François Régis de La Bourdonnaye, comte de La Bourdonnaye, né le à La Varenne et mort le au château du Mésangeau, est un homme politique français. Il est surnommé le « jacobin blanc » par Élie Decazes.

Après une carrière d'élu local du Maine-et-Loire sous le Premier Empire, il devient parlementaire durant quasiment toute la Restauration, cinq fois élu député. Il est l'un des chefs contre-révolutionnaires les plus radicaux durant la Restauration en étant à la tête de la faction des « pointus » de la mouvance Ultraroyaliste. Il est brièvement ministre français de l'Intérieur sous Charles-X. Il est connu pour son opposition farouche aux premiers ministères de la Restauration, puis par une opposition plus modérée au ministère Martignac, puis enfin pour sa brève participation au ministère Polignac.

Jeunesse François-Régis de La Bourdonnaye appartient à la famille de La Bourdonnaye. Famille d'origine bretonne dont la noblesse remonte, selon Régis Valette, à 1427Étienne de Séréville et Fernand de Saint-Simon, Dictionnaire de la noblesse française, 1975, page 574.Régis Valette, Catalogue de la noblesse française subsistante, 2007.. La branche de François-Régis s'est installée en Anjou un siècle avant sa naissance.. Il est le fils de Joseph Avoye de La Bourdonnaye de Liré et de Bonne Jeanne Tranchant du Tret.

Durant sa jeunesse, son père, déjà âgé, ne s'occupe que peu de son éducation, laissant ce soin à sa mère et son frère aîné Julien Anne Joseph de La Bourdonnaye (né en 1745, prêtre, qui fut successivement Vicaire Général de Tours, Cambrai, Angers et Nantes, décédé en 1809).

À la mort de son père, il interrompt ses études au collège de Beaupréau pour entrer en 1786 comme officier au Régiment d'Austrasie-InfanterieRobert et Cougny où il servira jusqu'à la Révolution.

Dès le début de la Révolution, il met son dévouement monarchique au service de Louis XVI. Il est officier municipal à Angers en 1790Michaud. Il rejoint les Chevaliers du poignard. Il est arrêté le aux Tuileries par la Garde nationale. D'abord emprisonné à l'Abbaye, il est relâché au bout de quelques jours et renvoyé dans son régiment en garnison à Briançon.

L'émigration

C'est alors qu'il émigre pour la Suisse, avec nombre de ses camarades, et sert dans l'armée de Condé à partir d'.

Il passe ensuite quelques mois en Suisse avant de rentrer en France sous le Directoire.

Il s'installe tout d'abord à Orléans sous le faux nom de Guibert, puis s'établit à Angers, où il épouse, le , Émilie Vollaige de Vaugirault dont il aura un fils, Charles Marie Adolphe de La Bourdonnaye (1806-1842).

Mais le coup d'État du 18 fructidor an V () le contraint, à peine quinze jours après son mariage, à s'exiler en Suisse, où il restera jusqu'en . Il en profite pour étudier la nature et les diverses formes de gouvernements. C'est à cette époque qu'il s'enthousiasme pour la Constitution anglaise.

Grâce au sénatus-consulte de 1802, il rentre en France pour s'installer au château du Mésengeau, en la commune de Drain, qu'il fait reconstruire à l'emplacement d'une gentilhommière incendiée en 1794..

Débuts politiques sous l’Empire

Il est alors appelé au collège départemental de Maine-et-Loire pour le canton de Champtoceaux. Rallié à l'Empire, il est nommé le (), par décret du Premier consul, conseiller général de Maine-et-Loire.

En l'an XII, il entre au conseil municipal d’Angers, où il restera jusqu'en 1830. Il soutint en 1806 au sein du conseil général de Maine-et-Loire l'adresse à Bonaparte pour l'hérédité de la couronne.

En 1807, il brigue et obtient la candidature au Corps législatif, mais Napoléon, redoutant de voir apparaître en cette institution des orateurs de talents, refuse de le nommer.

