Le sionisme révisionniste était l'un des courants du mouvement sioniste. Ce courant est créé comme une « révision » des méthodes de fonctionnement de l'Organisation sioniste mondiale en 1923, lorsque son principal penseur et leader, Zeev Jabotinsky, se retire de l'organisation. En 1925, est fondée l'Alliance sioniste révisionniste.
Jabotinsky propose une opposition ferme à la politique mandataire britannique et rejette la politique « conciliatoire » de Chaïm Weizmann.
Ce mouvement politique nationaliste préconise une lutte politique parallèle à une lutte paramilitaire comme solution au problème des Juifs en exil, et en vue de l'établissement d'un État hébreu sur les deux rives du Jourdain. Les sionistes révisionnistes préconisent une économie libérale, aux dépens des projets socialistes. Le mouvement révisionniste s'implique dans l'immigration juive interdite par les Britanniques. L'organisation révisionniste Betar forme des jeunes disciplinés et fraternels.
L'expulsion de Jabotinsky du mandat et sa mort en 1940 ont conduit à une crise majeure du mouvement. Le mouvement ne parvient pas à mobiliser des ressources financières suffisantes et la Shoah détruit ses principaux centres situés en Europe. L'opposition paramilitaire contre les Britanniques lui a fait perdre des membres, en particulier à la suite de l'assassinat de Haïm Arlozoroff et de l'attentat de l'hôtel King David, des évènements qui mènent presque à la guerre civile avec l'événement marquant de l'Altalena. Lors de la guerre israélo-arabe de 1948, les combattants clandestins révisionnistes rejoignent la Haganah pour combattre et établir l'armée israélienne.
Il est absorbé en 1948 par le parti Hérout, nouvellement créé en Israël par Menahem Begin. Le Hérout apparaît donc comme le successeur du parti sioniste révisionniste. Le Hérout est en 1973 la principale composante politique de la création du Likoud, parti qui gagne les élections législatives de et mène le premier gouvernement de droite depuis la création de l'État d'Israël, le .
Les origines
Le sionisme est apparu dans les années 1880.
Dès les années 1890, trois courants apparaissent : un courant sioniste socialiste, qui s’incarnera dans différents partis, dont le Poale sion et le Hachomer Hatzaïr ; un courant sioniste religieux, incarné par le mouvement Mizrahi ; un courant de droite libéral, celui des sionistes généraux. Les sionistes généraux ne s’organiseront en tant que véritable parti qu’au début des années 1920, sous la direction du très modéré et très pro-Britannique Haïm Weizmann.
En 1920, à la conférence de San Remo, les grandes puissances occidentales ont décidé de la création d’un foyer national juif en Palestine et ont donné un mandat aux Britanniques en ce sens. Les opportunités sont énormes pour les sionistes mais s’accompagnent d’une montée des divergences sur le pouvoir, les objectifs et les moyens.
Beaucoup de mouvements sionistes se réorganisent donc vers 1920 : sionistes généraux, Achdut Ha'avoda, et bientôt révisionnistes.
Jabotinsky thumb|Zeev Vladimir Jabotinsky vers le milieu des années 1930. thumb|Le territoire revendiqué par le parti Révisionniste puis par le Herout.
Vladimir Jabotinsky est un dirigeant de l’Organisation sioniste mondiale depuis avant la première guerre mondiale. Il est plutôt proche du courant des sionistes généraux. Mais il conteste l’orientation considérée comme trop modérée de Weizmann et ne se joint donc pas au nouveau parti.
La révolution bolchevique et la montée de la gauche En Palestine, dans les années 1920, les sionistes socialistes ont le vent en poupe, profitant indirectement de l’enthousiasme créé par la révolution bolchevique.
Weizmann, à la fois leader des sionistes généraux (centre droit) et de l’Organisation sioniste mondiale, a choisi de s’allier avec la gauche sioniste.
Pour beaucoup, à droite, une résistance plus affirmée à la montée de la gauche doit être mise en œuvre.
