À l'échelle de l'histoire de la musique, la clarinette est un instrument jeune inventé au début du . Les expressions « clarinette ancienne », « clarinette historique » ou « clarinette baroque » regroupent à la fois l'ensemble des instruments créés sur la période débutant par l'invention de la clarinette à 2 clés et se terminant en 1839 par son aboutissement, la clarinette « moderne » à 17 clés et 6 anneaux (système Boehm), et également le mouvement d'interprétation historiquement informée de musique ancienne consistant à jouer des œuvres baroques ou classiques sur des instruments d'époque (ou des reproductions)..

Les nombreuses améliorations apportées à la clarinette ont consisté à gommer ses défauts et à rendre tempéré et chromatique un instrument tonal. Les principales évolutions sont l'association d'une anche battante ligaturée par une cordelette sur le dessus d'un bec en contact avec les lèvres au lieu d'une anche vibrant dans une boîte (capsule), la création et l'amélioration des registres, et l'introduction de nouvelles clés.

De nombreux collectionneurs et historiens s'attachent à établir l'histoire de la famille des clarinettes historiques....

Les premières clarinettes sont fabriquées en buis ou en bois d'arbres fruitiers tendres, et leurs clefs sont en laiton.

Clarinette à deux clefs La clarinette consiste en une amélioration d'un instrument de musique à anche simple, le chalumeau, qui existe au moins depuis le Moyen Âge et qui est décrit par Marin Mersenne dans son traité Harmonie universelle, contenant la théorie, l'organologie et la pratique de la musique de son époque (). Le chalumeau définit les caractéristiques principales de la clarinette : un tuyau cylindrique en roseau ou en buis percé de trous d'harmonie et un excitateur à anche battante en roseau. Le chalumeau ne pouvait produire que les sons fondamentaux. vignette|300px|Clarinettes à deux clés en ut et en ré d'après Denner (répliques de Schwenk & Seggelke, la = 415 Hz) vignette|300px|Clarinette en ut de Denner - Musée de Berlin, 2ème instrument à partir de la droite.

Le mot « chalumeau » provient du latin classique calamus qui signifie roseau.

Au début du , le facteur Johann Christoph Denner, de la guilde nurembergeoise des Wildruf- & Horndreher (tourneurs d'appeaux et de cors), effectue dans son atelier de Nuremberg pendant une dizaine d'années des recherches pour améliorer le chalumeau: il réduit le diamètre de la perce du tube pour atteindre des harmoniques élevées et il lui ajoute la clef de douzième (ou de quintoiement) qui étend le registre vers l'aigu, dénommé « clairon » en ouvrant un trou percé dans le corps et placé exactement au tiers supérieur du chalumeau. Ce principe permet de basculer de la note fondamentale à la troisième harmonique de cette note, soit une quinte au-dessus de son octave (soit une douzième) ; il remplace la boîte qui renferme l'anche par un bec en contact direct des lèvres sur l'anche qui permet de produire des sons harmoniques. L'anche est en contact avec la lèvre supérieure et l'embouchure ressemble à celle des anches doubles : les dents ne sont pas en contact avec le bec ; pour combler les trous de l'échelle sonore, il ajoute une deuxième clef à l'instrument pour produire le la médium ; il évase l'extrémité de l'instrument.

Cet instrument dispose d'un ambitus de deux octaves et une quinte, avec des notes manquantes dans l'échelle. Certaines notes nécessitent des doigtés particuliers, dits aussi « fourchus », ou un jeu particulier sur l'embouchure au niveau du bec notamment pour produire le si bécarre dans le médium. Le registre grave garde le nom de « chalumeau ».

Il existe une controverse portant sur le fait qu'il n'existe aucune preuve contemporaine que Johann Christoph Denner ait fabriqué une clarinette en 1690 mais plutôt une commande posthume attribuée à son fils Jacob Denner en .. La première trace écrite du terme se trouve dans le registre de l'achat de quatre clarinettes à Jacob Denner par la fanfare de la ville de Nuremberg. Néanmoins il est communément affirmé dans les préambules de méthode de clarinette que Johann Christoph Denner a inventé la clarinette vers 1698 en modifiant le chalumeau sur la base d'une déclaration de Johann Gabriel Doppelmayr datant de 1730 dans son ouvrage Historische Nachricht von den Nürnbergischen Mathematicis und Künstlern.

