Sophie de Prusse (en allemand : et en grec : / ), princesse de Prusse et d'Allemagne puis, par son mariage, reine des Hellènes, est née à Potsdam, en Prusse, le , et décédée à Francfort-sur-le-Main en Allemagne, le . Elle est souveraine de Grèce de 1913 à 1917 puis de 1920 à 1922.

Issue de la maison de Hohenzollern et fille du Kaiser Frédéric III, Sophie reçoit une éducation libérale et anglophile, sous l’égide de sa mère, la princesse royale Victoria du Royaume-Uni. Moins d’un an après la mort de son père, en 1889, la jeune fille épouse le futur Constantin de Grèce et part s’installer à Athènes. Après une adaptation difficile, elle donne naissance à une nombreuse famille et s’investit dans l’aide aux démunis, suivant ainsi les traces de sa belle-mère, la reine Olga. C’est cependant durant les guerres auxquelles la Grèce est confrontée à la fin du que Sophie se montre la plus active sur le plan social : la jeune femme met alors en place des hôpitaux de campagne, supervise la formation des infirmières grecques et soigne elle-même des blessés.

Cependant, Sophie n’est guère récompensée pour ses actions : si sa grand-mère, la reine Victoria du Royaume-Uni, lui confère la croix rouge royale après la guerre de Trente Jours, les Grecs lui reprochent ses liens avec l’Allemagne. Son frère, le Kaiser Guillaume II, est en effet allié à l’Empire ottoman et s’oppose ouvertement à la réalisation de la Grande Idée, c’est-à-dire l’union de toutes les populations hellènes au sein d’un même État. Pendant la Première Guerre mondiale, les liens de parenté unissant Sophie et le Kaiser provoquent en outre la suspicion de l’Entente, qui reproche à Constantin sa neutralité dans le conflit.

Après avoir imposé un blocus à la Grèce et soutenu le gouvernement rebelle d’Elefthérios Venizélos, provoquant ainsi le Schisme national, la France et ses alliés destituent Constantin en . Sophie et sa famille partent alors en exil en Suisse tandis que le deuxième fils du couple royal les remplace sur le trône sous le nom d’Alexandre . Dans le même temps, la Grèce entre en guerre aux côtés de l’Entente, ce qui lui permet de s’agrandir considérablement.

Après le déclenchement de la guerre gréco-turque en 1919 et la disparition prématurée d’Alexandre l’année suivante, les vénizélistes abandonnent le pouvoir et la famille royale revient à Athènes. La défaite de l’armée grecque face aux troupes turques de Mustafa Kemal oblige cependant Constantin à abdiquer en faveur de son fils aîné, le roi Georges II. Sophie et sa famille retrouvent alors le chemin de l’exil et s’installent en Italie. Peu de temps après, Constantin trouve la mort (1923) et la république est proclamée à Athènes (1924). Sophie passe ses dernières années aux côtés de sa famille et meurt d’un cancer en Allemagne en 1932.

Famille Sophie est l'avant-dernière fille du Kaiser Frédéric III d'Allemagne (1831-1888) et de son épouse la princesse royale Victoria du Royaume-Uni (1840-1901).

Par son père, elle est donc la petite-fille du Kaiser Guillaume d'Allemagne (1797-1888) et de la princesse Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach (1811-1890) tandis que, par sa mère, elle descend de la reine Victoria du Royaume-Uni (1819-1901) et du prince consort Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (1819-1861).

Le , Sophie épouse, à Athènes, le futur Constantin de Grèce (1868-1923), fils du roi Georges de Grèce (1845-1913) et de son épouse la grande-duchesse Olga Constantinovna de Russie (1851-1926).