L’indépendance de la Transjordanie (1922) En 1922, les Britanniques décident de retirer la Transjordanie de la zone du foyer national juif tel qu’il avait été défini à la conférence de San Remo en 1920 : pour plus de détails, il convient de se référer au chapitre et à la carte sur cette question.
L’indépendance de la Transjordanie suscite une forte résistance chez les sionistes, toutes obédiences confondues. Berl Katznelson, l’idéologue du Achdut Ha'avoda, a exprimé des protestations bien plus véhémentes que celles de Zeev Jabotinsky contre cette décision britannique.
Mais après la rupture entre l’Organisation sioniste mondiale (OSM) et Zeev Jabotinsky (en 1923), celui-ci utilisera la thématique de la création de la Transjordanie comme instrument de critique de la « mollesse » de l’OSM, qui a finalement accepté de mauvais gré la décision britannique.
La création du Betar (1923) À Rīga, en 1923, des étudiants juifs créent le Brit Yosef Trumpeldor (alliance Joseph Trumpeldor, ou Betar), une organisation de jeunesse nationaliste et anti-communiste. Fondé avant le parti révisionniste lui-même, le Betar va maintenir une indépendance jalouse vis-à-vis de celui-ci, tout en en partageant les idées (dans une version souvent plus « dure », cependant).
Le Betar accepte rapidement la direction de Zeev Jabotinsky, rebaptisé le « Roch Betar » et « objet d’un culte de la personnalité inconnu jusqu’alors dans le sionisme »Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, Éditions complexe, 1991, page 90. Les militants du Betar presseront rapidement Zeev Jabotinsky de créer un mouvement politique pour regrouper la droite nationaliste. Le Betar prend aussi une orientation para-militaire, conformément à l’objectif posé par la « Muraille d’acier », qui est un texte de Zeev Jabotinsky datant de 1923 et qui prévoit la création de structure de séparation entre Juifs et arabes, afin de garantir la sécurité des Juifs en Palestine, après notamment les premiers incidents violents des années 1920 et 1921 entre les deux communautés.
Dans les années suivantes, le Betar connaîtra une forte croissance ( en 1929, en 1939) et sera un des bastions du révisionnisme.
La « Muraille d'acier » (1923) Vladimir Jabotinsky a défendu le projet d'une Légion juive en Palestine, structure légale soutenue par le Royaume-Uni. Ainsi dans un texte de , il affirme que le conflit entre le sionisme et le nationalisme arabe est inévitable et que le sionisme doit constituer une « muraille d'acier » (une armée), pour s'imposer.
Voir le chapitre : La « Muraille d'acier ».
Cette revendication fera partie du programme du parti révisionniste lors de sa création, en 1925.
L’affaire Petlioura (1921-1923) En 1921, Zeev Jabotinsky a signé un accord avec Simon Petlioura, dirigeant du gouvernement provisoire ukrainien, dont on accusait à l'époque les troupes d'avoir massacré des dizaines de milliers de Juifs. En , le Comité d’action sioniste (exécutif élargi de l’OSM) décide d’une commission d’enquête. Zeev Jabotinsky, qui critiquait depuis quelques années la gauche et le centriste Weizmann, majoritaires, décide de démissionner de son poste à la direction de l’OSM.
Pour en savoir plus, voir le chapitre sur L'affaire Petlioura.
L’appartenance à l’Organisation sioniste mondiale (1925-1935) En 1923, Zeev Jabotinsky est donc la principale figure d’une droite nationaliste qui se cherche et qui tente de s’organiser dans un mouvement à la fois anti-communiste (donc hostile à la gauche sioniste marxiste) et qui veut s'opposer également à la « faiblesse» des dirigeants du centre droit sioniste, représentées par les sionistes généraux).
La création du Parti révisionniste (1925) À partir de 1923-1924, Zeev Jabotinsky regroupe autour de lui un petit groupe de militants, surtout d’origine russe comme lui. En 1925 naît l’Alliance des sionistes révisionnistes à Paris (dans l’arrière salle du « café du Panthéon », en plein quartier Latin).
Le terme « révisionniste » vient de la volonté des membres du nouveau parti de « réviser le sionisme », en revenant aux sources de son fondateur, Theodor Herzl.
