Le lance-bombes de 77 mm Cellerier, appelé aussi mortier Cellerier, est une arme de confection artisanale inventée par le capitaine Jean-Fernand Cellerier au début de la Première Guerre mondiale pour compenser le manque d'artillerie de tranchée de l'armée française.

Historique

Contexte À l'automne 1914, sur le front de l'Ouest, prend fin la guerre de mouvement, les belligérants s'enterrent et entament une guerre de tranchées. L'armée française est mal préparée à ce type de guerre, elle a misé sur une guerre de mouvement. Elle dispose, pour cela, d'un canon de campagne de 75 mm modèle 1897 remarquable pour son tir rapide, mais qui n'est pas adapté au « tir en cloche » d'une tranchée à l'autre..

Les Allemands disposent des puissants Minenwerfer de 76, 170 et qui malmènent les poilus. Démunie, l'armée française sort de ses dépôts des vieux mortiers du comme le mortier de modèle 1838. Les poilus les appelleront les crapouillots..

Une fabrication artisanale Dans les tranchées, les combattants fabriquent des armes à « tir en cloche » de fortune (arbalètes, catapultes, fusils lance-grenade…). C'est en observant ces montages que le capitaine d'artillerie Jean-Fernand Cellerier conçoit un mortier de tranchée rudimentaire en constatant qu'un obus à balles de allemand non explosé peut servir de tube à la douille provenant de la munition du canon de 65 mm de montagne modèle 1906, utilisé sur le front. La douille coulisse parfaitement, sans perte des gaz propulsifs, dans le corps cylindrique de l'obus dont on a retiré sa charge explosive.

Le , en Argonne, les premiers projectiles artisanaux (charges de clous, boulons, grenaille…) s'abattent, avec succès, sur les tranchées allemandes. Le mortier Cellerier se révèle bien plus maniable que le « » sorti en hâte des dépôts.

Environ deux semaines après les premiers tirs, le général Joffre demande au gouvernement de généraliser l'emploi de cette arme. Et rapidement, des ateliers de production militaires sont créés à l'arrière du front..

Description alt=Lance-bombe Cellerier en position de tir dans une tranchée.|gauche|vignette|Lance-bombe Cellerier en position de tir dans une tranchée. Après avoir été récupéré, vidé et nettoyé, le corps de l'obus à balles de est placé sur un sabot en bois fabriqué à partir d'un tronc ou d'une poutre (pièce en bois usinée pour lui donner un angle de ). Le tube est fixé au moyen de colliers ou de pattes métalliques, il est percé à sa base d'un œilleton pour permettre la mise à feu. Deux poignées de transports permettent de le déplacer. À l'avant, deux crosses d'ancrage stabilisent l'arme au départ du coup..

Au début, le projectile est constitué d'une douille de garnie d'une cartouche de de poudre. Devant le nombre de plus en plus important des lance-bombes Cellerier et le risque de pénurie de douilles, une munition elle aussi artisanale est créée. Elle est composée d'une tôle tubulaire, contenant une charge de poudre et de la mitraille, fermée par deux bouchons en bois à ses extrémités. Une mèche lente permet son explosion sur l'objectif.

Les mortiers Cellerier qui ont une portée de quelques centaines de mètres et les engins de même ordre restent cependant inférieurs aux projectiles de des plus lourds minenwerfer allemands dont la portée atteint 2 à . La portée est réglée par la charge propulsive placée en vrac au fond du tube. La longueur de la mèche du projectile varie en fonction de la distance. +Exemple de réglage de la charge et de la mèche en fonction de la portéeDistanceCharge de poudreLongueur de la mèche de la munition70 m20 g65 mm100 m30 g70 mm160 m40 g80 mm200 m50 g90 mm245 m60 g100 mm290 m70 g110 mm alt=Batterie de cinq lance-bombe Cellerier|vignette|Batterie de six lance-bombes Cellerier. Les lance-bombes sont rarement utilisés seuls, mais plutôt par batterie de cinq ou six voire davantage. L'équipe de pièce est composée de trois hommes : un chef de pièce, un chargeur et un pointeur.

Le capitaine Cellerier Le capitaine Cellerier (1870-1936) est polytechnicien. En1904-1905, il étudie à l'École supérieure d'électricité. De 1906 à 1908, il appartient à la section technique de l'artillerie. En 1910, il est nommé directeur du Laboratoire national de métrologie et d'essais.. Il quitte l'Armée en 1912 pour bénéficier du statut de la Réserve spéciale (comme Louis Filloux), car l'Artillerie des années 1901 à 1914 laisse en dehors de l'avancement ses meilleurs officiers inventeurs, lesquels sont encouragés à aller vers l'industrie privéeLe lieutenant-colonel Deport, l'inventeur du canon de 75, avait fait de même en entrant chez Châtillon-Commentry après qu'on lui ait refusé le grade de colonel.. Officier de réserve au 12e R.A.C de Vincennes de 1912 à 1914. Mobilisé en 1914 au 2e R.A.L. De 1914 à 1918, il est chef d'escadron puis lieutenant-colonel, affecté comme officier de réserve au 82e R.A.L.T à partir de 1919. Démobilisé, il entre dans l''industrie électrique.

En 1915, il est fait Chevalier de la Légion d'honneur pour la conception du lance-bombe qui porte son nom. Il est cité à l'ordre de l'armée :

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Artillerie française pendant la Première Guerre mondiale Artillerie de tranchée Mortier de 58 mm T N°2

Liens externes

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