Du mariage de Sophie et de Constantin naissent six enfants : Georges II de Grèce (1890-1947), roi des Hellènes, qui épouse la princesse Élisabeth de Roumanie (1894-1956) ; Alexandre de Grèce (1893-1920), roi des Hellènes, qui épouse l’aristocrateEn dehors de la famille royale et de la noblesse d'origine vénitienne des îles Ioniennes, il n'existe pas, à proprement parler, de noblesse, en Grèce. Malgré tout, les familles phanariotes (comme les Mános) sont souvent considérées comme formant une aristocratie à part entière. Aspasía compte d'ailleurs, parmi ses ancêtres, plusieurs voïvodes roumains comme Nicolas Caradja (1737-1784) ou Michel Soutzo (1784-1864). C'est la raison pour laquelle la jeune fille est souvent qualifiée d'« aristocrate » par les historiens. d'ascendance phanariote Aspasía Mános (1896-1972) ; Hélène de Grèce (1896-1982), princesse de Grèce et de Danemark, qui s’unit au futur roi Carol II de Roumanie (1893-1953) ; Paul de Grèce (1901-1964), roi des Hellènes, qui épouse la princesse Frederika de Hanovre (1917-1981) ; Irène de Grèce (1904-1974), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse Aymon de Savoie-Aoste (1900-1948), roi de la Croatie oustachi sous le nom de Tomislav II ; Catherine de Grèce (1913-2007), princesse de Grèce et de Danemark, qui épouse le roturier britannique Richard Brandram (1911-1994).

Biographie Princesse de Prusse et d'Allemagne Une naissance dans un contexte difficile

alt=Photographie en noir et blanc d'un groupe de sept enfants et adolescents avec leurs parents.|gauche|vignette|redresse|Sophie et sa famille en 1875. Debout de gauche à droite : le prince Henri, la princesse héritière Victoria, le prince héritier Frédéric avec la princesse Marguerite, le prince Guillaume, et la princesse Charlotte. Assis de gauche à droite : la princesse Victoria, la princesse Sophie et le prince Waldemar. La princesse Sophie voit le jour au Nouveau Palais de Potsdam le . Son père, le Kronprinz Frédéric de Prusse, et sa mère, la princesse royale Victoria du Royaume-Uni, sont déjà les parents d’une nombreuse famille et onze ans séparent Sophie de son frère aîné, le futur Guillaume II d’Allemagne. Frédéric et Victoria forment un couple uni, tant au niveau sentimental que politique. D’opinion libérale, ils vivent en marge de la cour berlinoise et subissent les intrigues du très conservateur chancelier Otto von Bismarck et des membres de la maison de Hohenzollern.

Une semaine après la naissance de Sophie, une affaire touchant à la succession au trône d’EspagneLe , Madrid propose la couronne espagnole au prince Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, lointain cousin du roi Guillaume de Prusse. Immédiatement, le Second Empire déclare son opposition au projet et les Hohenzollern finissent par renoncer à la succession. Bismarck profite cependant de l’affaire pour pousser la France à déclarer la guerre à la Prusse. Conscient de la supériorité militaire prussienne, le chancelier est en effet persuadé qu’une victoire contre la France permettrait de finaliser l’unité allemande. envenime les relations franco-prussiennes. Le ton monte encore d’un cran, entre Paris et Berlin, lorsque Bismarck publie l’humiliante dépêche d'Ems, le . Six jours plus tard, le gouvernement de Napoléon III déclare la guerre à la Prusse et les États de la Confédération germanique offrent leur soutien à Berlin, qui apparaît alors comme la victime de l’impérialisme français. C’est dans ce contexte difficile que Sophie est baptisée et les hommes présents à la cérémonie ont tous revêtu leur tenue militaire. L’atmosphère est triste et l’angoisse domine les esprits. Pourtant, le conflit ne dure que quelques mois et aboutit même à une éclatante victoire allemande, conduisant à l'élévation du grand-père de Sophie au titre de premier Kaiser allemand le .

Une éducation anglophile

alt=Photographie en noir et blanc d'une jeune femme portant une robe décolletée et tenant dans ses mains un éventail.|vignette|redresse|La princesse Sophie en 1887. Sophie est élevée par sa mère dans l’amour du Royaume-Uni et de la culture anglaise. Entourée de gouvernantes britanniques, elle passe ses premières années dans des nurseries identiques à celles dans lesquelles la Kronprinzessin a grandi. Avec sa famille, l’enfant effectue par ailleurs de nombreux séjours en Grande-Bretagne, et notamment sur l’île de Wight, où elle aime à ramasser des coquillages avec ses aînés.

