Zao Wou-Ki (), né le à Pékin et mort le à Nyon, est un peintre et graveur chinois naturalisé français en 1964.

Il est rattaché, dans les années 1950, à la nouvelle École de Paris, puis à l'abstraction lyrique avant de devenir, selon la définition de Claude Roy :

Son œuvre est vaste. Il comprend les peintures réalistes de ses premiers tableaux qui sont surtout des portraits, quelques natures mortes et des paysages (1935-1949), ainsi que des huiles sur toiles de grands formats inspirées de Paul Klee qui tendent vers l'abstraction à partir des années 1950, puis l'abstraction lyrique dans les années 1960, des encres de Chine, des calligraphies.

Apprécié en Occident, ami notamment de Pierre Soulages, de Joan Miró et de Henri Michaux, il est reconnu par son propre pays à partir de 1983. À cette date, il est accueilli à Pékin, où ses œuvres sont exposées au Musée national de Chine.

La France lui a rendu hommage à plusieurs reprises. Il a été nommé grand Officier de la Légion d'honneur, commandeur de l'ordre national du Mérite et officier des Arts et des Lettres.

Biographie

Enfance et jeunesse en Chine thumb|left|Peinture sur soie attribuée à Mi Fu (1051-1107). Une autre peinture attribuée à cet auteur faisait partie du trésor familial des Zao. thumb|Peinture de Zhao Mengfu (1254-1322). Une autre peinture attribuée à cet auteur faisait partie du trésor familial des Zao. Six mois après la naissance de Zao Wou-Ki, son père, banquier, s'installe à Nantung (Nantong), au nord de Shanghai. Zao Wou-Ki y fait ses études primaires et ses études secondaires jusqu'en troisième année.. Sa famille est une très ancienne famille dont l'origine remonte à la Dynastie Song . Il est l'aîné de sept enfants, tous des intellectuels, dont un (Chao Wu-Wai) ira vivre aux États-Unis tandis que les autres resteront en Chine.

Chaque année, pour célébrer l'anniversaire des ancêtres, on expose le trésor familial qui se compose de deux peintures : l'une de Zhao Mengfu (1254-1322), l'autre de Mi Fu (1051-1107).. Encore aujourd'hui Wou-Ki considère Mi FuÉgalement orthographié Mi fei. comme l'un des plus grands des peintres chinois parce que Il pense aussi qu'il n'aurait sans doute pas été peintre si son milieu familial ne l'y avait pas prédisposé et que s'il avait été meilleur en mathématiques, il serait devenu médecin.. Le père de Wou-Ki est en tout cas très heureux que son fils ne souhaite pas être banquier.

Élève très doué, passionné de littérature, Wou-Ki dessine et peint dès l'âge de dix ans. Sa famille ne décourage pas le garçon de poursuivre dans cette voie, sauf lorsqu'il lui prend la fantaisie de peindre ses motifs sur les assiettes familiales datant du . Son grand-père lui apprend à observer et apprécier la calligraphie à laquelle il accorde une très grande importance parce qu'il la considère comme un art, et non pas seulement comme une technique, parce qu'elle transmet une émotion. L'aïeul calligraphie lui-même au dos de chaque feuille des notes et des dessins représentant le sujet que désigne chaque caractère.

En 1935, Zao Wou-Ki entre, à quatorze ans, à l'école des beaux arts de Hangzhou après avoir réussi l'examen d'entrée qui consiste à dessiner une statue grecque d'après moulage.. Il étudie pendant six ans le dessin d'après des plâtres puis des modèles, la peinture à l'huile, la peinture traditionnelle chinoise par des copies et, de façon plus théorique, la perspective à la manière occidentale et la calligraphie. Ce n'est qu'en sixième année que les élèves abordent la peinture à l'huile. Mais l'élève n'attend pas qu'on lui donne des cours et il s'exerce chez lui en faisant des paysages et des portraits de sa sœur. Les professeurs de l'école des beaux-arts de Hangzhou sont en majorité chinois mais il y a aussi des enseignants venus de l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. Certains professeurs chinois ont été formés aux Beaux-Arts de Paris. À la suite de l'occupation de la Chine par les Japonais, l'école des beaux-arts de Hangzhou déménage en 1938 pour s'installer à Chongqing (ou Tchoung-King), elle ne reviendra dans sa ville initiale qu'en 1946 après la Reconquête chinoise de 1945.

