Le mouvement anti-OGM désigne l'ensemble des actions légales (campagnes de sensibilisation...) ou illégales (destructions ou « fauchage » de plantations...) qui s'oppose au développement des organismes génétiquement modifiés (OGM) et à leur promotion par une partie de l'industrie agro-alimentaire, notamment Monsanto, entreprise spécialisée dans les biotechnologies végétales, qu'il accuse de vouloir détruire la petite et moyenne agriculture.
Les partisans de ce mouvement estiment que les OGM présentent des risques, tant sur le plan éthique et moral (« brevetage du vivant »...), sanitaires (impact sur la santé humaine), qu'environnementaux (atteinte à la biodiversité et aux écosystèmes) et économiques (perte de valeurs des cultures de l'agriculture biologique en cas de dissémination trop grandeEn France, pour obtenir le label Agriculture biologique, un des critères est un taux de présence d’OGM inférieur 0,9 %, perte de la souveraineté alimentaire). Les militants de ce mouvement s'inscrivent principalement dans la mouvance altermondialiste. Certains rejettent toute culture en plein champ et toute consommation d'OGM« Ce combat pour la liberté et le droit de produire et de consommer sans OGM est partie intégrante du combat altermondialiste. », « Qui a besoin des OGM ? », janvier 2008, d'autres demandent des études à long terme et plus de transparence.
Les militants anti-OGM développent leurs critiques sur plusieurs axes. Les OGM sont considérés comme étant contrôlés uniquement par des grands groupes industriels comme Monsanto ou Bayer Cropscience. Ces groupes soumis à la pression des marchés sont suspectés de faire passer la rentabilité économique avant l'intérêt des populations. Les risques supposés de dissémination génétique, d'allergies, de résistance aux antibiotiques, d'élévation de la teneur en pesticides des aliments sont considérés comme devant entraîner un abandon des OGM. L'évaluation scientifique des risques est considérée comme lacunaire et insuffisante. Les brevets sur le vivant et l'utilisation de plantes stériles conduisant les agriculteurs à racheter des graines sont aussi critiqués. L'argument selon lequel les OGM pourraient aider à résoudre la faim dans le monde est rejeté. En effet pour les anti-OGM, ce sont les problèmes économiques et politiques qui sont les principales causes de famineMaison de la consommation et de l'environnement, Les critiques émises par le collectif OGM 35, .
La communauté scientifique considère généralement que les dangers des OGM n'ont pas été démontrésPour l’OMS, les OGM « qui sont actuellement sur les marchés internationaux ont passé avec succès des évaluations du risque et il est improbable qu’il[s] présente[nt] un quelconque risque pour la santé humaine » ; « De plus, on n’a jamais pu montrer que leur consommation par le grand public dans les pays où ils ont été homologués ait eu un quelconque effet sur la santé humaine. », p. 3, Le Conseil international pour la science, a considéré dans une étude publiée en 2003, que la consommation des OGM contemporains est sans danger : ; New Genetics, Food and Agriculture: Scientific Discoveries – Societal Dilemmas, International Council for Science, , p.8. Des études scientifiques sont réalisées pour étudier la possible toxicité de certains OGM, cependant les résultats de ces études sont variables, suggérant que les OGM commercialisés ne présentent pas de risque pour la santé humaine ou qu'au contraire certains OGM comme le maïs MON863 peuvent avoir des effets toxiques. Toutefois certains scientifiques dénoncent les dangers potentiels de la contamination génétique et réprouvent la diffusion des OGM., voir aussi le documentaire Bad Seed: The Truth About Our Food réalisé en 2006 par Timo Nadudvari.
Une large majorité de la population européenne et japonaise est méfiante à l'égard des OGM, alors que les Américains sont globalement favorables aux OGM.
Ce mouvement, s'il a pu limiter le développement des cultures OGM dans certains pays européens, se heurte au fait que dans d'autres zones du monde où les partisans anti-OGM ont moins d'influence, la culture en plein champ n'a pas été interdite ni fortement limitée et la part des OGM dans la production s'accroît progressivementLes producteurs utilisent notamment les OGM comme alternative aux produits phytosanitaires, selon l'ISAAA Rapport 2006 de l'ISAAA, rétrospective sur 10 ans, page xi, controversé par Les Amis de la Terre 9 janvier 2007 . En 2005, selon l'ISAAALes surfaces cultivées en OGM ont augmenté de 12 % en 2007, Le Monde 14 février 2008 , d’agriculteurs utilisaient des OGM, dont 90 % dans des pays en développement.
