est le quatrième album studio du groupe de rock irlandais U2, sorti le sous le label Island Records. Enregistré au château de Slane Castle dans le Comté de Meath et aux Studios Windmill Lane à Dublin du au , il est produit par le Britannique Brian Eno et le Canadien Daniel Lanois, qui débutent en même temps une longue collaboration avec la formation dublinoise. Disque de rupture par rapport à la trilogie précédente dite « héroïque », The Unforgettable Fire marque une étape importante dans la carrière de U2 qui oriente désormais son rock vers des contrées sonores plus aventureuses et apaisées. Le titre du disque est un hommage à une exposition de peintures organisée par les survivants d'Hiroshima et Nagasaki. La chanson phare de l'album Pride (In the Name of Love), accède à la dans les charts britanniques et devient le plus gros tube du groupe à l'époque. Le disque quant à lui, a reçu des critiques généralement favorables de la presse et s'est vendu à d'exemplaires à travers le mondehttps://chartmasters.org/cspc-u2-popularity-analysis/ dont rien qu'aux Etats-Unis. Pour The Edge : . La tournée promotionnelle de l'album, marquée par l'interprétation améliorée de la chanson Bad Henke, James (18 July 1985). "Wide Awake in America Album Review". Rolling Stone. No. 452/453., se déroule du au .
Historique
Contexte Après le succès de l'album et de la tournée War, U2 veut se remettre en question et explorer d'autres horizons musicaux.. « Nous recherchions quelque chose d'un peu plus sérieux, plus artistique » se souvient le bassiste Adam Clayton. Pour ce premier grand virage, les Irlandais doivent prendre une décision délicate, substituer Steve Lillywhite, dans la production du prochain disque. Ils sont pourtant satisfaits du travail accompli par le Britannique sur leurs trois précédents opus. Mais, ils savent aussi qu'ils ne doivent pas s'aventurer dans la ruelle sans issue impliquant la répétition de poncifsRoger De Clek, U2, Feu Irlandais, chapitre : le chemin vers la gloire, histoire de la conception de The Unforgettable Fire, page 28, collections image du rock, Editorial La Mascara.thumb|Brian Eno, coproducteur de l'album.
Après avoir songé à Conny Plank qui a réalisé les disques de Can et de Kraftwerk ou encore à Jimmy Iovine, qui vient de produire leur album live Under a Blood Red Sky, U2 veut travailler avec l'Anglais Brian Eno, ancien membre de Roxy Music. Ce dernier, musicien d'avant-garde est souvent cité comme inventeur de l’ambient music ainsi que producteur célèbre de David Bowie, notamment sur la trilogie berlinoise (Low, "Heroes" et Lodger). Il a aussi travaillé avec les Talking Heads sur trois de leurs albums dont le plus connu est Remain in Light en 1980 qui aura une influence sur The Unforgettable FireNiall Stokes, U2 les secrets de toutes leurs chansons, page 57.
Le problème est que Brian Eno se consacre désormais à la vidéoU2 by U2, Neil McCormick, page 148 et ne veut plus retravailler avec un groupe de rock. U2, par l'intermédiaire de Bono, va se démener pour obtenir ses services, notamment par l'envoi de courriers, de maquettes ou de discussion téléphonique.. Finalement, après mûre réflexion, il accepte de produire le nouveau disque de U2U2, les secrets de toutes leurs chansons, Niall Stokes, The Unforgettable Fire, page 48, éditions Hors Collection, mars 2013. Il amène avec lui en Irlande son associé canadien, l'ingénieur du son Daniel Lanois.. Brian Eno confiera plus tard à U2 qu'il avait pris la décision de refuser ce travail et, s'il était finalement venu à Dublin, c'était pour aider Daniel Lanois à décrocher le contrat puis se retirer après.
En dépit des hésitations initiales de Chris Blackwell, le fondateur des disques Island, redoutant qu'Eno ne plombe un groupe en pleine ascension « sous une couche d'inepties estampillées avant-garde »U2 by U2, propos de The Edge, page 149, cette première collaboration entre le duo de producteurs et U2 va s'avérer payante. L'expérience sera même reconduite à de nombreuses reprises au cours de la carrière de U2, notamment trois ans plus tard avec la parution du mythique The Joshua Tree.
