Scène de la vie quotidienne des tsars russes (en ), ou Jeux d'échecs ou Le tsar joue aux échecs, est un tableau qui fut exposé à l'exposition La Peinture historique russe en 1939 sous l'appellation Le Tsar Alexis Mikhaïlovitch jouant aux échecs. C'est sous cette appellation qu'il était connu à l'époque soviétique et c'est comme cela qu'il est mentionné dans les monographies historiques qui lui sont consacrées . Le tableau du peintre russe Viatcheslav Schwartz (1838-1869) a été peint en 1865. En septembre de la même année, Schwartz a présenté trois tableaux à une exposition à l'Académie russe des Beaux-Arts : 1) L'Entrée de Jésus à Jérusalem, appelé également Le Dimanche des Rameaux, dans un Moscou du milieu du ; 2) Fait d'armes des milices populaires (opoltchenié) au ; 3) Scène de la vie quotidienne des tsars russes (milieu du ), appelé aussi Jeux d'échecs. Ces trois tableaux accompagnaient sa demande d'attribution du titre d'académicien à titre de justification de ses capacités, ce qu'il obtint sur évaluation de ces trois œuvres par ses contemporains.
Le tableau a été acheté à l'artiste en 1865, l'année de sa réalisation, par le collectionneur et mécène Nikolaï Stroganov. Au cours des et , il a été présenté à plusieurs reprises dans des expositions prestigieuses. Actuellement, la toile fait partie de la collection et de l'exposition permanente du Musée russe de Saint-Pétersbourg.
Suivant les époques, les critiques d'art et les historiens ont évalué différemment la peinture de Schwartz. Ainsi, la critique soviétique Alla Verechtchaguina écrit que « le choix des épisodes paisibles de la vie représentés dans ses tableaux, au lieu des évènements tragiques nombreux du », était défini par la compréhension limitée de l'artiste de l'histoire russe. L'historienne d'art moderne Maria Tchouktcheieva, quant à elle, considère que le tableau est un reflet des besoins urgents des années 1860 en Russie, d'étudier la vie quotidienne de la période antérieure à Pierre le Grand et devient une question d'actualité dans le domaine des études historiques. Néanmoins, l'ensemble des critiques d'art est unanime pour apprécier hautement la création de l'artiste de cette scène de la vie quotidienne du et les contemporains de l'artiste célébraient déjà le « travail subtil et en filigrane », « les efforts remarquables pour rester fidèle à la vérité » dans la représentation de l'époque décrite. thumb|Le Dimanche des Rameaux à Moscou, ou L'Entrée de Jésus à Jérusalem au temps d'Alexis Ier Mikhaïlovitch, V. Schwarz, 1865
Histoire de la création et sort du tableau vignette|Viatcheslav Schwartz. Autoportrait d'avant 1869 Le genre historique et l'œuvre de Viatcheslav Schwartz vers 1865
Durant les années 1860, la société russe s'est intéressée à son histoire nationale. Ainsi, en littérature, sont apparues des pièces de théâtre sur les Temps des troubles avec les écrivains Alexandre Ostrovski, Alexis Tolstoï… De nombreuses publications de grands historiens apparaissent dans les revues Le Contemporain, Annales de la Patrie. À la même époque, le compositeur Modeste Moussorgski présente son opéra Boris Godounov. L'intérêt pour le passé était en grande partie dû aux réformes libérales lancées par Alexandre II dans les années 1860. La domination dans la peinture d'histoire de l'art académique n'était pas en mesure de satisfaire la curiosité de la société, parce que l'académisme présentait les contemporains loin de la vie réelle et les transformait en symboles de stagnation ou de réaction. Le genre principal de l'art figuratif en Russie est alors devenu la scène de genre, avec des sujets actuels et un caractère accusateur. Aux demandes provenant de l'opinion publique de mettre à jour la présentation de l'art russe, le peintre russe des Ambulants, leader de lArtel des artistes, Ivan Kramskoï répondit que la Russie avait besoin d'un peintre russe, « qui dialogue avec le monde dans une langue compréhensible par tout le peuple… un artiste qui devine quel est le moment historique qui se présente dans la vie des gens. »
Au moment de la création du tableau Scène de la vie quotidienne des tsars russes, Viatcheslav Schwartz a décidé de refuser de poursuivre ses études à l'Académie russe des Beaux-Arts (cela se passait en 1863). Après avoir reçu d'abord la deuxième, puis la première médaille d'argent pour le tableau, il a reçu le titre d'artiste de classe du troisième degré. Il a cessé de réaliser des scènes de batailles, comme à ses débuts et s'est concentré sur la peinture historique, ce qui lui a valu sa renommée. Viatcheslav Schwartz a accompli deux longs voyages comme stagiaire à l'étranger, où il a été formé dans des ateliers de maîtres réputés de genre historique, en Allemagne (où il fréquente l'école de Julius Schrader, puis se passionne peu de temps pour l'œuvre de Wilhelm von Kaulbach, pendant quatre mois il visite encore Berlin, Dresde, Cologne, Francfort-sur-le-Main, Mayence, Augsbourg, Karlsruhe, Darmstadt) et la France. Sur demande de l'impératrice Marie Alexandrovna, le peintre compose et publie des illustrations pour le roman historique d'Alexis Tolstoï Le . Évitant les villes détruites d'Allemagne, il visite encore Anvers, Bruxelles et Paris. Il a vécu longtemps dans le village de Barbizon, et a été impressionné par l'œuvre d'Ernest Meissonier. La rencontre de Viatcheslav Schwartz avec le critique artistique Vladimir Stassov, qui dirigeait la tendance réaliste dans la culture russe, a joué un rôle important dans le développement de ses vues sur l'art.
