (sur ses genoux) et Hélène (à droite) peu avant la Première Guerre mondiale.
Le , un groupe d’officiers grecs, réunis dans la « Ligue militaire », organise un coup d’État contre le gouvernement du roi Georges , grand-père d'Hélène. Bien que se déclarant monarchistes, les membres de la Ligue, dirigée par Nikólaos Zorbás, demandent au souverain de démettre ses fils de l’armée. Officiellement, il s'agit de protéger les princes des jalousies que pourraient faire naître leurs amitiés avec certains militaires. Mais la réalité est bien différente : les officiers blâment le diadoque Constantin pour la défaite de la Grèce face à l'Empire ottoman lors de la guerre de Trente jours (1897).
Dans le pays, la situation est si tendue que les fils de Georges sont obligés de démissionner de leurs postes militaires afin d’épargner à leur père la honte de devoir les renvoyer. Le diadoque est par ailleurs conduit à quitter la Grèce avec son épouse et leurs enfants. Pendant plusieurs mois, la famille s'installe donc à Kronberg, en Allemagne. Hélène a alors 14 ans et c'est la première fois de sa vie qu'elle connaît l'exil.
Après bien des tensions, la situation politique finit par s'apaiser en Grèce et Constantin et sa famille sont finalement autorisés à rentrer dans leur patrie. En 1911, le diadoque est même restauré dans ses fonctions militaires par le Premier ministre Elefthérios Venizélos. Un an plus tard, éclate la Première Guerre balkanique, qui permet à la Grèce d'annexer de vastes territoires en Macédoine, en Épire, en Crète et en Égée. C'est également à la fin de ce conflit que meurt le roi Georges , assassiné à Thessalonique le , et que Constantin lui succède sur le trône hellène.
Après ces événements, Hélène passe de longues semaines à visiter la Grèce, dont elle ne connaissait auparavant que les principales villes et l'île de Corfou. Avec son père et le prince Alexandre, elle découvre ainsi la Macédoine grecque et les différents champs de bataille du premier conflit balkanique. Cependant, cette période de calme est de courte durée car la Deuxième Guerre balkanique éclate dès . Cette fois encore, la Grèce sort victorieuse du conflit, ce qui lui permet d'étendre considérablement son territoire, qui s'agrandit de 68 % au traité de Bucarest par rapport à la veille des guerres balkaniques en 1912.
Première Guerre mondiale
thumb|alt=Photographie de la princesse Hélène de Grèce|La princesse Hélène de Grèce dans les années 1920. Pendant la Première Guerre mondiale, le roi Constantin cherche à maintenir le royaume de Grèce dans une position de neutralité. Il considère en effet que son pays n'est pas prêt à participer à un nouveau conflit après les guerres balkaniques. Mais, formé en Allemagne et lié au Kaiser Guillaume dont il est le beau-frère, Constantin est rapidement accusé de soutenir la Triple-Alliance et de souhaiter la défaite des Alliés. Bientôt, le souverain rompt avec son Premier ministre, Elefthérios Venizélos, qui est quant à lui convaincu de la nécessité de soutenir les pays de la Triple-Entente pour rattacher les minorités grecques de l'Empire ottoman et des Balkans au royaume hellène, la « Grande Idée ». Protégé par les pays de l'Entente, et par la République française en particulier, l'homme d'État forme à Thessalonique, en , un Gouvernement de défense nationale parallèle à celui du monarque. Le centre de la Grèce est alors occupé par les forces alliées et le pays est en passe de sombrer dans la guerre civile : c'est le « Schisme national ».
Affaibli par toutes ces tensions, Constantin tombe gravement malade en 1915. Atteint d’une pleurésie aggravée d’une pneumonie, il prend le lit durant plusieurs semaines et manque de mourir. En Grèce, l’opinion publique s’émeut, d’autant qu’une rumeur, propagée par les vénizélistes, dit que le roi n’est pas malade mais que la reine Sophie l’a, en réalité, blessé au cours d’une dispute où elle prétendait le forcer à entrer en guerre aux côtés du Kaiser. La santé du souverain décline tellement qu’un navire est envoyé dans l’île de Tinos afin d’y chercher l'icône miraculeuse de la Vierge à l'Enfant censée soigner les malades. Après avoir embrassé l’image pieuse, le roi recouvre partiellement la santé mais sa situation reste préoccupante et il faut l’opérer avant qu’il puisse reprendre ses fonctions. Ces événements ont un impact particulier sur la princesse Hélène, qui est très proche de son père. Impressionnée par sa rémission, elle développe une religiosité plus profonde, qu'elle conserve ensuite tout au long de sa vie.