France 24, projet initialement nommé CFII, est une chaîne de télévision française d'information internationale en continu, lancée le . Depuis l'année 2012, la chaîne est constituée sous la forme d'une société nationale de programmes intitulée France Médias Monde, entreprise contrôlant l'audiovisuel extérieur de la France.
La chaîne naît de la volonté du président de la République Jacques Chirac en 2002 de fournir à la France « une voix à l'étranger », face aux concurrentes anglophones comme CNN International ou BBC World News et du Moyen-Orient comme Al Jazeera. Après plusieurs années et de nombreux retards, le projet CFII donne naissance en 2005 à une chaîne détenue à parts égales par le groupe public France Télévisions et celui privé TF1. En 2008, selon la volonté du nouveau président élu Nicolas Sarkozy, l'antenne intègre la nouvelle holding Audiovisuel extérieur de la France, future France Médias Monde, aux côtés des radios Radio France internationale (RFI) et Monte Carlo Doualiya (MCD).
France 24 diffuse en diverses langues dont le français, l'anglais, l'arabe et l'espagnol. sur la TNT, le satellite, le câble et le web. Elle est également disponible dans les hôtels, les compagnies aériennes, les aéroports et ses programmes sont partiellement repris par plusieurs chaînes de télévision étrangères. Disponible dans plus de de foyers à travers plus de . En 2018, France 24 est regardée chaque semaine par de téléspectateurs, tandis que son site web est visité par plus de d'internautes en moyenne chaque mois. La chaîne d'information France Info reprend également quotidiennement ses programmes, entre minuit et .
Histoire de la chaîne 1987-1997 : de l'idée au premier projet Téléfi En 1987, le Premier ministre Jacques Chirac confie au député Michel Péricard une mission d'étude sur la politique audiovisuelle de la France. Le rapport conclut à la désorganisation, le manque d'efficacité et la dispersion des acteurs de l'audiovisuel extérieur, qui compte RFI depuis 1975 et TV5 Monde et RFO depuis 1982. Après le changement de majorité intervenu en 1988, le nouveau Premier ministre Michel Rocard commande un nouveau rapport à Alain Decaux qui aboutit à la création de Canal France International (CFI), une banque de programmes en français destinés à l'étranger et en particulier l'Afrique, qui se voit doublée d'une chaîne de télévision pendant quelque temps...
La guerre du Golfe de 1990 à 1991, couverte en direct par CNN International, révèle la puissance de la chaîne américaine, créée dix ans plus tôt. Cette dernière démontre l'influence d'une chaîne d'information en continu sur l'opinion publique et politique, figurant le « décrié » .. Des hommes politiques demandent la création d'un « CNN à la française » et le député Philippe Séguin rappelle que la Seconde Guerre mondiale a mené à la création de l'Agence France-Presse (AFP) en 1944. Plusieurs projets voient le jour en parallèle. En 1993, l'Union européenne de radio-télévision (UER) lance sa chaîne d'information européenne multilingue nommée Euronews... L'année suivante, le groupe TF1 lance la première chaîne d'info en continu en France : La Chaîne Info (LCI)..
En 1997, après en dix ans, le président de RFI, Jean-Paul Cluzel et le journaliste Michel Meyer rendent un nouveau rapport au Premier ministre Alain Juppé. Ils proposent la mise en place d'une holding, baptisée Téléfi, regroupant les acteurs de l'audiovisuel extérieur (TV5 Monde, RFI et CFI), ainsi que la création d'une chaîne française d'information internationale. Mais, avec le retour de la gauche au pouvoir à la suite des élections législatives de 1997, le projet est abandonné. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, préfère développer les instruments existants, notamment TV5 Monde..
2002-2003 : des réflexions relancées au projet CFII vignette|upright=0.8|alt=Photographie de Jacques Chirac.|Jacques Chirac, instigateur de France 24. En 2002, le président de la République Jacques Chirac, qui sort d'une période de cohabitation, relance le projet de chaîne française d'information internationale. Il en fait l'une de ses priorités, poussé par une actualité internationale forte avec les attentats du 11 septembre 2001 et la Guerre d'Afghanistan (2001-2021). Cela est d'autant plus crucial que la France s'oppose aux États-Unis sur la future guerre d'Irak (2003-2011), relançant un ressentiment antifrançais. Ainsi, en , le discours de Dominique de Villepin aux Nations unies est salué par des applaudissements que les chaînes d'information américaines s'empresseront de couper au montage..
En 2003, plusieurs missions travaillent sur la création d'une chaîne d'information. Tout d'abord, Philippe Baudillon, ancien président de CFI, remet au ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, un rapport « technique » qui préconise de s'appuyer sur TV5 Monde pour créer un canal info avec l'aide d'autres opérateurs publics. Mais le rapport se voit rapidement enterré. Dans le même temps, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin constitue une commission de travail dirigée par Dominique Ambiel regroupant des représentants des ministères et des professionnels de l'audiovisuel tels que Norbert Balit et Patrice Duhamel. Elle aboutit à ce que la direction du développement des médias lance un appel d'offres du au , auquel quatre candidats répondent : France Télévisions et RFI, qui défendent un projet commun public ; le groupe TF1, qui propose une version internationale de LCI ; et le groupe Canal+, qui propose de même pour sa chaîne I-Télé avec l'appui de son bouquet satellite..
En parallèle, l'Assemblée nationale se saisit du sujet sans y avoir été invité et une mission d'information est confiée à François Rochebloine. La commission parlementaire voyage pour étudier l'allemande Deutsche Welle, la britannique BBC World News et l'américaine CNN International et auditionne des professionnels du secteur. Le rapport conseille la création d'un groupement d'intérêt public (GIP) rassemblant les opérateurs publics (France Télévisions, RFI, RFO, Arte, AFP), des structures internationales (TV5 Monde, Euronews) et des entreprises privées (TF1, Canal+)..