Enregistrement thumb|Le groupe a écrit les premiers morceaux de l'album chez Bono, dans une tour Martello, à la fin de l'année 1983.Au lendemain de la tournée War au Japon en The Edge on 'The Unforgettable Fire'". Propaganda. No. 3. U2 World Service. 1986, U2 répète dans la maison de Bono au bord de la mer, dans une tour Martello à Bray, dans le comté de Wicklow. Pendant cette période, les premières versions des chansons Pride (In the Name of Love), The Unforgettable Fire et A Sort of Homecoming sont composéesMcCormick (2006), p. 147.
thumb|Château de Slane Castle Mais, le groupe commence à véritablement travailler sur l'album le , aidé des producteurs Brian Eno et Daniel LanoisMcGee (2008), p. 75-76. Pour la première fois de sa carrière, U2 n'enregistre pas dans un studio traditionnelMcCormick (2006), pp. 148–149. Une partie de l'album est réalisée au château de Slane CastleNiall Stokes, U2 les secrets de toutes leurs chansons, introduction de The Unforgettable Fire, page 48, mars 2013, situé dans la vallée de la Boyne, afin d'obtenir un son live. Daniel Lanois est un spécialiste de ce genre d'enregistrement hors studio, en décors naturels.. Ce dernier avait initialement prévu que U2 enregistre entièrement dans la salle de bal du châteauPrendergast, Mark (September 1987). "The Magic of Daniel Lanois (Part II)". Sound on Sound. Vol. 2, no. 11. pp. 42–46.. Mais à peine arrivée, les producteurs constatent que la salle de bal présente un excès de réverbération naturelle, nécessitant l'ajout de matériaux absorbants le son tels que des rideaux sur les mursJobling (2014), pp. 115–122. Par conséquent, la majeure partie de l'enregistrement a lieu dans la bibliothèque, qui est plus petite, rectangulaire, remplie de livres et offrant une meilleure qualité sonorehttps://www.reuters.com/article/us-lanois-idUSTRE59P56220091026/.
L'enregistrement sera long - le groupe travaillant parfois de à du matin - et même stressant sur la fin. Impressionnés par Brian Eno, Bono et The Edge se montrent à la fois curieux de tout ce qu'il peut leur enseigner et disponibles, malléables, ouverts à toutes ses idéesLes Inrockuptibles 2, U2 40 ans au sommet, 1982-1985 : feu sacré, histoire et analyse de l'album The Unforgettable Fire, par Louis-Julien Nicolaou, novembre 2017. L'Anglais s'entend notamment très bien avec The Edge en qui il voit le véritable architecte de la musique de U2. Brian Eno se concentre sur les idées créatives et les aspects conceptuels, tandis que Daniel Lanois s'occupe des tâches de production.. Bien qu'il y ait parfois des divergences sur l'orientation musicale à prendre, Brian Eno et U2 partagent une passion commune pour l'élaboration d'idées de chansons à travers des séances d'improvisationBradley Morgan, U2 Until the End of the World, chapitre : In God's Country, page 59, éditions, Place des Victoires, 4e trimestre 2025. De son côté, Daniel Lanois sonorise la salle de bal pour y enregistrer les répétitions du groupe. Comme Brian Eno, il est très attentif à l'accidentel et à l'aléatoire, laissant improviser les musiciens qu'il lui arrive parfois d'enregistrer à leur insu (le morceau 4th of July) Niall Stokes, Into the Heart: The Stories Behind Every U2 Song.. Le Canadien, passionné de guitare, percussionniste et joueur de pedal steel, offre un contraste parfait avec un Brian Eno qui se décrit lui-même comme un « anti-musicien »Les Inrockuptibles, U2 40 ans au sommet, texte sur Daniel Lanois, page 30, 2017.
