Le camp d'internement de Drancy ou camp de Drancy est la plaque tournante de la politique de déportation antisémite en France d' à , dans le cadre de la Shoah, au cours de la Seconde Guerre mondiale. Situé au nord-est de Paris, dans la ville de Drancy (alors dans le département de la Seine, aujourd'hui en Seine-Saint-Denis), ce camp, dirigé successivement par Theodor Dannecker, Heinz Röthke, puis Alois Brunner, est pendant trois ans (durant l'occupation allemande) le principal lieu d'internement avant déportation depuis la gare du Bourget (1942-1943) puis la gare de Bobigny (1943-1944) vers les camps d'extermination nazis, principalement Auschwitz. Neuf Juifs déportés de France sur dix passent par le camp de Drancy lors de la Shoah dans le pays.
Choix du site : un camp français fonctionnel Le camp d'internement de Drancy a été installé en , dans un vaste bâtiment formant un U du quartier d'habitation HBM, dit la « cité de la Muette », conçu par les architectes Marcel Lods et Eugène Beaudouin . Celui-ci, construit entre 1931 et 1934, comportait, en outre, cinq tours de quinze étages chacune, ainsi que plusieurs bâtiments sous forme de barres implantées en peigne, composées de trois et quatre étages.
Cet édifice dans lequel le camp fut établi était en cours de construction (seul le gros œuvre était achevé). Comportant quatre étages, il était bâti autour d'une cour d'environ de long et de large. La forme du bâtiment, surnommé le « Fer à cheval », se prêta facilement à sa transformation en camp d'internement : des miradors furent installés aux quatre coins de la bâtisse, dès lors entourée de barbelés, tandis que le sol de la vaste cour fut tapissé de mâchefer.
Le bâtiment en U et les tours, ainsi que certains terrains attenants, sont réquisitionnés par l'Armée allemande le , afin de servir de lieu d'internement pour des prisonniers de guerre français, des civils yougoslaves et grecs, ainsi que pour des prisonniers de guerre britanniques et canadiens.
Un document est délivré le , faisant état de la réquisition de la caserne républicaine de Drancy et de tous les biens mobiliers et immobiliers. Dans la même note, , signale qu'il n'y a pas eu de réquisition par écrit des casernes en question, . Les logements des officiers de la caserne de Drancy sont remis à leur disposition le .
Drancy va devenir un des principaux camps d'internement de Juifs en zone occupée en France, avec le camp de Royallieu à Compiègne (Oise), celui de Pithiviers (Loiret) et celui de Beaune-la-Rolande (Loiret).
Un centre de déportation vignette|Rafle de Juifs à Paris - (Bundesarchiv Bild 183-B10816)« Mémoire : la rafle méconnue du 20 août 1941 à Paris », Le Post.. vignette|Diagramme des trains de déportation du camp de Drancy en 1942. vignette|Diagramme des trains de déportation du camp de Drancy en 1943. vignette|Diagramme des trains de déportation du camp de Drancy en 1944.
Du 20 au , une grande rafle a lieu à Paris.. Cette rafle est d'abord menée, le , dans le (Rafle du ), puis étendue, le 21, aux , , et arrondissements. Le 22, s'ajoutent les , et arrondissements et le 23, les , , , , , et . Elle continue le . Lors de cette rafle, la police française collaborant avec la Feldgendarmerie allemande, arrête tous les Juifs français et étrangers de 18 à 50 ans. (sur les que prévoyaient les listes) sont arrêtées et emprisonnées à Drancy, dans la cité de la Muette devenue camp d'internement de Juifs. Elle est désormais identifiée sous le nom de « camp de Drancy ».