Les premières clarinettes connues qui nous sont parvenues sont celles de son fils, Jacob Denner (1681-1735). Deux des contemporains de Jacob Denner, Klenig et Oberlender, ont également fabriqué des clarinettes. Différentes tailles de clarinette ont été fabriquées par les Denner, père et fils. Il reste au moins 68 instruments de toutes sortes fabriqués par Johann Christoph Denner et au moins 40 de son fils Jacob, tous deux de Nuremberg. Les premières mentions de clarinettes à Nuremberg datent de 1710, trois ans après la mort de J. C. Denner.

À cette époque, le positionnement de la clé de douzième désormais placée sur le dessous de l'instrument et de la clé de la en dessous varient fréquemment. La clé du dessus produisait probablement la note la et l'ajout de la clé au pouce produisait la note si bémol comme sur la clarinette moderne. Certaines sources affirment que la clé de pouce seule produisait le sol ou le la. Albert Rice affirme dans son livre The Baroque Clarinet que sur la majorité des clarinettes baroques existantes testées par Eric Hoeprich et Marie Ross, la clé de registre produisait effectivement le la, le si bémol étant produit par la clé du dessus et le si par les deux clés ensemble. Marie Ross n'a trouvé qu'une seule clarinette qui produisait un si bémol lorsque les deux clefs étaient enfoncées. Cette disposition des doigtés de l'époque baroque citée par Rice pourrait avoir été le cas sur les premières clarinettes avant que Jacob Denner ne déplace le trou de la clef de pouce plus haut et ne le réduise. Dans les deux cas, la clef de pouce servait également de clef de registre qui, lorsqu'elle était enfoncée, produisait une note plus aiguë d'une douzième. Le trou de la clef de registre était équipé d'un tube métallique plongeur pour éviter que l'humidité ne l'obstrue.

Les clefs étant positionnées au milieu de l’instrument, le clarinettiste pouvait jouer avec la main gauche en haut et la main droite en bas ou inversément. Pour le trou du fa grave utilisé par le petit doigt, le facteur pouvait soit faire un trou de chaque côté, et le clarinettiste bouchait avec de la cire le trou inutile, soit le trou était sur le pavillon, et le clarinettiste le positionnait du côté de son choix.

La clarinette baroque était généralement fabriquée en buis européen, parfois en ivoire, en prunier, en ébène ou en poirier. Les clarinettes varient en taille et sont fabriquées en trois ou quatre sections. Les clés sont en laiton, parfois en argent, et les ressorts sont en laiton. Les coupoles des trous d'harmonie étaient généralement carrées, bien que des instruments avec des coupoles rondes aient survécu. Dans les deux cas, un morceau de cuir était fixé pour former le tampon étanche.

Les becs varient en fonction de l'angle de la conicité du bec et des dimensions intérieures. Les premiers becs de clarinette de Jacob Denner avaient de très longues ouvertures de 40 à 50 mm. La longueur de la fenêtre était presque égale à celle de l'anche. La lèvre supérieure de l'instrument entrait en contact avec l'anche.

Une autre amélioration utilisée par Jacob Denner, que l'on retrouve également dans les hautbois contemporains et les hautbois d'amour, était le trou d'accord situé à mi-chemin du pavillon de la clarinette. Les clarinettes de Denner dotées d'un trou d'accord sont beaucoup mieux accordées (à la= 415 Hz environ) que les clarinettes de Denner sans trou d'accord.