Si elle est largement ignorée par ses grands-parents paternels, qui lui préfèrent sa sœur Charlotte et ses frères Guillaume et Henri, Sophie est par contre très proche de sa grand-mère maternelle, la reine Victoria du Royaume-Uni. La petite fille aime d’ailleurs tant la vieille souveraine que la Kronprinzessin n’hésite pas à la laisser durant de longues périodes sous la garde de sa grand-mère.

En Allemagne, Sophie grandit dans une atmosphère aimante, entre le palais du Kronprinz de Berlin et le Nouveau Palais de Potsdam. Comme ses sœurs Victoria et Marguerite, la princesse est particulièrement proche de ses parents et leurs liens deviennent encore plus étroits après la mort, en 1879, de Waldemar, le fils préféré du couple princier.

Rencontre et fiançailles avec le diadoque Constantin

alt=Photographie en noir et blanc d'une jeune femme portant une robe noire et d'un jeune homme en redingote.|gauche|vignette|redresse|Constantin de Grèce et Sophie de Prusse en septembre 1888. En 1884, le prince Constantin de Grèce a seize ans et il est déclaré majeur par son gouvernement. Il reçoit alors les titres de duc de Sparte et de diadoque ( / , c'est-à-dire « héritier du trône »). Peu de temps après, le jeune homme part compléter sa formation en Allemagne, où il passe deux années complètes en compagnie d'un précepteur, le Lüders. Il sert alors dans la Garde prussienne, prend des cours d'équitation à Hanovre puis étudie les sciences politiques dans les universités d’Heidelberg et de Leipzig.

Lors d'un séjour à la cour des Hohenzollern, à BerlinEn , Constantin représente le royaume de Grèce lors des funérailles de l’empereur Guillaume d’Allemagne ., Constantin retrouve la princesse Sophie, qu’il a déjà rencontrée quelques années auparavant à Marlborough House, chez leur oncle, le prince de Galles. Rapidement, les deux jeunes gens tombent amoureux et se fiancent officiellement le . Cependant, leur relation est vue d’un mauvais œil par le frère aîné de Sophie, le Kronprinz, puis Kaiser, Guillaume, et l'épouse de celui-ci. Dans la famille royale hellène même, la relation des deux jeunes gens ne fait pas l'unanimité. La reine Olga montre ainsi sa réticence vis-à-vis du projet d'union : Sophie est en effet luthérienne et la reine aurait préféré voir l'héritier du trône épouser une orthodoxe. Mais, malgré les difficultés, Constantin et Sophie se fiancent et leur mariage est programmé pour le mois d', à Athènes.

Mort du Kaiser Frédéric III

Entretemps, une tragédie familiale est venue frapper Sophie. En 1887, les médecins ont diagnostiqué à son père un cancer du larynx et le Kronprinz a perdu peu à peu l’usage de sa voix. Le , Frédéric III a malgré tout succédé à Guillaume sur les trônes de Prusse et d’Allemagne. Cependant, sa santé déclinant, il n’a pas pu réaliser les réformes politiques qui lui tenaient à cœur alors qu’il n’était qu’héritier du trône.

vignette|alt=Photographie en couleur d'un gisant d'homme placé au milieu d'une pièce de forme ronde.|Tombeau de Frédéric III au Kaiser-Friedrich-Mausoleum de Potsdam. Après de règne, Frédéric III s’est éteint en compagnie de ses proches, le , à Potsdam. Avant de mourir, le deuxième Kaiser allemand a tout de même trouvé la force de souhaiter un joyeux dix-huitième anniversaire à Sophie et de lui offrir un bouquet de fleurs. Mais à la suite de cet ultime effort, sa santé n’a cessé de décliner et il est décédé moins de vingt-quatre heures après.

Au sein de la famille impériale, la mort de Frédéric III a d'autant plus resserré les liens entre Sophie et ses sœurs Victoria et Marguerite d’une part et celles-ci et leur mère d’autre part que le premier acte de Guillaume II en tant que nouveau souverain a consisté à faire fouiller la résidence de ses parents afin d’y trouver des preuves compromettantes de leurs liens avec les libéraux.