Le camp est d'abord un lieu d'internement, dans des conditions délibérément durcies, la sous-alimentation entraîne rapidement la dysenterie, une partie des gendarmes français brutalisent les internés et multiplient les sanctions arbitraires et humiliations (tontes des cheveux, amendes…)Yves Jouffa (cité dans Drancy, un camp de concentration très ordinaire) sur Drancy en 1941 :
En , malades sont libérés. Cette libération se fait pendant l'absence de plusieurs semaines de Theodor Dannecker (chef de la Gestapo et SD à Paris) : Denis Peschanski (dir. Antoine Prost), Les Camps français d'internement (1938-1946), thèse pour l’obtention du grade de docteur d’État es-lettres (histoire contemporaine), université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris, 2000, .. Denis Peschanski (dir. Antoine Prost), Les Camps français d'internement (1938-1946), , .. Au total déficients sont ainsi libérés. Jusqu'en , le camp sert de réservoir d'otages de représailles, où des personnes sont prélevées pour être fusillées avec d'autres, en représailles contre les attentats anti-nazis. Les prisonniers sont affamés (une douzaine d'internés sont morts de faim entre août et ).
À partir de 1942 et du tournant de l'Allemagne nazie vers la Solution finale, Drancy passe du statut de camp d'internement à celui de camp de transit, et constitue la dernière étape avant la déportation vers les camps d'extermination.
vignette|Arrivée des Juifs (très probablement ceux photographiés dans Bundesarchiv Bild 183-B10816) au camp de Drancy – août 1941 (Bundesarchiv Bild 183-B10920).
Ainsi, le , des détenus juifs sont déportés à Auschwitz : il s'agit du premier convoi de déportation entre Drancy et Auschwitz.. Lors de la grande rafle du Vel d'hiv', commencée le , la police française arrête près de . Les couples sans enfants et les célibataires sont amenés à Drancy.
Rose Berkowicz, juive et résistante, arrêtée par la Brigade spéciale 1, est internée à Drancy et y meurt le , jour de sa déportation pour le camp d'extermination de Sobibor.. Max Jacob, poète, romancier et peintre français, arrêté du fait de ses origines juives, six mois avant la Libération de Paris, est interné par la gendarmerie française dans ce camp. il y meurt le , trente heures avant sa déportation programmée pour Auschwitz. Après leur arrestation par la Gestapo le , les enfants d'Izieu sont aussi envoyés à Drancy avant d'être déportés et assassinés à Auschwitz.
Au total, de 1942 à 1944, une soixantaine de convois français de déportés juifs sont partis de Drancy, d'où son surnom d'« antichambre de la mort ». Sur , femmes et enfants juifs déportés de France, le sont à partir de Drancy. Moins de des déportés de Drancy sont revenus. Par ailleurs, entre le et le , 132 Juifs internés au camp de Drancy y sont morts (y compris 5 morts en gares du Bourget et de Bobigny, dont les corps ont été ramenés au camp avant le départ des convois de déportation pour Auschwitz), dont 12 de suicide et 117 de maladie, notamment de cachexie causée par la malnutrition et/ou de pathologies antérieures à l'internement non soignées et aggravées par les conditions de détention..
Administration du camp vignette|redresse|gauche|Le camp d'internement de Drancy en .
Le , à l'issue d'une réunion entre représentants des autorités d'occupation et des autorités françaises, le camp est placé sous la responsabilité du préfet de police. Ce dernier a sous ses ordres la gendarmerie et les services du ravitaillement de la préfecture de la Seine. Le chef de camp est un commissaire de police. En réalité, le camp est , indique en une note de l'inspecteur général de la Santé et de l'Assistance Eugène Aujaleu.
Pendant ses trois années d'existence, le camp de Drancy est sous les directions successives de Theodor Dannecker jusqu'en , Heinz Röthke jusqu'en et Alois Brunner à partir de . Tous trois étaient des SS.
Theodor Dannecker , indique Maurice Rajsfus dans son livre sur Drancy. Heinz Röthke (ou Roethke parfois en graphie française) a été moins présent dans le camp, mais c'est sous sa direction, d' à , que près des deux tiers de l'effectif total déporté du camp, environ , sont envoyés à Auschwitz. Le troisième chef du camp est Alois Brunner, formé par Adolf Eichmann à l'Office central pour l'émigration juive à Vienne. Abraham Drucker, médecin chef du camp, interné à Drancy durant une très longue période, dit de lui : Témoignage remis aux autorités alliées en 1946, retranscrit sur memoire-viretuelle.fr.
Le camp de Drancy est gardé par des gendarmes français, installés dans les « gratte-ciels » derrière le bâtiment en U où sont internés les prisonniers, même si son fonctionnement est sous le contrôle du Service des affaires juives de la Gestapo.