La note la plus grave de la clarinette à deux clés était le fa. Avec une "embouchure" généreuse et des doigtés en fourche, il était possible de jouer chromatiquement jusqu'à l'ouverture du sol. À partir du do clairon, la séquence chromatique pouvait être répétée avec la clé de registre ouverte. Les notes du registre de la clarinette étaient mieux accordées que celles du registre du chalumeau. Les clarinettes à deux clés pouvaient raisonnablement être jouées jusqu'au sol suraigu, une note demandée dans les Concertos de J. M. Molter. Le si entre le registre du chalumeau et celui du clairon n'a pas été utilisé par Molter parce que cette note, selon certains auteurs, devait être produite soit en variant l'embouchure du do vers le bas, soit en variant l'embouchure du si bémol vers le haut. Comme nous l'avons mentionné plus haut, certaines clarinettes anciennes pouvaient produire le si en appuyant sur les deux clefs. Un autre doigté possible, qui apparaît dans le plus ancien tableau de doigtés existant, celui de J.F.B.C. Majer datant de 1732, est si avec les deux clés enfoncées et les trois trous de la main gauche et les quatre trous de la main droite fermés.

En dépit de ces défauts (manque d'homogénéité des registres, discontinuité dans l'échelle sonore, certaines tonalités indisponibles… ), la clarinette à deux clefs se répand en Europe : L'éditeur Estienne Roger publie à Amsterdam entre 1712 et 1715 deux volumes de duos pour deux instruments, y compris pour deux clarinettes ; Jacques-Philippe Dreux (1670-1722), flûtiste parisien, Airs à deux clarinettes ou deux chalumeaux…, No. 358, (1715) ; En Italie, le compositeur vénitien Vivaldi introduit en deux parties de clareni dans l'oratorio Juditha triumphans (probablement la première pièce orchestrale pour clarinette).. Les deux clarinettes doublent les deux hautbois. Il emploie également des clarinettes dans le concerto Per la Solennita di S. Lorenzo RV 556, et les concertos pour deux hautbois et deux clarinettes RV 559 et RV 560 (ca. 1716); En , , maître de chapelle à la Cathédrale Notre-Dame d'Anvers, l'emploie dans l'orchestration de la messe à cinq voix Missa Maria assumpta pour deux violons, un alto, deux violoncelles, une contre-basse, deux flûtes, un hautbois, une clarinette, un clavecin ou orgue. Johann Melchior Molter compose six concertos pour petite clarinette en ré vers 1745, comportant de réelles difficultés techniques pour le musicien ; En 1749, Jean-Philippe Rameau l'utilise à l'Opéra dans la tragédie lyrique Zoroastre (indication hautbois ou clarinettes) puis dans la pastorale Acante et Céphise jouée en 1751 (premier opèra avec deux clarinettes obligées). ; En 1754, elle est adoptée dans l’orchestre de la Chapelle de Mannheim. sous l'impulsion de Johann Stamitz. Il écrira également un concerto pour clarinette avant sa mort en 1757Dans une préface du concerto de Johann Stamitz, indique qu'avant la mort de Stamitz en 1757, aucun concerto pour clarinette n'était connu mais cette affirmation est remise en cause de nos jours. qui aurait été joué pour la première fois au « Concert Spirituel » de Paris en 1772 par le clarinettiste Joseph Beer et édité encore plus tard. Outre Johann Stamitz, de nombreuses compositions pour la clarinette ont été écrites à Mannheim par des compositeurs comme Carl Stamitz (1745-1801), Peter von Winter (1754-1825), František Xaver Pokorný (1729-1794) et Franz Danzi (1763-1826), ou par des virtuoses de l'instrument comme Georg Friedrich Fuchs (1752-1821), Franz Anton Dimmler (1753-1827) et Franz Tausch (1762-1817), un clarinettiste virtuose qui intègre l'orchestre de Mannheim à l'âge de 8 ansHans Oskar Koch, notice du CD Mannheimer Schule Vol.4, Kurpfälzisches Kammerorchester, CD Arte Nova 74321 37298 2, 1996....

Pour jouer dans les différentes tonalités, le musicien doit disposer de plusieurs clarinettes de longueur différentes. Au début, les petits modèles de clarinette, notamment en ré ., étaient usuellement construits par facilité de fabrication, puis les modèles dans les trois tonalités en la, et ut s'imposèrent; certains musiciens pouvaient utiliser jusqu'à sept modèles à l'orchestre.