Mais l'Élysée n'est pas satisfait des conclusions des rapports. Matignon charge alors le député-maire de Cannes, Bernard Brochand, de faire . Deux mois plus tard, il conclut officieusement que la chaîne doit être 100 % privée, avec une coopération entre TF1 et Canal+. En , les patrons des deux groupes, Patrick Le Lay et Bertrand Meheut, se rencontrent, mais les relations se dégradent jusqu'à la rupture. Bernard Brochand doit trouver une nouvelle solution et en septembre, il propose un partenariat à 50/50 entre le groupe privé TF1 et le groupe public France Télévisions. La future chaîne française d'information internationale est provisoirement intitulée CII, C2I, CFII ou CF2I.. Le diffuseur public canadien Radio-Canada est associé aux discussions et son président, Robert Rabinovitch, indique en octobre son intérêt pour participer à l'aventure..
2004-2006 : derniers rebondissements Le , lors de ses vœux à la presse, Jacques Chirac, impatient, émet le souhait d'un lancement avant la fin de l'année. Mais le projet n'avance pas, car il y a beaucoup de mécontentement, surtout du côté des acteurs public. RFI est vexée de ne pas être associée au projet, tout comme les députés dont le rapport a été écarté. Les conventions collectives du secteur public, jugées trop contraignantes, ne seront pas appliquées aux de la chaîne. De plus, cette dernière ne sera pas diffusée en France pour ne pas faire de concurrence à LCI du groupe TF1. Enfin, une partie de la presse ironise sur le budget de la chaîne : d'euros par an, à comparer aux d'euros de Deutsche Welle et aux d'euros de BBC World.
Le , le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin réunit à Matignon les ministres des Affaires étrangères Michel Barnier, de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, du Budget Jean-François Copé ainsi que différents conseillers, pour trancher définitivement du sort de la chaîne d'info internationale. Il retient le projet de Brochand d'associer TF1 et France Télévisions, la place sous la tutelle de Matignon et la dote d'un budget de d'euros pour un lancement en 2005..
En , le nouveau président de France Télévisions, Patrick de Carolis, défend un projet 100 % public et mène une campagne de lobbying auprès des pouvoirs publics. Mais, en octobre, il se heurte à l'intransigeance du Gouvernement et de Jacques Chirac. Il entame alors une autre bataille sur la gouvernance de la chaîne. Estimant que France Télévisions doit jouer un « rôle moteur », il demande à obtenir la présidence du conseil de surveillance, tandis que TF1 veut une gouvernance tournante. Un autre point de conflit entre le groupe public et celui privé concerne la diffusion de la chaîne en France. TF1 accepte qu'elle soit diffusée sur le câble et le satellite, mais pas sur la TNT et se voit soutenu par Alain Weill qui doit lancer la chaîne d'info BFM TV..
Le , TF1 et France Télévisions signent la constitution de la société... Alain de Pouzilhac, ancien président-directeur général d'Havas, est désigné comme président du directoire. Il est secondé par Ulysse Gosset de France Télévisions, nommé directeur général chargé de l'information et des programmes et de Jean-Pierre Paoli de TF1, nommé directeur général chargé de la gestion, de la technique et des contrats de distribution. Le conseil de surveillance est présidé par Patrick de Carolis, vice-présidé par Étienne Mougeotte et compte comme autres membres Patrice Duhamel, Thierry Bert et Patrick Le Lay...
Le , il est annoncé que la chaîne d'information internationale s'appellera France 24. Les dirigeants de la chaîne avaient estimé que le sigle CFII serait imprononçable, en particulier à l'étranger. Une liste de , dont l'un des favoris est Version française, est alors testée dans sept pays et régions du monde (France, Allemagne, Espagne, Royaume-Uni, États-Unis, Afrique du Nord, Dubaï)...
2006-2008 : débuts de France 24
France 24 commence à émettre le à , uniquement en streaming sur Internet, puis dès le à la même heure sur le câble, le satellite et l'ADSL. Elle diffuse en français et en anglais, en Europe, en Afrique, au Proche et Moyen-Orient et dans les villes de New York et Washington, touchant ainsi près de de foyers dans plus de ....
En un mois d'existence, le site web de la chaîne attire de visiteurs uniques et devient ainsi le troisième site le plus visité derrière ceux de CNN et BBC News, mais devant Al Jazeera, TV5 Monde, RFI et Euronews. De plus, un sondage de TNS Sofres montre que 75 % des Français interrogés jugent utile l'idée que la France ait sa propre chaîne d'information internationale. Le président de la chaîne Alain de Pouzilhac fustige l'idée d'une commission des Affaires étrangères de fusionner France 24 et RFI pour constituer un pôle français d'information internationale : ..
Le , France 24 lance son canal en langue arabe depuis l'Institut du monde arabe à Paris. Quatre heures de programmes par jour, de à , sont diffusés vers les pays du Maghreb et du Proche et Moyen-Orient.. Le , le site internet de la chaîne reçoit un « » lors des , l'une des récompenses les plus prestigieuses au monde pour le web.. En décembre, elle met en ligne un nouveau site participatif appelé Les Observateurs qui recueille les témoignages (photos, vidéos ou textes) d'internautes du monde entier..
2008 : intégration à l'Audiovisuel extérieur de la France vignette|upright=0.8|alt=Photographie de Nicolas Sarkozy|Nicolas Sarkozy est à l'origine de la réorganisation de l'audiovisuel extérieur de la France en 2008.