Jusqu'au , le camp fonctionne ainsi comme lieu principal de rassemblement et de déportation. Ce jour-là, le consul de Suède Raoul Nordling, muni d'un document émanant de l'État-major du général von Choltitz, entre dans le camp de Drancy avec des représentants de la Croix-Rouge. Parmi eux, l'assistante sociale Annette Monod est chargée de prendre la direction du camp et d'administrer la libération des détenus qu'il faut munir de papiers d'identité provisoire et de tickets de rationnement. Le capitaine SS Brunner, commandant du camp, prend la fuite.
Le lendemain, , et le surlendemain , sont libérés. Le souvenir de cette date est maintenu notamment au travers de plusieurs noms de voies et places en France.
Organisation et logistique vignette|Photo d'internés juifs du camp de Drancy. Les de déportation de Drancy partis du au sont partis de la gare du Bourget-Drancy (réseau Nord). Les de déportation de Drancy partis du au sont partis de la gare de Bobigny (Grande Ceinture). Selon le décompte de Serge Klarsfeld et des FFDJF (Fils et filles des déportés juifs de France), sont partis de la gare du Bourget-Drancy et de la gare de Bobigny.
58 de ces convois sont partis vers Auschwitz-Birkenau, deux vers Majdanek, deux pour Sobibór et un pour Kaunas et Tallinn. transportaient mille personnes, 9 plus de mille (dont 3 transportant ) et 7 moins de mille, dont le dernier. Ce dernier convoi, le , permit à Alois Brunner et ses SS de fuir, en emmenant avec eux , dont Marcel Bloch, industriel connu après-guerre sous le nom de Marcel Dassault.
Jusqu'en , ces convois étaient escortés de militaires allemands et de gendarmes français. Par la suite, des policiers sont venus spécialement d'Allemagne.
Annexes du camp Le camp de Drancy comprenait plusieurs annexes parisiennes. : le camp d'Austerlitz, au , quai de la Gare (aujourd'hui , quai Panhard-et-Levassor), près de l'actuelle Bibliothèque nationale de France, ouvert le et évacué le , faisait travailler « conjoints d'aryens » ou « demi-Juifs », c'est-à-dire Juif par une seule branche de la famille (la mère ou le père) dans le « magasin central d'Austerlitz », entrepôt principal de meubles saisis par la de l’ (ERR) dans des appartements abandonnés de Juifs déportés, expatriés ou entrés en clandestinité. ; le camp Lévitan, dans le magasin de ce nom, près de la gare de l'Est (85-87 rue du Faubourg-Saint-Martin), centre de tri de bagages employant ; le camp Bassano, près des Champs-Élysées (2, rue de Bassano), transformé en un atelier de couture de vêtements haut-de-gamme et de tenues de gradés SS.
Maurice Rajsfus, auteur de l'ouvrage Drancy un camp de concentration très ordinaire, y ajoute : le local de l'Union générale des israélites de France (UGIF) ; les deux hospices de la rue de Picpus et de la rue Lamblardie ; l'hôpital Rothschild, lieu d'internement provisoire où on envoyait les malades du camp de Drancy.
De plus, quand, en , Brunner et son second, Bruckler, organisent à Nice la déportation des Juifs de la Côte d'azur, ils nomment leur QG, l'hôtel Excelsior, « camp de recensement des Juifs arrêtés, dépendant du camp de DrancyTémoignage du docteur Abraham Drucker, remis aux autorités alliées en 1946, retranscrit sur memoire-viretuelle.fr. ».
Personnalités déportées à Drancy pendant la Seconde Guerre mondiale
Claude Bloch (1928-2023), survivant d'Auschwitz; Raphaël Esrail (1925-2022), résistant et militant de la mémoire français; Max Jacob (1876-1944), poète et peintre français, mort au camp de Drancy; Ginette Kolinka (1925-), écrivaine française, survivante d'Auschwitz; Eva Kotchever (1891-1943), écrivaine polonaise, assassinée à Auschwitz, avec sa compagne Hella Soldner, résistante (1915-1943), également déportée à Drancy;