vignette|En haut : une manifestation anti coup d'État à Tunis, le .En bas : une manifestation pro-Kaïs Saïed à Tunis, le .

La crise politique de 2021-2024 en Tunisie ou dérive autoritaire de Kaïs Saïed est une crise politique en cours en Tunisie entre le président Kaïs Saïed et son opposition politique autour de son invocation de l'article 80 de la Constitution pour obtenir les pleins pouvoirs par l'état d'exception et de la dissolution de la législature de l'Assemblée des représentants du peuple, dominée par Ennahdha, puis de son remplacement du régime parlementaire par un régime présidentiel dans le cadre d'une prise de pouvoir puis de l'adoption d'une nouvelle Constitution suivie d'élections législatives largement boycottées par la population.

Prélude Le régime étant semi-présidentiel, Kaïs Saïed a une semaine après son investiture pour charger le parti arrivé en tête des législatives de former un gouvernement. Celui-ci a alors un mois pour obtenir la confiance de l'Assemblée des représentants du peuple.. Le , il désigne Habib Jemli, candidat d'Ennahdha, au poste de chef du gouvernement et le charge de former un cabinet.. Le , l'assemblée rejette la composition du gouvernement, qui a par ailleurs fait l'objet de retards lors de son annonce. Saïed dispose dès lors de dix jours pour désigner un nouveau chef du gouvernement.. Le , il désigne Elyes Fakhfakh..

Son gouvernement est annoncé le , mais Ennahdha, dont des ministres annoncés y figurent, annonce ne pas voter la confiance du fait de la non participation d'Au cœur de la Tunisie.. Une version légèrement modifiée du gouvernement, mais sans la participation d'Au cœur de la Tunisie, est annoncée le ; Ennahdha, craignant une dissolution, accepte alors de voter la confiance.. Le , l'Assemblée des représentants du peuple accorde la confiance au gouvernement..

Le , Fakhfakh démissionne à la demande du président de la République (ce qui permet à ce dernier de choisir son successeur)., après le dépôt d'une motion de censure par 105 députés, initiée par les membres d'Ennahdha et d'Au cœur de la Tunisie.. Lors des jours précédents, Fakhfakh avait tenté de remplacer les ministres membres d'Ennahdha.. Par ailleurs, alors que la Constitution permet au chef du gouvernement de remanier son gouvernement, le règlement intérieur de l'Assemblée des représentants du peuple exige un vote de confiance pour les nouveaux membres du gouvernement.. Pour remplacer Fakhfakh, en l'absence de Cour constitutionnelle, alors que la Constitution est floue, il y a désaccord pour savoir si le prochain chef du gouvernement doit être désigné par le parti majoritaire ou par le président de la République.. La présidence annonce cependant que le président de la République nommera un nouveau chef du gouvernement dans les dix jours.. Le soir même, Fakhfakh limoge les ministres membres d'Ennahdha et confie leurs portefeuilles à des intérimaires.. Le , Kaïs Saïed désigne le ministre de l'Intérieur Hichem Mechichi, chargé de former un gouvernement... Le , il propose de former un gouvernement composé uniquement d'indépendants.. Le , il en dévoile la composition. qui suscite les réserves d'Ennahdha et d'Au cœur de la Tunisie. et compte huit femmes ainsi qu'un malvoyant.. Le suivant, son gouvernement est investi par 134 voix contre 67 par l'Assemblée des représentants du peuple..

En , Hichem Mechichi annonce un remaniement ministériel portant sur onze portefeuilles et une modification de plusieurs fonctions gouvernementales.. Les nouveaux ministres obtiennent la confiance de l'Assemblée des représentants du peuple. mais le président Kaïs Saïed refuse de les recevoir pour la prestation de serment, invoquant des suspicions de corruption concernant des ministres et un non-respect de la Constitution en ce qui concerne la délibération du Conseil des ministres à propos du remaniement..

Le , selon un document non authentifié circulant sur les réseaux sociaux, lors de la visite d'État de Kaïs Saïed en Égypte pour rencontrer son homologue Abdel Fattah al-Sissi, une réunion secrète se serait tenue dans les locaux du service de renseignement général avec la conseillère du président, Nadia Akacha, et des membres du cabinet présidentiel ainsi que le ministre des Affaires étrangères Othman Jerandi en visioconférence.. Il y est convenu de recevoir l'aide des services de renseignement égyptiens ainsi qu'un soutien financier des Émirats arabes unis afin d'évincer Ennahdha du pouvoir et d'obtenir les pleins pouvoirs. L'opposition dénonce plus tard une ingérence étrangère.

Le même mois, Saïed refuse de promulguer une loi organique relative à la mise en place d'une Cour constitutionnelle, arguant que les délais ont été dépassés. Il rejette également tout amendement constitutionnel relatif à ce sujet, arguant que la loi fondamentale ne peut être amendée sans l'aval de la Cour constitutionnelle. Il prône l'adoption d'un nouveau texte. instituant un régime présidentiel et une démocratie directe pour le Parlement, ou un retour à la Constitution tunisienne de 1959..

En , une publication de Middle East Eye annonce que le président compte invoquer l'article 80 de la Constitution pour obtenir les pleins pouvoirs par l'état d'exception...

Déroulement

vignette|Kaïs Saïed en 2021.

