vignette|Wincenty Lutosławski en 1885. Wincenty Lutosławski, né en 1863 et mort en 1954, est un philosophe polonais, écrivain, et membre de la .

Biographie Wincenty Lutosławski est le fils aîné de Franciszek Dionizy Lutosławski, propriétaire terrien de Drozdów, et de Marie, née Szczygielski. C’est dans sa maison familiale qu’a lieu la première étape d’éducation de Wincenty. En 1880, à la suite d'une crise spirituelle, il devient athée et matérialiste. L’année suivante, il termine ses études secondaires au lycée de la ville de Mitawa et entre à l’École polytechnique de Riga, pour trois semestres, qu’il ne termine pas pour des raisons de santé et aussi en raison de conflits dans la corporation estudiantine « Arkonia ». En 1884, il reprend son cursus universitaire à l’Université de Dorpat, dans les domaines de la chimie et philosophie, que lui enseigne le philosophe Gustav Teichmüller. Une année plus tard, il obtient le titre de « candidat des sciences chimiques et philosophiques ».

En , a lieu un événement qui marquera toute sa vie et qu’il appellera « découverte du moi intérieur », lors de la lecture des dialogues du « Banquet » de Platon. Durant cette expérience mystique, le jeune philosophe découvre qu’il possède une âme immortelle et se « convertit » aux idées platoniciennes, conviction à laquelle il restera fidèle le restant de sa vie. Ce vécu influencera sa pensée sur la préexistence de l’âme et la palingénésie, concepts qui ouvriront la voie vers un long cheminement menant au christianisme. En cette même année, Lutosławski part pour Paris, où il étudie sous l’œil attentif de Gaston Paris, dans la renommée École pratique des hautes études.

En 1887, le philosophe se rend à Dorpat, où il rédige sa maîtrise en philosophie. Aucun travail d’enseignant ne lui est alors proposé. Par l’entremise du linguiste polonais Jan Baudouin de Courtenay, il accède au poste d’« privat-docent » dans la ville de Kazan en Russie, où il enseigne la psychologie, métaphysique, logique et histoire de la philosophie. Dans les années qui suivent, Lutosławski continue à voyager avec enthousiasme en Amérique du Nord et en Europe. Ses études sur la pensée platonicienne, commencées en 1887, prennent de l’ampleur. Il séjourne à Londres et visite le British Museum. Ce voyage d’étude donne naissance à un écrit d’importance, car grâce à la méthode stylométrique , Lutosławski met au point une chronologie des œuvres du plus connu des élèves de Socrate. L’ouvrage en anglais, s’intitule : The Origin and Growth of Plato’s Logic with an Account of Plato’s Style and the Chronology of his Writings.

Tout en écrivant ses travaux sur Platon, il ne cesse de chercher un emploi d’enseignant sur les terres de l’ancienne Pologne. Ne trouvant aucun poste à l’université Jagellonne, il s’installe en 1898 dans la ville de Mera en Galice espagnole. Il y reçoit la visite d’amis venus de Pologne, tels que Tadeusz Miciński et Stanisław Przybyszewski. Cette même année, Lutosławski se voit octroyer à Helsinki, le titre de docteur en philosophie, pour son traité : Über die Grundvoraussertzungen und Consequenzen de Individualistischen Weltanschaung. À la suite de cet avancement, il repart pour Cracovie, où on ne lui propose qu’une situation de « privat-docent ».

Lors de son séjour cracovien, Wincenty Lutosławski fait preuve d’un comportement extravagant, s’habillant par exemple en costume folklorique des montagnards polonais. Lors de ses exposés de plusieurs heures, il proclame des idées sociales radicales, attaque le positivisme, la décadence philosophique, le pessimisme ambiant, le nihilisme et s’en prend même au pouvoir autrichien en place, et à la mouvance politique appelée « Stańczykowie ». Ces actions suscitent l’inquiétude des autorités universitaires, qui décident d’observer de près ses agissements. S’ensuit le constat du philosophe Karol Żuławski qui soutient que Lutosławski a de graves problèmes psychiques, ce qui en raison de ses opinions philosophiques et politiques, oblige l’Université à résilier son statut.

