Le château de Marmousse se situe dans la vallée de la Blaise, un affluent de l'Eure, sur la commune de Garnay à au sud-ouest de Dreux, dans le département français d'Eure-et-Loir.

Historique

Situation géographique et administrative Une motte entourée de larges fossés se dresse dans les Hauts-de-Garnay, à deux kilomètres de celle de Chambléan. Cet ancien camp gaulois. est devenu au Moyen-Âge une motte féodale constituée du déblai de ses fossés circulaires et surmontée de sa tour en bois.. Elle était le maillon d’une ligne défensive incluant le château de Dreux. Les incursions anglaises dans le royaume de France étaient alors nombreuses. Dreux fut incendié en 1188 sous ., vingt ans après la destruction de Châteauneuf-en-Thymerais. Dès 1101 se succèdent des noms de seigneurs : Renault de Marmousse, Payen de Marmousse et en 1300, Pierre de GarnéAD 28, H3412.. La butte a servi de poste avancé au logis seigneurial. situé dans les Bas-de-Garnay, tournant le dos au village et bénéficiant des deux côtés d’une vue dégagée sur la plaine. Le seigneur et le prieur étaient à la fois des figures puissantes et tutélaires pour les habitants même s’il est arrivé que, lors des guerres de religion et de la Fronde, la soldatesque s'en prenne au curé et dévaste son prieuré.. gauche|vignette|redresse|La motte féodale. (A.D. 28) La terre de Marmousse est désignée dans un pouillé des paroisses de 1759 comme «une terre qui relève du roi et qui a moyenne et basse justice». L’essentiel des ressources provient des terres et fermes, des bois coupés tous les dix ans et des moulins à blé ou à foulon. Sous l’Ancien Régime, Garnay est un fief dépendant féodalement du comté de Dreux, judiciairement du bailliage royal de Montfort-l'Amaury et administrativement de la généralité de Paris, tandis que la deuxième partie de la seigneurie située à Chambléan appartient à la généralité d'Alençon.

Cartes et plans du domaine gauche|vignette|Marmousse sur l'Atlas de Trudaine gauche|vignette|Plan de la seigneurie de Marmousse en 1756 (A.D.28) Les Maynon, propriétaires de la seigneurie de Marmousse et Chambléan au , ont eu à cœur de répertorier leurs terres. Vincent Maynon, représenté par le receveur de ses terres, Jacques Blanchard, riche laboureur, a fait établir un terrier entre 1726 et 1730 par le tabellion royal de la baronnie de Châteauneuf-en-ThymeraisAD 28, E3785 : actes du terrier de la seigneurie de Marmousse pour Vincent Maynon.. En 1756, son fils a fait dresser le plan de la seigneurieAD 28 en ligne : fonds iconographique, Garnay, 2 Fi 202/1, section E.. D’après les cartes et les plans, l’accès à Marmousse se fait par les vallées, soit par le chemin de Dreux à Garnay, soit par la grande route de Châteauneuf à Dreux, en empruntant le chemin des Fontaines et non la sente trop pentue. De Garnay, une allée rectiligne rejoint le château et débouche sur la grande allée. À gauche, se trouve l'avant-cour flanquée de deux pavillons et encadrée par deux grandes ailes de bâtiments. À droite, le parc, le potager et l’ancienne motte.

Le château est cerné par ses douves en eau. Voici la description. qu’en fait François Perrault, curé de Prasville en Beauce (1719-1777), qui y fait une halte, sur la route du Havre.

vignette|Le canal. François Perrault écrit dans son récit de voyage que c’est Il dit vrai. Vincent Maynon a fait procéder au creusement d’un canal sur 400 mètres, depuis le Trou Blanc jusqu’au moulin de Garnay, grâce au détournement du lit de la Blaise ainsi qu’à la création d’un parc à la française et d’un miroir d’eau. L’hiver, la glace recouvrant la Blaise était cassée, transportée en charrois et entreposée dans la glacièreAD, E 3790 : bail de la ferme des Prés (nommée le moulin à foulon des Fontaines) du 12 décembre 1759 et du 29 septembre 1780 : E 37 83, n° 45.. gauche|vignette|Les nouveaux communs sur le plan du cadastre napoléonien. (A.D.28) vignette|Plan du nouveau canal en 1818 sur la demande de M. de Pinieux. (A.D.28) gauche|vignette|La ferme du château bâtie au XIXe siècle. Au , le comte de Pinieux met le domaine au goût du jour. Comblement des douves et simplification du cours de la Blaise en vue d’un débit plus rapide, avec suppression de l’ancien canal. Création d’un jardin à l’anglaise. Destruction des anciens communs pour en construire de nouveaux à une centaine de mètres à l’ouest. Mme de Pinieux, dans son testamentA.D. 28, 2E 12 art.1113., remercie son mari de tous les travaux de construction et d’embellissement qu’il a consentis et qu’elle estime à 260 000 francs.