Le jour de la Fête de la République, le , des milliers de manifestants réclament la dissolution de l'Assemblée des représentants du peuple et un changement de régime.. Ces rassemblements interviennent alors que s'aggrave la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Le soir même, invoquant l' de la Constitution, Kaïs Saïed limoge le gouvernement Mechichi avec effet immédiat, en particulier Hichem Mechichi de ses attributions de chef du gouvernement et de ministre de l'Intérieur par intérim, annonce la suspension de l'assemblée , la formation d'un nouveau gouvernement et sa décision de gouverner par décrets ; il indique également qu'il présidera le parquet.. Ennahdha dénonce aussitôt un .. Cette qualification de coup d'État est partagée par des analystes politiques et juristes, notamment en ce qui concerne la suspension des travaux parlementaires.. Le lendemain, Kaïs Saïed démet de leurs fonctions le ministre de la Défense nationale, Brahim Bartagi, et la ministre de la Justice par intérim, Hasna Ben Slimane.. Le , deux députés de la Coalition de la dignité ayant protesté contre les mesures du président Saïed sont arrêtés dans le cadre d'une ..

Dans la nuit du au , la présidence annonce la prolongation sine die de la suspension du Parlement.. Le président doit suspendre la Constitution courant puis soumettre au référendum une nouvelle mouture de la loi fondementale..

Le , il confirme par décret le prolongement des décisions ainsi que la dissolution de l'Instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi, et décide de suspendre les salaires et les bénéfices accordés au président de l'Assemblée des représentants du peuple et ses membres., et s'octroie le droit de gouverner par décret, récupérant de facto le pouvoir législatif... Sa décision est critiquée par la plupart des partis, dont le Courant démocrate et Ennahdha, mais il conserve le soutien du Mouvement du peuple.. Le , , majoritairement des partisans d'Ennahdha et de la Coalition de la dignité, manifestent contre ses décisions...

Le , le président charge Najla Bouden de former un nouveau gouvernement. Elle devient de ce fait pionnière dans le pays ainsi que dans le monde arabe..

Le , des manifestations pro-Saïed rassemblent plus de ..

Le , le président Saïed annonce la tenue d'un référendum constitutionnel, prévu à l'été 2022..

Le , le président Saïed publie le décret présidentiel n°11 pour dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature et le remplacer par un nouvel organe provisoire...

Le , 120 députés, sous la présidence du deuxième vice-président de l'assemblée Tarek Fetiti., se réunissent lors d'une session virtuelle pour voter la fin des mesures d'exception en vigueur depuis le . Le jour même, Kaïs Saïed dissout le Parlement, ce qu'interdit pourtant la Constitution durant la période où l'état d'exception est appliqué, et menace les députés de poursuites judiciaires...

Le , Zied Ghanney, dirigeant du Courant démocrate et député de l'Assemblée des représentants du peuple élue en 2019, est empêché de voyager en raison de sa participation à la session virtuelle de par le tribunal de première instance de Tunis..

La date du référendum constitutionnel est fixée au , malgré les critiques de l'opposition. Le texte doit être publié d'ici le après une consultation électronique du au ..

En , Kaïs Saïed dément toute vacance du pouvoir après que le Front de salut national (principale coalition d'opposition) ait appelé le gouvernement à dévoiler les raisons de son absence dès le , assurant avoir été informé qu'il avait eu des problèmes de santé..

En , à quelques jours du scrutin présidentiel, plusieurs manifestations ont lieu, à Tunis, les manifestants appelant au boycott de ce scrutin..

Pressions sur les magistrats Le , le président Kaïs Saïed décide de dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature, organisme indépendant chargé de nommer les juges, l'accusant d'être partial et au service de certains intérêts..

Le , il limoge 57 juges qu'il accuse d'actes répréhensibles, notamment d'obstruction à des enquêtes, de corruption et d'adultère. Bien que le Tribunal administratif ait annulé 49 de ces révocations, le ministère de la Justice refuse de rétablir les juges dans leurs fonctions..

Dans la nouvelle Constitution, on ne parle plus de pouvoir mais de fonction judiciaire..

Le , l'Association des magistrats tunisiens considère dans un communiqué que la magistrature tunisienne a subi d'énormes pressions par le pouvoir exécutif après les arrestations des activistes politiques, magistrats, avocats, syndicalistes et journalistes...

Restrictions des libertés Le , le décret-loi qui porte sur la cybercriminalité et la lutte contre les fausses informations est promulgué par le président Saïed. Jugé liberticide.., il prévoit de lourdes peines d'emprisonnement, en utilisant des termes ambigus tels que , et octroie aux autorités de larges pouvoirs pour contrôler l'utilisation d'Internet et récupérer des données personnelles au motif vague que ces données peuvent ou que concernant une infraction présumée..

Le , à la suite de la publication du classement mondial de la liberté de la presse par Reporters sans frontières, la Tunisie dégringole au rang sur 180 ; le pays a perdu 48 places en deux ans.. Le lendemain, le déclare que 17 procès ont été intentés à l'encontre des journalistes pour avoir exprimé une opinion ou une position politique..

Le , l'Organisation mondiale contre la torture porte plainte contre la Tunisie pour traitement inhumain imposé aux migrants..

Le , la députée Fatma Mseddi déclare espérer que le président Saïed ..

Le , Human Rights Watch dénonce ...

Arrestations

Accusée de complot contre la sûreté de l'État, d'atteinte à l'ordre public et d'outrage au président de la République, la journaliste Chadha Hadj Mbarek, arrêtée début , reste détenue en ...

Quelques jours après le second tour des élections législatives de 2022-2023, Anis Kaabi, secrétaire général du syndicat des autoroutes, est arrêté par la police. Dans une vidéo, le chef de l'État dénonce , estimant qu'ils ..