En même temps que sa formation à l'académie impériale des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, Schwartz fréquentait les cours de la Faculté de philologie de l'université de Saint-Pétersbourg en tant qu'auditeur libre. C'est là qu'il a fait la connaissance personnelle de l'un des plus grands historiens de cette époque, membre correspondant de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, Nikolaï Kostomarov. Les conférences de Kostamarov et ses contacts avec lui ont donné la direction de ses recherches dans la peinture historique. Schwartz montrait à l'historien ses travaux au stade des esquisses. En signe de reconnaissance du mérite de l'artiste dans l'étude approfondie de la vie quotidienne des siècles passés, la commission archéologique impériale a élu Schwartz membre effectif. La même année, il est élu membre effectif de la Société impériale d'archéologie.
Création de tableaux par l'artiste, évaluation par ses contemporains et destin
Un certain nombre de biographes de l'artiste signalent qu'en 1865 le tableau L'Entrée de Jésus à Jérusalem au temps de Alexis Ier Mikhaïlovitch a valu à Schwartz le titre d'académicien d'histoire de l'académie russe des beaux-arts, et qu'après cela, le peintre a peint une série de tableaux sur des sujets de la vie quotidienne au . Parmi ceux-ci, il y avait la toile Scène de la vie quotidienne des tsars russes. L'année 2013 voit la publication du texte original de la requête de Schwartz auprès du Conseil de l'académie des beaux-arts, dans laquelle il présente trois toiles ensemble en vue d'obtenir le titre d'académicien pour l'ensemble de ses œuvres :
Dans l'histoire de Russie, V. Schwartz était préoccupé par deux époques et les deux plus grandes personnalités de ces époques : l'époque d'Ivan le Terrible et le règne d'Alexis Ier Mikhaïlovitch. Durant la dernière partie de sa vie (1865-1868), il se concentre entièrement sur la deuxième époque. En , l'artiste mentionne pour la première fois le nom de son tableau Scène de la vie quotidienne des tsars russes dans une de ses lettresLa lettre de Schwartz du se trouve à la Galerie Tretiakov № 79 / 275 .
Dans le tableau Scène de la vie quotidienne des tsars russes ou Alexis Mikhaïlovitch jouant aux échecs avec un boyard, la technique est celle de peinture à l'huile sur toile collée sur carton. Les dimensions de la toile sont . Le peintre s'inquiétait, lors de la présentation en 1865, des réactions du public, car sa peinture voisinait des créations typiquement académiques d'autres artistes. Il écrit à ce propos à son père: « Je m'attend à des critiques terribles de la part des revues ». La critique Alla Verechtchaguina prétend, dans sa monographie sur l'œuvre de Schwartz, que la critique a accueilli son travail d'un air indifférent, sans critiques ni admiration excessives. L'exposition elle-même a été critiquée dans la presse. La revue Sovremennik critiquait en particulier les scènes de la vie quotidienne de la Rome antique du peintre Fiodor Bronnikov et, de l'avis d'Alla Verechtchaguina, V. Schwartz ne pouvait s'empêcher de prendre ses critiques à son propre compte pour ses œuvres à lui. Tout cela l'a obligé, selon l'historienne a repenser son travail.
On rencontrait aussi dans la presse spécialisée des critiques positives qui traitaient de l'habile reconstitution par l'artiste de la vie quotidienne au . Vladimir Stassov, dans le journal , écrit que « les très bonnes représentations de Schwartz de la vie quotidienne en Russie comme celle Le Tsar (selon Stassov), jouant aux échecs avec un boyard lui rappellent en filigrane le travail de Meissonier ». À propos des œuvres exposées à l'exposition de 1865 de Schwartz, le critique d'art de la revue Rousski Invalid, écrivant sous le pseudonyme «W», écrit que les tableaux étaient intéressants sur le plan archéologique.
Le tableau Scène de la vie quotidienne des tsars russes a été vu à l'exposition par un collectionneur célèbre et mécène, le chambellan, comte Nikolaï Stroganov (1836–1905), qui s'est précipité pour l'acheter dès l'ouverture de l'exposition, sans même en attendre la fin. L'artiste surpris écrit alors à sa sœur Antonina en :
En 1888, la toile a été présentée lors d'une grande exposition de Viatcheslav Schwartz qui s'est tenue dans les salles de la Société impériale d'encouragement des beaux-arts. La peinture était à ce moment encore la propriété du comte Stroganov. Elle a également été exposée, en 1939, lors de l'exposition La Peinture historique russe à Moscou, et en 1951 à l'Exposition d'œuvres de la seconde moitié du (provenant des réserves du musée) au Musée russe.
Actuellement, la toile fait partie de la collection du Musée russe de Saint-Pétersbourg. Elle est reprise à l'inventaire sous . En bas à droite de la toile se trouve la signature de l'artiste et la date en alphabet grec utilisé pour les chiffres : В. Шварц αωξε (1865). Le tableau est entré dans la collection du Musée russe en 1907, par l'intermédiaire d'un certain G. Z. AgafonovSelon une autre version la toile est entrée au musée russe directement à partir de la collection du comte Stroganov .
Représentation sur la toile Comme pour d'autres peintures de genre historique des années 1865-1866 réalisées par Schwartz, les dimensions de celle-ci sont petites. Son aspect est « soigneux, presque miniature ». Le peintre représente un petit groupe de personnages se trouvant dans un intérieur peu profond. Ils sont représentés au premier plan, ce qui permet à l'historienne A. Verechtchaguina de parler de « bas-relief ». La scène se déroule non dans une chambre privée, mais dans le bureau du palais royal. Ceci est renseigné par la présence du groupe des boyards.