Architecture du château Le château actuel est composé d’un long corps de logis de deux étages, flanqué d’un pavillon à chaque extrémité. Les deux façades sont semblables: le corps central est surmonté d’un fronton triangulaire percé d’un oculus, caractéristique du . Sous la corniche, un arc de briques en plein cintre englobe la porte d’entrée. On accède à l’étage noble, matérialisé par ses hautes fenêtres et sa surélévation, par un escalier à double volée.

Lors de sa vente en 1714A.N. MC/ET/CXV/357 : vente de Marmousse par Marcellin de Guillon à Michel-Jacques Lévy. puis en 1719A.N. MC/ET/LIII/193 : vente de Marmousse par Michel-Jacques Lévy à Vincent de Maynon., le château avait cette même configuration puisqu’il est désigné comme «un grand corps de logis accompagné de deux pavillons». L’épaisseur des murs plus importante du côté du canal laisse supposer que cette partie du château est la plus ancienne et que la façade fut prolongée ensuite. Autre différence avec le château actuel, il y avait dans la cour

En 1719, le château est vendu avec ses meubles. Grâce à leur inventaire, on sait que le premier étage comporte un grand appartement, une salle à manger et trois chambres, une verte, une bleue et une jaune. Au deuxième étage, il y a six chambres avec leur cabinet de toilette et leur garde-robe ainsi que 20 lits de domestiques, tant au château que dans la basse-cour. Au rez-de-chaussée, la cuisine, l’office, le bûcher, la lingerie... L'inventaire de 1732A.N. MC/ET/ 517/A., à la mort de Vincent Maynon, indique davantage de pièces meublées au premier étage: une salle à manger, deux appartements, une double chambre, cinq autres pièces, un garde-meuble et une chambre de domestique à l’entresol. La chapelle est évoquée dans les deux inventaires. gauche|vignette|Plan du premier étage au XIXe siècle (A.D.28) Au XIXe siècle, douze mansardes meublées ont été aménagées dans le grenier. Le premier étage, desservi par un corridor sur toute la façade sud-ouest, comporte une salle à manger en demi-lune, un salon, la salle de billard et quatre chambres avec leur cabinet de toilette ou salle de bains, logés aux deux extrémités du château. Le deuxième étage comporte 8 chambres avec leur cabinet de toilette et garde-robe.

Durant la seconde guerre mondiale, le château est occupé par les Allemands qui installent des cuisines dehorsA.D.28, 83 W 181. et saccagent le parquet du château pour se chauffer. Le château et ses dépendances, du fait de leur proximité avec l’aérodrome de Vernouillet, subissent des dégâts lors du bombardement du et de l’explosion de munitions du . Le 7 ou , des soldats allemands font également sauter deux vannes et la passerelle du barrage de la Grenouillère. A son retour de captivité, M. Louis Thureau-Dangin constate les dommages. L’indemnisation du MRU (ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme) lui permet d’engager des travaux qui vont durer jusqu’en 1955. Si la totalité du château n’est pas remise en état, les pièces indispensables à l’usage de la famille sont totalement refaites, avec démolition des cloisons et de la rotonde édifiée au XIXe siècleA.D.28, 83 W 180.