Brian Eno et Daniel Lanois apportent assurément un nouveau souffle atmosphérique et de nouvelles textures, en particulier grâce à l'utilisation de boucles de synthétiseur ou d'arrangements de cordes. Ils incitent U2 à l'expérimentation, privilégiant l'atmosphère plutôt que le rock héroïque de leurs débuts, en employant des effets de delay ou de sustain (e-bow). La basse est davantage orientée vers la mélodie, plus douce et moins dominante, tandis que la batterie se montre moins martiale et plus subtile, intégrant des éléments de polyrythmie. . Larry Mullen Jr. complète en précisant que Brian Eno et Daniel Lanois, furent les premiers à véritablement s'intéresser à la section rythmique du groupe, tandis que Steve Lillywhite mettait davantage l'accent sur la voix et les guitares. C'est aussi la première fois, sur un album de U2, qu'un synthétiseur a été utilisé ; plus précisément un Fairlight CMI, pour enrichir le son de certaines chansonsMcGee (2008), p. 76.
Le , U2 rentre à Dublin dans ses studios de Windmill Lane pour terminer le disque. The Edge a expliqué que lorsqu'ils enregistraient dans un nouveau lieu comme Slane, il leur fallait quelques semaines pour « s'imprégner de l'élan du nouvel environnement créatif ». En studio, Les producteurs se divisent le travail : Brian Eno travaille avec le groupe le matin et Daniel Lanois l'après-midi. D'après Adam Clayton, des tensions se produisent entre U2 et le duo Eno-Lanois, car les Irlandais ne sont pas en mesure d'achever quoi que ce soitMcCormick (2006), p. 152. Les producteurs et The Edge dissuadent Bono de terminer les paroles de Pride (In the Name of Love) et de Bad : « Pourquoi écrire des paroles. A quoi bon ? Là on ressent ce que tu exprimes [...] ». La star de U2 regrettera plus tard de les avoir écoutés : « Je n'ai jamais achevé le titre magistral qu'aurait pu devenir Bad »U2 by U2, propos de Bono, page 151, éditions Au diable Vauvert, 2006.
Douze jours avant la date limite pour terminer l'album et à un mois du début de la tournée en Océanie, Bono annonce aux autres membres de U2 qu'il ne pourra pas boucler ses textes. Paniqué, le reste du groupe lui lance alors un ultimatum. Brian Eno de son côté, part avant la fin de l'album, laissant à Daniel Lanois le soin de superviser le mixage final puis le mastering à Londresobling (2014), pp. 115–122. « Brian était impatient, se rappelle Larry Mullen Junior. Mais, à sa décharge, il faut avouer qu'à la longue, regarder U2 travailler peut devenir insoutenable. » Enfin, le travail finit par aboutir et l'album est terminé le . La tournée débute à Christchurch en Nouvelle-Zélande le 29 du même mois. et le disque sort officiellement dans le monde entier le .
Caractéristiques artistiques
Analyse du contenu De genre rock, The Unforgettable Fire est composé de 10 chansons et sa durée d'écoute est de et . Le nom du disque tire son origine d'une exposition de peintures et de dessins au musée pour la paix de Chicago, réalisés par des survivants de la bombe atomique à Hiroshima et de NagasakiPetit dico de U2, Hubert Allin, analyse de The Unforgettable Fire, page 118, éditions du Rocher, août 2010. D'après Bono, le thème de l'album Les deux 45 tours du disque sont Pride (In the Name of Love) et la chanson-titre sortis respectivement le et le .
The Unforgettable Fire est le premier album de U2 à avoir une véritable cohérence sonore, une ambiance particulière. Brian Eno et U2 ont essayé de créer des par opposition à de simples chansons.. Des titres « électriques » tels que Pride (In the Name of Love) ou le funk blanc Wire sont toutefois plus conformes aux disques antérieursPetit dico de U2, Hubert Allin, analyse de The Unforgettable Fire, page 116-117, éditions du Rocher, août 2010, mais s'intègrent très bien au reste de l'album.thumb|A gauche, le château de Carrigogunnel avec les membres de U2.