Contexte et acteurs en présence Contexte Au niveau international Chronologie 1993 : Création du réseau de La Via Campesina, mouvement international qui coordonne des organisations de petits et moyens paysans. Le mouvement inscrit comme l'un de ses axes de travail prioritaire : « la biodiversité et la lutte contre les OGM » . 1996 : Présentation par La Via Campesina au sommet du FAO du concept de souveraineté alimentaireabcBurkina - 1) La souveraineté alimentaire selon le mouvement Via Campesina. 1996 : Dans une optique écologique, Greenpeace lance une campagne internationale contre la commercialisation d'OGM dans le domaine de l'alimentation et leur dissémination dans l'environnementHistorique de la lutte anti-OGM | Greenpeace France. 1999 : À l'initiative du KRRS, le plus gros syndicat de paysans en Inde (10 millions d'adhérents), la Caravane intercontinentale regroupant 500 paysans venus d'Inde et rejoint par d'autres venus d'Argentine, du Brésil, de Colombie, Kenya, Bangladesh, Népal, Ukraine, Chili viennent manifester devant les grands centres de pouvoir : sièges de multinationales, d'institutions financières, d'organismes de politiques internationales (Bruxelles et Genève) . Leur objectif est de faire connaitre ce qu'ils jugent être les conséquences concrètes des politiques mondiales (en particulier l'offensive en faveur du libre-échange et la mondialisation) et de dénoncer, entre autres choses, l'agrobusiness, les biotechnologies, le brevetage du vivantICCframe-fr. 2000 : Vandana Shiva, récipiendaire du prix Nobel alternatif 1993, épistémologue, écologiste, écrivain, docteur ès sciences et féministe indienne, dirigeante de la « Fondation de recherche pour la science, les technologies et les ressources naturelles » (Research Foundation for Science, Technology and Natural Resource Policy) et fondatrice de l'association « Navdanya » (association pour la conservation de la biodiversité et la protection des droits des fermiers) organise le tribunal des semences de Bangalore où se réunissent une vingtaine d'associations de paysans indiens et des militants anti-mondialisation. 2001 : À l'occasion du premier Forum social mondial de Porto Alegre, Via Campesina lance un appel international à l’union pour lutter contre les organismes génétiquement modifiés (OGM) et en faveur des semences paysannes. À la clôture du forum, selon ATTAC, 184 organisations environ s'engagent à soutenir la lutte de la Vía Campesina à travers le monde et à organiser des actions pour l’arrêt de l’importation et de l’utilisation des OGMFrance : la lutte contre les OGM - Attac France. : Initié en 2000 par les Européens et soutenu par les pays en voie de développement, le protocole de Carthagène constitue le premier outil juridique spécifique aux OGM sur la scène internationale. Ratifié par 103 États (mais pas par les États-Unis), il peut entrer en vigueur.
Acteurs En 2007, La Via Campesina regroupe plus d'une centaine d'organisations basées dans 56 paysLa Via Campesina La Voix des paysans et des paysannes du monde Qui sommes-nous ?. La Coordination Paysanne Européenne fait partie de celles-ci en tant que membre fondateur. En France, elle est présente via les syndicats agricoles minoritaires de la Confédération paysanne et le Mouvement de défense des exploitants familiaux.
La lutte pour la propriété et le contrôle des semences est présentée comme une des préoccupations majeures de ces organisations. Elles parlent d'un risque que les biotechnologies et en tout première place la technologie des OGM feraient peser sur les semences : associés à de nouveaux droits internationaux de propriété intellectuelle (brevetabilité du vivant, ADPIC), l'appropriation et le contrôle par quelques firmes du tout premier maillon de la chaîne alimentaireMarcelo D. Varella, « Point de vue propriété intellectuelle et semences : les moyens du contrôle des exportations agricoles par les entreprises multinationales », Revue internationale de droit économique, t. XX, 2 2006/2, p. 211 à 228. . Elles se mobilisent autour du concept politique de souveraineté alimentaire.
En 2006, un sondage réalisé par l’institut CSA pour Greenpeace illustre que si une large majorité des Français (86 %)News - avril 2006 et « 86 % des Français réclament une interdiction des OGM » sur greenpeace.org, ainsi que d'autres habitants de pays européens souhaitent leur interdiction, et que 82 % des Japonais les qualifient de « non désirables »Liste des sondages français, européens et internationaux de ces dernières années sur la question des OGM, site anti-OGM, les Américains et Canadiens se montrent globalement favorables aux OGM.
Plus particulièrement en Europe Chronologie
1993 : en France, la Commission du génie biomoléculaire (CGB) est créée en 1993, et elle peut être consultée par toute personne intéressée, publique ou privée. : lors du Conseil de l'environnement de la Communauté européenne, 13 des 15 États membres déclarent être opposés à l'approbation par le marché économique du maïs génétiquement modifié Novartis. : après que la Commission européenne et la France ont autorisé la commercialisation du maïs génétiquement modifié Novartis, l'Autriche et le Luxembourg appliquent immédiatement l'article 16 de la directive 90/220/EEC émanant de la législation européenne, afin d'interdire la vente de ce maïs sur leur territoire. La France interdit la culture commerciale du maïs Novartis, suivie un mois plus tard par l'Italie. Puis le Parlement européen demande à la Commission européenne de suspendre la décision du marché d'autoriser le maïs Novartis. : La France annonce un moratoire sur le développement commercial de toutes les cultures génétiquement modifiées à l'exception du maïs Novartis. Mars 1998 : un sondage montre que 62,6 % des Français souhaitent que le gouvernement retire à Novartis l'autorisation de cultiver du maïs génétiquement modifié. : Le gouvernement français déclare un moratoire sur les cultures génétiquement modifiées ayant des « parentés sauvages » en Europe (betterave et colza). : l'association English Nature demande un moratoire sur la commercialisation d'OGM contenant des gènes résistants aux herbicides. Le Conseil d'État suspend l'autorisation de cultiver le maïs Novartis en France jusqu'à ce qu'un verdict final soit énoncé en décembre. À la suite de ce jugement, le gouvernement français décide que toute la récolte du maïs Novartis doit être isolée et stockée séparément jusqu'à ce que le Conseil d'état ait émis son verdict final. Toutes les chaînes de supermarché les plus importantes d'Autriche déclarent qu'elles ne veulent pas vendre de produits génétiquement modifiés et les enlèvent de leurs rayons. : Le gouvernement grec décide d'appliquer l'article 16 de la directive 90/220/EEC et interdit l'importation de graines de colza génétiquement modifiées..