Très vite, Zao Wou-Ki ressent le besoin de s'éloigner de la peinture traditionnelle ou académique, et il a envie de chercher ailleurs une autre forme d'inspiration. Nommé assistant dans son école en 1941, le peintre présente sa première exposition à Chongqing et c'est son père qui lui achète sa première œuvre. Zao Wou-Ki juge ainsi ses premières œuvres . Il s'inspire de la peinture française à partir de cartes postales que son oncle lui rapporte de Paris, ou bien des pages des journaux reproduisant des peintures qu'il découpe dans des revues (Life, Harper's Bazaar, Vogue). Il est donc d'une certaine manière en contact avec Paul Cézanne, Amedeo Modigliani, Auguste Renoir.. Les solutions aux problèmes qu'il se pose sont chez ces maîtres, principalement Cézanne et Matisse, et non plus dans la peinture traditionnelle chinoise ou dans la peinture académique européenne.

En 1942, c'est lui qui organise au Musée national d'histoire naturelle de Chongqing, une exposition avec des œuvres de Lin Fengmian, de Guan Liang, de Ding Yanyong, de Li Zhong-Sheng, d'inspiration surréaliste, et quelques-unes de lui-même.

En 1946, il accompagne le retour de son école à Hangzhou. À 27 ans, en 1947, avec l'autorisation de son père, le peintre quitte son pays après une exposition personnelle à Shanghai. Il considère qu'il n'en est encore qu'au stade de l'apprentissage. Il s'embarque à Shanghai avec sa première femme Lan-Lan (dont il dit plus tard : « Lan-Lan était musicienne de formation, puis s'était mise à la peinture. (...) Lorsque nous nous sommes mariés, j'avais dix-sept ans, elle en avait seize. Nous étions beaucoup trop jeunes.... ») le . Le couple débarque à Marseille plus d'un mois plus tard.

La France et l'Europe Arrivé à Paris le , Zao Wou-Ki s'installe dans le quartier du Montparnasse, dans un petit atelier rue du Moulin-Vert voisin de celui d'Alberto Giacometti. Il apprend le français à l'Alliance française, fréquente l'académie de la Grande Chaumière où il suit les cours d'Othon Friesz. Il dira quelques années plus tard (1976) que c'est à Paris qu'il a trouvé sa véritable personnalité. Il a choisi de s'y installer à cause de l'impressionnisme, pour lequel il éprouve une tendresse particulière.. Ses amis sont à ce moment-là Norman Bluhm, Jean-Paul Riopelle, Nicolas de Staël, Sam Francis, Pierre Soulages, Maria Helena Vieira da Silva, Hans Hartung artistes venus de différents lieux géographiques (Canada, États-Unis, Portugal, Allemagne) qui se retrouvent à la galerie Nina Dausset, rue du Dragon.

Dès 1949, Zao Wou-Ki remporte le premier prix d'un concours de dessin dont le jury est composé de André Lhote et Marcel Gromaire. Il reçoit comme récompense une Histoire de la peinture occidentale éditée par Albert Skira. Sa première exposition parisienne, préfacée par Bernard Dorival (" Il a été le premier qui ait su définir l'esprit de ma peinture. Il m'arrive de relire cette petite préface et je suis toujours ému de cette sollicitude") a lieu la même année à la galerie Greuze, mais le jeune artiste a déjà été exposé en 1946 au musée Cernuschi par Vadime Elisseeff (fils de Serge Elisseeff) qui avait ramené de son voyage en Chine une vingtaine de ses toiles. À l'imprimerie Desjobert il apprend les techniques de la lithographie. En 1950, c'est le galeriste Pierre Loeb qui vient visiter l'atelier du peintre, amené par Henri Michaux qui deviendra un ami proche. Le peintre travaille pour Loeb à partir de cette date jusqu'en 1957. Cette même année, Zao Wou-Ki participe au Salon de mai où il va exposer jusqu'en 1978 et présente ses premières lithographies à la galerie La Hune.