Les propriétaires de Marmousse

La famille Guillon au XVIIe siècle En 1540, le fief est détenu par François de Boulehard avant de passer en héritage à sa fille Antoinette, représentée par son second mari, Guillaume de Lambert, seigneur du Chesnay, de Chailloy et de Garnay. Deux hommages sont rendus en son nom en 1557 et 1566.. En 1568, le seigneur est Urbain de Nancelles, fils du premier mariage d'Antoinette de Boulehard avec Jean de Nancelles, seigneur de la Fosse et de Mormoulins, époux de Jacqueline de Fontaines, décédée à Garnay en 1630, dame de Chaudon, dont il a un fils, Charles, écuyer et sieur de Marmousse qui épouse en 1610 Marie PrudhommeAN, MC/ET/IX/289 : contrat de mariage entre Charles de Nancelles et Marie Prudomme devant Me Claude Huart. et est ensépulturé à Garnay auprès de son pèreA.D. Garnay, registre GG1..

En 1615, la seigneurie est cédée à Messire René Sain de Bois-Le-Comte, seigneur de Rochefort, Grand Audiencier en 1622, contrôleur général des vivres, des camps et armées de sa Majesté., intendant d’armée en Italie lors de la guerre de la Valteline. Après sa mort à TurinAN, MC/ET/LXXXVIII/81 : inventaire après décès de René Sain à la requête de sa veuve Léonore de Foyal, devant Me Robinot, le 2 avril 1625., la seigneurie est acquise par Jacques de Guillon, seigneur de Richebourg, pour 75 000 livres.. Celui-ci est maître des requêtes ordinaires, il officie comme surintendant de justice dans la généralité d’Orléans et obtient le brevet de conseiller du roi sous Louis XIII.. La famille Guillon porte pour armes d’azur au sautoir d’or. Ses collègues du Parlement lui donnent le sobriquet de «testonroigné du Palais parce qu’il n’a point de Lettres.». On raconte qu’il a épousé sa femme, Louise Loquet de Lespine, fille d’un trésorier de la gendarmerie de France, pour sa beauté. Gédéon Tallemant des Réaux écrit dans ses Historiettes que Mme Guillon, dans sa jeunesse, était si belle que Marie de Médicis qui ne doutait de rien s’exclama dans son charabia habituel. «E bella questa Guillon, mi ressemble». Pour cette raison, Mme Guillon eut beaucoup de galants jusqu’à ce que l’âge venant, le temps «la guérisse» et qu’elle plonge dans la dévotion. Le couple, quand il n’est pas en son château, demeure à Paris, rue Christine, paroisse Saint-André des Arts.

Jacques de Guillon meurt en 1647AN, MC/ET/LXXIII/387 : succession de Jacques de Guillon.. La seigneurie de Marmousse revient à son fils Antoine en 1650. Ce dernier, consacré chevalier de Malte le et bien qu’ayant fait «ses caravanes» (campagnes contre les turcs), n’a pas voulu prononcer ses vœux. Il est devenu page de la chambre de Louis XIII puis lieutenant des Gardes et a pris part aux grandes batailles de la Guerre de Trente Ans. En considération de ses services, il a été nommé par Gaston d’Orléans gentilhomme de sa chambre. Il a épousé en 1645 Marie d’Estrappes dont la famille occupe d’importantes charges à Paris et auprès du roi et possède en province le château de Menetou-Couture. Les Guillon seront dès lors seigneurs de Marmousse et Menetou. Outre leur fils Léonard baptisé le à GarnayAD 28 en ligne, registres paroissiaux de Garnay : naissance de Léonard le 24 avril 1652., ils ont deux filles, Barbe et Françoise-Marguerite. Les années passent: les mariages et les baptêmes se succèdent en l'église de Garnay., tout comme les inhumations, celle de François de Guillon, prieur de Garnay pendant 28 ans, et celle de Geneviève de Guillon, religieuse et administratrice de l'Hôtel-Dieu..

En 1689, le prieur de Garnay, Louis de Sanlecque., compose une pièce en vers à M. Bontemps, gouverneur de Versailles.. Il y dresse un tableau peu élogieux de Garnay où les crapauds et grenouilles chantent l’office avec lui, où les cinq moulins font grand bruit.. Il n'est pas plus tendre avec ses habitants, «cinq-cents gueux couverts de haillons, point de dévote à confiture, point de pénitente à bouillons.» Seul le seigneur a son estime mais loin de lui l’idée de trop fréquenter le château et sa dame, même s'il a déjà 37 ans et que la dame des lieux, Marie d’Estrappes, a 69 ans, âge très avancé pour l’époque. Voici un extrait de son épître: vignette|redresse|Louis de Sanlecque (1652-1714).