En 1899, sur invitation de Zygmunt Balicki, Lutosławski devient membre de la , organisation clandestine nationale à caractère démocratique. Il en est membre jusqu’en 1910, participant à tous ses travaux. Comme commissaire de son Comité central, il fonde le cercle de cette même Ligue nationale à Poznań. Le savant entretient de cordiales relations avec les politiciens nationaux-démocrates, qui lui rendent visite dans ses appartements privés de Cracovie et dans sa résidence de Drozdów. Balicki est l’un des privilégiés.

En 1903, Lutosławski fonde l’association Eleusis, qui a comme but de propager une éducation catholique et patriotique, empreinte d’idées des grands écrivains romantiques polonais, proclamant la liberté comme moyen de libération morale acquise par l’ascèse, la discipline, les exercices de volonté, l’abstinence de tout jeux de hasard, de la sexualité, du tabac et de l’alcool. L’association édite plusieurs revues, dont Eleusis et Iskra. Ses membres sont recrutés parmi l’intelligentsia de la Galicie polonaise et les ouvriers de Haute-Silésie. C’est parmi eux que l’association propage la notion d’identité polonaise et les idées patriotiques. Lutosławski participe personnellement à l’éducation des adhérents. L’organisation a une grande influence sur le scoutisme, dont la plupart de ses fondateurs font partie.

Au début du , Lutosławski entreprend des voyages à l’étranger. Il donne plus d’une centaine de conférences aux États-Unis. Entre 1904 et 1906, il enseigne la littérature polonaise à l’University College de Londres. Il s’intéresse au yoga et met ses préceptes en pratique, surmontant ainsi une névrose dont il souffrait. Son intérêt pour le yoga donne naissance à la publication d’un manuel pour pratiquer cette discipline, livre intitulé «  Puissance de l’essor de la volonté », écrit en 1904, mais édité cinq ans plus tard. Le philosophe y décrit un programme de croissance morale par le biais d’exercices psychophysiques. Il se considère, de par ce fait, comme le premier yogi polonais.

Première Guerre mondiale Durant les années 1912-1916, Lutosławski réside en Suisse, à Château Barby, où il crée un foyer appelé Kuźnica (La forge), servant de centre éducatif et offrant refuge aux Polonais en exil. Il est aussi enseignant à l’Université de Genève. À la suite de l’éclatement de la Première guerre mondiale, Lutosławski veut intégrer les Légions polonaises en pleine formation, mais son ami Balicki l’en dissuade. Durant les années 1916-1919, Lutosławski habite à Paris, collaborant étroitement avec les organisations polonaises, en rédigeant des articles et des brochures sur l’indépendance de la Pologne, textes publiés ensuite dans la presse française, anglaise et américaine.

Entre-deux-guerres Une fois les hostilités de la Première guerre mondiale terminées, le philosophe s’investit dans les travaux du Bureau polonais auprès de la Conférence de Versailles, où une commission d’experts, prépare les documents nécessaires aux représentants politiques de la Pologne. Lutosławski y est grandement apprécié, surtout pour sa parfaite maîtrise de la langue anglaise. Il collabore assidûment avec l’ethnographe . Son travail consiste principalement à rédiger des brochures en anglais, concernant le tracé des futures frontières polonaises. Lui-même est partisan de celles d’avant les démembrements de la Pologne, avec la Mazurie et la ville de Gdańsk incorporés. Lutosławski écrit aussi des articles, dans lesquels il s’oppose aux plébiscites voulant déterminer les frontières polonaises; il ne cesse de combattre le bolchévisme. Il considère comme préjudiciables à la Pologne les traités valorisant les minorités ethniques polonaises.