L’objectif est la création d’un État juif vaste, sur les deux rives du Jourdain (y compris donc dans l’actuelle Jordanie). Les Britanniques doivent mettre en place une « légion juive » pour permettre au Yichouv de se défendre. Ils doivent aussi favoriser une immigration juive de masse. Les terres publiques (domaniales) et les terres en friche devront être mises à la disposition des immigrants juifs. Mais l’autorité du Royaume-Uni sur la Palestine n’est pas remise en cause.
Le parti révisionniste va dès lors se développer en diaspora (surtout en Pologne) et en Palestine mandataire. Ce développement reste modeste : aux élections de l’Organisation sioniste mondiale de 1925, en 1927 et en 1929, le parti fera des scores limités (environ 7 % en 1929).
La réaction de la gauche Elle est très vive. Les relations avaient été fluctuantes. Elles deviennent mauvaises. Zeev Jabotinsky est accusé d’être un démagogue ultra-nationaliste, voire un sympathisant fasciste (ce qu’il n’est pas). Zeev Jabotinsky restera toujours un ferme partisan du libéralisme politique et économique, au contraire de certains des membres du parti.
L’Aliyah polonaise (1924 - 1928) La quatrième Aliyah amène en Palestine de 1924 à 1928 environ . Beaucoup viennent de Pologne et ont été chassés par les mesures antisémites du gouvernement Grabski. Cette population aura une certaine importance pour le développement du révisionnisme en Palestine : Il s’agit pour beaucoup de commerçants, d’artisans, de membres des classes moyennes, qui sont plus proches de la droite que de la gauche. Leur afflux crée en 1926-1928 une très grave crise économique, qui se retourne aussi contre les partisans du pouvoir sioniste en Palestine, et bénéficie donc à son opposition de droite.
Encore un peu hésitant en 1925, le parti révisionniste affirme fermement son attachement au capitalisme dès 1927. Il propose ainsi d’interdire les grèves, jusqu’à la création de l’État juif. La bourgeoisie détient les clefs du futur. « Nous n’avons pas à avoir honte, camarades bourgeois », lance Zeev Jabotinsky.
Les Birionim (1928-1933) thumb|Abba Ahiméir en 1932. thumb|Abba Ahiméir, Uri Zvi Greenberg et Yehoshua Yevin, au début des années 1930. thumb|Arrestations des Birionim, 1933. En 1928, trois hommes entrent au Parti révisionniste. Ils viennent de la gauche sioniste mais se sont retournés contre elle et affichent maintenant des sympathies fascistes. Ce sont le journaliste Abba Ahiméir, le poète Uri Zvi Greenberg et le médecin et écrivain Yehoshua Yevin.
Ils organisent rapidement une faction fasciste et radicale en Palestine mandataire, le Brit Ha'birionim. Les trois hommes rêvent d’une organisation de « chefs et de soldats »Lettre de Ahiméir à Benyamin Gurwitz, dans Brit Ha’Birionim, recueil de textes de Ahiméir publié à Tel-Aviv en 1972..
Les troubles entre arabes et juifs de 1929, dont ils sont en partie la cause , leur donnent une audience grandissante. Le Parti révisionniste a triplé ses voix par rapport à 1929 aux élections internes à l’OSM (environ 21 % des voix). La pente est ascendante et elle l’est aussi pour les plus radicaux des révisionnistes.
Leur groupe contrôle bientôt , le journal de la section ouvrière du parti, dans lequel ils développent leurs thèses.
Abba Ahiméir fait bientôt figure d’idéologue marquant des Birionim en Palestine (qui n’est qu’une section du parti, et pas la plus importante), et il influence fortement le Betar. Officiellement, il soutient Zeev Jabotinsky. Plus discrètement, il le critique, considérant qu’il n’y a plus guère de différence entre lui et la gauche.
En 1931, sa faction s’organise au sein d’un association secrète et indépendante de la direction du parti, « Brit Ha’Birionim ». Elle entend lutter contre trois ennemis : la gauche sioniste, les Arabes, le Royaume-Uni, qui n’en fait pas assez contre les Arabes et commence à fixer certaines limites à l'immigration juive.