Une exposition de gravures organisée par l'éditeur, critique d'art et collectionneur suisse Nesto Jacometti à Berne et à Genève en 1951 permet à Zao Wou-Ki de découvrir Paul Klee. Pour lui, à Berne, une porte va s'ouvrir :

Car Klee aborde la peinture avec une attitude intérieure analogue à celle des peintres d'Extrême-Orient sans avoir jamais connu la Chine. C'est sa démarche que Zao Wou-Ki va suivre, et que l'on retrouve dans certains de ses tableaux notamment à Venise avec le tableau Piazza.. À Anvers en 1952, et aux corridas espagnoles à la fin de la même année. Zao Wou-Ki cherche à interpréter la nature. Dans la peinture, la couleur crée un espace féerique où les fonds poncés et grattés, les dégradés de nuances rappellent les paysagistes Song. Et sur ces fonds, le peintre trace des signes, notamment le caractère-idéogramme qui se souvient du vol de la gondole à la surface de la Lagune. À la même époque, il commence à faire des marines.

Régulièrement exposé à Paris à partir de 1952, puis en Suisse, à Bâle, et à Lausanne, aux États-Unis à Washington et Chicago, à New York où Henri Michaux écrit la préface du catalogue de l'exposition à la galerie Birch, Zao Wou-Ki est maintenant internationalement reconnu.. Roland Petit fait en 1953 appel à lui pour les décors du ballet La Perle sur un thème de Louise de Vilmorin, musique de Claude Pascal, chorégraphie de Victor Gsovsky. C'est à cette époque qu'apparaît une métamorphose de son art qui déroute les collectionneurs : « Ma peinture devient illisible. Natures mortes et fleurs n'existent plus. Je tends vers une écriture imaginaire, indéchiffrable », se souvient-il en 1976.. Durant plus d'un an son marchand ne vend aucune toile. Le s'ouvre au Cincinnati Art Museum une rétrospective de l'œuvre gravé du peintre dont Nesto Jacometti publie le catalogue raisonné. À partir de 1955, Gildo Caputo et Myriam PrévotGildo Caputo et Myriam Prévot sont à partir de 1950 les nouveaux directeurs de la galerie de France fondée en 1942. voient en lui

Zao Wou-Ki se lie en 1955 avec Edgard Varèse auquel il dédie un tableau en 1964.. Jean Leymarie raconte que le peintre devient

Reconnaissance internationale thumb|Grand Palais à Paris. thumb| Musée national du Palais à Taipei. thumb|Musée national de Chine où Zao Wou-ki a été exposé en 1983À ce moment-là le musée achevé en 2003 n'avait encore cet aspect-là. L'actuel bâtiment est issu de la réunion de deux bâtiments : le Musée national d'histoire, et le musée de la révolution chinoise.

Pour surmonter l'épreuve que représente sa rupture avec sa première épouse Lan Lan au début 1957., le peintre parcourt le monde jusqu'en 1959. Il va à New York où réside son frère et il rencontre des artistes de l'école de New York qui deviendront des amis, notamment Franz Kline, Hans Hofmann, Adolph Gottlieb, William Baziotes et bien d'autres. Il apprécie la fraîcheur de cette peinture américaine spontanée. Puis avec Pierre et Colette Soulages, il visite un grand nombre de musées (San Francisco, Chicago, Washington, D.C.), très étonné d'y trouver tant de peintures françaises. Son périple voyageur le conduit ensuite au Japon à Tokyo, puis à Hong Kong. C'est là qu'il rencontre en 1957 celle qui va devenir sa deuxième épouse : Chan May Kan..

En 1957, quand il fait un court retour à Paris, le marchand d'art américain Samuel Kootz, qu'il a rencontré à New York vient visiter son atelier et le prend sous contrat. Il expose le peintre dans sa galerie jusqu'en 1967, date de sa fermeture. La même année, l'artiste est aussi sous contrat avec la Galerie de France dirigée par ses amis Gildo Caputo et Myriam Prévot. À partir de 1959, Zao Wou-ki se rend désormais chaque année à New York pour les expositions de ses œuvres chez Kootz, et il décide de changer d'atelier, le sien étant désormais trop étroit. Il s'installe rue Jonquoy dans un entrepôt transformé par l'architecte Georges Johannet qui a aussi réalisé l'atelier voisin de Vieira da Silva.

En 1964, il obtient la nationalité française grâce à André Malraux. Plus tard, Georges Pompidou possède une toile de lui dans son bureauLaurent Léger, « Mais qui a tué Zao Wou-Ki ? », Vanity Fair , octobre 2013, pages 148-157..