À son retour de Paris, le , Lutosławski reçoit une proposition de poste de maître de conférence à l’université Stefan-Batory de Wilno, où il enseigne la logique, la psychologie, l’éthique et la métaphysique. Une année plus tard, il devient professeur de cette même Université. C’est à Wilno que Lutosławski forme un disciple, , qui vient de soutenir une thèse sur la notion de l’âme dans les écrits de Platon. Avant de passer son doctorat, il est l’assistant au séminaire philosophique de Lutosławski et prend part au Congrès des philosophes polonais à Lwów. Ses convictions ne sont point messianiques, mais il partage avec son maître une puissante foi dans le christianisme, qu’il pense capable de transformer le monde. En 1927, Woyczyński meurt d’une tuberculose.

Lutosławski consacre ses moments libres entre les cours universitaires à desconférences pour le grand public, aussi bien en Pologne - pour l’armée et en accord avec Józef Piłsudski et Kazimierz Sosnkowski - qu’à l’étranger. Il faut citer l’exemple, où après 1926, il prononce dans une quarantaine de villes polonaises des conférences sur la théorie de la gestion nationale, lors de rencontres organisées par l’ « Ordre des écoles polonaises », ceci sur proposition de , qui deviendra son ami. En 1927, il participe à un congrès pédagogique en Italie, y faisant connaître la pensée nationale polonaise et discutant avec une connaissance d’antant, l’éminent philosophe français, Henri Bergson. En cette même période, lors d’un voyage en Angleterre, il fait la connaissance de Gilbert K. Chesterton et d’Arnold J. Toynbee.

Après 1926, Lutosławski porte sur Józef Piłsudski un jugement négatif, en le qualifiant de personne n’ayant pas les qualités intellectuelles et morales, nécessaires pour exercer la fonction de chef de l’État. Le contenu de ses opinions se trouve dans un petit livre intitulé : Le secret du bien-être général, écrit interdit de distribution, mais finalement édité après avoir été censuré. En 1929, Lutosławski prend sa retraite, arrivant ainsi au terme de sa carrière d’enseignant à l’université de Wilno. En 1931, il s’installe à Paris et se met à rédiger ses mémoires, édités par la suite sous le titre : D’une existence aisée. En 1933, il revient à Dzięgielów, près de Cieszyń (Teschen), puis à Cracovie, où il habite jusqu’à sa mort.

Seconde Guerre mondiale Durand la Seconde guerre mondiale, Lutosławski ne quitte presque pas sa maison, et évite ainsi le sort de la plupart des professeurs de l’université Jagellonne - l’arrestation et la déportation au camp de concentration de Sachsenhausen. C’est une période où le philosophe doit faire face aux difficultés financières, qui l’obligent à vendre sa bibliothèque personnelle. Toutefois, son fils lui vient en aide en envoyant des colis avec de la nourriture. Selon le témoignage de Janina Lutosławska, son père était en ces temps d’épreuves, une véritable source de réconfort pour tous ceux qui le côtoyaient.

Après-Guerre Après la fin de la Seconde guerre mondiale, Lutosławski reste critique envers le nouveau pouvoir populaire et considère que ses changements politiques visent à transformer le pays en une république soviétique de plus. Durant les années 1946-1948, il donne gratuitement, des conférences privées à l’université Jagellonne. En 1948, Lutosławski veut reprendre ses activités universitaires, mais les autorités polonaises lui signifient une nouvelle fois leur refus. En 1948, il arrive encore à prononcer une conférence au Congrès de philosophie à Amsterdam et donne quelques cours lors de rencontres à l’Académie polonaise des arts et sciences (PAU), dont il est élu membre actif. Il travaille durant cette période à parfaire son système métaphysique, mais ne publie aucun livre sur le sujet (il sera édité qu’au : W. Lutosławski, Métaphysique, Drozdowo, 2004).

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