La même année, il devient Secrétaire du conseil général de Maine-et-Loire, avant d’en devenir quatre fois son Président du au . Il le sera à nouveau du au puis du au et enfin du au , où il démissionne du Conseil général.

En 1814, comme Président du Conseil général, il fut le premier à prêter serment de fidélité à Louis XVIII, qu'il reçut ensuite de ses collègues. Cependant, il ne fait pas preuve d'un enthousiasme débordant dans son adresse au Roi. Il demande que « nos anciennes institutions restent en harmonie avec nos lois ». Il demande aussi que seuls les biens non vendus des Émigrés leur soient restitués. Enfin, il termine en disant que « la modération de Votre Majesté, la sagesse de sa politique, nous garantisse au milieu des nations, la place que réclament notre gloire et nos intérêtsMouvement provincial en 1789 : Biographie des députés de l'Anjou, 1865. »

Cependant, les évènements des Cent-Jours modifient profondément sa position. Horrifié par l'abandon brutal de l'armée et de ceux qui, la veille encore, soutenaient Louis XVIII, il sombre dans la haine et le ressentiment.

C'est pourquoi, lorsqu'il participa au Collège électoral de Maine-et-Loire au début d', son discours a complètement changé et il y exprime des opinions qui déjà apparaissent extrêmes, concluant son discours par ses termes : « Sire, soyez puissant pour être juste, soyez fort pour être clément. »

Député sous la Restauration

Premier mandat de député de 1815 à 1816 vignette|François-Régis, comte de La Bourdonnaye Le , il est élu, par le collège du département, député de Maine-et-Loire, à une faible majorité et à la fin de la liste par 107 voix sur 213 votants et 276 inscrits.

Il se fit, dans un premier temps, peu remarquer. Rapporteur d'une commission chargée d'apprécier les modifications au règlement de la chambre, il prit une position, lors de son rapport le , qui fut peu comprise par la chambre. Il y défendait en effet le droit de pétition et le caractère sacré des droits que la charte avait garantie à la nation.

Mais très vite, il devient le chef du groupe des « pointus », la frange extrémiste des ultraroyalistes..

Son premier fait d'armes fut sa motion sur « l'amnistie » qu'il défendit « avec des paroles terribles ». Il réclame alors .. Dès le , il avait présenté en comité secret sa motion qui débutait par une formule d'amnistie pour ensuite en exclure plusieurs catégories de personnes : La première catégorie comprenait les titulaires des grandes charges administratives et militaires ayant constitué le gouvernement des Cent-Jours. La seconde catégorie comprenait les généraux, les commandants de place ou de corps, les préfets qui étaient passés à l' « usurpateur ». La troisième catégorie comprenait ceux qui avaient accepté des places de l' « usurpateur », siégé dans les chambres ou signé l'acte additionnel.

Les individus relevant des deux premières catégories devaient être immédiatement jugés et condamnés suivant l'article 87 du code pénal, c'est-à-dire à la peine de mort. Tandis que les individus relevant de la troisième catégorie devaient être condamnés à la mort civile. Pour tous, leurs revenus devaient être séquestrés.

Cette proposition valu à La Bourdonnaye d'être appelé L'homme aux catégories par ses opposants libéraux. Une commission fut alors chargée d'examiner cette motion, qui servit de base au fameux projet de loi dite « d'amnistie » qui fut déposé par le duc de Richelieu, le . Le projet ministériel, qui atténuait la rigueur de la motion de La Bourdonnaye, fut adopté, malgré les efforts du rapporteur, Jacques-Joseph Corbière, qui tenta de rétablir en vain les fameuses catégories qui avaient été supprimées par le Ministère.

La Bourdonnaye n'en défendit pas moins avec ardeur cette loi« Assassins de votre Roi, oppresseurs de vos familles, destructeurs de la liberté de la France vaincue, ces hommes réclament aujourd’hui l’oubli du passé, toujours présent à leur mémoire, du passé qui est à leurs yeux la source inépuisable de criminelles espérances et de nouveaux malheurs. Ces hommes, que l’audace et l’énergie caractérisent, que les passions fougueuses et l’habitude du crime rendront toujours dangereux, se présentent et réclament une amnistie, comme s’ils n’avaient pas le signe de la réprobation imprimée sur le front des fratricides. Mais ces hommes n’ont point le remords de Caïn ; ils ne s’ensevelissent pas comme lui dans les déserts, ils n’habitent pas les forêts, ils sont au milieu de nous ! ils jouissent d’immenses richesses, leurs palais sont ouverts à des esclaves nombreux, qui, placés entre l’espoir et la crainte, viennent solliciter la faveur d’un coup d’œil, en attendant le moment de la vengeance. » :

Cependant, il clôt son discours en développant ses théories sur le gouvernement représentatif« Quelques esprits timides redoutent les dangers d’une opposition qui se manifeste dans une discussion publique ; ils sont toujours prêts à s’élever contre les observations qui peuvent naître au sein de cette chambre, et tendent ainsi à n’être qu’une griffe employée à sanctionner les volontés ministérielles. C’est une grande erreur. La légitimité du gouvernement fait et doit faire sa force, mais il a besoin d’être soutenu par l’opinion publique. Or, l’opinion publique se manifeste par l’assentiment des deux chambres. Qu’il s’élève dans leur sein une résistance aux volontés ministérielles, c’est une résistance légale, fondée sur les pouvoirs représentatifs, qui fait naître la confiance dans ses mandataires. Ôtez à ces derniers la puissance de s’opposer, le mépris devient leur partage, il n’y a plus qu’un fantôme de représentation, et tous les liens du gouvernement représentatif sont rompus. Si nous étions réduits à discuter et à adopter après avoir discuté ce que proposent les ministres, il n’y aurait qu’un vain simulacre de représentation nationale, et le résultat véritable de ce système serait l’affaiblissement du gouvernement représentatif . »

Dans ces deux extraits des discours de La Bourdonnaye, on trouve les deux éléments essentiels et pourtant a priori contradictoires de toute sa carrière politique, à savoir la défense à outrance de la monarchie mais aussi le respect de l'opposition et du système représentatif de gouvernement.

Il participa le à l'important débat sur le projet de loi sur les élections, présenté par le comte de Vaublanc, ministre de l'intérieur. S'il était globalement en accord avec le projet amendé par la commission, il s'opposa à certains points, notamment sur l'âge minimum pour être élu député qu'il considérait devoir être de quarante ans« sans doute beaucoup de Français, et nous en avons la preuve sous les yeux, peuvent avant quarante ans réunir l'énergie à la modération, mais ce n'est qu'à cet âge, que fixé dans une carrière qu'ils ont déjà à moitié parcourue, ils ont marqué le but de leur ambition. Ce n'est plus dans un désordre général qu'ils peuvent placer leurs espérances. Époux et pères, enchaînés par tous les liens de la famille et de la propriété, la tranquillité est le premier de leurs besoins. Moins ardents, moins livrés aux séductions, ils ont toutes la maturité du talent, sans avoir à redouter l'effervescence des passions. Ils peuvent encore être corrompus sans doute, mais ils ne peuvent plus être entraînés. Leur caractère est connu, les circonstances l'ont développé et leur vie passée est le garant de l'avenir. »

Il participa enfin au débat sur le budget où il attaqua pour la première fois le ministre de la Police, le comte Élie Decazes qu'il accusa de percevoir illégalement des impôts entachés d'immoralité et de substituer sans façon l'arbitraire des ordonnances à la fixité de la loi. L'attaque fut si vive et si directe, que la majorité troublée refusa la publication de ce discours.

La dissolution de la chambre décidée par l'ordonnance du l'irrita profondément et accentua encore son hostilité au cabinet Decazes, qu'il considérait comme l'instigateur de cette décision.

Second mandat de député de 1816 à 1820 vignette|François Régis de La Bourdonnaye, comte de La Bretèche|200px